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(fr) Alternative Libertaire #371 (UCL) - 1976: En Argentine naissait la dictature
Date
Thu, 14 May 2026 19:22:17 +0100
Le 24mars 2026 a marqué le triste anniversaire des 50ans du coup d'État
de la junte argentine qui a mené à une répression sans pareil et à
l'assassinat de 30000 personnes entre 1976 et 1982. Le 24mars, appelé
Dia Nacional de la Memoria por la Justicia y la Verdad [3], est un jour
férié en Argentine qui donne toujours lieu à une forte mobilisation.
Mais à l'occasion des 50ans et alors que le gouvernement de Javier Milei
opère un quasi négationnisme sur la question, la mobilisation a été
massive, rassemblant jusqu'à un million de personnes dans les rues de
tout le pays, en faisant une des plus grosses manifestations de ces
dernières années. ---- Pour marquer les 50ans du début de la dictature
militaire en Argentine, les cortèges de ce 24mars ont rassemblé aussi
bien des militantes et militants anarchistes et communistes, des
syndicalistes que des associations civiles et mémorielles, des partis
d'opposition dont les mouvements péronistes [1], mais aussi des
personnes de tous bords tant le sujet reste important aujourd'hui dans
la société argentine. Nombreuses sont les familles qui ont perdu
quelqu'un. Il s'agit en premier lieu de faire vivre la mémoire des
30000disparu·es, dont nombre de militantes et militants communistes et
anarchistes, mais aussi de réclamer encore et toujours la vérité sur ce
qui s'est passé. En effet, les réclamations du mouvement des
«Grand-mères de la Place de Mai» qui avaient commencé à protester
publiquement dès 1977 pour savoir ce qu'il était advenu de leurs enfants
et petits-enfants, continuent d'être d'actualité.
Encore aujourd'hui, on ignore le sort de certaines et certains des
enfants en bas-âge, ou nés en captivité, de prisonnières et prisonniers
de la dictature qui ont été enlevés et confiés à des familles soutenant
la junte. Au-delà de cette question brulante, si le travail mémoriel en
Argentine a pu être relativement bien fait, c'est grâce aux luttes
importantes et à la ténacité incroyable des diverses militantes et
militants qui n'ont jamais flanché, même lorsque les politiques
post-dictature souhaitaient enterrer le sujet au nom de la
réconciliation nationale. Malheureusement, cette mémoire de la
dictature est en danger aujourd'hui.
L'actualité fait écho au passé
Cette mobilisation importante s'inscrit dans le contexte du
gouvernement de Javier Milei qui a déclaré à de nombreuses reprises sa
sympathie avec la dictature, niant ou minimisant ses crimes et cherchant
à tout prix à effacer les traces de sa mémoire. Il a déclaré à de
nombreuses reprises que le chiffre de 30000décès était exagéré. Sa
vice-présidente Victoria Villaruel, proche des milieux militaires, est
une négationniste notoire des crimes de la dictature. Les réclamations
pour la vérité, la justice et la mémoire lors du 24mars sont d'autant
plus essentielles que l'État cherche à revenir dessus.
La question de la mémoire reste d'actualité, notamment parce que le
gouvernement Milei met en place une politique d'une extrême violence
sociale à l'encontre de sa population. Ce 24mars n'a pas été qu'une
commémoration de la dictature, mais aussi un moment de lutte important
pour s'opposer au gouvernement actuel et à ses attaques contre les
classes populaires.
Le piège de la récupération
La loi travail votée récemment [2] précarise encore plus les
travailleurs et travailleuses et a été la source de nombreuses critiques
dans les rues et les discours officiels. Les politiques néolibérales
mortifères de Milei n'ont fait qu'augmenter les inégalités depuis son
arrivée au pouvoir. Sa proximité avec Trump et Israël a aussi été
particulièrement critiquée. Les personnes qui manifestent en Argentine
sont conscientes de l'importance de lutter à la fois contre les
injustices d'hier et celles d'aujourd'hui. Mais le risque de
récupération est lui aussi présent.
En effet, de nombreuses formations politiques d'opposition de tous bords
se sont mises en avant lors des manifestations. Si presque toutes
affichaient un soutien, parfois de façade, au mouvement, elles ont aussi
été les premières à vouloir en tirer parti. Que ce soit du côté des
péronistes kirchneristes qui demandent la libération de l'ex-présidente
Cristina Kirchner condamnée pour corruption, des péronistes
anti-kirchneristes ou d'autres partis qui souhaitent récupérer le
mouvement pour se positionner dans la perspective de l'élection
présidentielle de 2027. Il est essentiel de ne pas les laisser récupérer
cette lutte. Car les enjeux de mémoire ne sont pas de simples débats
d'historiennes et historiens, mais un élément fondamental de l'histoire
de notre camp social, vécu dans nos chairs et sans cesse source
d'inspiration pour les luttes d'aujourd'hui.
La forte mobilisation de 2026 montre que la lutte est possible en
Argentine et qu'elle doit continuer. Face aux vagues réactionnaires qui
nous attaquent sans cesse partout dans le monde, à la fois dans notre
passé et notre présent, il faut faire front commun. Les luttes
mémorielles sont un terreau fertile où l'on peut rencontrer des
personnes peu politisées mais désireuses de se battre sur ces sujets
majeurs. À nous d'être présents et présentes et d'élargir ces luttes.
L'UCL félicite nos organisations soeurs en Argentine qui ont su être
présentes dans les mobilisations et qui continuent leur travail de
terrain pour faire vivre l'anarchisme en Argentine.
Sano (UCL Marseille)
++++
Communiqué des organisations libertaires à l'occasion du 24mars 2026
À l'approche du 50eanniversaire du dernier coup d'État, la mémoire n'est
pas un acte de nostalgie, mais de lutte. La dictature a imposé par le
sang et le feu un projet de pays au service des puissants, en
persécutant, torturant et faisant disparaître des milliers de camarades
qui luttaient pour transformer la société en profondeur. Aujourd'hui,
alors que ce projet se concrétise sous de nouvelles formes avec le
gouvernement ultralibéral de Milei, se souvenir des 30000, c'est
s'engager à continuer de s'organiser et de lutter. Car le meilleur
hommage à ceux et celles qui ont donné leur vie pour la cause des
opprimés, c'est de poursuivre leur lutte, pour un monde sans exploiteurs
ni oppressions!
Nous rendons hommage aux camarades anarchistes disparu·es, en
particulier aux militantes et militants anarchistes syndicaux et à
celles et ceux de l'expérience territoriale de Colonia Lola (Córdoba),
ainsi qu'à celles et ceux qui ont appartenu à Résistance libertaire (RL)
et à la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU), des camarades qui ont
donné le meilleur d'elles et eux-mêmes pour mettre l'anarchisme au
service des luttes sociales et de la construction du socialisme libertaire.
Vive ceux et celles qui luttent!
OAC - Organización Anarquista de Córdoba FAR - Federación Anarquista de
Rosario OAT - Organización Anarquista de Tucumán ORA - Organización
Resistencia Anarquista (Buenos Aires) OASC - Organización Anarquista de
Santa Cruz La Tordo Negro - organización anarquista entrerriana
Organización Impulso Anarquista (Neuquén-Río Negro)
Notes:
[1] Mouvement politique populiste dominant en Argentine depuis les
années 1950. Il a pu être ultralibéral, d'extrême droite ou centriste,
son incarnation actuelle.
[2] « Milei tronçonne toujours plus le travail », Alternative libertaire
n°370, avril 2026.
[3] Jour national de la mémoire pour la justice et la vérité.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?1976-En-Argentine-naissait-la-dictature
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