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(fr) CNT-AIT Toulouse - Discrimination syndicale contre la CNT-AIT
Date
Mon, 4 May 2026 20:04:12 +0100
Le troisième round de procès du compagnon de la CNT AIT Allier qui avait
été licencié pour avoir diffusé un tract dans lequel était écrit entre
autres " Nous salariés (...) ne sommes ni vos chiens, ni vos esclaves.
Pour l'autogestion! Pour la révolution sociale et libertaire!» vient de
se conclure par une nouvelle victoire du compagnon et de la CNT-AIT. La
CNT-AIT est définitivement reconnue comme un syndicat, le licenciement
est annulé pour «atteinte à la liberté d'expression». Le patron est de
plus condamné à lui verser quelque 24 000 euros bruts d'indemnités et
dommages et intérêts. ---- Rappel des faits: depuis 2019, quelques
travailleurs font un travail d'agitation discrète, mais réelle dans une
entreprise su secteur chimique, filiale d'une grande multinationale.
Discussion lors des pauses ou à la cantine, diffusion de textes et de
journaux, ils font circuler les idées et les pratiques
anarchosyndicalistes dans leur entreprise. En 2021, une section
syndicale se constitue discrètement. Pour l'officialiser, les compagnons
distribuent un tract sur la voie publique à l'entrée de l'usine pour
dénoncer le mépris affiché par les représentants d'un gros client de
l'usine contre les salariés à l'occasion d'un audit. C'est la goutte
d'eau. Pas questions pour le patron de laisser passer une autre vision
d'un syndicalisme plus porté sur l'action directe (c'est-à-dire
directement par les concernés) que sur la conciliation: Le ronron des
syndicats officiels déjà présents (CGT, FO) suffit amplement au patron.
Aussitôt, le compagnon le plus visible est licencié au motif selon
l'entreprise que «la diffusion de ce tract à quelques jours de l'audit
réalisé par un gros client était susceptible de lui causer un préjudice
important». En d'autre terme - comme le relève le tribunal - notre
compagnon a été licencié pour «exercice abusif de la liberté d'expression.»
C'en est ensuivi une série de procès, qui viennent d'aboutir à leur
conclusion définitive plus de trois ans après les faits.
Le premier procès avait été intenté au judiciaire par l'entreprise, qui
contestait l'existence même de la CNT-AIT et son caractère de syndicat.
Nous avions rapidement gagné ce procès, le tribunal reconnaissant que la
CNT-AIT existe bien et qu'elle est un syndicat, avec toutes ses
prérogatives! CNT-AIT 1 - Patron 0
Le second procès au prudhomme avait pris plus de temps, le patron
cherchant à faire trainer en longueur la procédure pour nous épuiser
moralement et financièrement. Mais finalement, après deux ans de
procédures, les prudhommes reconnaissaient que le tract CNT AIT
distribué ne contenait que des faits avérés, des informations vérifiées
destinées aux salariés. Le compagnon avait donc bien été licencié pour
motif syndical et devait être réintégré. CNT-AIT 2 - Patron 0.
S'en est suivi un troisième procès, le patron faisant appel, car
n'acceptant pas ses défaites. Le verdict qui a été prononcé en décembre
dernier, soit quatre ans après les faits, vient établir définitivement
la victoire de la CNT-AIT contre le patron par 3 à 0! Et c'est un KO
technique, puisque cette décision [1] a été commentée par au moins un
prof de droit spécialisé en droit du travail, ce qui veut dire qu'elle
fait désormais jurisprudence!
Ce jugement établit que notre compagnon était dans son bon droit
d'information syndicale. Sur l'emploi de l'expression «'Nous, salariés
de chez [4], ne sommes ni vos chiens, ni vos esclaves», que l'entreprise
entendait faire condamner comme «excessifs voire violents», le tribunal
relève que «pris dans leur ensemble, ces termes ne constituent pas des
insultes proférées à l'encontre des salariés de la société. Il apparaît,
au contraire, que l'auteur de ce tract parle au nom de ces salariés et
prend leur défense face à des 'auditeurs' qui souhaiteraient 'imposer
des exigences aux entreprises qui travaillent' pour eux. Il convient
alors de rappeler que ce tract a été établi par le syndicat CNT-AIT. Or,
le but d'un syndicat est de défendre les intérêts collectifs des
salariés.» En conséquence, «Le licenciement prononcé par la société à
l'encontre de Monsieur XX porte donc atteinte à la liberté d'expression
de ce dernier. Il devra, de ce fait, être annulé.»
L'entreprise contestait l'existence d'une section syndicale CNT-AIT dans
l'entreprise au motif qu'aucun nom de représentant ne lui avait été
déclaré. Le tribunal relève «bien que Monsieur XX ne représentait pas,
officiellement, le syndicat CNT-AIT avant le 28 janvier 2021, la société
ne pouvait ignorer les activités syndicales de son salarié ni son
appartenance à un syndicat. En effet, les attestations de collègues de
travail versées au débat certifient, toutes, que Monsieur XX n'a jamais
caché son appartenance au syndicat CNT-AIT dans l'entreprise. En outre,
par courrier du 8 novembre 2019, Monsieur XX a écrit au directeur de la
société: «Si vous persistez à essayer de m'intimider, de me discriminer
ou de remettre une énième fois en cause le droit de grève, je me réserve
le droit d'intervenir par l'intermédiaire de mon syndicat, devant les
tribunaux compétents.»
Cette dernière remarque est importante pour les anarchosyndicalistes,
car elle valide bien - à la vue du droit actuel - qu'on peut tout à fait
développer légalement une activité syndicale dans une entreprise sans
avoir besoin de déclarer préalablement le nom du représentant de section
auprès du patron. Ce qui compte, c'est d'avoir une activité syndicale
réelle, effective et régulière, et surtout que si dialogue, il doit y
avoir, ce doit être avec ses collègues et pas avec la direction!
Ce verdict est donc favorable pour la CNT AIT, qui est bien reconnue
comme un syndicat, légalement. Il valide aussi le fait que les militants
de la CNT AIT déploient bien des activités syndicales quand bien même
une section dans la boite n'est pas officiellement déclarée. Le fait de
distribuer des tracts, d'avoir des discussions avec ses collègues sur
les questions syndicales ET politiques est reconnu comme constitutif
d'une activité syndicale réelle.
Au final, la boite est condamnée à réintégrer notre compagnon, mais
devant l'impossibilité pour elle de le faire, elle est condamnée à lui
verser au total quelque 24000 euros (bruts) d'indemnités et de dommages
et intérêts en réparation du préjudice résultant du caractère illicite
du licenciement.
C'est une bonne nouvelle pour le compagnon, qui suite au licenciement
était dans une situation précaire, et psychologiquement, c'est une belle
victoire à la fois pour lui et pour nous, car cela montre qu'on peut
gagner en se battant avec nos idées, même sur le terrain juridique qui
n'est pourtant pas celui que nous privilégions.
Cette victoire aussi a été permise par la solidarité collective de la
CNT AIT, car nous avons accompagné le compagnon à la fois dans la
rédaction du tract incriminé [2], ensuite un soutien moral et matériel
pendant les procès.
CNT-AIT Allier et ses alliés
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1498
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