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(fr) Courant Alternative #355 (OCL) - Élections, piège à... Camerounais!
Date
Mon, 22 Dec 2025 17:53:35 +0000
Pays d'Afrique centrale peuplé de 30 millions d'habitants et indépendant
depuis 1960, le Cameroun ne fait guère parler de lui dans les médias
français que par son équipe nationale de football, ses musiciens à la
carrière internationale... ou encore, sur le mode ironique, par son
Président. Car non seulement Paul Biya, 92 ans, est au pouvoir depuis 43
ans, mais c'est d'un hôtel à Genève, où il vit la moitié du temps, qu'il
règne en despote sur le Cameroun. Selon les experts nationaux ou
internationaux, Issa Tchiroma (1) a remporté l'élection présidentielle
du 12 octobre dernier - mais Biya n'en est pas moins reparti pour un
nouveau septennat. ---- Encore une fois, une vague d'espoir de
changement profond avait traversé le Cameroun: de larges franges de la
population s'étaient mobilisées afin que cesse la mascarade électorale,
avec ses résultats courus d'avance, et des comités de vigilance avaient
été créés afin de contrôler le scrutin. Puis, durant les deux semaines
où Biya avait hésité à rendre publics des résultats comme d'habitude
bidons, on avait senti une tension palpable, une colère sourde: comment
allait réagir les masses camerounaises face à eux? Mais Biya a prouvé de
façon sanglante, depuis des décennies, qu'il savait mater les révoltes
populaires.
Sa dernière victoire a gêné le gouvernement français puisque Jean-Noël
Barrot, ministre des Affaires étrangères, en a pris acte tout en
évoquant le respect des droits fondamentaux démocratiques. Si son
communiqué jure quelque peu avec le soutien inconditionnel qu'apportait
jusque-là la France à Biya, il n'en demeure pas moins que Paris ne
décidera aucune sanction contre lui. Pas question, par exemple, de
cesser la livraison d'armes qui sont utilisées contre les manifestants,
plus particulièrement celles de l'entreprise du maintien de l'ordre
hexagonal Alsetex.
La presse hexagonale participe de cette complicité envers le régime
sanguinaire de Biya en mentionnant peu le Cameroun (à l'exception de
publications dites de gauche, progressistes ou révolutionnaires). Elle
ignore autant sa lutte pour l'indépendance (voir l'encadré), avec ses
dizaines de milliers de morts, que le pays lui-même.
De plus, les opposants camerounais, qui sont tous dans une précarité
organisationnelle, ont de la peine à évoquer leurs combats. Nombre de
partis boycottent les scrutins présidentiels, quelles que soient leurs
positions idéologiques, parce qu'ils ne sont pas en mesure d'y
participer et craignent que la candidature de leur représentant soit
invalidée.
Les soulèvements contre la «démocrature»
Dès son accession au pouvoir en 1982, Biya réorganise la hiérarchie de
la garde présidentielle et de l'armée au profit de proches, suscitant
des mécontentements (en particulier dans le nord du pays, dont était
originaire son prédécesseur). Un coup d'État est tenté contre Biya en
1984, mais il échoue. Le régime se durcit: des militaires sont exécutés,
et Issa Tchiroma est quant à lui emprisonné pendant six ans, accusé à
tort d'avoir participé au coup d'État.
En 1991-1992, les «réajustements structurels» imposés par le FMI
suscitent un mécontentement populaire et une nouvelle forme de lutte
apparaît: la «ville morte», sorte de grève générale. De plus, une vague
démocratique emporte tout le continent africain et des conventions
nationales pour un pluralisme politique ont lieu dans divers pays. Biya
fait semblant de lâcher du lest, mais l'élection présidentielle qui
l'oppose à John Fru Ndi est truquée. La jeunesse qualifie à partir de là
le régime de «démocrature».
Une nouvelle vague de contestation voit le jour avec la crise mondiale
des subprimes, en 2008. Dans les pays dits du «Sud global», elle a de
fortes répercussions sur le prix des denrées alimentaires de première
nécessité (2). Aussi, quand Biya s'adjuge le droit de faire la
Constitution en supprimant la limitation des mandats présidentiels, il y
a des appels à faire grève et à manifester dans tout le pays, notamment
à Douala. Mais la répression ne tarde pas: plus de 2.000 arrestations et
au moins une centaine de morts.
En 2016, le conflit qui éclate rappelle la guerre d'indépendance: la
partie anglophone du Cameroun se soulève en réaction au mépris et à la
relégation sociale qu'elle subit de la part du pouvoir central
francophone de Yaoundé. Face à un mouvement de grève lancé par des
avocats et des enseignants, le pouvoir recourt à la force. En réaction,
des militants anglophones passent à la lutte armée et déclarent
l'indépendance de la zone anglophone sous le nom d'Ambozonia. Ce conflit
se poursuit aujourd'hui encore, mais il est tu (contrairement à la lutte
menée contre Boko Haram depuis 2013 dans l'extrême nord du Cameroun).
C'est le bataillon d'intervention rapide (BIR) - créé par des
mercenaires israéliens après le coup d'État avorté de 1984 - qui
effectue les opérations militaires les plus importantes (3).
A la présidentielle de 2018, Biya a pour adversaire Maurice Kamto, qui
annonce sa victoire avant la publication des résultats officiels... et
est emprisonné pendant plusieurs mois. Cependant, sa campagne et sa
candidature ont réveillé l'intérêt de la population camerounaise, en
particulier d'une partie de sa jeunesse, pour l'engagement politique.
Kamto a en effet recouru au Conseil constitutionnel pour contester
pendant trois jours la réélection de Biya, et cette action retransmise à
la télévision et sur les réseaux sociaux a contribué à mettre à nu les
techniques de vote frauduleuses.
Cet engagement politique s'est matérialisé par une volonté de
s'organiser à travers des collectifs et des réseaux ainsi que de se
mobiliser dans la rue à plusieurs reprises: en 2019, 2020, 2022. Mais,
chaque fois, les autorités ont interdit les manifestations et arrêté les
personnes qui y participaient, et elles ont étouffé dans l'oeuf toute
velléité d'organisation.
L'inflexibilité du pouvoir face à la colère populaire
Pour la présidentielle de 2025, il y a néanmoins eu du 12 au 26 octobre
des tensions et affrontements dans tout le Cameroun, dès le premier tour
des élections, même si le régime surveillait, contrôlait et arrêtait
préventivement. Toutes les villes ont été en ébullition parce que, de
Bafoussam à Douala en passant par Limbé ou Dschang, on constatait que
des agents d'ELECAM (4) truquaient les votes. Certains d'entre eux ont
été allègrement molestés par la population. Puis celle-ci a attaqué des
sièges du parti présidentiel, s'en est pris à des membres du régime, a
arraché les affiches du Président et mis le feu aux symboles du pouvoir.
On a clamé la victoire de Tchiroma, qui était emprisonné et encerclé par
l'armée. La rue camerounaise a ainsi tenté d'établir un rapport de force
face au pouvoir.
La veille des résultats, diverses organisations ont appelé à manifester
dans plusieurs villes. Mais la police a tiré sur les manifestants, et le
bilan officiel s'est élevé à quatre morts.
Douala, le poumon économique du pays, est la ville des mobilisations
populaires importantes. C'est pourquoi le régime y a réprimé durement
toute agitation dans les quartiers-bidonvilles prolétaires. A commencer
par l'emblématique «New Bell», qu'il a bouclé pour tirer à balles
réelles sur les manifestants. Mais il a procédé de même dans d'autres
quartiers populaires de Douala ou de Yaoundé: partout où il y a eu des
rassemblements ou des manifestations, la police et l'armée étaient de
sortie, les chars de la partie.
Afin d'éviter les tirs, des manifestants sortaient des drapeaux blancs,
mais tout en chantant un slogan non dénué d'ironie: «Tout le monde
souffre, même les gnès (5) souffrent».
Le gouvernement a fait de la propagande contre les pillages de
commerces, stations-service ou pharmacies qui ont eu lieu, et il a sorti
le discours, bien connu aussi dans l'hexagone, de la peur panique. Il a
également eu des discours discriminatoires contre les populations du
Nord, jouant la carte de la division tribale et ethnique entre les
populations.
Des appels à faire «ville morte» et bloquer l'économie ont été lancés
par Tchiroma. Ils ont été suivis d'effets dans plusieurs villes, mais
n'ont pas eu autant d'intensité que ceux des années 90, et pas non plus
l'impact politique souhaité sur le gouvernement. Ce dernier s'est malgré
tout senti obligé de communiquer, à travers les médias et les réseaux
sociaux, pour rassurer les «acteurs économiques»: il ne se passait rien
au Cameroun et l'économie se portait bien. Des préfets et hauts cadres
de la fonction publique se sont déplacés pour serrer les pognes de
certains commerçants afin de rassurer le capital.
++++
La répression, une vieille histoire
Colonie allemande de 1884 à 1918, le Cameroun est officiellement confié
à la France et l'Angleterre, sous mandat international de la SDN
(Société des nations, ancêtre de l'ONU), pour mener le territoire vers
l'autodétermination. En réalité, la France en fait son modèle de colonie.
Après avoir contribué à la défaite du nazisme pendant la Seconde Guerre
mondiale, beaucoup de soldats africains reviennent dans leur pays avec
en tête une amélioration de leurs conditions de vie, voire la fin du
système colonial. Au Cameroun naît en 1944 un puissant mouvement
syndical, accompagné par des militants communistes et internationalistes
français installés là. Ruben Um Nyobé fonde en 1948 le mouvement
indépendantiste UPC (Union des populations du Cameroun - le pays
renferme en effet de multiples ethnies).
Edgar Faure, président du Conseil en France, interdit l'UPC en 1955. Des
émeutes éclatent au Cameroun, mais la répression est féroce, avec des
centaines de morts à Douala. L'UPC entre dans la clandestinité et la
France lui mène une véritable guerre: création de milices profrançaises,
traque des maquisards, assassinat des leaders nationalistes (tels Um
Nyobé ou Félix Moumié), bombardements, tortures, etc. Mais,
contrairement à celle d'Algérie qui se déroule au même moment, cette
guerre est volontairement cachée par les politiques français, bien
décidés à ne pas lâcher au Cameroun comme en Indochine.
Quand le Cameroun finit par accéder à l'indépendance sous la pression
des maquis, la France met en place le régime fantoche d'Amadou Ahidjo.
Comme l'écrit dans ses mémoires le haut-commissaire au Cameroun Pierre
Messmer: «Nous accorderons l'indépendance à ceux qui la réclamaient le
moins, après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui la
réclamaient avec le plus d'intransigeance.»
Le dernier maquis est démantelé en 1971, et Ernest Ouandié, dernier
leader historique de l'UPC, est exécuté sur la place publique après un
simulacre de procès. Une chape de plomb s'abat sur le Cameroun, et s'y
installe une des dictatures les plus redoutables de l'Afrique
francophone, par l'efficacité d'une police politique et d'une armée
qu'ont formées des tortionnaires en Algérie.
En 1982, Ahidjo est remplacé par son Premier ministre, Paul Biya...
++++
Une possible suite de la résistance populaire?
En voyant des jeunes se réapproprier la guerre d'indépendance longtemps
cachée et faire le lien entre leur condition sociale misérable et la
dictature qu'ils vivent au quotidien, on peut penser que l'Histoire
servira de boussole à la jeunesse camerounaise. Plus largement, la
rupture politique est consommée entre une bonne part de la population et
le régime de Biya. Certes, les organisations des droits de l'homme ou
progressistes (comme la plateforme Stand Up For Cameroon (6), dont fait
partie ce qui reste aujourd'hui de l'UPC) ont avancé les chiffres de 40
morts et 2.000 détenus liés aux dernières mobilisations postélectorales.
Mais, malgré la répression, il devrait subsister quelque chose de ces
mobilisations.
Par ailleurs, Tchiroma s'autoproclame toujours Président et joue sa
carte en soufflant sur les braises encore chaudes de la révolte populaire.
Cependant, le régime tient encore et il n'y a pas de révolution de
palais en vue, pas d'alternative crédible à Biya au sein du sérail,
comme cela s'est passé au Gabon. On constate juste le poids grandissant
du secrétaire à la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. C'est lui qui mène
la répression actuelle. C'est aussi lui qui dirige le Cameroun avec une
myriade de clans clientélistes issus des différentes bourgeoisies (dont
les chefs traditionnels) ethniques composant le pays et ayant des
intérêts communs avec le régime en place. Pour parfaire le tableau, on
n'oubliera pas de mentionner le Président Macron qui, malgré les
bisbilles entre le groupe Bolloré et l'État camerounais pour le contrôle
du port de Douala, souhaite toujours la présence économique,
diplomatique, militaire et culturelle de la France au Cameroun.
Alfano, le 24 novembre 2025
Notes
1. Tchiroma a été ministre de Biya à plusieurs reprises, et récemment
jusqu'en juin dernier.
2. 23% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et près de
60% de cette population a moins de 35 ans.
3. Ce qui explique, en partie, la position du régime vis-à-vis de la
question palestinienne, à savoir aucune résolution votée en faveur des
populations gazaouies et palestiniennes en général. Soutien sécuritaire
contre soutien diplomatique. A rebours de ce que pense l'écrasante
majorité des Camerounais, très largement en faveur de la cause
palestinienne.
4. Commission électorale chargée de contrôler le scrutin.
5. Flics.
6. Lire sur oclibertaire.lautre.net l'article «Au Cameroun, prendre la
rue pour le changement», paru dans Courant alternatif en février 2022.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4585
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