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(fr) Alternative Libertaire #348 - Écologie décoloniale: Politiser la lutte environnementale
Date
Tue, 16 Apr 2024 20:58:43 +0100
Le capitalisme et le colonialisme s'étendent en détruisant de plus en
plus notre planète pour satisfaire les industriels qui violent les
droits humains, exercent des pressions judiciaires et vont même jusqu'à
l'assassinat pour faire taire les voix contestataires. La lutte pour des
actions efficaces pour la préservation du vivant et pour une justice
environnementale passe forcément par une analyse décoloniale de
l'écologie. ---- Le lien entre dérèglement climatique, colonialisme et
capitalisme a été fait depuis longtemps par des chercheurs et
chercheuses, ainsi que des activistes, originaires de pays toujours sous
influence néo-coloniale occidentale. Le capitalisme, pour se développer
et devenir le modèle dominant d'organisation des relations économiques,
travaille nécessairement main dans le main avec des politiques
coloniales, impérialistes et racistes. Cette forme de capitalisme
colonial détruit toute alternative d'organisation en expulsant les
peuples autochtones de leurs terres pour mieux les esclavagiser afin d'y
implanter un seul mode social, celui de l'extractivisme fossile (voir
article Extractivisme: Les luttes écologistes au-delà des frontières).
La traite négrière est une illustration claire du capitalisme raciste
colonial. En effet, suite aux politiques colonialistes des puissances
européennes qui se sont installées sur les territoires américains, les
peuples autochtones ont été chassés de leurs terres. Elles ont été
utilisées pour y installer des plantations au service des intérêts
commerciaux impérialistes, détruisant au passage la viabilité des sols[1].
Aujourd'hui, ces mécanismes d'exploitation de la terre et des personnes
qui se font raciser par les puissances occidentales prennent d'autres
formes. Par exemple, le scandale de la chlordécone dans les Antilles,
sous domination française, a mis en lumière l'activité des lobbys
industriels pour poursuivre l'utilisation d'un pesticide qui a non
seulement causé une pollution des sols mais aussi des cancers chez les
travailleuses et les travailleurs des plantations de banane. On peut
aussi évoquer les essais nucléaires en Algérie ou en Polynésie où des
luttes sont toujours en cours pour faire reconnaître les dommages causés
par l'État français.
Fausse justice environnementale, vrais colonialisme et racisme
Lorsque l'on regarde les réactions des états occidentaux pour gérer la
crise climatique, notamment par le biais d'une justice environnementale,
il paraît clair que le schéma colonial persiste. En effet, les
organisations traditionnelles de l'État ou des entreprises, qui
entretiennent le capitalisme colonial, proposent de trouver des
solutions dans le développement des technologies (voitures électriques,
par exemple). Or, cela implique le pillage des ressources et
l'exploitation d'une main d'oeuvre au service d'entreprises occidentales.
De même, les politiques de protection de la nature mises en place dans
des pays anciennement colonisés illustrent la façon dont les états
occidentaux qui polluent le plus se rachètent une bonne conscience en
imposant leur vision de la nature. Des projets portés des ONG à majorité
blanche sont à l'origine de déplacement forcés de population pour mettre
à bien leur idéal de la nature sauvage fantasmée[2].
Aujourd'hui, les personnes qui vivent de plein fouet les conséquences du
changement climatique subissent le racisme des puissances occidentales.
Les frontières se ferment, alors que de plus en plus de personnes sont
forcées au déplacement pour fuir les événements météorologiques
extrêmement violents comme les sécheresses ou les cyclones qui nuisent à
des conditions de vie digne.
Pour pallier au réchauffement climatique qui est déjà en cours, il est
nécessaire de politiser la lutte écologiste: regardons la réalité et
posons les mots d'exploitation raciste, colonialiste, des terres et des
corps, pour mieux pouvoir lutter contre. Adoptons une analyse d'écologie
décoloniale pour organiser ensemble des alternatives au capitalisme pour
une meilleure préservation du vivant.
Elsa (UCL Grenoble)
Notes:
[1]Voir les travaux de G. Bhattacharyva, D. Haraway, A. Tsing et M.
Ferdinand qui développent l'idée de capitalisme racial et
d'anthropocène/plantationocène.
[2]Voir l'article publié en octobre 2023 dans Alternative libertaire,
«Parcs Naturels: Conservationnisme de la nature ou colonialisme vert?»
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Ecologie-decoloniale-Politiser-la-lutte-environnementale
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