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(fr) BRRN [USA] - La Plateforme à 100 ans: Voix des anarchistes organisés du monde entier (Vol. 2) II. UCL - France (en) [Traduction automatique]
Date
Thu, 6 Aug 2026 21:21:26 +0300
1. UCL a été créée en 2019 par la fusion de deux organisations
existantes: la Coordination des Groupes Anarchistes (CGA) et Alternative
Libertaire (AL). Pouvez-vous expliquer brièvement ce qui a rapproché ces
deux groupes et en quoi a consisté le processus de fusion? UCL: AL et
CGA étaient deux organisations relativement petites. Leurs parcours
étaient différents, mais elles partageaient des références théoriques et
une intervention similaire dans la lutte populaire mondiale. La
croissance des deux organisations ralentissait. Habituées à travailler
ensemble, elles ont vu leur élection, suite à celle d'Emmanuel Macron,
intensifier les attaques contre la classe ouvrière. Dans notre
tradition politique, l'organisation n'est pas une fin en soi, mais un
outil au service du mouvement. La fusion s'est donc imposée comme une
évidence.
AL étant elle-même issue d'une fusion, le processus bénéficiait d'une
certaine expérience. Durant la fusion, une attention constante a été
portée à la base. Il a donc fallu un an de discussions et d'échanges
pour préparer démocratiquement un congrès. Ce congrès a adopté notre
nouveau statut et le Manifeste, disponible en anglais sur notre site web.
2. La France entretient un lien particulier avec l'histoire du Groupe
Dielo Truda et de la Plateforme. Peter Arshinov, Nestor Makhno et
d'autres membres du groupe s'installèrent à Paris après leur exil de
Russie et d'Ukraine suite à la prise de pouvoir par les bolcheviks. Ils
y menèrent une réflexion sur l'expérience de la Révolution russe et
élaborèrent la Plateforme. En résumé, quel impact les idées de la
Plateforme de Dielo Truda ont-elles eu sur le mouvement anarchiste en
France? Qu'en retire l'UCL?
UCL: Le débat entre les partisans de la «Plateforme», qui prônent un
mouvement anarcho-communiste très coordonné, et ceux de la «Synthèse»,
qui cherchent à rassembler tous les anarchistes au sein d'une
organisation unique, a façonné le paysage politique de l'anarchisme
organisé en France.
Pour ne citer que quelques exemples, après la Seconde Guerre mondiale,
de jeunes membres, proches des travailleurs, ont pris le contrôle de la
Fédération Anarchiste (FA) pour fonder la Fédération Communiste
Libertaire (FCL). La question de l'organisation à l'échelle fédérale a
été la principale raison de la création de la CGA, qui rejetait la FA
pour son incapacité à agir de manière décisive au niveau fédéral.
Pour le courant communiste libertaire, la plateforme a servi de boussole
pendant des décennies, mais sa mise en oeuvre a varié selon les
organisations successives. Aujourd'hui, les références directes à la
plateforme servent surtout à évoquer notre héritage. Son contenu a été
actualisé au fil des ans sur le plan théorique, notamment par la
publication de l'ouvrage «Un projet de société communiste libertaire»,
mais c'est dans notre pratique que son esprit rayonne le plus. Nous
débattons des différentes tactiques à employer, mais nous maintenons une
unité stratégique dans notre action. L'UCL est fermement attachée à une
fédération forte, fondée sur un socle théorique commun. L'éthique qui
nous unit est au coeur de notre organisation et constitue un élément clé
de notre formation initiale obligatoire, au même titre que le matérialisme.
3. Comment l'UCL est-elle organisée? Comment les décisions sont-elles
prises au niveau local et au niveau national?
UCL: L'UCL est une fédération structurée autour de Groupes Locaux («GL»)
présents dans les villes et territoires de toute la France (et même en
Belgique et en Suisse). Le GL est la base de la Fédération. Un GL est
constitué d'au moins trois personnes. Il a pour mission de s'engager
dans les mouvements sociaux sur son territoire, conformément aux
directives fédérales. L'organisation au sein d'un GL est relativement
libre, que ce soit en termes de fréquence des réunions ou de modalités
de prise de décision. Certains grands GL disposent de sous-commissions
et de nombreux mandats. Cependant, tous les GL n'ont pas exactement
cette structure.
Les GL débattent de leurs orientations politiques en interne et
s'expriment collectivement au niveau fédéral. Ils peuvent exprimer
différents points de vue, reflétant ainsi l'opinion de l'ensemble de
leurs membres. Le débat politique au sein d'un Groupe Local est donc
fondamental pour le processus démocratique.
Outre le congrès, où les orientations politiques mondiales sont votées
tous les trois ans, des décisions politiques doivent être prises au
niveau fédéral. Ces votes ont lieu lors des Coordinations Fédérales
(CF), qui se tiennent tous les trois mois et au cours desquelles sont
débattues des motions politiques ou administratives de moindre
importance. Le vote n'est pas individuel, mais proportionnel au nombre
de membres de chaque groupe local.
Au niveau fédéral, il existe deux types de commissions:
Les commissions fonctionnelles (Finances, Relations intérieures, Presse,
Relations internationales, Relations extérieures, Sécurité,
Communication, etc.) sont davantage axées sur l'administration et moins
sur la politique, car elles n'élaborent pas de positions (contrairement
aux Relations internationales). Pour intégrer une commission
fonctionnelle, il faut être élu par la fédération. Les commissions
d'intervention (antipatriarcat, travail, écologie, antifascisme,
antiracisme, jeunesse, etc.) sont ouvertes à tous les membres de l'UCL.
Elles élaborent des positions à proposer lors de la Coordination
fédérale ou du congrès, créent du matériel (tracts, déclarations, etc.)
et des formations, et coordonnent notre implication sur ce front. Les
membres de ces commissions peuvent exprimer leur opinion personnelle et
non nécessairement celle de leur responsable syndical, bien qu'il soit
recommandé de le faire.
Le Secrétariat fédéral est composé de membres issus des deux types de
commissions, élus par la fédération en congrès, ou parfois par une
section locale. Son rôle est de contribuer au bon fonctionnement de la
fédération, en apportant son aide en cas de besoin et en formulant des
déclarations (ou en les approuvant). Il met en oeuvre les décisions
prises au niveau de la section locale ou du congrès (conjointement avec
les commissions) et n'a pas le pouvoir de décider de l'orientation de
l'organisation.
4. Dans quels domaines de l'organisation de masse les membres de l'UCL
sont-ils engagés?
UCL: Principalement au sein des syndicats. Nous avons une longue
tradition d'organisation de masse dans les syndicats et la grande
majorité de nos membres sont également syndiqués. En France, les
syndicats ne fonctionnent pas tous de la même manière. Il existe deux
grands syndicats généraux de lutte des classes: Solidaires et la CGT.
La CGT est l'un des deux syndicats les plus puissants de France, bien
que son influence soit en déclin. Étant encore un lieu de lutte
politique entre différentes organisations de gauche, nous essayons d'y
exercer une influence en mettant en oeuvre nos pratiques au niveau
local. Nous privilégions la construction de syndicats de secteur plutôt
que de syndicats d'entreprise et animons des sections locales afin
d'adapter la CGT à la précarité croissante de la classe ouvrière.
Solidaires est un syndicat plus petit, créé par la gauche syndicale, qui
regroupait divers courants communistes anti-autoritaires au sein de la
Confédération démocratique du travail (CDT). Dans les années 1980, la
CDT a exclu ses éléments de gauche, qui ont fondé le syndicat
Solidarité, Unité, Démocratie (SUD), devenu Solidaires. Le mouvement
communiste libertaire a exercé une profonde influence sur certaines
fédérations. À mesure que les principes du syndicalisme industriel et de
l'autogestion sont mieux mis en oeuvre, la tâche qui incombe à nos
membres est de poursuivre la construction du syndicat.
Tous nos membres s'efforcent de renforcer l'unité de classe ouvrière par
le biais d'alliances, lorsque cela est possible, entre syndicats de
lutte des classes au niveau local.
Nous sommes également présents dans certains collectifs, associations et
autres organisations de lutte, mais notre présence n'est pas uniforme et
dépend des spécificités de chaque territoire et des capacités de chacun.
Il existe une forte tradition de sections militantes et autonomes de
Planning Familial en France. Certains de nos camarades sont engagés dans
les organisations qui oeuvrent pour les femmes et la lutte féministe.
Parfois, les groupes locaux de Planning Familial sont trop
bureaucratiques et nos membres agissent alors par le biais de leur
syndicat ou d'organisations plus locales.
Une campagne de l'UCL intitulée «Pour une contre-offensive trans» a été
lancée en 2023; certains de nos camarades participent ainsi à la
construction d'une organisation de masse trans fédérale.
Alors que certains camarades font partie d'organisations antifascistes
locales, d'autres se sont fortement impliqués dans la construction de
Vigilance et Initiative Syndicale Antifasciste (VISA), une coordination
syndicale inter-syndicale contre le fascisme.
5. L'UCL travaille en étroite collaboration avec d'autres organisations
plateformistes/especifistes européennes via la Coordination Européenne
de l'Anarchisme Organisé (ECOA). Pouvez-vous décrire les campagnes
communes que vous avez menées ensemble?
UCL: Pour l'instant, il y en a peu. Nous avons mené une campagne commune
avec Die Plattform et Embat concernant les élections européennes de
2024, avec une affiche commune. D'autres campagnes ont été menées à un
niveau plus local ou entre quelques organisations seulement, mais nous
souhaitons en développer davantage. Des relations transfrontalières
existent entre les groupes locaux et cette année, une formation commune
a eu lieu à Strasbourg, à la frontière franco-allemande.
Nous essayons de participer aux camps d'été des uns et des autres et de
nous coordonner lors des grandes manifestations européennes, notamment
lors de la manifestation annuelle avec la gauche kurde à Paris.
6. Qu'est-ce que le camp d'été de l'UCL? Quel est son objectif?
UCL: Le camp d'été (JE) est un événement annuel d'une semaine auquel
sont invités tous les membres de l'UCL, les sympathisants et les abonnés
de notre journal. En général, un tiers de l'organisation y participe. Il
s'agit d'un camp où se déroulent des ateliers, des conférences, etc.,
tout au long de la journée. Des activités sont organisées le soir
(karaoké militant, soirées jeux, fêtes, etc.).
Cette semaine est l'occasion pour des personnes de tout le pays de se
rencontrer, de discuter politique et d'apprendre grâce aux ateliers et
conférences. Aucune décision organisationnelle n'y est prise, car aucun
mandat n'est donné aux participants. Elle est aussi perçue comme une
sorte de vacances, avec de nombreuses pauses entre les activités pour
profiter de la vie communautaire. Nous essayons d'appliquer
l'autogestion tout au long de la semaine, 95 % des tâches (cuisine,
ménage, administration, etc.) étant effectuées par les participants.
L'objectif est de mettre en pratique l'autogestion dans un cadre
contrôlé, avec trop d'interactions extérieures, afin de renforcer nos
liens, d'apprendre sur de nouveaux sujets, de se détendre et de s'amuser.
7. L'anarchisme organisé semble être un mouvement en pleine expansion en
Europe et dans le monde. À votre avis, pourquoi?
Nous ressentons tous le besoin d'une réponse coordonnée face aux
attaques toujours plus virulentes de la bourgeoisie et à la montée du
fascisme. Il est essentiel de se regrouper, d'agir et de nouer des
alliances à plus grande échelle.
En France, la création de l'UCL a donné un formidable coup de pouce à
notre courant, mais a également entraîné un important renouvellement de
nos effectifs. Cela fait des décennies que notre courant n'a pas connu
de tels problèmes liés à une croissance aussi rapide, et nous avons
assurément commis des erreurs. Notre organisation s'efforce désormais de
se développer à un rythme plus régulier.
Nous saluons la formation de nouvelles organisations communistes
libertaires en Espagne et en Allemagne, où notre courant n'a pas tenté
de s'implanter depuis des décennies. Certains camarades commencent
également à s'organiser dans d'autres pays, comme les Pays-Bas et la Grèce.
Dans certaines régions d'Europe, le renouvellement générationnel fait
défaut et nous n'avons pas encore réussi à implanter notre courant en
Europe du Nord. L'UCL a un rôle important à jouer, étant l'une des plus
grandes organisations de notre courant à l'échelle mondiale. Nous nous
efforçons de partager nos expériences, nos réussites et nos erreurs.
Cependant, chaque organisation doit trouver ses propres solutions par la
pratique, car les conditions matérielles diffèrent d'un pays à l'autre.
Il reste encore énormément de travail à accomplir.
https://www.blackrosefed.org/platform-interviews-vol-2/#union-communiste-libertaire-france
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