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(fr) Courant Alternative #360 (OCL) - Italie - Hongrie. Des défaites qui font plaisir mais qui ne changent pas grand-chose

Date Thu, 14 May 2026 19:22:06 +0100


Le 23 mars en Italie puis le 12 avril en Hongrie les deux gouvernements personnalisés par Meloni et Orban, fascistes pour les uns, simplement néo-libéraux pour les autres, se sont pris une claque électorale à un niveau élevé et étrangement identique de 54% de rejet. ---- Notre côté romantique et émotif n'a pu que se réjouir devant le poste télé le soir du 12 avril à l'annonce des résultats en Hongrie. Les bonnes nouvelles ne sont pas si fréquentes! Mais nous sommes ainsi fait que nous avons une autre face, plus rationnelle qui ne peut se laisser guider seulement par l'émotion! Et là, patatrac... le successeur d'Orban, le bien nommé Magyar, est un nationaliste pur et dur, qui défend la même ligne que son prédécesseur sur l'immigration ou sur les droits LGBT. Un ex bébé Orban qui a voulu devenir calife à la place du Calife. Une ambition qui tombait bien aux yeux d'une partie du patronat hongrois qui avait besoin de plus de souplesse dans les rapports avec l'Europe tout en conservant un lien solide avec la Russie.

En Italie Meloni n'a pas été virée, comme Orban, par les urnes. Elle a simplement pris une bonne fessée administrée par le NON au référendum du 23 mars qui portait sur une réforme institutionnelle destinée à permettre un meilleur contrôle du gouvernement sur la magistrature en instituant des organes de contrôle par tirage au sort au lieu d'être élus par leurs pairs. Avec deux millions d'écart entre le oui et le non et une abstention (45 %) moins élevée que lors des référendums précédents [1], la claque est d'autant plus sévère que la campagne électorale a davantage porté sur Meloni elle-même et la politique globale de son gouvernement que sur la réforme judiciaire dont peu de gens connaissaient les détails sinon qu'elle serait une avancée de la mainmise de l'État sur la magistrature.

Il faut dire que cette réforme impliquait un remodelage de la Constitution italienne, initialement rédigée par les partis issus de la Résistance, une icône à laquelle on ne touche pas. La modifier pouvait apparaître comme une revanche des post fascistes permettant de faire la peau à une magistrature supposée «rouge» et «amis des clandestins». D'autant que Meloni a, pour l'occasion, relancé une campagne sur la peur, l'ordre et la religion.: si le non l'emporte ce seront violeurs, pédophiles et immigrés illégaux qui seront mis en liberté, proclamait-elle en boucle!

Il est à noter en outre que le vote a confirmé la traditionnelle coupure entre le Nord et le sud du pays: un NON massif au sud (60 à 65 % et même 75 % à Naples); un Oui au Nord mais limité à trois régions (Vénétie, Lombardie - Milan - et Frioul) puisque le non l'emporte dans le Piémont - Turin, le Val d'Aoste et la Ligurie - Gênes). A noter que Turin est associé à la résistance du squat Askatasuna, à la lutte No Tav, et aux luttes ouvrières dans l'automobile. Que Gênes est un pôle important du mouvement pro-Gaza et des blocages portuaires et que Naples et la Sicile se sont fait remarquer ces dernières décennies par les manifestations antimilitaristes contre les bases de l'Otan et le réarmement de l'Italie. Bien entendu il ne s'agit pas là d'une simple relation simpliste de cause à effet mais on ne peut quand même pas ne pas noter que l'effervescence contestataire de ces derniers temps dans certains centres urbains n'y a pas entraîné une vague de peur et de rejet chez les électeurs, malgré les efforts prodigués par les médias. Le clivage historique entre Milan capitale économique et financière, et Turin prolétarienne et ses (anciens!) conseils ouvriers, demeure.

Selon les enquêtes d'après élection, le Non l'a emporté à 62% chez les moins de 35 ans et le Oui à plus de 50% chez les plus de 55 ans. Résultats sans doute significatifs mais qu'il faut nuancer dans la mesure où toutes ces études prennent chaque catégorie comme un tout sans distinction d'origine sociale.

Pourtant, rien n'obligeait Meloni à engager cette réforme de la magistrature et encore moins d'en faire un référendum. Alors pourquoi? Soit elle était certaine que ce serait l'occasion d'asseoir l'autorité du gouvernement grâce à un oui massif et dans ce cas il lui sera reproché d'être une piètre stratège qui connaît mal son pays. Soit elle estimait que, même avec une victoire ou une défaite modeste, ce serait l'occasion d'un remodelage de son gouvernement en écartant les plus impopulaires de ses ministres et en réaffirmant son autorité. C'est ce qu'elle a fait dès les résultats proclamés en virant deux hauts responsables du ministère de la Justice et la ministre du tourisme. Le chef du groupe Forza italia au Sénat a démissionné et a été remplacé par la fille de l'ancien premier ministre Bettino Craxi sous la pression du clan Berlusconi qui finance Forza Italia, mais qui surtout mène une politique économique toute tournée vers l'Europe et pour qui les penchants anti intégrationniste genre «Europe des nations» doivent rester un discours idéologique et se tenir éloignés du réalisme politico économique. Une orientation finalement assez semblable à celle de Magyar en Hongrie .

En conséquence, plus que les résultats en eux-mêmes ce qui caresse le plus dans le sens du poil à la fois nos faces rationnelles et émotionnelles c'est que le mouvement social, quant à lui n'a pas été éteint par la séquence électorale comme c'est souvent le cas.

La manifestation «Non aux rois et aux reines» contre la guerre a rassemblé près de 200 000 personnes à Rome le 28 mars alors que seulement 30 000 étaient attendus. Certes, ce succès est en partie du à la joyeuse dynamique créée par la défaite des frères d'Italie, mais on remarque que nous étions bien au-delà d'un simple rejet de Meloni et que la réforme de la magistrature n'était qu'un détail en regard des «Pour un monde sans guerre» criés et du désir d'une autre Italie.

En Hongrie également, les manifestations avec des revendications sociales bien marquées se poursuivent en particulier dans la jeunesse scolarisée, même si pour l'instant, c'est l'Europe, l'Europe, encore l'Europe, qui apparaît en tête de gondole des slogans. Espérons que l'illusion Magyar sera vite dissipée lorsque le mirage Europe aura démontré qu'il ne peut en rien résoudre la dégradation continuelle de la situation des classes populaires.

JPD
Notes

[1] signalons quand même que ce taux est beaucoup plus élevé que celui des années d'après-guerre jusqu'à la fin du siècle dernier où la participation a frôlé un temps les 90%. La «passion italienne» pour la politique s'est, comme en France, transformée en une passionnante méfiance....

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4700
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