A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours | of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025 | of 2026

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Alternative Libertaire #375 (UCL) - Répression: Inculpé·es du 8 décembre, l'État persiste et signe

Date Wed, 14 Oct 2026 20:39:47 +0300


Après un second procès en mai, celles et ceux que l'on appelle depuis 2020 les inculpé·es du 8décembre ont reçu début septembre le verdict de la cour d'appel. Une décision qui, si elle contient quelques maigres bonnes nouvelles, reconduit en grande partie les peines et la logique répressive de la première instance. ---- Jeudi 10septembre, la cour d'appel de Paris rendait le verdict du procès en appel de six des inculpé·es du 8décembre. Arrêté·es en 2020, jugé·es en première instance en 2023, ils et elles avaient majoritairement fait appel du premier jugement -à l'exception d'un des inculpé·es. ---- Rappel rapide des faits: arrêté le 8décembre 2020, le groupe s'est vu traité dès son arrestation de la pire des façons par la police anti-terroriste: trajets menotté·es et cagoulé·es, isolement, mais aussi des fouilles à nu systématiques pour lesquelles l'État a depuis été condamné [1]. Alternative libertaire a régulièrement couvert ce scandale poli
cier et judiciaire ces dernières années [2].

Surveiller et punir

Ce qui justifiait ce déferlement sécuritaire? Avant tout le parcours de F, dit Libre Flot, parti au Rojava s'engager auprès des ­forces kurdes pour combattre Daesh. À son retour, il est placé sous surveillance durant des mois, d'où ressortira une matière bien maigre: la possession illégale d'une arme de chasse, et la fabrication par une partie du groupe d'un explosif, l'un d'entre eux étant artificier. Une des pièces du dossier est une vidéo les montrant faire exploser la préparation au milieu d'un lac en rigolant et en buvant des verres: l'ambiance est plus à la rigolade potache -l'action se déroule durant le premier confinement décidé suite au Covid-19- qu'à la lutte armée.

Mais surtout, ce qui va nourrir le dossier pour le parquet, ce sont les nombreux extraits d'écoutes de la DGSI et les saisies montrant l'engagement politique des ­membres du groupe. En vérité, bien plus que leurs maigres actions, ce sont bien leurs engagements politiques à gauche qui leur sont reprochés. Mais aussi des pratiques anodines, comme l'utilisation d'outils de protection de la vie privée comme l'application Signal [3], interprétée comme un signe de radicalisation. Dans sa guerre au peuple, l'État attend que nous soyons dociles face aux formes publiques et privées qui nous entourent de plus en plus: le simple fait de vouloir s'y soustraire est considéré comme suspect. Au coeur du procès, se trouve l'accusation d'association de malfaiteurs terroristes, une infraction aux contours flous créée en 1996.

Plus de 5ans après les arrestations, le verdict de l'appel était attendu. S'il marque un léger recul de certaines peines, il entérine la même logique sécuritaire et idéologique de la part de la justice. Libre Flot est condamné à une peine très similaire à la première instance: 5ans de prison dont 3ans de sursis probatoire. De part sa longue incarcération provisoire, il ne lui reste que 2mois de ferme à effectuer, qui pourront donc être aménagés. Mais cette peine est aussi assortie d'un suivi socio-judiciaire de 5ans, un suivi lourd sensé «prévenir la récidive»... Comme en première instance, il reste aussi inscrit au FIJAIT, le Fichier judiciaire des auteurs d'infractions terroristes, une mesure qui est accompagnée de lourdes obligations de suivi pendant 10ans [4].

Relaxe, take it easy

Pour les autres inculpé·es, l'inscription au FIJAIT est retirée par l'appel. C'est une petite victoire. Elle est accompagnée d'une seconde: la levée des interdictions de communiquer entre elles et eux, qui visaient jusqu'à présent les échanges entre inculpé·es: une bonne façon de leur interdire de se défendre collectivement et de les isoler. Après plus de 5ans d'éloignement forcé, c'est aussi une avancée. Mais signe de la forte portée politique de ce procès, la cour d'appel a ajouté une peine inédite, et un peu étonnante: une peine d'inéligibilité de 5ans pour les inculpé·es.

Pour quatre des inculpé·es, les peines de prison restent relativement identique à la première instance: un léger allégement d'un côté, un alourdissement pour un·e autre... L'un·e est condamné·e à 3ans et demi de prison, dont 32mois de sursis. Les trois autres à 3ans de prison dont 2ans de sursis. Des peines, en partie couvertes par les détentions provisoires, qui devraient pouvoir être aménagées en port de bracelet électronique.

Vraie bonne nouvelle, le verdict se termine tout de même par un acquittement! Celui de M, au «bénéfice du doute». Seul du groupe a ne pas avoir été présent lors de la fabrication d'explosif, il semblerait que ce point ait joué dans la décision. Il sort donc libre de cet appel, on peut au moins s'en réjouir!

Le mythe de l'«ultra-gauche»

En bref, cinq désinscriptions du FIJAIT et une relaxe, mais tout de même cinq condamnations à 5 à 3ans de prison pour association de malfaiteurs terroristes (AMT), sur des bases toujours aussi ­légères. Comme en première instance, la décision du tribunal est inquiétante dans ses motivations, considérant qu'une condamnation pour AMT n'a pas besoin d'un groupe constitué ni d'un projet concret pour être prononcée, mais peut se contenter d'une «potentialité suffisante». Parmi les motivations du tribunal, on trouve ainsi la «convergence manifeste se caractérisant par une rupture avec la société».

C'est là la leçon la plus sombre de ce verdict: il entérine des années de construction d'un mythe d'une «ultra-gauche» dangereuse voire terroriste, que l'État aurait toute légitimité à surveiller, à contrôler et à incarcérer. Parmi les éléments retenus pour justifier la condamnation, figurent la possession de livres et de documents marqués à «gauche», mais également le fait de tenir, à titre privé, des propos critiquant l'État et ses incarnations, en particulier la police. Ce verdict entérine aussi une logique de justice «préventive», qui se donne la légitimité d'envoyer en prison des militants et militantes avec pour seule base l'hypothèse ­d'une intention.

Alors, est-ce que s'en est fini de l'affaire du 8décembre? Tout dépendra de la décision des inculpé·es de porter ou non leurs condamnations devant la cour de cassation. Cette institution, très administrative, pourrait éventuellement décider de casser le jugement et imposer un second appel. Les inculpé·es ont jusqu'au 10octobre pour décider de la saisir. Le collectif de soutien aux inculpé·es communiquera en principe cette décision sur Paris-luttes.info, où il a publié son dernier communiqué [5]. Le classement comme organisation terroriste de la plateforme Autistici/Inventati par les États-Unis (voir les articles dédiés) a en effet mené à la disparition du blog du collectif, qui y était hébergé. Une actualité qui résonne fortement avec l'affaire du 8décembre: partout dans le monde, les accusations de terrorisme servent de plus en plus ouvertement à ­faire taire les militants et militantes.

N. Bartosek (UCL Alsace)

Notes:
[1] Lina Rhrissi, «L'État condamné pour des fouilles à nu illégales pendant une détention provisoire pour "terrorisme d'ultra-gauche"», Streetpress, 11 juillet 2023. https://www.streetpress.com/1689079361-etat-condamne-fouilles-nu-illegales-detention-provisoire-tribunal-administratif-prison/
[2] Voir «Procès du "8 décembre", toutes et tous terroristes?» et «Interview: "N'importe quel idéal révolutionnaire peut être jugé terroriste"», Alternative libertaire n°346, février 2024https://unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Proces-du-8-decembre-toutes-et-tous-terroristes; ainsi que «Affaire du 8décembre, suite et fin?», Alternative libertaire n°373, juillet-aout 2026 https://unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Affaire-du-8-decembre-suite-et-fin .
[3] «Affaire du "8 décembre": le droit au chiffrement et à la vie privée en procès», La Quadrature du Net, 2 octobre 2023. https://www.laquadrature.net/2023/10/02/affaire-du-8-decembre-le-droit-au-chiffrement-et-a-la-vie-privee-en-proces/
[4] Voir l'encadré «FIJAIT, fiché hess» accompagnant l'article «Procès du "8 décembre", toutes et tous terroristes?», op. cit. https://unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Proces-du-8-decembre-toutes-et-tous-terroristes
[5] Collectif de soutien aux inculpé·es du 8 décembre, «Affaire du 8décembre: le délibéré du procès en appel», Paris-luttes.info, 18 septembre 2026. https://paris-luttes.info/affaire-du-8-decembre-le-delibere-21147

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Inculpe-es-du-8-decembre-l-Etat-persiste-et-signe
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center