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(fr) Alternative Libertaire #365 (UCL) - Mobilités collectives: La gratuité des transports publics, un choix de société
Date
Fri, 28 Nov 2025 17:50:16 +0000
En France, une vingtaine de collectifs répartis sur l'ensemble du
territoire se sont regroupés au sein de l'Union pour la gratuité et le
développement des transports publics, collectifs constitués
d'organisations syndicales, politiques et associatives (à Grenoble l'UCL
y participe avec ATTAC, Handi-moi tout, la CGT, la FSU, Solidaires,
Ensemble!, Génération·s, LFI, NPA l'Anticapitaliste et PCF), et plus
rarement d'individus. ---- Les enjeux sont multiples: écologiques,
sanitaires et de justice sociale. Les transports constituent la première
source d'émissions de gaz à effet de serre en France. Leur part dans les
émissions de GES n'a cessé de croître au cours des dix dernières années,
atteignant 34% en 2023, dont 53% dus aux voitures particulières (22%
pour les poids lourds et 15% pour les utilitaires légers). Ils sont
également responsables d'une pollution majeure via les particules fines
et ultrafines, 28% des microparticules de plastique rejetées par an dans
les océans proviendraient des pneus ce qui en ferait la deuxième source
après le lavage des textiles synthétiques. Santé publique France
explique que cela aurait des conséquences sur la santé à court terme,
l'exposition aux polluants pouvant aggraver des pathologies
respiratoires chroniques (asthme, bronchite...) et exposer les personnes
les plus fragiles à une mort prématurée. Mais aussi sur le long terme:
même à de faibles niveaux de concentration, une exposition sur plusieurs
années peut augmenter les risques de développement de maladies
cardiovasculaires et respiratoires et du cancer du poumon, ayant un
impact sur la perte d'espérance de vie et la mortalité.
À ces impacts s'ajoutent d'importantes inégalités sociales: pour les
ménages modestes ou les habitants et habitantes des périphéries, le cout
et l'accessibilité des transports conditionnent l'accès à l'emploi, aux
soins et aux loisirs. Dans une société où les villes sont
compartimentées -zones commerciales, villes-dortoirs, centres-villes,
campagnes- la mobilité est devenue un enjeu de cohésion sociale. La
gratuité des transports permettrait de lutter contre la ségrégation
spatiale, souvent liée à des fractures sociales et raciales. Elle ne
constitue donc pas seulement une mesure technique mais bien un choix de
société, consacrant la mobilité comme un droit fondamental et un bien
commun.
Contrairement à une idée reçue, la gratuité des transports n'est pas une
utopie. Elle est déjà mise en oeuvre avec succès dans plusieurs villes
françaises. En 2025, 2,6millions d'habitants et habitantes vivent dans
des territoires où les transports sont gratuits, et ils seront
3,3millions en 2026. Cela correspond à 47réseaux en gratuité totale,
dont 8agglomérations de plus de 100 000habitants (Montpellier, Calais,
Douai, Dunkerque, Niort, Bourges, Arcueil, Aubagne) et 13collectivités
de plus de 50 000habitants.
Il faut savoir que la part payée par les usagers représente en moyenne
moins de 20% du budget de fonctionnement des transports publics, le
versement mobilité des entreprises finançant la plus grande partie. En
portant le versement mobilité à 3% de la masse salariale, comme c'est
déjà le cas en Île-de-France, la gratuité pourrait être généralisée.
Cependant, pour que la gratuité soit efficiente, elle demande souvent un
investissement pour accroître le réseau en fréquence et en taille. Si la
gratuité a un cout lié à l'extension du réseau, celui du trafic routier
a lui aussi un cout caché avec des répercussions considérables. Dans une
étude publiée en 2015, le Sénat estimait les couts sanitaires, sociaux
et économiques de la pollution de l'air entre 68 et 97milliards d'euros
par an. D'après l'Observatoire national interministériel de la sécurité
routière, les accidents de la route représentaient en 2023 un cout
annuel d'environ 52,8milliards d'euros. À cela s'ajoutent le cout des
embouteillages et celui de l'entretien routier, qui serait réduit avec
une circulation moindre.
Quant aux technosolutionnismes prônées par nos industriels et nos
gouvernements via l'utilisation massive de la voiture électrique ou à
hydrogène, en admettant qu'elles ne soient pas une aberration écologique
(extraction massive de matières premières, fabrication et recyclage des
batteries, production de nouveaux véhicules avec un remplacement
anticipé de voitures thermiques encore fonctionnelles), ces technologies
ne résoudraient pas les problèmes d'embouteillages, l'emprise des routes
et autoroutes qui contribue à l'artificialisation des sols, ni la
pollution aux particules fines (pneus et freins). Elles ne répondent pas
davantage aux enjeux de justice sociale. Rappelons que
l'artificialisation des sols a plusieurs conséquences: elle contribue au
réchauffement climatique, car plus un sol est artificialisé, moins il
est capable d'absorber le CO2, et elle favorise le phénomène d'îlot de
chaleur urbain; elle entraîne l'imperméabilisation des sols, ce qui
augmente le ruissellement et le risque d'inondation; elle réduit le
potentiel agronomique des sols et accélère la perte de biodiversité en
détruisant les habitats naturels des espèces.
La gratuité des transports publics est un levier pour rompre avec la
marchandisation du monde et réaffirmer l'importance des communs. Pour
élargir la réflexion, on pourrait envisager la gratuité de tous les
besoins sociaux de base: eau, énergie, santé, éducation... Les plus
aptes à déterminer ces besoins restent les peuples, via une véritable
démocratie et une vision internationaliste, et non une démocratie
représentative qui favorise les intérêts des dominants. Cette conquête
ne constitue pas en soi une révolution, mais une victoire sociale et
écologique concrète. Elle permet de construire une contre-hégémonie
culturelle, de modifier les modes de consommation et d'interroger
l'organisation de la production. Elle améliore immédiatement les
conditions de vie tout en gardant en tête notre projet de société: une
transformation complète vers une société communiste libertaire.
Red Coal et Léo (UCL Grenoble)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Mobilites-collectives-La-gratuite-des-transports-publics-un-choix-de-societe
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