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(fr) Socialisme Libertaire - Ouvrier, prends la machine! Prends la terre, paysan!
Date
Wed, 8 Apr 2026 17:32:47 +0100
«Nos ennemis, les défenseurs de la propriété privée, ont toujours
prétendu que leur meilleur allié est le petit paysan propriétaire. À les
entendre, Jacques Bonhomme monte jour et nuit la garde autour de son
lopin de terre, attendant quelque «affreux socialiste» d'ouvrier pour
l'enfourcher ou le pendre au coin de sa grange. D'après eux, la
différence des intérêts est telle entre le paysan et le travailleur des
villes que l'antagonisme des deux classes doit subsister à jamais, et
naturellement ils comptent sur cette haine immortelle pour garder le
pouvoir et l'argent. ---- Qu'y a-t-il de vrai dans cette manière de
voir? ---- Sans doute, la différence est grande entre le paysan qui
possède et l'ouvrier qui possède seulement son corps affaibli par la
faim, mais il n'est pas équitable de les comparer l'un à l'autre. La
comparaison doit se faire entre les vrais prolétaires, ceux des
campagnes aussi bien que ceux des villes, entre ceux qui, de part et
d'autre, dépendent pour leur travail de la bonne volonté d'un maître. Et
Messieurs les économistes ignorent-ils donc que, même en France, le pays
par excellence de la petite propriété, les indigents de la glèbe se
comptent par millions? Ne savent-ils pas que dans presque toutes les
contrées d'Europe, le sort du paysan est, comme celui du travailleur des
usines, une irrémédiable misère? Ne doivent-ils pas avouer qu'en
Angleterre, la patrie de cette économie politique si vantée, le
cultivateur des campagnes est un mercenaire avili, «si bas tombé, dit la
Fortnightly Review, que si on lui donnait le sol, il ne saurait qu'en
faire?». C'est un charmant tableau que celui de la vie champêtre, tel
que la chantent les poètes et que la peignent les artistes. Des arbres
touffus, un ruisseau d'eau pure, une grange qui déborde de gerbes, des
animaux au poil luisant qui s'ébattent dans la cour, une grosse fermière
avec son nourrisson, entourée d'enfants qui jouent, accueillant d'un bon
sourire l'homme qui revient des champs, le foyer, le repas fumant que
l'on aperçoit par la porte entr'ouverte; tout cela est gracieux et doux.
Mais allez voir maintenant en Silésie en quel drame horrible s'est
changée cette idylle. Là, plus de feu, ni de repas, ni de vêtements:
hommes, femmes, enfants, gisent malades ou mourants sur des grabats ou
sur la terre nue, et les rats affamés viennent dévorer les cadavres!
Ainsi le veut le régime de la propriété privée. La terre est à quelques
grands personnages: tant pis pour ceux qui ne sont pas nés princes ou
que leur bonne étoile n'a pas faits banquiers!
Or, l'histoire contemporaine nous prouve que ce régime de la propriété
capitaliste se développe de plus en plus: fatalement, par le
développement normal des lois économiques, la petite propriété doit être
dévorée par la grande; les parcelles du sol appartenant au paysan sont
destinées à arrondir les grands domaines, de même que les ateliers de
peu sont une proie inévitable pour les puissants usiniers et que les
gros financiers s'enrichissent de la ruine des minces spéculateurs. À
cet égard, rien n'est plus instructif que les correspondances insérées
dans les grands journaux anglais sur l'exploitation du sol, telle
qu'elle se pratique maintenant dans les États les plus fertiles de la
République Nord-Américaine. Que les paysans d'Europe se tiennent pour
avertis! Ce que les capitalistes ont trouvé bon de faire à l'Ouest de
l'Atlantique, ne doutez pas qu'ils n'apprennent bientôt à le faire sur
le rivage opposé! Précisément ceux qui nous donnent des renseignements
sur les exploitations américaines sont des commissaires chargés par le
gouvernement anglais d'importer en Europe les bonnes méthodes d'agriculture.
Prenons pour exemple de ces fermes américaines, celle de Casselton,
située dans les plaines qui s'étendent à l'ouest du lac Supérieur. Une
compagnie de chemin de fer, en fort bons termes avec le gouvernement,
comme le sont toutes les grandes sociétés financières, s'est fait
concéder dans cette région un domaine de la superficie de 30 000
hectares en un tenant: c'est un peu plus que la surface du canton de
Genève. Ce vaste espace a été confié à un agriculteur habile qui avait
déjà su s'enrichir ailleurs, et notre homme s'est installé au milieu de
la solitude pour la transformer en une usine à froment, à trèfle et à
foin. Il a dans ses hangars cent charrues, cent machines à semer, cent
moissonneuses, vingt batteuses; une cinquantaine de wagons de chemin de
fer vont et viennent incessamment entre les gares du champ et le port le
plus voisin, dont les embarcadères et les navires appartiennent aussi à
la compagnie. Un réseau de téléphones va de la maison centrale à toutes
les constructions du domaine; sa voix est entendue de partout, il a
l'oreille à tous les bruits, rien ne se fait sans ses ordres et loin de
sa surveillance.
Quant à l'outillage vivant de l'usine, il se compose de quatre cents
chevaux et de six cents hommes. Les écuries sont disposées de telle
sorte qu'au sortir même de la porte, les animaux commencent à tracer le
sillon de plusieurs kilomètres de longueur qu'ils ont à creuser jusqu'au
bout du champ: chacun de leurs pas est utilisé par le propriétaire
économe. On procède de la même manière au judicieux emploi des forces
humaines; tous les mouvements des ouvriers sont réglés au sortir du
dortoir commun. Là, point d'enfants, ni de femmes qui viennent troubler
la besogne; les travailleurs sont groupés par escouades ayant leurs
capitaines et leurs sergents; leur seul devoir est d'obéir et de faire
silence dans les rangs. À la fin de l'automne, toute l'armée est
licenciée, il ne reste que dix hommes pour surveiller les écuries.
L'année suivante, les recruteurs font appel à d'autres soldats, car la
compagnie a jugé qu'il serait fâcheux d'employer les mêmes travailleurs:
cela aurait le grand inconvénient de les attacher trop à la terre, de
leur donner à penser qu'une motte pourrait leur appartenir!
N'est-ce pas là l'idéal de la ferme agricole et tous les agronomes des
États-Unis et d'Angleterre n'ont-ils pas raison d'être ravis?
D'ailleurs, les résultats financiers sont admirables. Avec quatre cents
chevaux et six cents hommes, employés pendant sept mois, on obtient une
quantité de blé qui représente la nourriture d'au moins cinquante mille
personnes. Exemple triomphant de ce que l'on peut obtenir par la grande
culture scientifique, mais exemple non moins frappant du monopole que
peuvent s'attribuer quelques capitalistes sur le travail et sur la vie
de tous!
Et quelle destinée effroyable ces progrès industriels préparent-ils à
tous les travailleurs, ouvriers et paysans, si le droit d'accaparement
se maintient, si la propriété continue de se concentrer entre les mains
de quelques-uns! C'est fort beau qu'un homme, employé au service des
machines, puisse fournir assez de produits pour une centaine d'autres
personnes; mais dans ce cas, quel besoin le propriétaire a-t-il de la
foule des ouvriers qui viennent se présenter à lui? Partout le travail
se simplifie et le nombre des travailleurs augmente. Là, où dix hommes
collaboraient, un seul suffit; là où son produit était de 10, il est
maintenant de 100. Partout les besogneux assiègent les ateliers et le
capitaliste peut d'année en année abaisser les salaires, trier les
hommes pour ne garder que les plus dociles et les plus sobres. Si le
Français raisonne trop, s'il est trop indépendant, on le remplacera par
l'Allemand! Si l'Allemand mange trop, on le remplacera par le Chinois!
Ainsi le veut l'économie politique! C'est la loi de l'offre et de la
demande, c'est la loi du plus fort! Aucune différence ne peut subsister
à cet égard entre la fabrique des villes et l'usine des champs. Le
paysan propriétaire d'un lopin de terre peut jouir de son reste comme
l'artisan et le petit bourgeois. Le moment vient où toute concurrence
avec l'exploiteur méthodique du sol, servi par les capitaux et par la
machine, lui deviendra complètement impossible, et ce jour-là, il ne lui
restera plus qu'à se faire mendiant.
À moins toutefois qu'uni à l'ouvrier, son compagnon de labeur et de
misère, il n'ait enfin reconquis la propriété commune!
Ouvrier, prends la machine!
Prends la terre, paysan!»
Piotr Kropotkine (?), in Le Révolté du 24 janvier 1880.
https://www.socialisme-libertaire.fr/2026/03/ouvrier-prends-la-machine-prends-la-terre-paysan.html
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