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(fr) Alternative Libertaire #371 (UCL) - Liban: Israël ou la guerre permanente
Date
Sat, 30 May 2026 20:04:13 +0100
Avec son intervention militaire au Sud-Liban et ses bombardements du Sud
de Beyrouth, l'État d'Israël entend mener une politique sécuritaire avec
une violence coloniale assumée tout en affirmant son hégémonie
régionale, et ce quoi qu'il en coute pour les populations civiles
libanaises. ---- Le 2mars, quatre jours après le début de la guerre
entre l'Iran d'un côté et Israël et les États-Unis de l'autre, Israël
lance une nouvelle offensive au Liban. L'objectif affiché cette fois:
occuper une bande de 30kilomètres au Sud-Liban pour protéger les colons
du nord d'Israël face aux attaques du Hezbollah. Ce type d'opération
correspond à la doctrine militaire israélienne qui consiste à «tondre la
pelouse» selon leurs termes, c'est-à-dire à mener des opérations
militaires fréquentes pour détruire les capacités militaires des
organisations opposées à Israël. C'était la doctrine par défaut
appliquée à Gaza qui a ainsi subi, en plus du blocus à partir de 2007,
des opérations militaires israéliennes en 2008-2009, en 2012 et en 2014.
Cette doctrine militaire est présentée par l'armée israélienne comme de
l'autodéfense préventive. Ainsi les attaques répétées d'Israël contre le
Liban n'auraient jamais eu lieu sans l'existence du Hezbollah. Cette
rengaine a été reprise à l'international et par l'État français qui a
condamné la méthode d'agir d'Israël tout en réaffirmant que c'était bien
le Hezbollah qui devrait se désarmer pour mettre fin au conflit. En
somme, le même type de réactions que nous avons pu observer face à la
situation à Gaza.
Une doctrine qui a vu naître le Hezbollah
Le parallèle ne s'arrête pas là puisque ces réactions ignorent les
raisons-mêmes de l'existence du Hezbollah. Celui-ci est fondé en 1982 au
moment où Israël envahit le Sud-Liban, forçant ainsi les populations
chiites qui y vivent à l'exil. Aidé par l'Iran, le Hezbollah a ainsi
progressivement gagné en légitimité par sa capacité à résister aux
offensives de l'État sioniste et de ses alliés. Ses alliances tactiques
avec les forces anti-impérialistes de gauche ne l'empêchent pas d'agir
sporadiquement contre celles-ci, et en particulier le Parti communiste
libanais, pour prendre le leadership de la résistance libanaise. Le
Hezbollah se trouve d'ailleurs conforté quand il parvient à repousser
une nouvelle invasion israélienne en 2006.
Le désarmement du Hezbollah comme condition de retrait d'Israël est
d'autant plus hypocrite que cette solution avait déjà été testée par le
gouvernement libanais. Pour mettre fin à l'occupation du Sud-Liban par
Israël en 1982, présentée alors comme une mesure de sécurité visant à
déloger l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), l'État
libanais a mené une politique de démantèlement militaire de la
résistance palestinienne. Vaincue militairement au terme d'une guerre
civile particulièrement brutale, l'OLP quitte le Liban en 1991. Ce qui
n'a eu... aucun effet sur l'occupation. En effet, Israël ne quitte le
Liban qu'en 2000 sous la pression de la résistance libanaise
principalement composée de forces communistes et du Hezbollah.
Cette légitimité acquise par le Hezbollah vient de l'incapacité de
l'armée libanaise à agir contre les invasions israéliennes. Cela n'a
toutefois rien de surprenant. Depuis l'indépendance du pays, l'armée
libanaise a été façonnée par les intérêts étrangers, en particulier
syriens et occidentaux. L'objectif était de garder un État libanais
capable d'assurer son autorité sur son territoire, mais vulnérable à des
interventions étrangères. Les dirigeants politiques libanais ont ainsi
choisi de construire une armée répondant à des objectifs «diplomatiques»
en satisfaisant les diverses injonctions des puissances impérialistes
globales et régionales. Aujourd'hui encore cette politique a cours,
l'État libanais ayant signé une feuille de route avec les États-Unis
pour démanteler les milices qui opèrent sur son territoire. Elle n'a
pour l'instant pas été mise à exécution notamment à cause de résistances
internes au sein de l'armée libanaise.
Une logique coloniale
Si cette invasion reproduit les causes structurelles qui ont conduit à
la formation du Hezbollah, comment se fait-il qu'Israël la mène? Nous
l'avons vu plus tôt, cette intervention fait partie d'une doctrine
militaire qui consiste à privilégier les interventions militaires
sporadiques par rapport à toute relation diplomatique. Depuis son
établissement, Israël mène des guerres préventives pour assurer sa
sécurité. La paix n'étant pas une option lorsqu'on mène une politique
coloniale agressive, il faut frapper en premier et se projeter de
manière à ce que la guerre affecte disproportionnellement les civil·es
adverses. Cette doctrine est couplée à un certain opportunisme comme
nous le voyons actuellement en Syrie, où Israël a profité du
renversement d'Assad pour étendre son occupation illégale au-delà du
plateau du Golan. Tout nouveau territoire dont la capture a été
justifiée pour assurer la sécurité d'Israël peut être colonisé, et ainsi
justifier la prochaine invasion.
Autre conséquence de la politique de guerre permanente de l'État
sioniste: la nécessité d'hégémonie régionale. Puisque la guerre est le
moyen qu'a Israël d'assurer sa sécurité, il ne doit pas exister de
puissance potentiellement capable de rivaliser avec elle. Alors même
qu'Israël possède l'arme atomique, sa plus grande peur est que l'Iran la
possède également créant ainsi un équilibre stratégique inacceptable.
Cette volonté d'hégémonie s'étend toutefois bien au-delà du domaine
nucléaire. Nous pouvons ainsi comprendre la rupture quasi immédiate du
cessez-le-feu avec l'Iran par de nouveaux bombardements au Liban: la
guerre menée avec les États-Unis est le moyen qu'a Israël d'affaiblir
militairement et économiquement son dernier rival.
Ces bombardements au Liban, qui en une journée ont fait plus de 350morts
et mortes et 1 000blessé·es civil·es permettent également de mettre en
lumière l'horreur de la stratégie militaire israélienne. Le génocide à
Gaza n'est pas une exception. Pour atteindre ses objectifs militaires,
Israël est prêt à poursuivre le massacre des populations civiles. Malgré
un mouvement antiguerre qui brave la répression, c'est plus de 93% de la
population qui soutient la guerre contre l'Iran et ainsi l'ouverture
d'un cinquième front (après Gaza, la Cisjordanie, la Syrie et le Liban).
Nous pouvons ici voir les effets concrets de ce qu'Aimé Césaire appelle
la «décivilisation du colonisateur», car cette vision barbare d'un État
d'Israël qui ne peut être en sécurité que par le massacre des peuples
du Moyen-Orient a désormais imprégné toute la population.
Corentin et Laurent (commission Relations internationales de l'UCL)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Liban-Israel-ou-la-guerre-permanente
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