|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 30 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Francais_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkurkish_
The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours
Links to indexes of first few lines of all posts
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024 |
of 2025 |
of 2026
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) Courant Alternative #355 (OCL) - Gaza: la «paix» de Trump veut déposséder les Palestiniens de leur avenir
Date
Wed, 24 Dec 2025 19:09:44 +0000
Depuis des années, une partie du mouvement de solidarité pour la
Palestine nous enfume avec la «reconnaissance de l'État de Palestine» et
son corollaire: la «solution à deux États». Cette reconnaissance était
nécessaire: le projet sioniste, dès le départ, visait à reproduire ce
que les États-Unis et l'Australie avaient réalisé avec leurs peuples
autochtones: les enfermer, les massacrer, les expulser et en tout cas
les rendre incapables de défendre leurs droits. ---- «Courageusement»,
la France est devenue le 150ème pays à reconnaître la Palestine et elle
a été précédée par d'autres dans le monde occidental. L'effet positif,
c'est que la perspective de la disparition de la Palestine avec le
massacre et/ou l'expulsion de ce peuple vers d'autres pays s'éloigne.
Les génocidaires israéliens avaient cette intention, mais c'était trop
demander aux pays arabes vassalisés. Pour la Jordanie où les
Palestiniens sont déjà majoritaires sans détenir le pouvoir, faire venir
un million de nouveaux réfugiés, c'était faire éclater le pays. En
Égypte, le dictateur Sissi a envisagé un moment l'installation de
Gazaouis dans le Sinaï. Il avait fait évacuer la ville égyptienne de
Rafah à cet effet. Mais les manifestations pour la Palestine au Caire et
à Alexandrie, les premières depuis le coup d'État de 2013, l'ont vite
dissuadé. Il fallait trouver autre chose.
Macron et Trump: deux visions complémentaires
En septembre 2024, l'Assemblée Générale de l'ONU avait voté à une large
majorité une motion exigeant qu'Israël évacue les territoires occupés en
1967 sous peine de sanctions. Bien sur Israël a accentué la colonisation
et le ministre Bezalel Smotrich a expliqué (sans rire) que «le droit
international ne s'applique pas aux Juifs puisqu'ils sont le peuple
élu». La politique israélienne, ça a toujours été un mélange de déni
(«nous n'avons expulsé personne, les Arabes sont partis d'eux-mêmes»),
de fait accompli et d'impunité.
La session de septembre de l'ONU aurait donc du porter sur les sanctions
et leur application. Et puis, tel Zorro, Macron est arrivé avec un «plan
génial», cosigné par un grand démocrate, le prince héritier MBS d'Arabie
Saoudite, connu pour sa dextérité à pendre ou dissoudre à l'acide ses
opposants. Il s'agissait de promouvoir une version encore plus édulcorée
que la «solution à deux États». La Palestine n'aurait ni frontière, ni
armée, ni droit à l'autodétermination, ni économie, ni continuité
territoriale. Le plan Macron renouait avec une vieille tradition
impérialiste. En 1917, la déclaration Balfour donnait la Palestine aux
colons sionistes. En 1922, la Société des Nations (SDN) confiait à
l'Empire Britannique un «mandat» avec mission de conduire ce peuple
«mineur» (les Palestiniens) à la maturité. Aujourd'hui, l'Occident et
les États féodaux du Golfe seraient chargés de gérer ce peuple
décidément rebelle.
Pour celles et ceux qui font mine de croire à la «solution à deux
États», rappelons qu'il y a aujourd'hui environ 10 millions de
descendants des Palestiniens victimes d'un nettoyage ethnique prémédité
en 1948 et que cette «solution» ne les concerne pas. Ce n'est donc pas
une paix. Et puis, Israël se définit comme État juif, donc sur une base
ethnico-religieuse, ce qui est une aberration. Aucune paix sérieuse ne
peut se faire avec le maintien de l'État juif et de l'idéologie qui l'a
construit: le sionisme.
En tout cas, Macron a atteint son but, l'ONU n'a pas débattu des
sanctions. Le plan Macron-MBS et le plan Trump ne sont en rien
contradictoires, ils sont complémentaires. D'ailleurs Macron a
immédiatement approuvé le plan Trump. Et des militaires français sont
arrivés à Kiryat Gat, en Israël, pour «superviser» l'application de cet
accord. Ils ne sont pas seuls, tout l'Occident est représenté.
Pourquoi les Palestiniens ont signé?
Avant tout parce que les survivants de ce génocide n'en pouvaient plus
et n'auraient pas pardonné la continuation de l'extermination en cours.
La vie dans les tentes avec un quotidien entouré par la mort, la famine
et la souffrance était insupportable, surtout pour les femmes. Dans ce
génocide, l'armée israélienne a utilisé une technologie de pointe et des
méthodes nouvelles d'extermination.
La libération des «otages» (ce mot induit une différence insupportable
entre Palestiniens et Israéliens privés de liberté. Son utilisation est
le résultat d'une culture suprémaciste) était inéluctable: à terme les
bombardements israéliens les auraient tous tués.
À l'évidence, à moins de pratiquer une langue de bois qu'on entend
parfois dans le mouvement de solidarité, les Palestiniens n'ont pas
gagné. Mais ils n'ont pas perdu non plus: le 7 octobre a servi de
prétexte à un génocide prémédité depuis longtemps dont le but était de
vider Gaza de sa population. Malgré un chiffre réel qui est sans doute
au-delà de 200.000 morts (10% de la population), malgré une brutalité et
une cruauté opérées avec raffinement, la population de Gaza est toujours
là et elle manifeste son attachement à rester sur le bout de terre qui
lui reste.
Un des buts du 7 octobre était la libération des prisonniers
palestiniens. Ne jamais oublier que 900.000 Palestiniens ont connu la
prison depuis 1967. Cela représente 40% des hommes entre 18 et 50 ans.
Dans les prisons israéliennes, il y a des enfants, il y a de nombreux
cas de tortures et de privation de soins. On y garde même les corps de
ceux qui meurent avant l'expiration de leur peine. Pour Gilad Shalit, il
y avait eu 1.000 libérations (dont celle de Yahia Sinwar), un des buts
du 7 octobre était de faire sortir tous les prisonniers. Avec la trêve,
près de 2.000 prisonniers sont sortis de cet enfer. Certes Israël garde
les prisonniers emblématiques (Marwan Barghouti du Fatah, Ahmed Saadat
secrétaire général du FPLP, le docteur Abou Safiya directeur de
l'hôpital Kamal Adwan...) mais environ 250 prisonniers à vie ont été
libérés. Tous disent que l'exil qu'ils vont subir est plus enviable que
les prisons israéliennes.
Le maintien de la trêve est bien sur au bon vouloir des assassins et
cette trêve a été déjà violée à de très nombreuses reprises. Il n'y a
aucune garantie. Mais cette guerre tuait en moyenne 300 personnes par
jour. Ça, c'est probablement fini. Depuis mars 2025 et la rupture
unilatérale de la trêve précédente par Nétanyahou, la famine était
organisée et les images que les alliés avaient découvertes dans les
camps nazis en 1945 commençaient à ressembler à celles de Gaza. Des
camions d'aide humanitaire rentrent à présent et la frontière de Rafah
devrait rouvrir. Cette ouverture est fragile et les camions sont en
nombre insuffisant. Mais il y en a et l'UNRWA s'est engagée, si l'aide
humanitaire n'est pas entravée, à nourrir toute la population jusqu'à
mars prochain.
Une Palestine sous tutelle et une modification de la géographie
Les États-Unis sont un co-auteur du génocide. Celui-ci aurait été
instantanément arrêté si Biden, puis Trump avaient cessé les livraisons
d'armes et de munitions. On n'a jamais vu un bourreau vouloir libérer sa
victime.
Le plan Trump n'a pas rompu avec la logique coloniale de la Riviera et
ses buts n'ont pas changé.
D'abord, il s'appuie sur une modification de la géographie de Gaza.
Ainsi Rafah était une ville de 250.000 habitants. Après avoir
abondamment bombardé la ville, les Israéliens ont fait venir les
Caterpillars pour écrouler les murs qui n'étaient pas tombés. Puis ils
ont fait enlever les gravats. Là où il y avait une ville, il ne reste
que du sable et des dunes. Un Palestinien ne peut plus reconnaître
l'endroit où il a vécu.
Environ 58% de la bande de Gaza restent occupés par les troupes
israéliennes, la zone à moins de 3 km de la frontière et l'essentiel des
terres agricoles. Il est peu probable que les habitants puissent rentrer
chez eux. Déjà une «ligne jaune» existe pour séparer zone occupée et
zone évacuée. Le même type de ligne de démarcation a été utilisé pour
étendre les colonies en Cisjordanie.
Le scénario qui est appliqué là-bas semble se reproduire à Gaza. Occuper
un maximum de territoire et entasser la population dans des villes ou
des zones surpeuplées. La population de Gaza va être concentrée sur une
toute petite partie du territoire: des parties des villes de Gaza et
Khan Younis, la zone centrale (Deir ei-Balah et Nuseirat) et le bord de
mer (Al Mawasi). La création de ces camps de concentration présage des
conditions de vie très dures en saison des pluies et pendant l'hiver.
Pour nourrir Gaza, il faudrait que tous les points de passage soient
ouverts. Pour l'instant, il n'y a que partiellement Keren Shalom (Abu
Salem). La frontière de Rafah devrait ouvrir mais les Palestiniens sont
exclus de son contrôle qui sera égyptien, européen et bien sur israélien.
Le Proche-Orient a déjà connu une «reconstruction» après une guerre:
celle de Beyrouth a couté cher, les monarchies du Golfe ont payé, et
elle a été mafieuse: le bord de mer a été privatisé et les banlieues
détruites sont restées sordides.
Quelque chose de semblable se profile à Gaza. Les génocidaires ne
paieront rien, ce sont leurs complices qui ont signé les accords
d'Abraham qui le feront. On reconstruira des «smart towns», des villes
«intelligentes», avec des rues bien perpendiculaires et des caméras de
surveillance partout. Bref une Riviera dont on n'aura pas pu expulser
les autochtones.
Il est significatif que Trump ait balancé le nom de Tony Blair pour
chapeauter l'oeuvre occidentale. Il est britannique, cela évoque
instantanément Balfour et le «mandat» qui ont permis la réussite du
sionisme. Il a envoyé l'armée britannique en Irak pour détruire des
«armes de destruction massive» dont tout le monde savait qu'elles
étaient fictives. Il a dirigé le «quartet» après les accords d'Oslo dont
le but était d'obtenir des Palestiniens l'abandon de toutes leurs
revendications. Et il a un beau sourire. Dans le film «No other land»,
on le voit visiter une école que les Bédouins ont construite à Masafar
Yatta pour résister au nettoyage ethnique en cours. Il sourit, serre
plein de mains et, peu après son départ, les bulldozers israéliens
détruisent l'école.
La Palestine aux Palestiniens
Malgré une nouvelle «Nakba», malgré un génocide d'une ampleur
incroyable, la Palestine n'a pas disparu. Il y a toujours entre la Mer
et le Jourdain sensiblement autant de Juifs israéliens que de
Palestiniens. Mais ces derniers sont fragmentés et subissent un très
grand nombre de formes d'oppression, de discrimination et de destructions.
Le génocide à Gaza est, pour les messianiques fascistes au pouvoir en
Israël un laboratoire sur la faisabilité du projet sioniste originel:
peut-on faire disparaître le peuple palestinien? Tout montre qu'ils n'y
parviendront pas. La Palestine survit depuis des décennies grâce à un
tissu associatif avec des toutes petites associations de quartiers, de
femmes, de paysans, d'étudiants... et des grandes ONG. Elle est aussi
caractérisée par un rapport assez incroyable aux enfants. Tout est fait
pour les éduquer, pour les pousser à apprendre comme si un monde
meilleur était possible pour eux.
En plein génocide, l'organisation de la société civile gazaouie a tenu.
La défense civile (= les pompiers bénévoles), les soignants, les
journalistes ont continué à faire leur travail malgré les très nombreux
assassinats ciblés qui les ont frappés. Les municipalités ont continué à
fonctionner et, chaque fois que c'était possible, les distributions
d'eau ou de médicaments et le ramassage des ordures ont eu lieu. Les
ministères ont fait leur travail, organisant les soins et produisant
chaque jour les statistiques des destructions et des assassinats. L'OCHA
(Coordination des affaires humanitaires, organisme de l'ONU) a
systématiquement confirmé leurs informations.
La population s'est organisée dans les camps où elle a été déportée.
Elle a assuré collectivement l'alimentation, l'hygiène, la santé,
l'éducation des enfants chaque fois que c'était possible. Des élèves ont
pu passer le baccalauréat, souvent par internet. Des psychologues font
un travail fantastique, en particulier auprès des femmes, pour permettre
aux victimes de continuer à vivre malgré l'anéantissement de ce qui
avait été leur vie. Là où c'est possible, un peu d'agriculture a
redémarré. Quand les vedettes israéliennes ont été occupées par les
flottilles, les pêcheurs sont sortis en mer et ont ramené un peu de poisson.
Gaza n'est pas seulement une population éduquée, c'est une population
pluraliste qu'on ne peut pas réduire aux partis politiques et encore
moins au Hamas. Celui-ci est critiqué pour ne pas avoir pu ou su assumer
les conséquences du 7 octobre et pour être incapable de protéger la
population.
Après une réunion à Pékin en 2024, il y a eu un accord de différentes
factions palestiniennes au Caire. L'enjeu est que la Palestine ne soit
pas mise sous tutelle impérialiste, que sa voix soit entendue. Pour le
mouvement de solidarité, c'est un enjeu essentiel. Répondre aux besoins
et aux demandes de la société civile. Aider à sa réunification, faire en
sorte qu'elle soit l'acteur principal de la reconstruction annoncée.
Trump et ses alliés annoncent une occupation de Gaza et une incitation
de la population à quitter ce territoire.
Cette guerre se joue chez nous
Toutes les guerres menées par une puissance impérialiste et/ou coloniale
n'ont pu se terminer que quand une fracture importante est apparue dans
la société coloniale. Cela a été le cas de la France lors de la guerre
d'Algérie, des États-Unis lors de la guerre du Vietnam ou de l'Afrique
du Sud de l'apartheid. Il n'y aura pas de fracture dans la société
israélienne tant que des sanctions dans tous les domaines ne la
frapperont pas.
Le génocide a brisé durablement l'image d'Israël. Des manifestations
très importantes ont eu lieu en Espagne, en Italie, en Irlande et même
aux États-Unis et en Grande-Bretagne.
Des pays ont rompu les relations diplomatiques. À l'ONU, une nette
majorité de pays ont exprimé leur franche hostilité face à l'État
génocidaire. Des manifestants ont littéralement expulsé l'équipe de
cyclisme Israël Premier Tech de la Vuelta espagnole. Israël a été exclu
des championnats du monde de gymnastique.
Ce génocide a été rendu possible par une triple complicité. Celle des
États-Unis, celle des principaux pays arabes et celle de l'Europe. C'est
une complicité totale: politique, militaire, économique, idéologique,
médiatique, syndicale, bancaire...
La guerre se joue sur deux fronts:
En Palestine et en particulier à Gaza. Malgré les atrocités qu'il subit,
le peuple palestinien doit continuer à faire société. Une des tâches du
mouvement de solidarité est d'aider les producteurs, de travailler avec
la société civile pour qu'elle puisse prendre en main la vie quotidienne.
Elle se joue aussi chez nous. L'opinion a commencé à basculer. Le BDS
(boycott, désinvestissement, sanctions) remporte des succès notables.
Israël doit devenir un État paria. Il ne faut laisser aucun répit aux
auteurs du génocide et à leurs complices. Le génocide à Gaza est un
laboratoire de la marée brune qui commence à déferler sur le monde et
qui détruit tout sur son passage: la liberté, la solidarité, la justice
sociale, les droits des peuples... Défendre la Palestine, ce n'est pas
un supplément d'âme, c'est défendre notre peau. Nous devons tout tenter
pour forcer les dominants de ce monde à isoler et à sanctionner Israël à
l'image de ce qui a été entrepris contre l'Afrique du Sud de
l'apartheid. En remodelant la Palestine au prix de dizaines de milliers
de morts, les dominants remodèlent le monde et généralisent la loi de la
jungle. Ne les laissons pas faire!
Pierre Stambul
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4587
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center