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(fr) Courant Alternative #340 (OCL) - Stop Arming Israel, en France aussi!
Date
Sun, 12 May 2024 19:20:42 +0100
Le gouvernement français qui ne parle que de guerre et de réarmement
dote les entreprises militaires de 413 milliards d'euros pour la période
2024-2030 dont plus de la moitié (autour de 60 %) des dépenses est
aspirée par le renouvellement de la dissuasion nucléaire. C'est-à-dire
la modernisation des armes (têtes nucléaires), des vecteurs (missiles
M51-2 et ASMP-A) et des porteurs (Rafale et sous-marins nucléaires
lanceurs d'engins). Ce pactole se fera au détriment de l'écologie, de la
culture, de la santé et de l'éducation. L'avenir à un gout de poudre!
---- Bloquer la machine de guerre ---- Selon le rapport annuel sur les
exportations d'armes du ministère des armées publié en juillet 2023,
l'Hexagone a vendu pour 208 millions d'euros de matériel militaire à
l'État hébreu depuis 2013, dont 25,6 millions en 2022, ce qui représente
0,2 % du total des exportations de la France cette année-là. A cela
s'ajoutent près de 9 millions d'euros d'autorisations d'exportation
d'armes de catégorie militaire ML4 (bombes, torpilles, roquettes,
missiles, autres dispositifs et charges explosifs, et matériel et
accessoires connexes). Le 16 octobre 2023, plus de 30 syndicats
palestiniens lançaient un l'appel pour «mettre fin à toute complicité,
arrêter d'armer Israël». Le texte appelle les syndicats à l'échelle
internationale à: refuser de fabriquer des armes destinées à Israël,
refuser de transporter des armes vers Israël, adopter des motions à cet
effet, prendre des mesures contre les entreprises complices qui
participent à la mise en oeuvre du siège brutal et illégal de la Bande
de Gaza par Israël, en particulier si cela fait l'objet de contrat,
faire pression sur les gouvernements pour qu'ils cessent tout commerce
militaire avec Israël.
Le collectif Stop Arming Israël France est créé pour répondre à cet
appel et faire vivre concrètement la solidarité internationale des
travailleurs. Il décide de ne pas se satisfaire de déclarations
concernant l'arrêt des bombardements, mais de «l'imposer par tous les
moyens à notre disposition, notamment en mobilisant massivement les
salarié.es à l'occasion des manifestations de soutien, et par la grève
dans les secteurs concernés». En tant que syndicalistes et travailleurs
syndiqués, le collectif demande aux directions syndicales (si elles ne
l'ont pas déjà fait): de se positionner officiellement pour un soutien
sans réserve à l'appel des syndicats palestiniens, de le diffuser à tous
leurs adhérent.es, de contacter ces syndicats palestiniens pour leur
faire connaître le soutien à l'appel et s'enquérir des formes de
solidarités qui les aideraient, de contribuer à organiser par tous les
moyens (intervention de sections syndicales directement concernées,
blocages, distribution de tracts devant les entreprises...) l'arrêt de
la production et de la livraison de matériel militaire de la France vers
Israël, comme cela se fait dans de nombreux pays, de demander l'arrêt de
tout financement et de toute recherche militaire au profit d'Israël, de
mettre ainsi encore plus la pression sur le gouvernement français pour
qu'il exige un cessez-le-feu immédiat.
Solidarité internationale avec Gaza
A Liège, Gênes, Barcelone, Melbourne, Oakland, Toronto. Depuis le début
du bombardement de Gaza, des syndicats ont tenté de bloquer des
livraisons d'armes vers Israël, rappelant la tradition de lutte
internationaliste du syndicalisme. Des initiatives insuffisantes pour
entraver l'armement du pays, mais qui ont le mérite de mettre les États
exportateurs d'armes face à leurs responsabilités. Coté France, on ne
peut pas dire que les syndicats aient manifesté concrètement leur
opposition pour le moment! Il faut dire que la répression est féroce
comme la garde à vue pour «apologie du terrorisme» du secrétaire de la
CGT dans le Nord pour avoir diffusé un tract pro-palestinien en octobre
dernier, l'interdiction des manifestations demandant l'arrêt des
bombardements, une propagande médiatique incessante soutenant
inconditionnellement l'État d'Israël.
Face à ce contexte, Stop Arming Israël France a publié en mars 2024 un
guide militant pensé pour l'action. Ce travail est le fruit de militants
bénévoles, sur la base de recherches effectuées à partir de sources
publiques. Ce guide se compose essentiellement de fiches synthétiques
sur des entreprises complices du massacre du peuple palestinien, car
elles entretiennent des liens avec le complexe militaro-industriel
israélien. Une carte interactive des entreprises d'armements est
disponible pour permettre au grand public d'être bien informé pour être
plus efficace; 168 sites participant à la production d'armes livrées à
Israël sont référencés en France. Stop Arming Israël va chaque semaine à
la rencontre des travailleurs des secteurs concernés et de leurs
syndicats, en organisant des tractages aux portes des entreprises
d'armement, participe aux mobilisations et aux manifestations et
organise des réunions publiques d'information.
France/Israël: un long mais discret armement
Les coopérations militaires France-Israël existent depuis l'origine de
la création de l'État hébreu. La France et ses entreprises ont aidé ce
nouvel État à équiper son armée et à développer son industrie
d'armement. Outre différents types de chars et de missiles livrés par la
France, l'entreprise Dassault Aviation par exemple a fourni à Israël
différents modèles d'avions de combat (Mystère IV, Mirage III, Mirage
5...). Le Commissariat à l'Énergie Atomique a permis à Israël de
construire sa première centrale nucléaire et de se doter de la bombe
atomique.
Une collaboration et des arrangements avec les règles qui ne datent pas
d'hier. Déjà en1967, face à l'imminence de la guerre des Six Jours, le
général De Gaule prononce un embargo préventif sur la livraison d'armes
offensives à destination du Proche Orient, durci en décembre 1968 par la
déclaration d'un embargo total sur les armes à destination d'Israël,
après l'attaque menée contre le Liban. Si l'embargo bloque la livraison
de 50 chasseurs bombardiers Mirage 5 produits par Dassault, commandés
par Israël en 1966, il n'interdit pas strictement aux entreprises
françaises l'envoi de pièces détachées et de rechange prévu par des
contrats antérieurs. De fait, une copie exacte du Mirage 5 est
construite par Israël au tout début des années 1970, avec le soutien
discret de Dassault. Nous voyons bien, au regard des relations entre la
France et Israël que la demande d'un embargo militaire contre Israël ne
suffit pas. Il est évident qu'il ne s'agit que d'une solution très
partielle, insuffisante et facile à contourner pour les industriels du
secteur de l'armement.
Malgré les déclarations de Sébastien Lecornu en février: «objectivement,
il n'y a pas de relations d'armement avec Israël», avant d'admettre que
«quelques licences» d'exportations vers l'État hébreu ont bien été
accordées depuis le 13 octobre 2023, mais utilisées de façon défensive,
pour «des missiles du Dôme de fer». Une affirmation reprise mot pour
mot, le 20 mars dernier, par la porte-parole du gouvernement, Prisca
Thévenot: «nous ne livrons des armes que dans le cadre de composants
défensifs pour le Dôme de fer». C'est pourtant loin d'être la réalité,
comme le révèlent des photographies transmises à Disclose et son
partenaire, le média d'investigation locale Mars-actu. En effet et en
toute discrétion, la France a autorisé, fin octobre 2023, la livraison à
Israël d'au moins 100 000 pièces de cartouches pour des fusils
mitrailleurs susceptibles d'être utilisés contre des civils à Gaza. Des
clichés pris par un employé le 23 octobre 2023, permet de montrer une
cargaison d'armements destinée à Israël. Des caisses stockées dans un
hangar appartenant à Eurolinks, une société marseillaise spécialisée
dans la fabrication d'équipements militaires. Sur un bordereau scotché
sur un carton entouré de cellophane, on peut lire l'inscription en
anglais «10 000 liens M27 pour des munitions de 5,56 millimètres[10 000
links M27 for 5.56 mm Ammo]». Ces équipements sont en fait de petites
pièces métalliques servant à relier entre elles des balles de fusils
mitrailleurs.
Sébastien Lecornu a du répondre aux mises en cause du média Disclose,
qui affirme que «la France équipe en secret des mitrailleuses utilisées
par l'armée israélienne». La France selon lui n'équiperait l'État hébreu
que de matériel «défensif» ou destiné à la «réexportation». Pour
brouiller les pistes et les réglementations, il suffit de passer par un
pays-tiers ou dire que c'est pour l'exportation! Autant de propos flous
et contradictoires qui ne sont pas de nature à dissiper l'opacité
entretenue autour de la politique française en termes de transferts
d'armes à destination d'un État prêt à donner l'assaut sur la ville de
Rafah, dans le sud de l'enclave palestinienne, où 1,5 million de civils
espéraient trouver un dernier refuge.
Déjà en 2015, les Pays-Bas avait bloqué des pièces d'Eurolinks équipant
des munitions de 30 mm transitant par Amsterdam. Motif probable, selon
l'Observatoire de l'armement: les équipements étaient destinés aux
Émirats arabes unis, engagés dans la guerre contre les rebelles houthis
au Yémen mais possiblement réexportable!
Le complexe militaro-industriel français en lien avec Tsahal
Le rapport du SIPRI (l'Institut international de recherche sur la paix
de Stockholm) publié en mars 2024 classe la France deuxième pays
exportateur d'armes au monde, la faisant ainsi passer devant la
Russie.Avec ses neuf grands groupes industriels, c'est 30% de la
production totale qui est exportée, et ces entreprises réalisent 30
milliards d'euros de chiffre d'affaires par an en moyenne. Elles ont
fait 27 milliards d'euros de commandes en 2022 contre 11,3 milliards en
2021. L'armement est un secteur morbide en pleine expansion. Airbus,
Safran, Dassault, KNDS, Thales, Amefo, PGM Précision, autour de ces
grands groupes d'envergure européenne et mondiale, c'est 4 000 petites
et moyennes entreprises (PME) d'entreprises de taille intermédiaire
(ETI) et de startups qui représentent environ 210 000 emplois directs et
indirects (soit autant que le secteur de la production automobile).
Le groupe Dassault est détenu depuis 1929 par la famille du même nom. Sa
filiale Dassault Aviation, spécialisée dans l'aéronautique, est
également actionnaire de Thalès à hauteur de 26%. Ses domaines
d'activités principaux sont l'aéronautique, les avions de chasse, les
logiciels informatiques, les avions Rafale, les avions Mirage, les
drones de combats nEUROn. Les logiciels développés par Dassault Systèmes
sont utilisés par de nombreux industriels d'armement israéliens (Rafael,
Elbit Systems, IAI). Dassault Systèmes est même implanté en Palestine
occupée, dans les territoires de 1948: un siège de l'entreprise se
trouve à Ra'anana, ville construite sur les ruines du village
palestinien de Tabsur. Laurent Dassault, revendique le fait d'investir
des millions en Israël. En 2017, il déclare: «je suis le Dassault qui
est revenu en Israël, celui de la famille qui y va pour investir, avec
le soutien du groupe, le plus pro-israélien.» Dassault Aviation coopère
avec IAI, (Israel Aerospace Industries) sur un programme de
modernisation d'avions militaires destinés à des missions de
renseignement, de surveillance et de reconnaissance.
MBDA, fondée en 2001, est la fusion des entreprises européennes Matra
Défense (France), BAE Dynamics (Angleterre), Alenia Marconi Systems
(Angleterre et Italie), en 2006, l'allemand LFK est racheté par le
groupe et devient MBDA Deutschland. MBDA est le leader européen dans la
conception et la production de missiles. Les trois actionnaires de MBDA
collaborent avec la machine de guerre israélienne. Outre Airbus, BAE
Systems et Leonardo sont notamment tous les deux impliqués dans la
fabrication de l'avion militaire américain F35, utilisé de façon
meurtrière à Gaza.
Safran est un groupe créé en 2005 par la fusion entre la Snecma (Société
nationale d'étude et de construction de moteurs d'aviation) et la Sagem
(Société d'applications générales d'électricité et de mécanique). Safran
est spécialisé dans la conception et la production de moteurs d'avions,
d'hélicoptères et de fusées, d'équipements aéronautiques, et de défense.
En 2010, Safran et Elbit Systems (Elbit Systems est la plus grande
entreprise d'armement israélienne ) ont annoncé la création d'une
coentreprise visant à s'attaquer au marché des drones tactiques, qui
devait être détenue à 50/50 et basée en France sur les sites d'Eragny et
de Montluçon. Depuis, aucune information supplémentaire sur cette
coentreprise n'a été publiée. Est-elle toujours en activité? Safran
fournit des composants électroniques intégrés au système anti-missile
israélien Arrow 3. En 2022, Safran annonce que le gouvernement israélien
lui a «renouvelé sa confiance» en passant une importante commande
incluant des récepteurs de télémesure d'essai en vol ainsi que des
enregistreurs radiofréquence et des enregistreurs de signaux analogiques.
Thales est un groupe d'électronique spécialisé dans l'aérospatiale, la
défense, la sécurité et le transport. Le groupe est issu de la fusion
entre les branches spécialisées dans les activités militaires des
entreprises Alcatel, Dassault Électronique et Thomson-CSF, qui sont
regroupées sous le nom de Thales en 2000. Ses domaines d'activités sont
les radars, les drones, l'aéronautique et le spatial, la cybersécurité,
les radiocommunications, les systèmes numériques, les radars GM 200 et
GM 400, les drones Watchkeeper WK450, les missile STARStreak. Thales UK
crée une coentreprise avec Elbit systems: UAV Tactical Systems (U-TacS).
Elle conçoit le Watchkeeper WK450, drone utilisé pour surveiller et
bombarder Gaza. Le Watchkeeper continue d'être vendu et exporté
aujourd'hui, et U-TacS détenait encore en 2021 des licences
d'exportation vers Israël, qui permettent ainsi à Thales, via
l'Angleterre, de livrer des pièces détachées de drones à son partenaire
Elbit. Les drones Heron d'IAI sont utilisés à Gaza depuis l'opération
«Plomb durci», et le sont encore aujourd'hui. En juillet 2023, Thales
rachète l'entreprise de cybersécurité israélienne Imperva pour 3,6
milliards de dollars. Thales possédait déjà trois sites en Israël, dans
les domaines du médical, des transports et de la sécurité numérique.
Amefo, fondée en 1948 est une société de taille moyenne implantée en
Saône-et-Loire. Depuis 2004, Amefo travaille en collaboration avec
l'entreprise israélienne Plasan, spécialisée dans les véhicules blindés
militaires. Depuis le 7 octobre, Plasan contribue activement aux
opérations de l'armée israélienne: le groupe a notamment offert à
l'armée son stock de véhicules blindés Sandcat Tigris, et mis à
disposition une équipe de maintenance des véhicules directement sur les
zones d'opération près de Gaza et à la frontière libanaise.
PGM Précision est une entreprise créée en 1993, située en Haute-Savoie
près d'Annecy. Elle fabrique principalement des fusils de précision qui
équipent les forces spéciales et les unités d'intervention de plusieurs
pays. Depuis les années 90, PGM Précision équipe les forces armées
israéliennes, notamment Yamam, l'unité spéciale antiterroriste de la
police aux frontières israélienne. Les fusils PGM338, PGM Hecate et PGM
Ultima Ratio permettent aux tireurs d'élite d'atteindre des cibles à une
distance de 500 à 1500 mètres, dans des zones urbaines, souvent avec
l'utilisation d'un silencieux.
Et le nucléaire aussi
Le Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA) travaille étroitement depuis
2007 avec la Commission Israélienne de l'Énergie Atomique (IAEC) qui
contribue à la création du réacteur de recherche Jules Horowitz (RJH),
actuellement en construction sur le site du CEA à Cadarache
(Bouches-du-Rhône). Les travaux auraient du être terminés en 2014. En
2024, ils ne sont toujours pas achevés, et le projet continue
d'engloutir des milliards d'euros d'argent public. Officiellement, la
coopération entre la France et Israël en matière de technologie
nucléaire ne concernerait que le domaine civil. Cependant, avec le
nucléaire, la technologie civile est facilement convertible en
technologie militaire.
La mobilisation contre la guerre à Gaza continue
À l'occasion du 1er mai et du 15 mai, Journée de la Nakba, les membres
de la Fédération Générale Palestinienne des Syndicats de Gaza, appellent
les travailleurs du monde entier à affirmer leur solidarité avec la
Palestine en perturbant les flux commerciaux et économiques pour
dénoncer l'occupation militaire israélienne, l'exploitation des
travailleurs Palestiniens, les atrocités sans nom - les bombardements
génocidaires incessants de la part d'Israël, les politiques de famine,
les déplacements forcés et la confiscation des terres. Ces atrocités
s'ajoutant à des années de siège brutal et d'occupation militaire. La
guerre génocidaire menée par Israël contre la bande de Gaza n'est autre
que la poursuite de la Nakba de 1948.
Nadia M.
Pour rejoindre la campagne, être tenu informé, communiquer des
informations: stoparmingisraelfrance@proton.me ou
https://padlet.com/stoparmingisraelfrance/ressources
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4163
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