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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Austérité dans l'éducation: une grève de la faim pour dénoncer la ceinture serrée!
Date
Sat, 27 Dec 2025 20:18:57 +0000
La question du travail reste au coeur de la lutte des classes. Être
privé d'emploi, précarisé ou déclassé sont aujourd'hui la normalité dans
le monde du travail. Pour le patronat et l'État, dont les objectifs sont
d'enrichir et de pérenniser la domination de ceux qui ont toujours plus,
il s'agit de faire baisser le cout de la main-d'oeuvre en instaurant une
précarisation généralisée et la casse des services publics comme celui
de l'Éducation nationale (EN) ---- Dans l'académie de Strasbourg, par
exemple, le rectorat refuse d'ouvrir la liste complémentaire du concours
de recrutement des professeurs des écoles (CRPE). À la place de postes
de fonctionnaires stagiaires, l'administration propose des postes de
contractuels, un statut précaire qui ne garantit pas la pérennité de
l'emploi et ne reconnaît pas la réussite au concours. Face à ce mépris,
une des candidates a entamé une grève de la faim le 28 octobre 2025
devant le rectorat.
Nous sommes allées à sa rencontre le 13 novembre afin qu'elle nous
présente ses revendications et nous explique comment elle en est arrivée
à mettre sa santé en danger pour se faire entendre. Sa grève a une
dimension collective, car elle réclame sa titularisation certes, mais
également celle de l'ensemble des admis dans sa situation. Voici des
extraits de cette interview.
Peux-tu te présenter brièvement ainsi que ton parcours?
Je m'appelle Vanessa Koehler, j'ai 25 ans, j'ai fait une licence en
science de l'éducation suivie d'un master MEEF à Strasbourg. J'étais
alternante en master, j'avais une classe. J'ai passé le concours une
première fois, mais je ne l'ai pas réussi, donc j'ai décidé d'être
contractuelle pour rester dans l'éducation, vu que c'est ce que je veux
faire depuis toujours. J'ai été contractuelle l'année dernière.
J'ai repassé le concours cette année en avril 2025. Je l'ai réussi en
juillet 2025, j'étais sur liste complémentaire. J'avais appelé
l'inspection d'académie pour leur demander si oui ou non j'allais être
prise. Et ils m'ont répondu à moi et aux autres sur liste complémentaire
- de ne pas s'inquiéter, qu'on allait être rappelé. Et fin juillet,
c'est un syndicat qui nous apprend que les listes sont closes depuis
mi-juillet et que maintenant ils ne prennent plus que des contractuels!
Peux-tu expliquer le fonctionnement de la liste complémentaire du
concours pour les enseignants du primaire? Contrairement au CAPES, là,
il y a une liste d'attente qui permet d'être appelé plus tard pour
travailler, c'est ça?
Oui, en fait, quand on est sur liste complémentaire, on a le concours
jusqu'en avril 2026, jusqu'à la prochaine session du concours. Et
pendant toute la validité de notre concours, on peut être appelé s'il y
a des démissions, des postes vacants, etc. Sauf que maintenant, en
fonction des recteurs, ce n'est plus la même chose. Certains recteurs
continuent d'appeler la liste complémentaire. Certains ont même déjà
appelé toute leur liste. Et d'autres disent que «non, c'est trop tard,
on a pris trop de personnes, donc maintenant, même s'il y a des
démissions, on prendra des contractuels.». Ils ne respectent pas la loi
sur la liste complémentaire. Les articles stipulent vraiment qu'on a le
concours, qu'on remplace les démissions et vacances.
C'est l'austérité budgétaire, quoi! En fonction des académies, des
désirs des recteurs.
Oui, et je me bats parce que je trouve ça injuste le fait de nous faire
attendre, nous dire oui, puis non, jouer avec nos vies. Et je trouve ça
choquant, à quoi ça sert de faire une formation, de faire un concours,
si, finalement, on ne peut même pas enseigner! Et ce n'est pas seulement
le problème des listes complémentaires, c'est toutes les personnes dans
l'institution scolaire qui sont visées. Ils préfèrent des contractuels
même s'ils n'ont pas le niveau. Enfin, certains ont le niveau et passé
le concours ou ne l'ont pas eu à quelques points, il y a de tout. Parce
que je ne lutte pas contre les contractuels. Les contractuels sont aussi
maltraités. En fait, ils les prennent cette année, comme ça, ils peuvent
supprimer des postes de titulaires. Mais l'année prochaine, ils vont les
enlever, ces contractuels, ils ne vont plus les rappeler et au revoir
leurs postes!
Tu as eu des rendez-vous avec le recteur pour discuter, négocier? Ils
doivent se sentir assez mal à l'aise par ta grève de la faim et ta
présence devant le rectorat.
Oui, j'ai l'impression que cette situation, ils ne l'aiment pas du tout.
J'ai eu beaucoup de rendez-vous. Mais bon, toujours la même proposition:
être contractuelle. Et quand il nous donne des explications, j'ai
l'impression qu'il essaye de trouver toutes les raisons pour me faire
arrêter! Et quand on lui demande combien exactement il y a eu de
démissions, puisque normalement, on est là pour remplacer... ils nous
répondent qu'ils ne savent pas. Que ce sont des chiffres qu'ils ne
peuvent pas donner. Que c'est le ministère qui doit les donner.
Normalement, ils ont ces chiffres, ils savent ce qu'il manque.
Plein d'enseignants me disent qu'il y a des démissions dans leur
établissement. On a recensé une dizaine de démissions. Je pense qu'il y
a des choses qu'ils ne disent pas, par rapport au nouveau budget, par
rapport aux ministres. Parce que je pense que ça se décide plus haut, au
niveau du ministère de l'Éducation. C'est un service public, ils
devraient être honnêtes envers nous, transparents. Si j'ai tort, s'il
n'y a pas eu de démissions, ils me le prouvent et voilà, c'est fini.
Est-ce que tu as du soutien? Du personnel de l'EN, des profs? Quels
syndicats t'épaulent? Y a-t-il des politiques qui sont venus?
J'ai plusieurs syndicats qui me suivent, comme le SNAPEN ou la CGT qui
sont venus en réunion [avec le recteur] avec moi pour voir comment ça se
passait. Parce qu'au début, c'était compliqué, les réunions. Vu que je
fais la grève de la faim, j'avais l'impression qu'il voulait me fatiguer
encore plus.
Les premiers jours, c'était très dur pour moi, personne ne me parlait,
tout le monde essayait de m'éviter. Et au fur et à mesure... il y a eu
beaucoup de gens, il y en a qui m'ont ramené une couette, une
bouillotte... C'est ce que j'aime voir, des gens qui s'entraident.
Des politiques sont venus aussi, le NPA, la France insoumise. Son député
Emmanuel Fernandez me soutient, il n'est pas venu, mais il a envoyé
plein de documents. Sandra Regol [EELV] aussi me soutient. Mes camarades
s'occupent de tout, ils ont envoyé des mails à tous les députés de toute
la France. C'est eux qui gèrent tout ce qui relève du soutien. Moi, je
suis là, surtout.
J'ai vu une pétition en ligne pour te soutenir... un groupe Facebook qui
répertorie toutes les infos...
Oui, c'est mes camarades sur liste complémentaire, parce que comme je le
dis, je suis seule devant le rectorat, mais je suis avec tous mes
camarades. C'est eux, qui mettent tout sur internet, ils sont derrière
moi. C'est comme s'il y avait tout le monde ici. C'est les listes
complémentaires de toute la France. Certains ont du rentrer chez leurs
parents parce qu'ils n'ont plus les moyens de payer un loyer, certains
ont fait des dépressions... Il y a quand même deux tiers d'entre eux qui
ont été appelés. Beaucoup d'académies ont appelé tout le monde. Il reste
certaines académies qui bloquent, comme le Bas-Rhin.
Vous êtes dans un collectif, c'est ça?
Au début, plusieurs d'entre nous ont envoyé des messages, on a tous fait
plein de relances, et au fur et à mesure, le rectorat ne nous répondait
plus. Donc on s'est dit, on va se réunir tous ensemble, parce que ce
n'est pas normal. On s'est appelés, on s'est rencontrés, c'est un petit
collectif qu'on a créé ensemble avec les listes complémentaires. Et on
continue à se battre ensemble. Les autres ont même demandé à rencontrer
le ministre parce qu'on refuse cette situation. Surtout, qu'il manque
des enseignants!
Je ne suis pas là pour dire «prenez-moi, juste moi, oubliez les
autres!». Il y a plein de problèmes actuellement dans le service public.
C'est l'austérité!
Le discours du gouvernement est «pro travail», mais quel travail? Le
travail indigne qui ne permet pas de vivre et qui n'est pas stable.
C'est ce qu'il t'est proposé par le recteur, «vous voulez travailler
dans l'éducation nationale? On a un job pour vous en contractuel!» Ce
qui prouve qu'il y a des postes! Ce qui transparaît dans ton action et
qui est intéressant c'est l'idée de «déprécariser».
Oui, je trouve ça important la situation des contractuels par exemple...
leur salaire, c'est vraiment horrible, ils peuvent ne plus être appelés.
C'est de la précarité! Normalement après un certain nombre d'années
contractuel [6 ans] on peut être titularisé, mais s'ils ne t'appellent
plus ou qu'ils coupent tes contrats... On ne peut plus être titularisé!
On a quand même fait 5 ans d'études, on a passé le concours. Déjà, ce ne
serait pas juste d'être contractuel, d'avoir un salaire bas et surtout
de travailler peut-être que deux mois ... mais alors de ne plus être
appelé et jamais titularisé ...
C'est des pratiques dégueulasses de suivi des dossiers, on piste les
gens pour ne jamais les titulariser, c'est vraiment un choix!
Et pour les futurs rendez-vous? Quelle est la suite?
Cet après-midi, j'ai à nouveau un entretien avec le recteur, les
syndicats seront aussi présents. J'espère que ça va changer. Parce
qu'ils me répètent toujours, «ça fait depuis septembre qu'on vous
propose d'être contractuelle». Mais ça fait depuis septembre que je
refuse. Pour moi, ça ne répond pas à ce qu'on demande, nous, les listes
complémentaires.
Il faut juste que le ministre accepte, puisque je ne pense pas que c'est
que le recteur. Et ce matin, tous les recteurs, les rectrices se
réunissent avec le ministre de l'Éducation. Il faut qu'ils trouvent une
solution, qu'ils comprennent qu'on est tous humains et qu'ils arrêtent
de penser aux chiffres et ne pas penser aux élèves.
La semaine prochaine, mes camarades ont demandé une audience avec le
ministre. Moi, je ne pourrai pas y aller vu ma condition physique. C'est
compliqué pour moi de me déplacer. De toute façon, le ministre est au
courant de ce que je fais. Donc, mes camarades y vont, ils vont me
soutenir comme je les soutiens.
Il y a eu des manifs de soutien, des rassemblements?
Il y a eu un petit rassemblement qui a été fait par les personnes du
rectorat pour me montrer leur soutien. Sinon, il y a plein de
journalistes qui viennent pour faire des articles, me parler. Je sais
que je ne suis pas seule et je sais que ça touche beaucoup de personnes.
Il y en a beaucoup qui ont du mal à comprendre la grève de la faim.
Mais, pour moi si on ne se bat jamais, on n'aura jamais de changement.
Parce que ça va de plus en plus mal, et si on ne fait rien on va juste
subir. Ça, c'est un petit combat qui permet de semer des graines. Et
j'espère que d'autres personnes vont se battre contre les injustices,
parce que ce n'est pas que dans l'éducation, c'est partout, dans la
santé ... en fait dans tous les services publics.
Ta lutte entre dans un cadre plus large avec la discussion du budget.
Ils parlent de suppression de postes de profs, 4000 au début, mais les
sénateurs veulent monter jusqu'à 8000. Alors que globalement, on manque
de profs.
Oui, on manque d'enseignants, mais c'est parce qu'ils remplissent les
classes pour supprimer des postes. On ne peut plus continuer comme ça...
Les enfants ont besoin qu'on les aide, parce qu'ils ont tous les
compétences et les capacités pour réussir, mais quand on a 30 élèves
c'est trop. Il faudrait avoir moins d'enfants dans les classes déjà, ça
permettrait vraiment d'aller vers les enfants un par un et c'est
beaucoup mieux. C'est choquant comme on traite les enfants. Sans parler
de ceux qui ont besoin d'être accompagnés par des AESH. J'ai
l'impression qu'ils ne veulent pas les aider à se former. J'ai
l'impression qu'à l'éducation nationale, ils s'en foutent des enfants!
Ta situation rappelle aussi la question des fonctionnaires en général.
C'est une dynamique beaucoup plus large, dans l'ensemble du service
public, il y a cette volonté de réduire le nombre de personnels,
d'employer des contractuels avec des contrats hachés pour ne jamais les
titulariser, de mettre en concurrence des gens qui ont des statuts
différents. D'ailleurs le recteur de l'académie de Strasbourg, Olivier
Klein, n'est pas neutre, il est maire de Clichy-sous-Bois, c'est un
soutien du macronisme et de l'austérité.
Je trouve ça très triste parce qu'il y a des contractuels, ils se
donnent à fond, les vacances ne sont même pas payées alors qu'on
travaille pendant les vacances. Ils se donnent à fond et finalement ils
ne sont même plus appelés. Pour moi, c'est la casse sociale...
Et moi, clairement, je n'ai pas envie que les enfants se retrouvent dans
des situations comme ça, parce qu'ils ne le méritent pas, c'est eux qui
en pâtissent.
Déjà je ne comprends même pas comment ils gèrent le budget. Les services
publics c'est important. Avoir des médecins qui nous soignent, etc.,
l'important c'est l'humain avant de penser à l'argent.
Ton action fait parler et débattre sur internet, même si certains sont
contre toi, tu fais bouger des choses. Un syndicat a publié une lettre
crapuleuse contre toi (morceau choisi «Le SNALC ne cautionne ni cette
prise d'otage de l'institution ni cette posture de kamikaze») , c'est
des réac'!
Oui, je ne connaissais pas trop les syndicats et je ne viens pas de
Strasbourg. Quand je passais mon master MEEF, je n'ai pas croisé de
syndicats.
J'avais commencé la grève de la faim depuis plusieurs jours, j'étais
fatiguée, c'était compliqué, alors on m'a conseillé de voir avec les
syndicats. Je me suis dit, «des syndicats, c'est là pour aider.» Et
finalement, j'étais vraiment triste de voir que certains se rangent
plutôt de l'autre côté. À quoi ça sert de faire un syndicat si ce n'est
pas pour aider les travailleurs?
Propos recueillis le 13 novembre 2025 par l'OCL Strasbourg
Dénouement
Après 19 jours de grève de la faim et une perte de poids alarmante,
l'obligeant à se déplacer en fauteuil roulant, Vanessa a suspendu son
action. Le 25 novembre 2025, sous la pression du «rapport de force», le
rectorat finit par céder: Vanessa est recrutée en tant que
fonctionnaire. Grâce à sa détermination, Vanessa a pu éviter le piège du
statut de contractuel. Il est alarmant qu'elle ait du risquer sa vie
pour faire respecter ses droits: sa titularisation était un du après
l'obtention du concours!
Son combat nous est paru intéressant, car sa situation est symptomatique
de la gestion comptable de l'EN où le personnel est une des «variables
d'ajustement» classique. (cf encart)
Vanessa en avait conscience et se battait aussi pour ça: dénoncer la
précarisation des enseignants (même formés et reçus), mais également des
autres personnels tels que les AESH, dénoncer la dégradation du service
public. Elle garde toujours en tête les enfants, à l'origine de sa
vocation, que ce soit pour leur donner une éducation de qualité ou leur
laisser un monde plus juste et solidaire. Ce fut une belle rencontre et
l'impact collectif de son action est positif. Elle a permis la
titularisation d'une partie des candidats de la liste complémentaire,
elle a remis la situation de maltraitance des personnels de l'EN sur le
devant de la scène et a permis à de futurs enseignants de se rencontrer
et de se coordonner. Espérons qu'il en reste quelque chose pour des
luttes futures...
OCL - Strasbourg
++++
Le recours à la «liste complémentaire» est une obligation dès lors qu'un
besoin permanent est identifié. Mais bien souvent, on préfère des
contractuels en contrats précaires (CDD de 10 mois, CDD de 6 semaines
renouvelés après chaque congé scolaire...) titulaires d'un diplôme dans
un domaine X ou Y, mais sans formation pédagogique. Pour le ministère de
l'EN, il est acté que le système scolaire est à deux vitesses.
Dans le cas de Vanessa, le refus de titulariser une lauréate, montre une
volonté de généraliser les embauches de contractuels. Comme d'habitude
la précarisation des uns fragilise les autres et promet une
généralisation. C'est le statut même de fonctionnaire qu'on cherche à
faire disparaître pour aller vers une individualisation des contrats,
une «ubérisation» pourrait-on dire.
Précarisés de par leur statut sans garantie de réemploi et de par leur
salaire (inférieur et parfois payé en retard), les contractuels sont
soumis à l'arbitraire des rectorats. Le ministère s'évite ainsi des
couts liés à la progression de carrière (pas de prise en compte de
l'ancienneté) et des économies sur les retraites, tout en se créant un
vivier de travailleurs jetables et corvéables. Et ne pensez pas à la
CDIsation puisque l'administration «casse» quand elle le peut
l'ancienneté par une interruption de 4 mois. Dans les établissements
cette individualisation des statuts et le turn-over ne peuvent mener
qu'à une déstabilisation des équipes pédagogiques et finalement une
précarité de toute la structure. Cela brise aussi (s'il en reste) les
velléités d'organisation collective et de solidarité. Si Vanessa s'est
retrouvée poussée à une telle action, c'est aussi à cause de son
isolement de départ.
C'est la loi de Transformation de la fonction publique de 2019 qui
officialise ces stratégies de «dégraissage» et de démantèlement du
statut de fonctionnaire, en élargissant le recours aux contractuels et
s'inspirant ouvertement du droit privé.
Elle est complétée par le décret de «Rupture Conventionnelle» (2019)
qui, dans les faits, incite les personnels titulaires épuisés à partir,
plutôt que d'améliorer les conditions de travail. Et en 2020, par un
autre décret annonçant la création d'un nouveau type de contrat, le
«contrat de projet». Celui-ci permet de recruter un agent uniquement le
temps d'une mission spécifique. Il est bien précisé que ce contrat
«n'ouvre droit ni à un contrat à durée indéterminée ni à la
titularisation». Encore un moyen de ne plus recruter des fonctionnaires,
mais des prestataires jetables avec un salaire à la tête du client (pas
de barème).
Sur le site du ministère, on trouve un «panorama statistique des
personnels de l'enseignement scolaire 2024-2025». Le personnel se
répartit en gros en 3/4 d'enseignants (primaire et secondaire) et 1/4 de
personnels non enseignants. On constate que l'évolution des personnels
non titulaires par rapport aux titulaires est à la hausse. Sur
l'ensemble du personnel, ils étaient 14,1% en 2015 et 24,4% en 2024.
Dans le détail, les non-titulaires sont proportionnellement plus
nombreux chez les personnels non enseignants (47,6% en 2015 et 67,6% en
2024) que chez les enseignants, où sur la même période, on est passé de
6,3% à 9,1% de non titulaires. Avec au niveau national une augmentation
d'environ 25% d'enseignants contractuels dans le premier degré en cinq
ans. Et dans le second degré, les 10% d'enseignants contractuels ont été
dépassés.
Cela est conforme aux rapports de la Cour des comptes sur le recours
d'abord «significatif» (en 2018), puis «croissant» (en 2023), aux
contractuels dans l'Éducation nationale. Et la tendance va se
poursuivre, quand on voit que le gouvernement prévoit un budget encore
plus austéritaire annonçant entre 4000 et 8000 suppressions de postes de
fonctionnaires dans l'EN.
++++
NB: cet article aurait du passer dans Courant Alternatif de janvier
2026, ce n'a pas été possible faute de place...
Donc le prochain numéro sera copieux. Pour ne pas le louper, abonnez
vous en ligne ou par un autre moyen.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4593
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