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(fr) Socialisme Libertaire - La leçon de Colin Ward
Date
Fri, 26 Dec 2025 15:38:00 +0000
«Le 11 février 2010 au soir, Colin Ward est mort à l'hôpital d'Ipswich,
en Angleterre. Un message de sa compagne Harriet nous l'a fait savoir
rapidement, en quelques mots émus. La nouvelle de sa disparition s'est
vite diffusée sur internet (lui qui utilisait toujours sa vieille
machine à écrire!), et les témoignages ont afflué auprès de Harriet et
de ses fils. Colin a été et reste pour moi un maître, une personne qui
ne te révèle jamais la vérité mais qui t'incite à la chercher en toi et
dans les petites choses du quotidien. L'avoir connu, l'avoir reçu comme
ami est un privilège; il laisse un grand vide en moi et en d'autres qui
l'ont connu. Colin était d'une génération rare de ces anarchistes
d'après-guerre qui ont entretenu le flambeau de l'anarchisme et témoigné
de leur choix par une vie militante, anoblissant l'idée anarchiste par
leur sensibilité et leur humanité.
Fils d'un instituteur, militant travailliste, et d'une secrétaire, Colin
est né le 14 aout 1924 à Wanstead, dans l'Essex. À l'école, il n'est pas
un élève particulièrement brillant, et arrête à l'âge de 15 ans. Il
trouve un premier emploi dans une entreprise qui construit des refuges
aériens, puis dans les bureaux techniques de la commune d'Ilford. C'est
là qu'il découvre les injustices de la bureaucratie dans l'allocation de
logements populaires, dans une région où règnent la pauvreté et la
misère. Il a déjà été sensibilisé dans sa famille: un de ses souvenirs
les plus chers est d'avoir assisté avec son père à un Premier-Mai à Hyde
Park, en 1938, où a parlé Emma Goldman.
En 1942, il est appelé à l'armée; à Glasgow, un ancien mineur, Frank
Leech, lui fait connaître les idées anarchistes et l'incite
immédiatement à écrire pour War Commentary, périodique dirigé par Vernon
Richards et Maria-Luisa Berneri, où il publie son premier article. Quand
ses obligations militaires le lui permettent, il fréquente assidument le
groupe anarchiste local. Il se cultive aussi en allant à la bibliothèque
publique. Ce sera une constante de toute sa vie, cohérente avec son mode
de vie simple: dans la maison de Debenham (Suffolk), où il a vécu les
trente dernières années de sa vie avec Harriet, il y a peu de livres et
beaucoup de notes et de coupures de journaux, car il n'a cessé de
recourir aux services de la bibliothèque publique.
Frank Leech en prison fait une grève de la faim; lorsque Colin va le
voir en uniforme (il n'a rien d'autre à se mettre), il est envoyé en
punition aux îles Orcades et Shetland où il restera jusqu'à la fin de la
guerre.
Libéré finalement en été 1947, il rejoint la rédaction du périodique
Freedom auquel il a déjà envoyé nombre d'articles. Il y retrouve des
compagnons qui deviendront ses amis, John Hewetson, Vernon Richards,
Philip Sansom, Maria Luisa Berneri, puis George Woodcock, Herbert Read,
Alex Comfort, Geoffrey Ostergaard, Gerald Brenan. Sa collaboration est
assidue. Dès le début des années 1950 il se consacre à des thèmes qui
lui seront chers, le logement, l'espace urbain, le contrôle ouvrier,
l'auto-organisation dans les usines, l'auto-suffisance agricole, la
décolonisation. Il est particulièrement attentif, grâce à ses côtés
empiriques et ouverts, à ce qui se passe dans le monde intellectuel, et
signale les contributions qui peuvent intéresser un mouvement anarchiste
peu nombreux qui se reconstitue avec peine, notamment les développements
de la recherche sociologique ou historique, avec des auteurs comme
Isaiah Berlin.
Faisant un bilan de cette période, Colin Ward écrit qu'il a cherché à
faire rentrer l'anarchisme dans le mouvement intellectuel, dans le champ
des idées prises au sérieux. C'est à cela qu'il s'attachera en fondant
une revue mensuelle, sans doute la plus sérieuse et la plus intéressante
de ces années-là, Anarchy, qu'il rédigera de 1961 à 1970. Colin la
fabrique chez lui, écrivant au début beaucoup de textes signés de divers
pseudonymes (John Ellerby, John Schubert, Tristram Shandy) ou anonymes.
Pour son biographe et ami David Goodway, la revue " exsude la vitalité,
elle correspond aux tendances de l'époque, elle parle aux jeunes gens.
Elle s'occupe surtout de questions comme le logement et les occupations
de maisons, l'école, le contrôle ouvrier, le système pénal ". Grâce à la
rencontre avec Murray Bookchin, elle va aussi parler d'écologie et de
technologies appropriées. Tout cela à la lumière d'une nouvelle culture
libertaire, intégrant les réflexions scientifiques, sociologiques et
philosophiques contemporaines et renouvelant les anciennes spéculations
anarchistes. Ses collaborateurs sont de plus en plus compétents,
proviennent de tous les milieux et militent dans divers groupes et
associations anti-autoritaires.
Anarchy trouve un tel écho que d'autres revues, militantes ou établies,
demandent des collaborations à Colin Ward. Au début des années 1970 la
série Penguin Education publie ses premiers livres, Violence, Work,
Utopia, qui s'adressent aux adolescents. Il publiera bientôt son livre
le plus connu, Anarchy in action (traduit dans plusieurs langues [Aucune
traduction en français à notre connaissance] ).
Ce livre renverse la conception traditionnelle de l'anarchisme, qu'il ne
présente pas comme quelque chose qui doit advenir mais comme une réalité
déjà présente, avec toutes les implications méthodologiques et
idéologiques que cela comporte. Ce livre, écrit Ward, veut démontrer
qu'une société anarchiste, une société qui s'organise sans autorité,
existe de tout temps, comme le grain sous la neige [c'est le titre d'un
roman d'Ignazio Silone, qu'il appréciait particulièrement], enfouie sous
le poids de l'État et de la bureaucratie, du capitalisme et de son
gaspillage, des privilèges et des injustices, du nationalisme et de sa
réalité mortifère, des religions et de leurs superstitions et
discriminations.
Cela veut dire que les moyens pour réaliser l'anarchisme sont à portée
de main: il suffit de regarder d'un autre oeil, plus attentivement, la
réalité spontanée que vivent les hommes et les femmes sans le filtre de
la domination et de l'oppression. Colin Ward le montre par des exemples
concrets, recueillant des données dans les sciences sociales; il reprend
ainsi les thèses de Kropotkine qu'il trouve les plus adéquates (il
publiera d'ailleurs une édition commentée et mise à jour de Champs,
usines, ateliers) pour décrire des situations libertaires dans
l'urbanisme, dans l'économie, dans l'éducation.
Cette vision de l'anarchisme le rapproche de réflexions d'Alexandre
Herzen, qui disait qu'un but situé dans l'infiniment lointain n'est plus
un but, c'est une mystification. Ou des intuitions de Gustav Landauer,
pour qui l'État n'est pas une chose que l'on peut détruire par une
révolution, mais que c'est une condition, une manière de relations entre
les êtres humains, une manifestation de leur comportement; il ne pourra
être détruit qu'à condition de créer de nouvelles relations, de nouveaux
comportements. Enfin Ward a été influencé par Paul Goodman, qui écrivait
que le principe fondamental de l'anarchisme n'est pas la liberté mais
l'autonomie, la capacité d'entreprendre une tâche et de la réaliser à sa
manière; ou qu'une société libre ne peut remplacer l'ordre ancien par un
ordre nouveau mais doit élargir les domaines de l'agir autonome à toute
la vie sociale.
Il a su décrire de manière exemplaire l'usage non conventionnel que les
humains, enfants et adultes, font de leur milieu, de la ville qu'ils
habitent, des écoles qu'ils fréquentent, de leurs jeux et de leurs
activités, dès qu'ils se libèrent de l'hégémonie suffocante de la
domination, et comment cet usage libertaire nous permet d'entrevoir les
rapports égalitaires et solidaires qui s'instaurent alors. C'est cela
qu'il faut encourager, stimuler, développer pour créer dès maintenant
d'autres sociétés. L'alternative anarchiste " propose la fragmentation
plutôt que la fusion, la diversité au lieu de l'unité, une masse de
sociétés et non une société de masse ".
Colin Ward a travaillé comme architecte et aménagiste, enseignant,
journaliste, il a publié de très nombreux livres. En français, l'Atelier
de création libertaire (Lyon) a publié L'anarchie en société:
conversations avec Colin Ward, par David Goodway, ainsi que Les voleurs
d'eau: les déboires marchands d'un bien commun et La liberté de
circuler: pour en finir avec le mythe de l'automobile. Il ne prêchait
pas, il pratiquait effectivement les transports publics, nombre d'entre
nous peuvent en témoigner.
Il laisse en nous un grand vide, mais aussi l'exigence de reprendre le
témoin pour continuer de défendre un anarchisme concret, à la portée de
chacune et chacun.»
Francesco Codello (adapté de A/Rivista Anarchica, n°342, Milan, avril
2010)
SOURCE: Partage Noir
https://www.socialisme-libertaire.fr/2025/12/la-lecon-de-colin-ward.html
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