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(fr) Courant Alternative #353 (OCL) - Premier procès de l'esclavage en Champagne
Date
Fri, 24 Oct 2025 09:41:30 -0400
Lors de la récolte 2023, en Champagne, quatre vendangeurs ont trouvé la
mort au cours d'une récolte marquée par de fortes chaleurs. ---- Rappel
des faits ---- En parallèle, quatre hébergements ont été fermés par
arrêté préfectoral pour insalubrité, dont l'un à Mourmelon-le-Petit (160
personnes hébergées en majorité ukrainiennes) et un autre à
Nesle-le-Repons (73 sans papiers d'origine sénégalaise, malienne,
soudanaise ou encore mauritanienne selon le calcul des fonctionnaires).
---- Celui qui va faire le plus parler est celui de Nesle-le-Repos dont
le procès a eu lieu en juin (les résultats ont été communiqués en
juillet). C'est suite à un contrôle de l'inspection du travail que le
préfet de la Marne a pris un arrêté le 15 septembre 2023 pour fermer un
hébergement à Nesle-le-Repons qui ne respectait pas la règlementation en
matière d'hébergement collectif. À l'intérieur, des dizaines de
travailleurs sans papiers, employés par un prestataire de service pour
faire les vendanges en Champagne, mal logés et mal nourris, Ils sont 57
victimes identifiées dans l'affaire dite des «vendanges de la honte»,
expression employée par l'intersyndicat CGT Champagne au moment des faits.
Premier procès
C'est en juin 2025 que s'est déroulé le procès de trois individus
accusés de traite d'êtres humains sur 57 saisonniers. «Des sanitaires
sales et vétustes, des couchages sur des matelas, parfois gonflables, à
même le sol, des lieux de vie et d'alimentation situés à l'extérieur,
soumis aux intempéries...» La liste des manquements énumérés par la
procureure de la République du parquet de Châlons-en-Champagne, offre un
aperçu des conditions de vie indignes dans lesquelles étaient hébergés
une cinquantaine de saisonniers de Nesles-le-Repons, en marge des
vendanges 2023.
Les 57 sans papiers, soutenus par la CGT, sont présents au procès et
vont témoigner. «Nous étions maltraités, nous ne mangions pas, nous
n'avions pas le droit à la parole. En un mot, nous étions comme des
esclaves», «Je n'aurais jamais pensé que des gens qui font du champagne
nous hébergent dans un endroit où même des animaux ne se sentiraient pas
bien. Tout était sale. On ne pouvait pas se laver et, pour faire cuire
du riz, il fallait faire un feu de bois car il n'y avait aucun réchaud à
gaz...». «Aujourd'hui, nous demandons des réparations pour le préjudice
subi. Nous n'avons toujours pas reçu un seul centime pour le travail
fourni.» «Ce que l'on a vécu là-bas, ce fut vraiment horrible.
Franchement, cette expérience nous a traumatisés. Nous n'avons pas pu
avoir de soutien psychologique derrière, car quand tu n'as pas de
papiers, tu n'as pas de droits. Aujourd'hui, nous voulons que justice
soit rendue».
Dans cette sordide affaire, trois individus sont convoqués pour répondre
du chef d'accusation de «traite d'êtres humains». Il s'agit de la
gérante de la société de prestation de main-d'oeuvre Anavim, basée à
Paris, ainsi que deux hommes qui ont participé au recrutement des
saisonniers. Un autre prévenu a été convoqué dans cette affaire. Il
s'agit d'un producteur de champagne implanté à Mareuil-le-Port, à
proximité de Dormans. Il lui est reproché d'avoir fait appel à la
société de prestation Anavim pour réaliser ses vendanges. Il devra donc
répondre des chefs d'accusation de «recours aux services d'une personne
exerçant un travail dissimulé» et «recours aux services d'un employeur
d'un étranger non autorisé à travailler».
Dans cette affaire hors norme, les 57 vendangeurs ne seront pas les
seules victimes présumées, puisque onze organisations se sont également
portées partie civile. Au premier rang, le Comité Champagne,
représentant de toute la filière. Représentant des travailleurs, le
syndicat CGT, qui a longuement accompagné les saisonniers en Champagne
mais aussi à Paris, s'est également porté partie civile. «On ne peut, en
Champagne, cueillir des raisins avec de la misère humaine», plaide le
secrétaire général de l'intersyndicale CGT du champagne. D'autres
organisations ont également souhaité s'engager dans ce procès aux côtés
des représentants du monde du champagne: la Ligue des droits de l'Homme,
le Comité contre l'esclavage moderne, ou encore la MSA Île-de-France.
Vendangeurs à Nesle-le-Repons
De nombreux autres chefs d'accusation sont portés à l'encontre de la
gérante de la société de prestation de main-d'oeuvre Anavim, basée à
Paris, notamment «exécution d'un travail dissimulé», «emploi d'un
étranger non muni d'une autorisation de travail», «soumission de
plusieurs personnes vulnérables ou dépendantes à des conditions
d'hébergements indignes» et «rétribution inexistante ou insuffisante de
personnes vulnérables ou dépendantes».
Pour la gérante de la société prestataire Anavim, en raison de son
attitude tout au long du procès - «cherchant largement à se défausser»
-, il a été établi qu'il y avait un risque de réitération des faits. Sa
société est dissoute, et elle est condamnée à 20 000 euros d'amende et
quatre ans de prison, dont deux ferme, avec mandat de dépôt. Elle est
incarcérée depuis le 4 aout.
Mis en cause pour avoir concouru au recrutement des vendangeurs ainsi
qu'à leur encadrement dans de mauvaises conditions, les deux hommes qui
ont participé au recrutement des saisonniers sont respectivement
condamnés à trois ans d'emprisonnement dont un ferme, et à deux ans
d'emprisonnement dont un ferme. Ils se voient respectivement contraints
de payer une amende de 5 000 et 3 000 euros, sont interdits de séjourner
dans la Marne pour cinq ans et interdits de porter et détenir une arme
pendant cinq ans également.
Quatrième prévenu, la Sarl Cerseuillat de la Gravelle, qui a fait appel
aux services d'Anavim, écope d'une amende de 75 000 euros.
Les trois prévenus principaux sont condamnés à diverses amendes à
destination des parties civiles, 4 000 euros par vendangeur à
destination des 57 plaignants, mais aussi - le plus souvent - 2 000
euros, dont 1 000 de frais de défense, aux six associations et/ou
acteurs du secteur qui s'étaient constituées parties civiles, parmi
lesquelles la Ligue des droits de l'Homme et l'intersyndicat
CGT-Champagne. Celle à verser au comité interprofessionnel de vin de
Champagne est de 6 000 euros dont 1 000 de frais de défense au nom du
préjudice perpétré à «l'image» du Champagne.
L'avocat de la gérante, a déclaré: «Tout le monde s'achète une virginité
sur le dos de ma cliente et la voit comme une coupable idéale. Mais la
filière a longtemps fermé les yeux sur ses propres pratiques». Il a
déclaré faire appel.
Difficile d'établir le cheminement des raisins
Le gérant de la société Cerseuillat de la Gravelle à Mareuil-le-Port
déclare: «Je suis moi-même prestataire pour plus de 40 clients en
Champagne, a réagit le gérant de la société Cerseuillat de la Gravelle.
Je cueille du raisin pour une partie du village, des exploitants
viticoles, mais aussi des membres du négoce. Rien que sur mon centre de
pressurage, j'ai 14 maisons de champagne qui viennent chercher du jus de
raisin.» Le prestataire champenois travaille ainsi avec plus de 300
saisonniers pendant les vendanges, dont une cinquantaine embauchés via
la société Anavim. Un système de prestation en cascade donc, qui ne
permet pas d'établir avec certitude la destination des raisins récoltés.
La société Cerseuillat de la Gravelle travaillait depuis 2022 avec la
société Anavim. Le prestataire champenois payait ainsi les services de
la société Anavim au tarif de 0,45 € par kilo de raisin cueilli, bien en
dessous des prix du marché. Il refacturait ensuite à ses clients
champenois 0,55 à 0,60 € du kilo de raisin. À savoir si ce tarif bon
marché n'aurait pas du l'alerter, le prestataire champenois a répondu:
«il est très difficile de trouver de la main-d'oeuvre en Champagne
pendant les vendanges. Les documents fournis par la société Anavim me
paraissaient conformes. Je n'ai pas posé plus de questions.»
Selon les bruits qui courent, la société Cerseuillat de la Gravelle
aurait embauché la gérante de la société prestataire Anavim avant son
incarcération.
Un autre procès vient de se dérouler sur les pratiques dans le
champagne. Un ex-vigneron marnais (vignes déclassées en 2020 par
l'interprofession pour infraction au cahier des charges), installé à
Billy-sur-Aisne (Aisne), près de Soissons, et à Champlat-et-Boujacourt
(Marne), avait acheté des vins d'Espagne et d'Ardèche, y ajoutant
liqueur et gaz carbonique avant d'y apposer l'étiquette champagne. Il a
reconnu avoir élaboré entre 500 000 et 600 000 bouteilles de faux
champagne entre 2022 et 2023, et a été condamné à 4 ans
d'emprisonnement, dont 2 ans et 6 mois avec sursis, ainsi qu'à 100 000
euros d'amende, ce mardi 2 septembre 2025 par le tribunal correctionnel
de Reims. Sa femme écope de 2 ans d'emprisonnement avec sursis et 100
000 euros d'amende. Leclerc avait acquis 200 000 bouteilles en 2022
(revendues à 8,50 €). Le volet douanier de l'affaire - concernant les
exportations du faux champagne - a été reporté au 3 février 2026.
L'entrepreneur fait aussi face à une autre procédure judiciaire pour des
accusations de violences sexuelles portées par plusieurs de ses
ex-employées, dont cinq ont porté plainte.
Les pratiques scandaleuses continuent depuis 2023
Suite à ces «vendanges de la honte», on peut trouver depuis aout 2024
sur le site interprofessionnel du Comité Champagne un nouveau
référentiel de l'emploi saisonnier en Champagne. «Les vignerons et
maisons de champagne souhaitent réexprimer et concrétiser leur
attachement collectif à une politique responsable en matière d'emploi
saisonnier», soulignent l'avant-propos, cosigné par le Syndicat général
des vignerons de la Champagne et l'Union des maisons de Champagne. Le
référentiel se découpe selon quatre thématiques, identifiées au
lendemain de la vendange comme les «grands chantiers» du Comité: le
recrutement et l'emploi, les conditions de santé et de sécurité au
travail, l'hébergement et le transport, ainsi que les conditions
d'exercice de la prestation de services.
Des sites d'hébergement ont été fermés en 2024. Un campement fermé à
Avize dans la Côte des blancs le 19 septembre 2024, deux autres évacués
le 23 septembre, l'un encore à Avize et l'autre à Soulières à 20 km au
sud d'Épernay, et, enfin, un dernier hébergement collectif condamné à
Bisseuil, commune associée d'Aÿ-Champagne, le 24 septembre.
2 hôtels de Vitry-le-François qui accueillaient respectivement 60
vendangeurs (bulgares et roumains) et 96 (polonais) ont fait l'objet
d'arrêtés de fermetures administratives le 29 aout 2025 et le 1er
septembre. Les 60 ont été relogés dans un hôtel à Soissons. Pour le
maire de Vitry-le-François, «Il y a quelques années, on est tombé sur
les vignerons1. Aujourd'hui, on voit à quoi ça a abouti, il y a toute
une filière qui s'est mise en place pour ramener des travailleurs et
c'est pire que ce qui existait avant.»
2 équipes de 8 vendangeurs chacune employés par Veuve Cliquot étaient
hébergées dans un camping homologué. La DREETS (Direction régionale de
l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités) du Grand-Est
interdit l'hébergement des vendangeurs sous tente, y compris dans un
camping homologué. «Les employeurs ne peuvent pas héberger les
saisonniers sous tente en région Grand Est, peu importe que cet
hébergement soit organisé au sein d'une structure de type camping ou
non. La DREETS ne délivre aucune dérogation en ce sens.» Dans le cas de
l'hébergement des vendangeurs Veuve Clicquot, le fait qu'il s'agisse
d'un camping homologué et classé ne change rien à la réglementation. Les
vendangeurs ont certes posé leurs propres noms sur leurs réservations,
mais «à partir du moment où l'employeur participe à l'organisation de
l'hébergement, peu importe comment, il est considéré comme responsable»,
souligne la DREETS.
Le 27 aout, l'inspection du travail a mené un contrôle à Epernay sur un
campement accueillant une dizaine de vendangeurs au 85 avenue de
Champagne2, à l'entrée de la ville. Cette adresse est le siège de
l'entreprise SARL Champion Devaux, enregistrée comme établissement
viticole. Logés notamment sous tente, le campement n'était pas déclaré
et ne répondait pas aux normes sanitaires. Le propriétaire du terrain et
salarié de l'entreprise employant ces vendangeurs est un conseiller
municipal de la majorité (élu depuis 2008 qui suite aux révélations a
donné sa démission). Dans l'arrêté préfectoral signé le 27 aout par le
préfet de la Marne, on peut lire qu'à la suite d'un premier constat mené
le 26 aout et un contrôle mené le lendemain, les inspecteurs du travail
ont noté «l'absence de déclaration d'hébergement collectif» et des
non-conformités «en ce qui concerne l'hébergement sous tentes, les
installations électriques, l'aménagement des locaux sanitaires, des
cabinets d'aisance, le mobilier, l'hygiène générale des locaux». Le
conseiller municipal a relogé les vendangeurs «dans un logement loué sur
Airbnb, à mes frais».
Si l'inspection du travail est intervenue le 26 et 27 aout, c'est suite
à un signalement de la CGT. Le syndicat sillonne depuis plusieurs
années, et surtout depuis 2023, le vignoble pour alerter les vendangeurs
sur leurs droits. Les délégués surveillent aussi les campements
illégaux. Ce sont eux qui ont prévenu l'inspection du travail le 26 aout
pour le camp du 85 avenue de Champagne. La CGT a dénoncé «une quinzaine
de campements cette année. Et cinq ont été démantelés».
A Epernay, le parking à vélo couvert situé en face de la gare où
dormaient des personnes en général sans papiers en attente de trouver
une embauche, bien sur en dessous du tarif officiel, est vide. Le lieu a
simplement été changé pour être moins visible.
Pour ces procès, appel est fait. Il en reste à venir. Le cas des 57 sans
papier africains va être examiné par les prud'hommes. Il y a peu de
chances qu'ils voient un jour les 4 000 € chacun de l'amende infligée
par le tribunal aux prévenus. Il est prévu que leurs titres de séjour
provisoire soient transformés en cartes de 10 ans. A noter qu'aucun
donneur d'ordre n'a été condamné
Camille, septembre 2025
Sur le même sujet: Voir CA 334 octobre 2023 Esclavage en Champagne:
lorsque les bulles de l'inhumain éclatent
1. La majorité des vendangeurs étaient hébergés, mais des normes
drastiques sur les conditions d'hébergement ont fait que la très grande
majorité ont cessé d'héberger et ont eu recours à la sous-traitance
2. L'avenue de Champagne à Épernay est l'une des artères les plus riches
du monde. Cette avenue rectiligne de plus d'un kilomètre, classée au
patrimoine mondial de l'Unesco en 2015, est bordée depuis le 19ème
siècle d'hôtels particuliers fastueux et des sièges luxueux des plus
grandes Maisons du négoce champenois. A plus de trente mètres de
profondeur et à une température constante d'environ 11°, cent dix
kilomètres de caves taillées à la main dans un banc de craie où
vieillissent plus de 200 millions de bouteilles forment une véritable
ville sous la ville.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4530
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