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(fr) Alternative Libertaire #374 (UCL) - Rouages de la CGT: des structures locales sous contrôle

Date Wed, 9 Sep 2026 23:44:35 +0300


Les structures de proximités interprofessionnelles, Unions départementales et locales sont à la peine à la CGT. Fruits d'un processus historique, elles cherchent maintenant un nouveau rôle suite à l'effondrement du stalinisme. La situation évolue mais les nombreux blocages perdurent. ---- Le 54econgrès a décidé d'exiger que les syndicats de base augmentent les moyens mis à disposition des Unions locales et départementales. Ces deux étages de proximité sont bien souvent la porte d'entrée des salarié·es dans la confédération. Hélas, il ne s'agit pas de modifier la répartition des cotisations entre les différentes structures de la CGT, ce qui serait un sujet en soi. Il est plutôt question de la répartition des heures de délégation syndicales dont ils disposent et donc de l'affectation des forces militantes disponibles.

À l'origine des UD et UL

Une décision de bon sens quand trop de syndicats restent enfermés dans leurs entreprises. Cependant, sans obligation statutaire pour les syndicats, cette décision risque fort de rester un voeu pieu. D'autant que les moyens réels sont, en fait, aux mains de leurs fédérations nationales.

La fondation de la CGT, à la fin du XIXesiècle, reposait sur l'unification de deux organisations rivales: le réseau des Bourses du travail, impulsé principalement par des militants et militantes anarchistes et syndicalistes révolutionnaires, et les fédérations professionnelles nationales, animées plutôt par les réformistes et les guesdistes [1]. À quoi il convient d'ajouter le ralliement de syndicats locaux indépendants, dont l'histoire est injustement sous-étudiée. Dès l'avant-guerre de 14-18, les syndicalistes révolutionnaires (SR) perdent du terrain. Puis la Révolution russe et la création du Parti communiste français (PCF) portent un coup supplémentaire à l'influence SR entre les deux ­guerres mondiales. En 1945, la puissance du PCF relègue les SR à un rôle mineur, une partie d'entre elles et eux choisissant de se syndiquer à Force ouvrière pour échapper à la main de fer des staliniens. C'est à partir de là que l'équilibre politique prévu entre Bo
urses et Fédérations est définitivement rompu. Les secrétaires généraux des Unions départementales et des Unions locales seront, dès lors, considéré·es comme des «préfet·es» dans la tradition verticale des marxistes autoritaires. Le PCF veillera soigneusement à ce que ces postes reviennent à ses militants et militantes. Le long et lent effondrement de ce parti finira par entraver largement cette «politique des cadres» où les discrets responsables de la CGT et du PCF travaillaient main dans la main à la promotion de ses militants et militantes aux responsabilités dans le Parti, le syndicat, les associations, sans oublier celles et ceux promis à être maires, député·es... Les secrétaires généraux des UD et UL étaient censé·es tenir la ligne face aux pouvoirs publics et politiques locaux. Et tenu·es de faire le ménage dans les syndicats trop indépendants politiquement, la chasse aux «gauchistes» devenant même une fonction à plein temps après Mai 68.

Tout le pouvoir aux Fédés

La Commission exécutive confédérale (CEC) et son Bureau confédéral (BC), élus à l'occasion du congrès confédéral de la CGT, appliquent les orientations qui y sont adoptées. Mais c'est le Comité confédéral national (CCN) qui est l'instance dirigeante de la CGT entre deux congrès. Le CCN est l'héritage historique de la fusion des Bourses et des fédérations. Y siègent un ou une représentante de chaque fédération et un ou une de chaque Union départementale. Mathématiquement, les UD, bien plus nombreuses que les fédérations professionnelles, assuraient des votes conformes aux orientations voulues par le PCF. Mais le recul de l'hégémonie du PCF sur la CGT dessine une autre réalité. Matériellement, les moyens financiers et humains sont concentrés entre les mains des (grosses) fédérations. On parle ici des cotisations, mais aussi du financement du «dialogue social» par les patrons. Ceci permet aux fédérations d'agir en toute autonomie avec un dévoiement
pervers du concept fédéraliste auquel nous sommes attaché·es. Elles peuvent ainsi se permettre de tordre le bras, si nécessaire, à la CEC et à la secrétaire générale. Lors des réunions du CCN, les fédérations peuvent ainsi imposer des mobilisations hors-sol que les UD, plus en lien avec les réalités de terrain, contestent de plus en plus souvent... Et pourtant, au moment du vote, la majorité d'entre elles s'alignent, résignées.

L'argent, le nerf de la guerre

En fait, les finances des UD, à part deux ou trois des plus grosses d'entre elles, dépendent largement du bon vouloir de la direction confédérale, via la caisse de péréquation alimentée chaque année par le premier timbre de chaque syndiqué·e [2]. De plus, les détachements syndicaux des dirigeants et dirigeantes départementales sont négociés avec les fédérations, censées partager les moyens humains entre la Maison confédérale, les UD et les UL pour celles dont l'implantation est considérée comme prioritaire. De «préfet·es» politiques du PCF, les secrétaires généraux d'UD sont devenus les obligé·es de la direction confédérale et des équilibres trouvés par les fédérations et le Bureau confédéral. C'est ainsi que, souvent, les UD râlent au CCN, mais quasi jamais ne votent contre les choix élaborés entre le Bureau confédéral et les fédérations. Au passage, c'est également comme ça que la direction confédérale reste scandaleusement silencieu
se quand une fédération est touchée par des affaires financières suspectes...

Un rééquilibrage indispensable

Alors que les UD et UL portent le plus gros du travail sur le terrain face aux institutions, auprès des salarié·es des petites entreprises, auprès des petits syndicats, dans l'animation de campagnes unitaires sur des sujets variés ou encore lors des journées de mobilisation, elles manquent cruellement de moyens. Bien des UL ne survivent que par la ténacité de retraité·es (parfois un peu dépassé·es, il faut bien le dire).

Il faut que le prochain congrès confédéral prenne des décisions fortes, même si cela fera grincer des dents dans les bureaucraties fédérales. Seule l'indépendance financière des UD garantira la ­libre expression de leurs dirigeants et dirigeantes, condition d'une démocratie minimum. La dépendance des structures interprofessionnelles départementales pose, par ailleurs, un problème de défiance des UD à l'égard du développement de syndicats professionnels territoriaux. Certains et certaines camarades craignent que les fédérations n'en profitent pour affaiblir un peu plus les structures locales. Ces syndicats professionnels locaux sont pourtant la seule réponse crédible à l'enjeu des syndiqué·es et délégué·es isolé·es dans leurs petites et moyennes entreprises.

Jean-Yves (UCL Limousin)

Notes:
[1] Courant politique socialiste révolutionnaire.
[2] À la CGT un·e syndiquée est censé·e payer une cotisation mensuelle égale à 1% de son salaire.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Rouages-de-la-CGT-des-structures-locales-sous-controle
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