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(fr) CNT-AIT - Techniques de luttes
Date
Mon, 15 Jun 2026 19:49:17 +0100
Ce texte (qui est issu d'une brochure) est en fait la compilation de 20
ans d'expérience des militants de la CNT-AIT en termes de luttes en
entreprise. Parce que nous sommes convaincus, et notre pratique le
démontre, qu'il y a d'autres alternatives pour la lutte en entreprise
que de se présenter aux élections professionnelles. Nous sommes
persuadés - et l'expérience le montre - que l'action directe paye, et
qu'elle paye plus que la médiation et la représentation. ---- Ce texte
cherche à faire découvrir ou populariser les techniques de lutte
syndicale car dans toute bataille, il faut partir de quelques idées
fortes: ---- Porter à l'adversaire plus de coups qu'il ne peut vous en
porter, voire lui porter des coups qu'il ne peut rendre. ---- Analyser
le rapport de force:
- Numériquement, combien nous sommes;
- L'impact sympathie/rejet de la lutte par les autres salariés, par la
population;
- Les contraintes financières, c'est à dire les moyens en fric pour
continuer la luttes.
Eviter l'épuisement des forces, des luttes dures d'emblée peuvent être
une faiblesse: le patronat a, dans sa gestion, programmé ce type
d'effets sporadiques: production transférable, reprise de production
ailleurs, stocks, jaunes, intérim, réserves financières, etc. Il peut
être préférable de commencer par une action larvée, discrète, qui
prépare les esprits à la résistance sur le long terme pour préparer le
terrain et ne se découvrir en frappant fort que quand le terrain a été
bien préparé.
Savoir stopper une lutte, éviter le jusqu'au-boutisme quand on n'est pas
en situation favorable. Continuer à occuper minoritairement l'entreprise
finit par offrir au patron des mécontents manoeuvrables contre les
grévistes. Les pertes de salaires sont telles que la reprise d'une lutte
deviendra difficile. L'écoeurement joue contre la mobilisation.
Prévoir des solutions de replis, que ce soit en terme de luttes ou de
revendications.
Analyser l'histoire, la stratégie, les buts des forces en jeu:
Bourgeoisie/salariés (patronat dur ou modéré, salariés plutôt
revendicatifs ou pas) Organisation/luttes (quels sont les syndicats
présents, les organisations politiques présentes dans l'entreprise ou
autour, les syndicats sont-ils plutôt mous ou radicaux, quelles ont été
les relations des travailleurs avec les syndicats et les organisations
politique lors des luttes passées: indifférence, soutien, adhésion,
utilisation opportuniste, ou au contraire rejet plus ou moins exprimé;
est-ce que les luttes bénéficient d'expérience autonome, y-a-t-il un
risque qu'une organisation politique cherche à prendre le contrôle de la
lutte, etc.)
LES LUTTES SE DEFINISSENT PAR LES CATEGORIE SALARIALE, LEUR
TERRITORIALITE OU ENCORE PAR LEUR CONTENU:
Catégories salariales:
La lutte est appelée lutte catégorielle si elle ne concerne qu'une
catégorie de personnel d'une entreprise ou du secteur et pour des
revendications spécifiques à cette catégorie : luttes des OS (ouvriers
spécialisés), des ouvriers qualifiés, lutte des postiers, des
infirmières, des IATOSS[1] ou des enseignants etc...,. Si la lutte est
le fait de toute une entreprise ou établissement et qu'elle porte sur
des revendications pour l'ensemble du personnel, la lutte est
inter-catégorielle.
[1] Personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé
Territorialité: Si la lutte a lieu dans un seul établissement, c'est une
lutte au niveau du site. Exemples: luttes au CHU de Caen, à Moulinex, Caen.
Une lutte au niveau du groupe se situe sur plusieurs sites mais au sein
d'un même groupe. Exemple: luttes au niveau du groupe Moulinex, dans
plusieurs usines du groupe en France.
La lutte peut être celle d'un secteur d'activité (branche). Exemples:
secteur santé, chimie ou métallurgie. Une lutte peut avoir lieu sur
l'ensemble des secteurs d'activité et des sites.
Contenu: Le contenu revendicatif de la lutte peut être matériel
(salaires, retraites, condition et temps de travail, Sécu ...),
politique (retrait d'une loi, critique d'une politique anti-sociale,
conquête de nouveaux droits syndicaux, constitution de contre pouvoirs
salariés dans une entreprise ...[1]). Les revendications peuvent aussi
évidemment combiner les 2 aspects: par exemple, simplification et
homogénéisation par le haut d'une grille de qualification dans une
branche donnée. Cette revendication matérielle permet également de
favoriser l'unification des travailleurs de cette même branche et donc
d'ouvrir des perspectives de luttes plus importantes.
[1] à noter qu'en France, les grèves fondée uniquement sur des motifs
politiques sans lien avec des revendications sociales ou matérielles est
interdit.
Les luttes peuvent aussi être menées tout simplement en solidarité avec
d'autres luttes.
LES DIFFERENTS TYPES DE LUTTE:
- La protestation verbale: c'est le type de lutte le plus simple. c'est
le type de lutte le plus simple. Il suffit de dire ce que l'on pense à
son chef d'équipe, ou son supérieur hiérarchique ... cela peut avoir un
effet d'entraînement sur les collègues, qui à leur tour peuvent avoir
envie de s'exprimer et dire ce qu'ils pensent ...
- La pétition:: c'est un écrit dénonçant, réclamant, exprimant un
désaveu, un désir. La pétition peut quelque fois influencer, faire
obtenir de menus avantages mais le plus souvent illusoires et
démagogiques. La plupart des pétitions finissent dans la poubelle du
manager ou de la direction ... (après qu'ils aient recopié la liste des
signataires pour identifier les fortes-têtes, même si il est interdit de
faire ce genre de liste ... mais les patrons ne se gênent pas
...).Certains syndicats ne faisant ou ne voulant rien faire, sont
spécialistes des pétitions, qui leur permettent de se donner bonne
conscience «d'avoir fait quelque chose», quand elle ne sert pas à des
militants politiques infiltrés dans des syndicats de constituer eux
aussi leur fichier ...
- Le débrayage: c'est la cessation d'activité pendant une courte durée
maximum quelques heures. Le débrayage exprime déjà un mécontentement
plus grand, la naissance d'une certaine radicalité. Le débrayage est
utilisé comme pression pour des négociations sur des effets à court
terme ou des revendications mineures. Exemple: manque de chauffage,
problèmes de primes, de salissures ou de casse-croute etc.
- La grève perlée: débrayage d'une partie du personnel puis reprise
tandis qu'une autre partie débraye et ainsi de suite. Avantage: perte de
salaire minimum par individu tandis que l'établissement est pratiquement
paralysé et que l'employeur paie ses salariés devenus peu productifs
voire inactifs. L'employeur tentera de faire travailler les non
grévistes, l'encadrement, ou les intérimaires. Si cela ne s'avère pas
suffisant, il fermera l'entreprise pour un temps, c'est le lock-out qui
lui évite de verser des salaires à des gens inactifs. A noter que la
grève perlée et le lock-out sont théoriquement interdits en France.
- Le coulage: freiner la production en étant le moins productif possible.
- La grève du zèle: application stricte ou excessive des consignes et
des règlements entravant le bon fonctionnement de la production, en
utilisant plus de matières première par exemple, ou en prenant plus de
temps pour respecter strictement tous les paramètres du système de
management de la qualité de l'entreprise.
- La grève limitée: les salariés cessent le travail pour une durée limitée.
- La grève illimitée: cessation du travail par les salariés sans limite
de temps annoncée, jusqu'à ce que ceux-ci décident de reprendre le
travail. Avantage: exprime une certaine radicalité, une participation à
la lutte, bloque tout ou partie de la production. Inconvénient: perte de
salaire importante pour les grévistes. L'établissement peut continuer à
produire avec des intérimaires, des non grévistes. La production peut
être réalisée sur un autre site.
- Le piquet de grève: mise en place de barrages pour empêcher les
non-grévistes de pénétrer dans l'établissement pour réaliser l'ouvrage.
Attention: pour être efficace, un piquet doit être préparé et fournir
des conditions matérielles qui lui permettent de tenir dans la durée:
prévoir notamment un abris contre les intempéries, des braseros pour se
chauffer la nuit s'il fait froid, être visibles des automobilistes et
des camions à la fois pour la popularisation du mouvement et pour la
sécurité.... Inconvénient: une partie des non grévistes arrivent parfois
à pénétrer dans l'établissement ou bloqués à l'intérieur ils continuent
d'assurer la production.
- La grève avec occupation: les grévistes investissent le secteur visé,
évacuent les non grévistes, détournent à leur profit la logistique:
salles de réunions, réfectoires, dortoirs, photocopieuses, internet,
téléphones et véhicules.
Occupation intra muros: se limite à l'intérieur de l'établissement.
Permet de disposer d'un point d'appui stratégique à la lutte et d'un
atout dans le rapport de force en cas de négociations. mais doit se
combiner avec des actions extérieures pour éviter que la lutte ne se
laisse enfermer dans les murs de l'entreprise et soit coupée de son
environnement social.
Occupation extra muros: aller envahir et occuper tel établissement ou
une administration favorable à l'employeur: Direction Départementale du
Travail et de Emploi, justice, mairie, local de parti politique, siège
d'un journal, Chambre de Commerce et d'Industrie, quartier résidentiel
des cadres ou de l'employeur, entreprise où a été transférée la
production. Attention cependant à l'épuisement par l'activisme débordant.
LA LUTTE DOIT CHERCHER LA COMPLICITE ET LE SOUTIEN DE LA POPULATION,
EXPLIQUER LES REVENDICATIONS ET EVITER DE GENER LE PLUS POSSIBLE LES
SALARIES ET/OU LES USAGERS.
La manifestation de ville: manifestation des travailleurs en lutte et
de leurs soutiens dans la ville. elle fait découvrir le conflit,
popularise la lutte, maintient la pression, permet de jauger le rapport
de force.
La manifestation départementale, régionale, nationale voire
internationale obéit aux mêmes règles que celle de ville mais à une plus
grande échelle.
L'intox: produire rumeurs, informations en tout genre pour fragiliser
l'adversaire.
Le discrédit: rendre publiques des critiques sur la qualité des
produits ou services de l'établissement. Les entreprises sont très
soucieuses de leur image de marque et de ce qu'en disent les réseaux
sociaux.
Le sabotage: (voir la brochure sur le sabotage par Emile Pouget
disponible en ligne sur notre site:
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article215) Cette vieille
méthode de lutte est toujours pratiquée bien que non médiatisée. Elle
doit être manipulée par des individus conscients des risques ou de
l'effet catastrophique à terme de certaines destructions pouvant
entraîner la fermeture de l'entreprise. Peut être qu'une graduation doit
être introduite pour éviter des problèmes néfastes. Le sabotage est une
arme très efficace, peu couteuse pour les grévistes, très nocive pour
l'employeur. Il faut toujours conserver à l'esprit que la lutte doit
nuire à l'employeur mais pas aux usagers salariés eux-mêmes, ex: les
services publics, les transports, EDF, santé, alimentation, etc.
La ré appropriation: reprise sous le contrôle des salariés des
machines ou des biens produits par l'entreprise c'est-à-dire par les
salariés eux-mêmes. Permet de constituer un «stock stratégique» qui
consistera un point fort lors des éventuelles négociations.
La vente sauvage: vente par les grévistes des stocks de l'entreprise
pour constituer un trésor de guerre qui les indemnisera.
La production sauvage: les grévistes utilisent les machines de
l'entreprise pour produire des biens qu'ils vendent directement à la
population en en réduisant le prix ce qui satisfera tout le monde et
apportera des liquidités aux grévistes pour tenir pendant la grève.
Le travail sauvage: utilisant leurs propres outils les grévistes
réparent fabriquent ou rendent des services aux particuliers moyennant
finances. Exemples les coiffeurs de Rennes qui, sur une place publique
coupèrent les cheveux. L'argent payé pour ce service allait à la caisse
de grève. En Australie, les chauffeurs de tramway, pendant une grève
mirent les trams en circulation gratuitement pour la population.
Le boycott: sur demande des salariés en lutte dans une entreprise, ne
pas utiliser ou acheter telle production ou tel service fournis par
cette même entreprise. Exemple: le comité de lutte appelle la population
à ne pas consommer telle marque de produit tant que les revendications
ne sont pas satisfaites.
Exemple: appel au boycott des campings Yellow Village par la CNT-AIT de
Figueras à l'été 2022.
La désobéissance civile: refus d'appliquer, de se soumettre aux lois
de l'Etat. Exemple: soutenir et aider des personnes réprimées. Ne pas
payer l'impôt, refuser de présenter ses papiers d'identité, de faire
l'armée... etc.
La grève généralisée: situation de grève touchant tout un secteur ou
plusieurs secteurs de production ou bien une région, un pays ou un
groupe de pays.
La grève générale: grève intercatégorielle, intersectorielle sur un
territoire donné région, pays, international. Action consciente et
concertée, ce qui la différencie de la grève généralisée. C'est l'arme
voulue, souhaitée, défendue par les anarcho-syndicalistes. C'est l'acte
ou toute une masse, qu'elle le sache ou non, s'anarchosyndicalise. En
effet, à ce stade, les gens en lutte entendent défier leurs adversaires.
Ils ne s'en remettent pas au verdict des urnes, ni au gouvernement qui
en est issu, ni aux promesses à venir. Les gens en lutte, s'appuyant sur
l'action directe, entendent ici et maintenant faire aboutir leurs
revendications. La grève générale marque et exprime l'affrontement de
classes clairement. Si elle est massive, le rapport de force est optimum
et d'autres choix peuvent apparaître.
Le hartal: Le terme vient de la langue Gujarati, parlée en Inde, et
signifie la fermeture des magasins et des entrepôts dans le but de
protester. Ce terme très populaire dans toute l'Asie du Sud-Est a été
popularisé par Gandhi, mais il n'en est pas l'inventeur. C'est une
méthode de lutte ancestrale utilisée par les travailleurs et les
exploités du sous continent indien. C'est une protestation de masse
impliquant souvent une fermeture totale des lieux de travail, des
bureaux, des magasins, des tribunaux s'exprimant alors sous la forme
d'une désobéissance civile. En plus d'être une grève générale, elle
implique la fermeture volontaire d'écoles et des lieux de commerce,
paralysant tout l'activité économique.
Le hartal du Sri-Lanka de juillet 2022 a abouti à la fuite du président
et du gouvernement. Sur la pancarte: pas de médecine, pas de machines,
pas de carburant, pas d'électricité, pas de solution ... le gouvernement
dehors! https://cnt-ait.info/2022/07/13/hartal-2022-08/
La grève générale insurrectionnelle: les grévistes, pour diverses
raisons, deviennent émeutiers, barricadiers. Partout le peuple en armes
se soulève ouvrant la perspective d'une possible expropriation des
capitalistes.
La grève générale insurrectionnelle du 19 juillet 1936 en Espagne en
réaction au coup d'état militaire fasciste de Franco.
https://cnt-ait.info/2022/07/10/revolution-et-contre-revolution-en-espagne/
La grève générale expropriatrice: les grévistes, maîtres de la rue,
s'emparent des moyens de production, d'échange, de communication. Les
entreprises, les commerces, les administrations sont placées sous le
contrôle des comités de luttes. C'est le prélude à un changement social
profond d'où, à notre avis, devrait sortir le communisme libertaire.
QUELQUES CONSEILS
Voici donc présentés un certain nombre de techniques de luttes faisant
partie de la culture syndicale. Il appartient à chacun d'en juger
l'usage. Mais je pense que chaque technique doit correspondre à l'enjeu.
Inutile de déployer de gros moyens pour un petit enjeu. Exemple: pour
une petite revendication, le débrayage, la grève perlée, le coulage, le
zèle sont suffisants.
Si cela s'avérait insuffisant, graduer le passage à des luttes plus
radicales. Toujours maintenir la pression, aller crescendo car partir
fort puis revenir en arrière marque une faiblesse que l'adversaire sait
analyser et travailler.
Se méfier des faux radicaux, analyser si ceux qui propagent le
radicalisme sont sincères, même s'ils ont raison ou tort sur le moment.
Ceux qui poussent à un conflit dur non adapté, tentent soit de jouer dur
pour coller avec les grévistes afin d'obtenir leur confiance et, par la
suite, tuer la lutte, ou bien, sachant que l'échec est assuré, veulent
capitaliser en terme d'élection la sympathie obtenue. S'ils sont de
mèche avec l'adversaire, ils feront éclater un conflit dur aboutissant à
un échec qui pèsera lourd quand une attaque du patron (restructuration,
licenciements, etc.) sera à l'ordre du jour car les pertes de salaire
subies ne permettront pas aux travailleurs de redémarrer un conflit.
Analyser les rapports de force. Exemple: la proximité d'élections
syndicales ou politiques qui poussent les pouvoirs publics à éviter des
conflits, ou au contraire qui incite certains syndicalistes ou membres
d'organisations politiques à déclencher une lutte pour favoriser ensuite
leur élection.
Analyser le niveau de mécontentement de l'opinion publique ou encore la
situation financière et économique des établissements où les grévistes
veulent agir.
Examiner l'état des stocks, s'ils sont importants, l'employeur pourra
continuer à vendre ses produits et, parallèlement, baisser sa masse
salariale (salaires versés) pour des raisons de grève. En revanche, des
stocks faibles ou périssables le gênent beaucoup. Attention à
l'annualisation du temps de travail (flexibilité) qui l'avantage suivant
la loi d'annualisation, l'employeur peut faire faire plus d'heures de
travail que la durée légale hebdomadaire et, de fait, reproduire plus
rapidement ses stocks et honorer les commandes en retard suite au conflit.
Examiner l'état des commandes, l'importance des réserves financières,
les possibilités de transfert de production sur un autre site. On peut
préparer le terrain d'une lutte en utilisant, combinés ou pas, la grève
perlée, le zèle, le coulage, le sabotage, l'absentéisme pour réduire la
production.
Eviter la répression en faisant en sorte que les grévistes ne soient pas
identifiés, que l'adversaire ignore le plus possible qui est qui et qui
fait quoi. Occulter si possible le nombre de personnes en conflit, les
dates et lieux de leurs réunions. Décider au tout dernier moment des
actions pour éviter les divulgations.
Opter pour un comité de lutte plus large qu'une intersyndicale qui
réunit les seules sections syndicales. Le comité de grève est ouvert à
tous les travailleurs, qu'ils soient syndiqués ou pas. C'est un organe
unitaire, qui est géré par l'assemblée générale des grévistes et pas par
les représentants syndicaux. Les syndicats ont le droit de s'exprimer
dans le comité de lutte mais ce sont les travailleurs en lutte, réunis
en assemblée générale qui décident des orientations et des moyens de la
lutte.
De plus sur les banderoles, tracts, etc ... éviter de faire apparaitre
les sigles syndicaux pour signifier que la lutte réunit l'ensemble des
salariés en grève, qu'ils soient syndiqués ou pas. Permettra aussi
d'éviter la récupération de la lutte a-posteriori par les syndicats lors
des élections de représentants du personnel.
Multiplier les commissions: médias, bouffe, propagande, finance,
production sauvage, travail sauvage. Cela oblige l'adversaire à
multiplier l'intervention de jaunes contre les grévistes.
Appliquer la démocratie directe des assemblées générales (AG)
souveraines pour éviter qu'un petit groupe s'empare de la lutte à des
fins autres que celles décidées par l'AG. les Commissions doivent rendre
compte de leurs activités à l'AG.
Inutile d'envoyer des personnes discuter avec le patron, le directeur,
le conseil d'administration. Inutile d'envoyer les délégués du personnel
et autres personnes soi-disant spécialistes de la négociation. Elles ne
servent à rien sinon à vous faire croire à leur utilité ou vous obliger
à la délégation de pouvoir et vous persuader de la nécessité des
syndicats réformistes. La bourgeoisie sait utiliser et utilise des
outils pour analyser un malaise. Ex: que la production ralentisse ou que
la mauvaise qualité de l'ouvrage, l'absentéisme ou le sabotage
augmentent, elle conclura très vite que les salariés sont mécontents
même si elle le nie ou le cache. Qu'une grève éclate ne nécessite en
rien que les soi-disant représentants élus des salariés se précipitent
devant la direction pour le lui dire, elle le sait, elle sait même ce
qu'elle proposera aux grévistes. Le délégué du personnel ne sert à rien.
Envoyez à la presse, à la population ou à l'employeur par courrier signé
du comité de lutte vos revendications. Eviter les portes paroles, que
les journalistes essaieront de médiatiser, ou alors faire tourner la
fonction de porte parole pour éviter le phénomène de «vedétariat».
Si l'employeur veut négocier ou proposer ou satisfaire les
revendications, qu'il fasse connaître ses propositions par la presse,
par voie d'affichage ou prise de parole devant les salariés. Le comité
répondra par écrit. Inutile d'envoyer des délégués négocier, ils
risquent fort de se contenter de miettes ou de défendre leurs idées
plutôt que les vôtres surtout s'il s'agit d'élus des syndicats réformistes.
Obligez l'adversaire à signer un accord de non répression suite au
conflit. Le contraindre au paiement des jours de grève. Il faut tenter
de minimiser les incidences financières du conflit pour les salariés, de
cette façon, si le patron tente de contre-attaquer, les salariés, non
affaiblis, pourront déclencher un nouveau conflit.
Dans cette logique, organiser des collectes de soutien financier par du
porte à porte dans le quartier, des diffusions de tracts sur les
marchés, des plateformes internet, des concerts, des fêtes de soutien
financier. Récupérer de la nourriture et organisez des distibutions de
repas. Organisez des gardes d'enfants collectives. Agissez sur les
mairies, les aides sociales, les caisses de secours (Sécu, ASSEDIC,
Comités d'Entreprise, etc.) pour trouver du fric pour tenir ou pour
organiser des cantines solidaires.
LEGALISME - ILLEGALISME
Il faut user le plus possible de la légalité et éviter ainsi des
problèmes de répression éventuelle. Mais nous devons constater que la
légalité s'accommode mal de nos intérêts. Très vite, pour satisfaire
leurs objectifs, les travailleurs doivent agir illégalement: piquets de
grève, occupations, production sauvage. Mais nous devons en analyser
froidement les avantages et les répercussions. Vous découvrirez très
vite que la loi légitimée par l'Etat n'est pas neutre et sert l'intérêt
de la bourgeoisie.
Partant de l'idée de Bakounine «Le droit n'est que le fait illustré par
la force», deviendra légal ce que nous imposerons.
VIOLENCE - NON VIOLENCE
A l'occasion ce n'est pas forcément l'une ou l'autre, ça peut être les
deux un conflit plutôt pacifique avec des poussées violentes et vice versa.
Tantôt un conflit non violent et déterminé peut être efficace, tantôt ce
sera le contraire. Une bonne manifestation massive et sage peut être
efficace mais une manifestation violente peut l'être tout autant. C'est
une question de contexte et de choix des gens en lutte.
Toutefois, se méfier de la violence et de qui la provoque (si ce sont
les grévistes ou les adversaires).
Les anarchosyndicalistes sont partisans d'un monde sans violence, sans
armes tel est leur but.
Hélas, nous constatons que la résistance agressive active des salariés
est légitime face à la violence de la bourgeoisie: exploitations,
licenciements, guerres, prisons, pollutions.. .etc.
(Pour approfondir l'approche anarchosyndicaliste sur cette question,
voir «ENTRE VIOLENCE ET NON VIOLENCE»
https://cnt-ait.info/2019/03/21/entre-violence-et-non-violence/)
S'ORGANISER
Nous devons aussi penser le mode d'organisation adéquat pour lutter. Le
syndicalisme actuel de gauche défend-t-il réellement les intérêts des
travailleurs ou quels autres intérêts? Est-il adapté à la lutte, la
défend-t-il, n'introduit-il pas des modes de concertation, de médiation
favorables à la bourgeoisie? Pacifie-t-il? Faut-il radicaliser? Les
protections juridiques des élus sont-elles efficaces? Les élus syndicaux
sont-ils bien protégés?
Apparemment, vu les milliers d'entre eux qui ont été licenciés, non. De
fait, élu ou pas, protégé ou pas, participer à des actions illégales
vous expose aux licenciements. Donc les protections dans ce cadre ne
servent à rien.
Pire, essayer de se protéger par les moyens légaux conduit les adeptes
de ces pratiques à respecter la loi favorable aux patrons, à ne pas
participer aux luttes sortant du cadre légal donc à défendre la légalité
bourgeoise et à être contre-révolutionnaire.
Jouer le double langage, légaliste en façade et illégaliste dans les
faits, n'est souvent pas tenable car les élus syndicaux ou politiques,
consciemment ou inconsciemment, sont obligés de défendre le cadre légal
donc de le renforcer et de taire leurs critiques pour obtenir les
protections légales dues à leur mandat. Surtout que, par la suite, le
cadre légal offrant des avantages à l'individu, il devient difficile de
le rejeter (voir cahier de l'anarcho-syndicalisme n°10, «A propos des
institutions représentatives du personnel»).
Et puis, n'ayez crainte, si la lutte menace la bourgeoisie, celle-ci
saura faire fi des lois et renverra les élus de toute sorte méditer sur
la notion de Droit.
Nous sommes à votre écoute pour enrichir ces propositions de vos
expériences et réflexions.
Des militants anarcho-syndicalistes
(publication initiale sur internet: mardi 28 mars 2006 et réactualisée
constamment depuis)
https://cnt-ait.info/2026/06/15/techniques-de-luttes/
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