A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours | of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025 | of 2026

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Communistes Libertaire CGT - La police et la gauche

Date Mon, 8 Jun 2026 18:44:18 +0100


Anthony Caillé est l'emblématique policier militant CGT. Nous ne partageons pas ses illusions sur la police nationale mais ses interrogations sont pertinentes, et probablement sincères. C'est pourquoi nous les reproduisons ici: ---- Si la gauche gagne en 2027, qu'est-ce qu'elle fait de la police? Paru dans l'Humanité du 5 juin 2026. ---- Si la gauche gagne en 2027, qu'est-ce qu'elle fait de la police? Pas ce qu'elle en dira. Ce qu'elle en fera. La nuance a l'air de rien, et c'est pourtant tout l'écart entre une opposition et un gouvernement. Dans l'opposition, on parle de la police. Au pouvoir, on la commande. Et je ne suis pas sur qu'à gauche on ait compris que ce n'est pas le même métier. ---- Je pose la question de l'intérieur. Je suis de gauche, et je suis policier. Ça ne me donne aucune réponse de plus que les autres; ça m'enlève seulement le confort d'y répondre en théorie. À force, j'ai appris à reconnaître le moment où, chez nous, on cesse de réfléchir pour réciter. Il revient à chaque fois que la police fait l'actualité. Une charge, un blessé, une bavure, et le réflexe tombe: on dénonce. On a souvent raison de dénoncer. Mais à force de ne savoir faire que ça, on ne sait plus rien faire d'autre - surtout pas gouverner.

Prenez n'importe quel samedi soir un peu chaud. Une grande victoire de football, pour ne rien nommer. Des dizaines de milliers de gens dans la rue, et au matin le même partage des rôles.

D'un côté, le récit de l'ordre: la ville livrée au chaos, des centaines d'interpellations, un procureur pour rappeler que la police est le mur qui protège la civilisation du désastre, et une loi déjà prête pour un «choc d'autorité». De l'autre, le récit inverse: des charges aléatoires, du gaz jusque dans le métro, un adolescent qui perd un oeil, un journaliste matraqué alors qu'il filmait, brassard «Presse» au bras. Deux récits, deux camps, et chacun parfaitement vrai - à condition de ne regarder que sa moitié.

Car les deux moitiés ont eu lieu. Il y a bien eu des tirs de mortier sur les forces de l'ordre, des vitrines brisées, des pillages, 178 policiers blessés. Et il y a bien eu un gamin de treize ans éborgnés par un tir de LBD, un reporter à terre, des passants gazés à bout portant. Le réel ne tient dans aucune des deux cases. Mais le débat n'en offre que deux. Et à la première question posée à l'Assemblée, la gauche entre dans la sienne - la dénonciation - comme on enfile un costume taillé d'avance.

Je ne dis pas qu'elle a tort sur les faits. Je dis qu'elle accepte le piège. On lui tend une case, elle s'y installe, et en s'y installant elle confirme ce qui la disqualifie: l'idée qu'elle ne sait voir dans la police qu'un adversaire. Le réflexe est moral, il ne coute rien dans l'opposition. Mais il instruit d'avance le procès de 2027: comment confier la maison à ceux qui n'ont jamais su en parler autrement qu'en la pointant du doigt?
Alors faisons l'hypothèse inverse. La gauche gagne. Cette nuit-là, ce n'est plus elle qui dénonce: c'est elle le ministère de l'Intérieur. C'est sa préfecture qui décide de déployer, ou non, vingt-deux mille hommes. C'est sa doctrine qui dit s'il faut quadriller, disperser, charger - ou tenir autrement.

C'est son procureur qui requiert. La dénonciation, d'un coup, ne sert plus à rien: il faut commander.

Dénoncer un éborgné, nous savons tous le faire. Empêcher qu'il y en ait un sans renoncer à tenir la rue, c'est un autre métier. C'est celui qu'on n'apprend jamais dans l'opposition, et qu'on découvre le matin où les compagnies attendent un ordre - le nôtre.

On me dira que la gauche a un programme. C'est vrai. Sur la police, elle n'est pas démunie: proximité, contrôle démocratique, refonte de la doctrine de la force, formation. Des idées, il y en a. Mais un programme est une promesse, et le commandement est un acte. Et le seul précédent que nous ayons est mauvais: la dernière fois que nous avons tenu le ministère, nous avons installé l'état d'urgence, et envoyé sur un mouvement social un maintien de l'ordre que nous dénoncions ailleurs.
La droite n'a eu qu'à hériter de nos outils. Rien ne garantit qu'au pouvoir nous ferions autrement - et c'est cette absence de garantie, pas un procès d'intention, qui devrait nous inquiéter.

Le plus troublant, c'est la case que personne n'occupe. Pendant que l'un crie au chaos et l'autre aux violences, presque personne ne parle de ce qui marche ailleurs. À Londres, un titre de champion, des centaines de milliers de personnes dans la rue, cinq cents policiers, neuf interpellations. Pas un miracle: une doctrine. Traiter une fête comme un événement à organiser, pas comme un problème de police. Cette case-là - celle de l'organisation plutôt que de la morale - est vide. Une gauche prête à gouverner s'y précipiterait. Elle préfère la nôtre, plus confortable, où l'on a raison sans avoir à réussir.

Reste la question que je garde pour la fin, parce que c'est la mienne. Pour diriger une institution, il faut un point d'appui dedans. Des voix de gauche qui portent encore à l'intérieur de la police, combien sommes-nous? Une poignée. Je le sais, j'en suis. Et cet isolement n'est pas un accident de parcours: c'est peut-être la mesure exacte du problème. Si la gauche gagne et tend la main vers la police, elle ne trouvera, à l'intérieur, presque personne pour la saisir - et le peu qui reste, elle a passé des années à ne pas l'écouter.

Je n'ai pas la réponse. J'ai une crainte. La question n'est peut-être pas de savoir si la gauche peut diriger la police. C'est de savoir si elle sait encore en parler autrement qu'avec les mots qu'on lui glisse dans la bouche le soir d'une émeute. Car on ne dirige bien que ce qu'on a d'abord su penser. Et ça, pour l'instant, nous ne le savons plus.

https://www.communisteslibertairescgt.org/La-police-et-la-gauche.html
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center