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(fr) Alternative Libertaire #372 (UCL) - Présidentielle 2027: Élections, piège à cons, et après?

Date Mon, 8 Jun 2026 18:44:24 +0100


Le battage politico-médiatique de l'élection présidentielle démarre. Quelle position tenir en tant que libertaires dans cette période propice à la politisation, pour rester audibles sans renier nos principes politiques? ---- Nous y voilà, le cirque électoral est bientôt de retour en ville! Et son vacarme risque bien d'occuper une grande partie de l'espace médiatique dans l'année à venir. On pourrait se dire qu'en tant que libertaires, nous n'en avons rien à faire. Politiquement oui, mais matériellement, cette actualité va hélas monopoliser les discussions et surtout ouvrir une séquence propices aux débats et à la politisation. Alors autant s'interroger sur la place à tenir de cette élection, tant que nous avons encore la tête froide. ---- La guerre des chefs ---- À droite comme à gauche les déclarations individuelles se multiplient ces dernières semaines. C'est particulièrement remarquable à droite, pourtant plutôt habituée à marcher bien en file derrière quelques chefs de partis. Mais l'explosion des Républicains, écartelés entre les macronistes et l'extrême droite, a fait sauter la discipline habituelle, et cette famille politique compte actuellement au moins 5candidats, dont certains poussent pour l'organisation d'une primaire. D'autres figures comme Dominique de Villepin semblent aussi vouloir profiter de la déstructuration du champ politique pour se présenter comme des hommes providentiels.

À l'extrême droite, le RN reste plutôt à l'abri de ce genre de débat: la seule question en suspens est celle de la condamnation ou non de Marine le Pen en appel, afin de savoir qui d'elle ou de Bardela représentera le RN, au milieu des habituelles candidatures folkloriques d'Asselineau ou de Dupont-Aignan. Peut-être qu'Éric ­Zemmour ou que Sarah Knafo viendront également prendre un peu la lumière des projecteurs.

À gauche, en surface le chaos est total, avec déjà plus d'une dizaine de candidatures possibles. Mais en réalité, l'affaire semble déjà pliée. Si quelques figures continuent de défendre l'idée ­d'une primaire à l'automne, l'initiative est en réalité morte dans l'oeuf, essentiellement du fait du refus de longue date de la France Insoumise d'y prendre part. Ce qui ne devrait surprendre personne: lancée en 2016, LFI n'est depuis sa création qu'un outil au service de l'ambition de Jean-Luc Mélenchon, qui l'a créée après avoir successivement quitté le PS et le Parti de gauche. Fort de son expérience, il construit LFI comme un mouvement «gazeux», comprendre une nébuleuse de militants et de militantes au service ­d'une direction autoritaire non-élue et ne répondant à aucun contrôle démocratique, simplement légitimée par des plébiscites ponctuels, le dernier en date étant celui sensé le confirmer comme candidat à la présidentielle et qu'il gagnera sans mal, étant la seule option proposée...

Si en tant que libertaires, on ne peut que grincer des dents devant les pratiques autoritaires de LFI, et l'habituation à ces fonctionnements qu'elle créée chez ses militants et militantes, il faut lui reconnaître une chose: son fonctionnement est parfaitement adapté à la VeRépublique, qui n'a rien à lui envier en terme d'autoritarisme, et récompense l'hyper individualisation de la politique. Dans ce cadre, LFI performe sans surprise, d'autant qu'elle a choisi de longue date une stratégie gagnante bien qu'incroyablement audacieuse: tenter de séduire l'électorat de gauche en proposant des politiques de gauche. Un niveau d'intelligence politique époustouflant dont le PS ne se remet toujours pas.

Un chef fait pour cheffer

Il en résulte une croissance régulière depuis 10ans. C'est ­toute la force de cette hyper personnalisation: pouvoir conserver au fil du temps l'inertie des campagnes précédentes, pour peu à peu centraliser l'électorat de gauche. Associée à la logique irrépressible du vote utile face à une extrême droite toujours plus ­haute, l'ascension des scores de LFI la place pour 2027 en position d'hégémonie dans la gauche électorale: son simple refus de la primaire suffit à rendre l'idée obsolète, et tous les partis réformistes sérieux semblent se poser la question de la pertinence de leur candidature.

D'autant que LFI travaille de longue date à se présenter comme la figure de proue de la gauche, en invitant les autres organisations à se ranger derrière elle, ce qui a porté ses fruits avec succès avec le POI ou la Libre Pensée par exemple. La NUPES puis le NFP, qui reprenaient en large majorité son programme, ont été l'occasion pour LFI de se présenter comme faiseuse d'union. Pour 2027, Les Écologistes et le Parti communiste français se retrouvent donc face à un choix complexe: présenter un ou une candidate au risque de passer pour des traîtres faisant obstacles à la victoire de la gauche, ou se coucher, au risque de consolider définitivement l'hégémonie de LFI et de se condamner à en être des satellites.

La participation aux élections représentatives constitue, pour le mouvement social et révolution­naire, une impasse qui ne peut engendrer que division, compromission, renoncement, institution­nalisation et instrumentalisation, éloignant les exploité·es de l'action directe.

Mais le discours de LFI vise ­aussi la gauche révolutionnaire: depuis maintenant plusieurs mois, Mélenchon aime à dire que son mouvement vise à rassembler des militants et militantes de tous horizons: «communistes, trotskystes, libertaires...». Tout le monde devrait faire l'union derrière ce politique de carrière, et remettre à plus tard les désaccords. Un discours qui semble trouver écho au NPA-A, où des figures comme Philippe Poutou commencent à prendre la parole dans le sens d'un soutien à la candidature de Mélenchon. Les tensions au sujet du comportement à adopter vis-à-vis de LFI ont pourtant grandement contribué à faire éclater le NPA en 2024. La gauche révolutionnaire devrait en retenir une leçon: elle a surement bien plus à perdre qu'à gagner en fricotant avec les réformistes.

Notre route est droite, mais la pente est forte

Les communistes libertaires de l'UCL n'ont pas pour habitude de donner des consignes de vote, quelles qu'elles soient. Dans une période de montée fasciste et d'urgence écologique, les discours abstentionnistes seraient plus inaudibles que jamais, une grande partie de la population ayant du mal à dépasser l'horizon politique de l'électoralisme. En même temps, l'histoire nous apprend qu'il n'y aucune attente à avoir d'un parti réformiste comme LFI: nous connaissons le bilan de Mitterand après 1981, alors qu'il portait un programme à bien des égards largement plus radical que celui de LFI. Pire, avec l'extrême droite en embuscade, on peut légitimement craindre qu'une énième trahison de la gauche électorale ne puisse parachever son ascension, et enterrer durablement tous les discours progressistes.

Mais le temps de la campagne électorale reste une période propice à la politisation, pendant laquelle les libertaires peuvent aussi porter leurs discours, et tenter de convaincre autours d'elles et eux de l'urgence qu'il y a à s'investir sur le temps long, en dehors du calendrier électoral. Après 10ans de macronisme, le cadre des élections bourgeoises n'a jamais été aussi ouvertement ridicule: tout le monde constate la vacuité des institutions, et c'est d'ailleurs sur cette vague que ­surfe LFI en se présentant comme porteuse d'une «révolution citoyenne». À nous de politiser ce rejet des institutions de l'État en l'orientant vers nos propositions authentiquement révolutionnaires. Car quelle que soit l'issue des élections en 2027, une seule chose est sure: que ce soit pour défendre nos droits et nos intérêts de classes, ou pour arracher des conquêtes sociales, il faudra plus que jamais continuer et renforcer nos luttes en 2027.

N. Bartosek (UCL Alsace)

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Presidentielle-2027-Elections-piege-a-cons-et-apres
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