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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Radio: En Serbie malgré la répression le mouvement continu
Date
Wed, 31 Dec 2025 17:52:17 +0000
Les positions antispécistes sont de plus en plus fréquentes dans les
milieux militants et y compris dans les pages d'Alternative libertaire.
Néanmoins, d'autres analyses du rapport à la condition animale existent,
parfois opposées au concept même de spécisme tel qu'il est généralement
défendu. ---- Le monde capitaliste contemporain est effroyablement cruel
pour les animaux. Le mode d'organisation économique de nos sociétés les
range dans des lignes de comptabilité, au même titre que toutes les
autres marchandises. Les oies ou les chats ont, aux yeux du Capital, la
même vie qu'une chaise ou une table. Que ce soit l'élevage intensif de
poules ou les vaches à hublot, personne ne peut rester tout à fait
insensible à ces traitements inhumains. ---- Souffrances animales ----
Des avancées en éthologie [1], en neurosciences, en philosophie de
l'esprit, mettent en lumière cet état de fait. Elles nous apprennent
qu'il existe entre la conscience animale et la nôtre un continuum, et
non une rupture. Les animaux ont une conscience phénoménale primaire,
une conscience de soi, une sentience, c'est-à-dire une instance
intérieure qui synthétise leur expérience du monde. Pour être plus
clair: le consensus scientifique a établi que les animaux sont capables
de recevoir, de traiter, de stocker toutes les expériences qu'ils ont pu
faire dans leur vie et d'agir en conséquence de ce vécu. Ils sont ainsi
capables de développer des personnalités. La théorie de l'animal-machine
qui réagirait instinctivement à tous les stimulus est aujourd'hui battue
en brèche. Les animaux souffrent et ont du plaisir, et se construisent
en fonction de cela.
En tant que matérialistes, nous pensons que cette dimension doit donc
être prise en considération dans un soucis de lutte politique. Si nous
sommes en position d'éviter des souffrances inutiles -pour le seul
plaisir gustatif, par exemple- il est nécessaire que l'organisation
sociale change pour ne pas les commettre. Et si c'est cela qu'on appelle
«antispécisme», nous pouvons nous en réclamer. Nous pensons néanmoins
qu'il ne s'agit pas là du sens courant du mot. Le terme de «spécisme»
est bien davantage compris comme le mouvement de pensée déclarant qu'il
existe une discrimination basée sur l'espèce, qui fait de l'espèce en
soi un critère pour déterminer la manière dont un être peut être traité»
[2]. Cette définition est souvent portée par certaines et certains
antispécistes inspirées par la philosophie anglo-saxonne, qui n'hésitent
pas à faire des analogies entre le spécisme et des systèmes
d'exploitation de l'homme par l'homme. Nous considérons la chose comme
honteuse. En aucun cas le spécisme ne saurait être mis sur le même pied
que le racisme ou la domination patriarcale. Ce sont des réalités
différentes.
Comparaison n'est pas raison
En effet, l'exploitation animale est consubstantielle à l'exploitation
de la nature, et toutes deux ne peuvent se comprendre que dans une
perspective historique. Pour le bien de leur autoconservation, comme
tous les animaux, les êtres humains ont besoin d'exploiter la nature,
d'en tirer leur subsistance ou le matériel nécessaire à la production
d'abris ou d'habits. L'exploitation animale, comme l'exploitation de la
nature, répond donc à la perpétuation d'une logique qui fut vitale, et
qui précède l'industrialisation et même l'établissement de sociétés
humaines sédentarisées. Cela n'est absolument pas le cas du racisme et
du patriarcat qui sont les produits des sociétés humaines et de leurs
modes de production.
Construire des sujets politiques
Par ailleurs, une autre différence majeure est à souligner entre les
luttes pour l'émancipation humaine et l'antispécisme: dans le premier
cas, nous cherchons à reconstruire des sujets politiques. Nous
maintenons qu'une différence fondamentale demeure entre humains et
animaux. Non pas une différence d'essence, mais une différence de fait.
Les hommes peuvent agir sur l'organisation sociale, ils peuvent penser
et porter une critique sur le monde, ils peuvent même la réaliser et
transformer concrètement leur environnement. Les animaux en sont
incapables. Nier cette différence fondamentale nous semble ridicule.
Caricaturer notre position et le réduire à une simple affirmation du
type: «les animaux n'ont pas de potentiel révolutionnaire» est malhonnête.
L'émancipation des exploité·es ne peut reposer que sur deux piliers: la
bienveillance paternaliste des exploiteurs; ou l'émergence d'un sujet
politique collectif des exploité·es qui viendra se jeter dans une lutte
à mort contre le sujet politique collectif des exploiteurs. Il s'agit là
de l'émergence de ce que nous appelons une classe et le rapport
dialectique dans laquelle elle s'engage, c'est ce que nous appelons la
lutte des classes. Et le seul moyen de dépasser ce rapport, c'est de
mener la lutte jusqu'à la victoire du sujet le plus exploité, dont le
seul intérêt est l'extinction de toutes les classes. À la lumière de
cette clarification, nous comprenons aussitôt que les terme de «classe
humaine» et de «classe animale» n'ont aucun sens. Les animaux ne peuvent
se constituer en sujet politique; et l'extinction de ces catégories
serait ubuesque.
De là, il ne demeure qu'un seul chemin: le paternalisme bienveillant. Il
ne peut y avoir d'émancipation animale, la seule possibilité est la
prise en compte par l'être humain de ses devoirs vis-à-vis du reste du
vivant. Il s'agit alors d'une voie politique, d'un combat à mener qui
englobe l'entièreté du vivant, végétaux compris. Nous pensons que poser
l'analyse politique dans ces termes est plus fécond, notamment sur des
questions qui pourraient être épineuses telles que «pourrons-nous nous
passer de l'élevage dans un mode de production agricole largement
désindustrialisé?» ou «l'élevage est-il nécessaire au maintient de
certains écosystèmes?»
Penser la condition animale à l'échelle de notre classe
Nous pensons aussi, que posée avec ces mots, cette lutte serait propre à
unir notre classe. En effet, le «spécisme» tel qu'on nous le décrit
a-t-il seulement une réalité individuelle? Ce qui est vrai pour
l'organisation sociale ne nous semble pas l'être pour tout un chacun.
Même si l'empathie animale diffère beaucoup d'un individu à l'autre,
nous pensons tout de même que peu de personnes seraient prêtes à dire
que la vie d'un animal est de même nature que celle d'une chaise. À
moins qu'elle n'ait un intérêt concret, matériel, économique, à dire
autrement.
Thomas Wendelin (UCL Alsace)
Notes:
[1] Science des comportements des espèces animales dans leur milieu naturel.
[2] https://fr.wiktionary.org/wiki/spécisme.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4596
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