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(fr) France, UCL AL #373 - Contributions internationales - En 1926... et 1956 : Trajectoires de l’anarchisme organisé (ca, de, en, it, pt, tr) [Traduction automatique]

Date Sun, 9 Aug 2026 18:54:45 +0300


La Fédération anarchiste uruguayenne (fAu) célèbre le soixante-dixième anniversaire de sa fondation. Dès ses origines, elle s’est définie comme appartenant au courant spécifiste de l’anarchisme organisé.

Le spécifisme soutient la nécessité de construire une organisation politique anarchiste spécifique, dotée ­d’une unité théorique, stratégique et tactique, capable d’intervenir de manière permanente dans les luttes populaires afin de contribuer au développement de la force sociale et des processus de transformation révolutionnaire.

Les origines du spécifisme
La principale référence théorique de la fAu depuis sa fondation a été Errico Malatesta, dont elle a repris l’idée selon laquelle les anarchistes devaient s’organiser politiquement pour intervenir de manière cohérente dans la réalité sociale, en évitant tant le spontanéisme que la dispersion militante. Des apports de Bakounine ont également été intégrés, en particulier sa conception ­d’une organisation révolutionnaire agissant au sein des processus populaires sans se transformer en une nouvelle autorité ni se substituer aux initiatives populaires.

Le spécifisme ne peut se définir uniquement par une doctrine organisationnelle. Il s’exprime également dans une manière d’analyser la réalité, d’élaborer une stratégie et d’entrer en relation avec les luttes populaires. La particularité ne réside pas seulement dans l’existence d’une organisation anarchiste, mais dans la tentative de faire de cette organisation un outil capable d’intervenir sur les problèmes concrets de chaque conjoncture.

L’une des caractéristiques centrales du spécifisme est le refus de l’importation mécanique de modèles politiques élaborés pour d’autres réalités. Dès ses premières années, la fAu a soutenu que l’Amérique latine devait être pensée à partir de ses propres conditions historiques, économiques et culturelles. Cela n’impliquait pas de rejeter les apports théoriques venus d’Europe ou dans d’autres régions, mais d’éviter leur application automatique. Les outils conceptuels devaient être mis à l’épreuve dans la réalité concrète de nos peuples et adaptés à leurs particularités.

Porto Alegre (1997) – Congrès de la Federação Anarquista Gaúcha (FAG), réunissant des militants et militantes de différentes régions du Brésil ainsi que de la Federación Anarquista Uruguaya (FAU), à un moment fondateur du développement d’un anarchisme organisé qui s’enracinera durablement dans les luttes sociales brésiliennes.
Federación Anarquista Uruguaya
De là découle un autre élément fondamental : le souci permanent de la conjoncture. Pour le spécifisme, l’organisation politique n’existe pas pour répéter des formules ni administrer des doctrines, mais pour comprendre les transformations du capitalisme, les formes changeantes de domination et les possibilités concrètes d’organisation populaire existant à chaque moment historique. La stratégie révolutionnaire ne peut se construire en marge de ces conditions.

Les liens avec le plateformisme
Contrairement aux conceptions léninistes, le spécifisme ne considère pas que l’organisation politique doive diriger le peuple ni se substituer à ses décisions. Il ne conçoit pas non plus que la construction révolutionnaire consiste à renforcer un parti pour conquérir l’État. Au contraire, l’organisation anarchiste existe pour renforcer la capacité d’auto-organisation des classes dominées, exploitées et opprimées.

C’est pourquoi nous distinguons deux niveaux complémentaires d’organisation : l’organisation politique anarchiste, qui regroupe des militants et militantes sur la base d’accords idéologiques, stratégiques et programmatiques ; et les organisations populaires et mouvements sociaux, qui doivent conserver leur indépendance et se développer selon leurs propres dynamiques. La tâche des anarchistes consiste à agir au sein de ces mouvements en promouvant des pratiques de démocratie directe, de fédéralisme, d’action directe, de solidarité et d’autogestion, sans tenter de les transformer en simples instruments de l’organisation politique.

La commémoration du centenaire de la Plateforme offre l’occasion de réfléchir aux points de convergence et aux différences entre cette expérience et le spécifisme développé par la fAu. La Plateforme a constitué l’une des premières tentatives systématiques de répondre à un problème qui marquera une grande partie de l’anarchisme du XXe siècle : comment construire une organisation révolutionnaire efficace sans reproduire les formes autoritaires qui commençaient à se consolider en Union soviétique.

Lors de la formation de la fAu, les documents classiques du plateformisme n’ont pas eu d’influence directe, bien qu’ils aient probablement été connus de certains et certaines de ses militantes. La tradition organisationnelle qui donnera naissance au spécifisme uruguayen s’est principalement nourrie de Malatesta, des expériences de l’anarchisme du Río de la Plata, du syndicalisme révolutionnaire et de décennies de débats menés par des générations de militantes et militants locaux.

Cela ne signifie toutefois pas qu’il y ait eu une opposition ouverte entre ces deux courants. Le plateformisme et le spécifisme ont affirmé la nécessité d’une organisation politique anarchiste capable d’intervenir dans la réalité, d’élaborer une stratégie, d’assumer des responsabilités collectives et de s’insérer activement dans les luttes populaires.

Mais alors que certains courants plateformistes historiques mettaient l’accent sur la construction d’une organisation communiste libertaire, le spécifisme a eu tendance à souligner le lien entre organisation politique et insertion sociale, la construction du pouvoir populaire et la nécessité d’élaborer des stratégies adaptées à chaque réalité.

« Chantons pour ne pas oublier la classe ouvrière et sa lutte pour sa survie. » Le spécifisme est un courant anarchiste uruguayen qui affirme la nécessité d’une organisation anarchiste spécifique. Celle-ci doit s’enraciner dans les luttes populaires, et y agir comme minorité active pour y construire le pouvoir populaire, par l’action directe et l’auto-organisation.
FARJ
À notre sens, les différences résident principalement dans leurs parcours historiques et dans les problèmes spécifiques qu’ils cherchaient à résoudre. Alors que la Plateforme a été élaborée dans le contexte de la défaite de la Révolution russe et de la montée du bolchevisme, le spécifisme s’est développé dans une réalité profondément marquée par l’impérialisme et les particularités des formations sociales latino-américaines.

Au-delà de ces différences, la valeur historique de la Plateforme reste incontestable. Face à la concentration du pouvoir politique entre les mains d’une élite dirigeante, elle a revendiqué la nécessité d’une organisation, ­d’une stratégie et d’une intervention coordonnée, sans renoncer aux principes du fédéralisme, de la responsabilité collective et du protagonisme populaire.

C’est pourquoi, à l’occasion du centenaire de sa publication, on peut affirmer que tant le plateformisme que le spécifisme s’inscrivent dans une même tradition organisatrice au sein de l’anarchisme révolutionnaire. Une tradition qui, à partir de différents contextes, a cherché à répondre à un défi commun : construire des outils politiques capables de susciter des transformations profondes sans se substituer à l’initiative des classes opprimées ni reproduire de nouvelles formes de domination.

Fédération anarchiste uruguayenne
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