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(fr) Alternative Libertaire #375 (UCL) - Répression: Inculpé·es du 8 décembre, l'État persiste et signe
Date
Wed, 14 Oct 2026 20:39:47 +0300
Après un second procès en mai, celles et ceux que l'on appelle depuis
2020 les inculpé·es du 8décembre ont reçu début septembre le verdict de
la cour d'appel. Une décision qui, si elle contient quelques maigres
bonnes nouvelles, reconduit en grande partie les peines et la logique
répressive de la première instance. ---- Jeudi 10septembre, la cour
d'appel de Paris rendait le verdict du procès en appel de six des
inculpé·es du 8décembre. Arrêté·es en 2020, jugé·es en première instance
en 2023, ils et elles avaient majoritairement fait appel du premier
jugement -à l'exception d'un des inculpé·es. ---- Rappel rapide des
faits: arrêté le 8décembre 2020, le groupe s'est vu traité dès son
arrestation de la pire des façons par la police anti-terroriste: trajets
menotté·es et cagoulé·es, isolement, mais aussi des fouilles à nu
systématiques pour lesquelles l'État a depuis été condamné [1].
Alternative libertaire a régulièrement couvert ce scandale poli
cier et judiciaire ces dernières années [2].
Surveiller et punir
Ce qui justifiait ce déferlement sécuritaire? Avant tout le parcours de
F, dit Libre Flot, parti au Rojava s'engager auprès des forces kurdes
pour combattre Daesh. À son retour, il est placé sous surveillance
durant des mois, d'où ressortira une matière bien maigre: la possession
illégale d'une arme de chasse, et la fabrication par une partie du
groupe d'un explosif, l'un d'entre eux étant artificier. Une des pièces
du dossier est une vidéo les montrant faire exploser la préparation au
milieu d'un lac en rigolant et en buvant des verres: l'ambiance est plus
à la rigolade potache -l'action se déroule durant le premier confinement
décidé suite au Covid-19- qu'à la lutte armée.
Mais surtout, ce qui va nourrir le dossier pour le parquet, ce sont les
nombreux extraits d'écoutes de la DGSI et les saisies montrant
l'engagement politique des membres du groupe. En vérité, bien plus que
leurs maigres actions, ce sont bien leurs engagements politiques à
gauche qui leur sont reprochés. Mais aussi des pratiques anodines, comme
l'utilisation d'outils de protection de la vie privée comme
l'application Signal [3], interprétée comme un signe de radicalisation.
Dans sa guerre au peuple, l'État attend que nous soyons dociles face aux
formes publiques et privées qui nous entourent de plus en plus: le
simple fait de vouloir s'y soustraire est considéré comme suspect. Au
coeur du procès, se trouve l'accusation d'association de malfaiteurs
terroristes, une infraction aux contours flous créée en 1996.
Plus de 5ans après les arrestations, le verdict de l'appel était
attendu. S'il marque un léger recul de certaines peines, il entérine la
même logique sécuritaire et idéologique de la part de la justice. Libre
Flot est condamné à une peine très similaire à la première instance:
5ans de prison dont 3ans de sursis probatoire. De part sa longue
incarcération provisoire, il ne lui reste que 2mois de ferme à
effectuer, qui pourront donc être aménagés. Mais cette peine est aussi
assortie d'un suivi socio-judiciaire de 5ans, un suivi lourd sensé
«prévenir la récidive»... Comme en première instance, il reste aussi
inscrit au FIJAIT, le Fichier judiciaire des auteurs d'infractions
terroristes, une mesure qui est accompagnée de lourdes obligations de
suivi pendant 10ans [4].
Relaxe, take it easy
Pour les autres inculpé·es, l'inscription au FIJAIT est retirée par
l'appel. C'est une petite victoire. Elle est accompagnée d'une seconde:
la levée des interdictions de communiquer entre elles et eux, qui
visaient jusqu'à présent les échanges entre inculpé·es: une bonne façon
de leur interdire de se défendre collectivement et de les isoler. Après
plus de 5ans d'éloignement forcé, c'est aussi une avancée. Mais signe de
la forte portée politique de ce procès, la cour d'appel a ajouté une
peine inédite, et un peu étonnante: une peine d'inéligibilité de 5ans
pour les inculpé·es.
Pour quatre des inculpé·es, les peines de prison restent relativement
identique à la première instance: un léger allégement d'un côté, un
alourdissement pour un·e autre... L'un·e est condamné·e à 3ans et demi
de prison, dont 32mois de sursis. Les trois autres à 3ans de prison dont
2ans de sursis. Des peines, en partie couvertes par les détentions
provisoires, qui devraient pouvoir être aménagées en port de bracelet
électronique.
Vraie bonne nouvelle, le verdict se termine tout de même par un
acquittement! Celui de M, au «bénéfice du doute». Seul du groupe a ne
pas avoir été présent lors de la fabrication d'explosif, il semblerait
que ce point ait joué dans la décision. Il sort donc libre de cet appel,
on peut au moins s'en réjouir!
Le mythe de l'«ultra-gauche»
En bref, cinq désinscriptions du FIJAIT et une relaxe, mais tout de même
cinq condamnations à 5 à 3ans de prison pour association de malfaiteurs
terroristes (AMT), sur des bases toujours aussi légères. Comme en
première instance, la décision du tribunal est inquiétante dans ses
motivations, considérant qu'une condamnation pour AMT n'a pas besoin
d'un groupe constitué ni d'un projet concret pour être prononcée, mais
peut se contenter d'une «potentialité suffisante». Parmi les motivations
du tribunal, on trouve ainsi la «convergence manifeste se caractérisant
par une rupture avec la société».
C'est là la leçon la plus sombre de ce verdict: il entérine des années
de construction d'un mythe d'une «ultra-gauche» dangereuse voire
terroriste, que l'État aurait toute légitimité à surveiller, à contrôler
et à incarcérer. Parmi les éléments retenus pour justifier la
condamnation, figurent la possession de livres et de documents marqués à
«gauche», mais également le fait de tenir, à titre privé, des propos
critiquant l'État et ses incarnations, en particulier la police. Ce
verdict entérine aussi une logique de justice «préventive», qui se donne
la légitimité d'envoyer en prison des militants et militantes avec pour
seule base l'hypothèse d'une intention.
Alors, est-ce que s'en est fini de l'affaire du 8décembre? Tout dépendra
de la décision des inculpé·es de porter ou non leurs condamnations
devant la cour de cassation. Cette institution, très administrative,
pourrait éventuellement décider de casser le jugement et imposer un
second appel. Les inculpé·es ont jusqu'au 10octobre pour décider de la
saisir. Le collectif de soutien aux inculpé·es communiquera en principe
cette décision sur Paris-luttes.info, où il a publié son dernier
communiqué [5]. Le classement comme organisation terroriste de la
plateforme Autistici/Inventati par les États-Unis (voir les articles
dédiés) a en effet mené à la disparition du blog du collectif, qui y
était hébergé. Une actualité qui résonne fortement avec l'affaire du
8décembre: partout dans le monde, les accusations de terrorisme servent
de plus en plus ouvertement à faire taire les militants et militantes.
N. Bartosek (UCL Alsace)
Notes:
[1] Lina Rhrissi, «L'État condamné pour des fouilles à nu illégales
pendant une détention provisoire pour "terrorisme d'ultra-gauche"»,
Streetpress, 11 juillet 2023.
https://www.streetpress.com/1689079361-etat-condamne-fouilles-nu-illegales-detention-provisoire-tribunal-administratif-prison/
[2] Voir «Procès du "8 décembre", toutes et tous terroristes?» et
«Interview: "N'importe quel idéal révolutionnaire peut être jugé
terroriste"», Alternative libertaire n°346, février
2024https://unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Proces-du-8-decembre-toutes-et-tous-terroristes;
ainsi que «Affaire du 8décembre, suite et fin?», Alternative libertaire
n°373, juillet-aout 2026
https://unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Affaire-du-8-decembre-suite-et-fin
.
[3] «Affaire du "8 décembre": le droit au chiffrement et à la vie privée
en procès», La Quadrature du Net, 2 octobre 2023.
https://www.laquadrature.net/2023/10/02/affaire-du-8-decembre-le-droit-au-chiffrement-et-a-la-vie-privee-en-proces/
[4] Voir l'encadré «FIJAIT, fiché hess» accompagnant l'article «Procès
du "8 décembre", toutes et tous terroristes?», op. cit.
https://unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Proces-du-8-decembre-toutes-et-tous-terroristes
[5] Collectif de soutien aux inculpé·es du 8 décembre, «Affaire du
8décembre: le délibéré du procès en appel», Paris-luttes.info, 18
septembre 2026.
https://paris-luttes.info/affaire-du-8-decembre-le-delibere-21147
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Repression-Inculpe-es-du-8-decembre-l-Etat-persiste-et-signe
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