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(fr) Anarchosyndicalisme! n°196 (CNT-AIT) - La maltraitance institutionnelle organisée dans le périscolaire
Date
Sat, 23 May 2026 09:22:00 -0400
Je suis revenue dans le monde du périscolaire après cinq ans d'absence.
J'ai fait le choix de me barrer parce-que j'étais en train de me faner
doucement mais surement. ---- Je suis coordinatrice, pour un temps. ----
Ce que j'ai retrouvé n'est pas un secteur en difficulté. C'est un champ
sinistré. Des équipes brisées, des directions épuisées, des animateurs
précarisés, abandonnés, remplaçables. Cela a toujours été, mais
l'évolution est très inquiétante. ---- Et au-dessus, des institutions
qui savent parfaitement ce qu'elles font. Ce sont des choix politiques.
---- Il faut cesser de parler de manque de moyens comme d'une fatalité.
Les collectivités territoriales organisent sciemment la pénurie: budgets
contraints, postes non remplacés, précarité maintenue, formation
sacrifiée. Tout cela est connu. Rien n'est corrigé. Pourquoi? Parce que
ça tient quand même. Parce que nous tenons.
Le système repose sur une mécanique simple: pousser jusqu'à la limite.
Les personnes tombent en «burn-out». Elles sont remplacées ou pas.
Épuiser les directions, les coordinations, jusqu'à qu'elles deviennent
des gestionnaires de crise permanents. Maintenir les équipes sous
tension constante. Accepter la dégradation des pratiques, tant que le
service minimum est assuré. On ne cherche plus à bien faire, on cherche
à ce que ça ne s'effondre pas complétement. Et quand ça craque? On
remplace ou on laisse pourrir.
Les animateurs sont maintenus dans une instabilité permanente. Temps
partiels imposés, salaires indignes, formation de mauvaise qualité ou
inexistante. Et maintenant, faute de recrutement, plus aucun filtre. On
garde, on bricole, on expose tout le monde, enfants comme
professionnels, à des situations de plus en plus dégradées. Ce n'est pas
seulement de la négligence, c'est un mode de gestion. Un personnel
précaire, interchangeable, épuisé, est un personnel qui ne conteste pas.
Qui ne tient pas dans la durée, qui ne construit pas de collectif.
L'éducation populaire est vidée, neutralisée. On continue d'utiliser les
mots «émancipation», «pédagogie», «collectif» mais sur le terrain, c'est
très compliqué de mettre la théorie en action. C'est l'usine. On a plus
le temps de vraiment penser.
L'éducation populaire est vidée de sa substance pour devenir un outil de
gestion sociale à bas cout.
Le système tient par notre soumission. Il faut le dire, ce système tient
parce que nous acceptons de le faire tenir. Souvent, par conscience, par
humanisme, par passion, par attachement, par culpabilité aussi. Parce
qu'on ne veut pas abandonner les enfants, parce qu'on compense, parce
qu'on pallie, parce qu'on absorbe. Mais ce que nous faisons malgré nous,
c'est prolonger une organisation qui nous détruit.
Continuer à faire mieux dans ces conditions, ce n'est plus être
professionnel, c'est participer à la normalisation de l'inacceptable.
Il faut refuser de compenser en permanence, de masquer les
dysfonctionnements et de faire croire que «ça fonctionne». Il faut
construire un rapport de force. Il n'y aura aucune amélioration sans
conflit. Les collectivités territoriales ne changeront rien sans y être
contraintes. Il faut bloquer, désorganiser ce qui nous écrase et refuser
d'être les rouages dociles de cette machine.
Nous devons arrêter d'encaisser. Nous ne sommes pas des variables
d'ajustement, nous ne sommes pas des amortisseurs sociaux.
Nous sommes celles et ceux qui font vivre l'éducation au quotidien. Et
sans nous, rien ne tient. Oui, ils organisent depuis longtemps la casse.
Mais nous pouvons organiser la riposte. Et cette fois, il va falloir
aller jusqu'au bout.
Maya
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1503
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