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(fr) Union Communiste Libertaire (UCL) - Journées écosyndicales 2026: «Nous avons pris conscience d'un besoin d'alliance»
Date
Thu, 30 Jul 2026 22:47:49 +0300
Les 22 et 23mai ont eu lieu à Nantes les Rencontres écologiques et
sociales, une série de rencontres pour discuter de la façon de conjuguer
actions syndicale et écologique, organisée par les Soulèvements de la
Terre de Nantes, Solidaires44, la FSU44, ATTAC44, des syndicats CGT et
l'UCL. Retour sur un atelier! Nous vous présentons ici une
retranscription résumée de la table-ronde introductive «Ecolos et
syndicats: comment s'allier?» Nous avions choisi de développer deux
exemples d'alliances gagnantes, avec Dam du comité des Soulèvements de
la Terre Plaine Tempête (banlieue Nord de Paris) et Yann du collectif
syndical contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, syndiqué CGT, et
également militant à l'UCL. ---- Pouvez-vous présenter le contexte de
ces luttes? ---- Dam: Je suis content d'en parler, d'autant qu'on vient
de gagner! Au départ, on mène une lutte contre le projet d'entrepôt
logistique Greendock, qui devait être un énorme entrepôt en bord de Sein
e. Et en février 2025, il y a une grosse grève qui se déclenche dans
le port de Genneviliers, dans un entrepôt Geodis. C'était pas du tout
une grève «écolo», c'était une grève pour les salaires, mais on décide
d'y aller en soutien. Et cette grève est gagnante: au bout des
3semaines, il y a une augmentation de salaire obtenue. Bien sur, ils ont
gagné parce qu'il y avait 90% de grévistes, mais l'alliance a joué. On
pense que ces deux victoires là, contre l'entrepôt Greendock, et la
grève pour les salaires, ont fonctionné ensemble.
Pour l'anecdote, quand le directeur régional de Geodis est venu signer
l'accord victorieux, il est allé voir le délégué syndical et il lui a
dit «qu'est-ce que venaient foutre les Soulèvements de la Terre dans
cette histoire?» et le camarade de la CGT lui a répondu «bah vous croyez
qu'on n'est pas écolo, nous?»
Yann: Nous aussi, quand on a fait les manifs avec les gens de
Notre-Dame-des-Landes, la brigade anti-criminalité venait vers nous la
CGT et nous disait «qu'est-ce que vous foutez avec les zadistes?»
L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, c'est un projet très ancien qui
s'est porté sur ce territoire qui est une zone humide, et très
rapidement, les paysans et paysannes sur place se sont opposé·es à ce
projet. Ça n'avançait pas beaucoup, et ça s'est accéléré dans les années
2000. Les zadistes se sont installé·es sur la zone à partir de 2009. Le
syndicalisme ouvrier était toujours très loin. Mais en 2014, il y a eu
une manif très réprimée à Nantes, et il y avait des syndicalistes qui
ont été outré·es. Suite à ça, l'année d'après, les zadistes sont venu·es
à Nantes pour des journées d'action syndicale, on s'est mis à discuter
en manif, des contacts se sont noués.
À la CGT, nos camarades du syndicat de site de l'aéroport de
Nantes-Atlantique ont également discuté avec des zadistes et ont marqué
leur opposition au nouvel aéroport, car ils ne voulaient pas aller
travailler là-bas. Et en mai-juin 2015, les zadistes ont fait un
événement à Nantes pour commémorer Mai 68. A l'époque, il y avait eu des
liens entre les ouvriers et ouvrières en grève à Nantes et les paysans
et paysannes qui faisaient des repas. En 2016, on a décidé de se
structurer un peu, et on a créé le collectif syndical contre l'aéroport
et son monde. Il y a aussi eu une prise de position de la CGT Vinci,
parce que Vinci avait récupéré la gestion de l'aéroport de
Nantes-Atlantique, et c'est aussi Vinci qui devait gérer l'aéroport de
Notre-Dame-des-Landes. La CGT Vinci a communiqué en disant «on n'ira pas
mettre du béton sur une zone humide». Le 1ermai 2017, il y a eu un
cortège commun entre syndicalistes et zadistes, c'était festif, joyeux.
Et le c
ollectif s'est finalement dissous après la victoire en 2018.
Quelles formes prenait cette alliance?
Dam: Le blocage a vraiment resserré les liens pendant la grève. C'était
un mode d'action qu'on partageait avec les salarié·es de Geodis, mais un
des défauts du blocage, c'est que ça peut couter très cher ensuite en
procès et en amendes. Et donc il y a eu l'idée que les Soulèvements de
la Terre prennent le relais du blocage. Le premier soir où ça a été
bloqué de l'extérieur, la police est arrivée et les ouvrières et
ouvriers ont fait une grande ligne de gilets rouges devant les militants
et militantes écolos.
On a aussi apporté notre savoir-faire en termes de communication, de
réseaux sociaux. On a fait du ravitaillement, on a ramené des légumes
via des camarades de la Confédération paysanne sur le piquet de grève,
on a aussi fait des caisses de grève.
Les Rencontres écosyndicales ont réuni plus d'une centaine de personnes.
Les Rencontres écosyndicales ont réuni plus d'une centaine de personnes.
Crédits: UCL Nantes
Au final, ce qui est le plus nourrissant, c'est presque les rencontres
que ça a créé. C'est une grève de nuit, le temps fort de la grève, c'est
de 20h à 23h, donc ramener des gens de l'extérieur, une fanfare, faire
un micro ouvert, ça fait du bien.
Si tout ça a été possible, c'est aussi qu'on est à Gennevilliers, où une
CGT a gardé des bases très combatives, il y avait un terreau historique,
communiste, ouvrier, une base syndicale qui était habituée à faire ça.
Yann: Je pense que c'est intéressant de voir pourquoi ça fonctionne. Il
faut une convergence d'intérêts entre les salarié·es et les écolos, des
militantes et militants syndicaux déjà sensibilisé·s aux questions
écologiques, et des militants et militantes écolos disposées à s'allier
aux salarié·es.
Nous, on invitait les zadistes à venir, on faisait des bouffes ensemble,
et à l'inverse, on était invité·es à la ZAD. Quand ça se passe bien, en
rigolant, à des bouffes, à nos manifs... on peut avancer. La lutte était
d'ampleur nationale et ramenait des militants et militantes autonomes
qui allaient à l'affrontement avec les flics, et c'était pas la façon de
manifester de la CGT. Au fur et à mesure des manifs, on a trouvé des
moyens de manifester ensemble. C'est tout un tas de situations où on
doit se parler avant, se connaître.
Est-ce qu'il y a eu des réticences à lutter ensemble?
Dam: en réalité, pas beaucoup, mais il y a des enjeux de posture. Par
exemple, on se disait que dans les mondes populaires, le terme écologie
renvoie à des politiciens et politiciennes EELV qui font la morale à la
télé. On s'était dit: «on ne va pas dire écolo dans nos discours», mais
c'était trop compliqué, personne n'y arrivait. Il vaut mieux essayer de
se faire croiser les choses autour des blagues et de la bouffe plutôt
que se cacher. Il faut aussi se méfier de la position d'extériorité, de
dire «voilà, je vous soutiens, mais c'est pas moi qui suis concerné».
Alors nous ne sommes pas ouvrières ou ouvriers, nous n'avons jamais dit
le contraire. Mais en même temps, on s'est dit que la logistique, ça
nous concerne toutes et tous, c'est un élément central du capitalisme
actuel, on est tous et toutes dépendantes de ces réseaux logistiques. On
peut chercher des positions organiques, de dire qu'on fait partie de
cette lutte d'une certaine manière. C'est un champ de lutte partagé.
Yann: À la CGT, ça remuait énormément, parce que beaucoup de camarades
pensaient que ça pouvait diviser la CGT. Jusque dans les années 1990, la
CGT avait le positionnement «on n'a pas besoin des autres, on fait tout
seuls», mais il n'y a plus le même rapport de force donc nous avons pris
conscience du besoin d'alliances. Et le côté productiviste de la CGT a
aussi évolué, la crise climatique remet en cause cette logique
productiviste. On l'entend encore au sein de la CGT, mais c'est en train
de changer parce que des jeunes arrivent dans les syndicats.
Quelle pérennité a cette alliance?
Dam: La suite, c'est le contre-projet. Dès le début, on s'est dit «on ne
fait pas un contre-projet uniquement sur Greendock, mais sur le port de
Gennevilliers», c'est un super outil pour continuer à s'approprier ce
terrain industriel. On y passe du temps, pour faire de l'analyse, on
fait des balades naturalistes avec des salarié·es. C'est aussi un moyen
pour les syndicats de refaire du militantisme avec des projets de
transformation du territoire. Dans le contre-projet, il y a des idées de
ramener du fret ferroviaire, de faire plus de fluvial, mais aussi l'idée
de transformer la logistique, arrêter les sous-traitants, arrêter les
flux qui viennent de très loin, se poser la question de ce que serait
une logistique utile au territoire. Il y a aussi un atelier spécifique
sur «ce serait quoi de socialiser le port de Gennevilliers?» Combien de
temps de grève dans combien d'entrepôts il faudrait pour dire «on
envahit la direction du port de Gennevilliers et on déclare un
e coopérative ouvrière du port de Gennevilliers?» Ça nous pousse à
réfléchir à ce que ça voudrait dire concrètement.
Le contre-projet permet aussi d'aller voir d'autres syndicalistes et
salarié·es puisqu'une des limites de toute cette histoire, c'est que sur
le port de Gennevilliers, il y a 8 000ouvriers et ouvrières, il y a
plein d'entrepôts, mais il y en a un seul où il y a une base combative.
Le contre-projet permet de rencontrer d'autres salarié·es, sur un
terrain moins conflictuel.
Très récemment, il y a eu à Gennevilliers une action de blocage de
Thalès dans la campagne de Guerre à la guerre. C'était mené plutôt par
les Soulèvements de la Terre, mais on est venu avec les ouvriers et
ouvrières de Geodis qui étaient super contents et contentes de faire ça,
avec l'union locale CGT, et même, on est venu avec le maire de
Gennevilliers, un communiste, qui venait de reconnaître qu'il avait
perdu sur Greendock.
Cela nous rappelle que l'enjeu, c'était pas seulement l'écologie, c'est
un enjeu de lutte beaucoup plus globale.
Yann: En janvier 2018, la victoire contre l'aéroport, c'est quand même
une victoire pour notre camp social. À la CGT, ça a aussi été perçu un
peu comme notre victoire, ça a prouvé qu'on pouvait faire reculer
l'État, dans une période où on gagne rarement, ça redonne de
l'enthousiasme. On continue à se mobiliser sur d'autres grands projets
inutiles, aujourd'hui, on y va beaucoup plus facilement depuis la
victoire de Notre-Dame-des-Landes. Et on continue aussi de mettre
l'écologie à l'agenda dans le syndicalisme, on a monté un collectif
écosyndical à l'union départementale CGT 44.
Propos recueillis et retranscrits par Agrippine (UCL Nantes)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Journees-ecosyndicales-2026-Nous-avons-pris-conscience-d-un-besoin-d-alliance
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