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(fr) Alternative Libertaire #366 (UCL) - Marche de l'ExisTransInter: Des conflits politiques aux conséquences désastreuses
Date
Mon, 15 Dec 2025 17:52:58 +0000
Si la marche annuelle de l'ExisTransInter (ETI) a mobilisé largement
cette année, les dernières semaines d'organisation ont été traversées
par de nombreux litiges, menant finalement à ce que les organisations
syndicales, politiques et LGBTI généralistes soient exclues du cadre
d'organisation. L'autrice de cette article, qui était mandatée par l'UCL
dans l'inter-orga, donne sa version des événements. ---- Le 4octobre
dernier sortait un communiqué Instagram publié conjointement par douze
organisations, et dont le titre, simple et direct, nous faisait part de
la situation critique dans laquelle se trouvait la marche annuelle
d'envergure nationale de défense des droits des personnes trans et
intersexes: «Sauvons l'ExisTransInter!». ---- On y apprenait que depuis
quelques années l'organisation de la marche avait été «confisquée par
l'actuelle coordination Existrans [...] à une heure où plus que jamais
l'unité et la coopération sont nécessaires». Cette coordination,
n'hésitant pas à recourir à la manipulation ou même l'intimidation pour
parvenir à ses fins, était parvenue à imposer «la présence et la vision
d'organisations LGBT+, généralistes, syndicales et politiques». Cela
avait eu pour conséquence des dérives où l'appel réduisait les
revendications «à la seule lutte contre la bourgeoisie», tandis qu'on
acceptait la présence dans le cadre de syndicats «putophobes».
Heureusement, les organisations rassemblées dans la fronde à
l'initiative du Comité intersexe activiste (CIA) n'allaient pas se
laisser écraser de cette manière. Et pour cause: le 12octobre, soit six
jours avant la marche, sort un nouveau communiqué qui nous annonce que
le cadre «retrouve une dynamique collective» en décidant, par un vote
démocratique, d'interdire la prise de parole et la participation aux
réunions des organisations politiques et syndicales. Ainsi, les
revendications des plus exposé·es ne sont plus «diluées», leurs espaces
sont «protégés», et leur choix ne sont plus «dirigés».
L'envers du décor
Malheureusement, ce discours manichéen -mettant en scène le combat des
vaillantes organisations de premiers et premières concernées contre les
machineries politiques et syndicales voulant s'approprier ces luttes à
leurs propres fins- est bien éloigné de la réalité du terrain. Ces
communiqués déforment tantôt en omettant certains détails qui clochent,
tantôt en recourant aux mensonges les plus grossiers.
Tout d'abord, il est faux d'affirmer que le cadre de l'ExisTransInter a
perdu de son autonomie vis-à-vis des organisations politiques ou
syndicales. En effet, ces organisations n'ont jamais eu droit de vote
sur les décisions. De plus, leur intervention en réunion se limitait à
l'organisationnel, et elles n'avaient pas la parole sur les débats de
fond. Toutes les revendications de la marche de l'ETI de cette année
sont issues des organisations trans et LGBTI présentes dans le cadre, et
d'elles seules.
Le communiqué du 4octobre affirme que ces revendications sont réduites à
la lutte contre la bourgeoisie. Or, sur les sept d'entre elles mises en
avant lors de l'appel à la marche de cette année, aucune ne fait
explicitement mention à la lutte de classe. Trois concernent l'accès aux
transitions de genre, une réclame la fin des mutilations sur les
personnes intersexes. Au final, seules les trois dernières
revendications ne sont pas spécifiques aux seules personnes trans et
intersexes: deux d'entre elles concernent l'anti-impérialisme et la
régularisation des sans-papiers, une enfin réclame la dépénalisation du
travail du sexe.
Étrange, pour un cadre censé être vérolé par des syndicats et
organisations «putophobes»... C'est que pour participer au cadre, il
faut d'abord signifier son accord avec une plateforme qui définit une
base politique commune, et que cette plateforme interdit la
participation à des organisations ayant une ligne abolitionniste d'État.
Ainsi, les seuls syndicats présents sur le Discord d'organisation ont
une posture anti-abolitionniste. Encore un détail que le communiqué du
CIA a «oublié» de mentionner.
Un véritable putsch
Pour finir, penchons-nous sur l'accusation de ce même communiqué comme
quoi un certain nombre d'organisations trans et intersexes auraient été
exclues du cadre de manière anti-démocratique. Les organisations
politiques et syndicales ont été invitées à participer aux visios
d'organisation pour la première fois après l'épisode de la pandémie du
Covid-19, où le manque d'effectifs se faisait cruellement sentir.
Depuis, des orgas politiques comme l'Union communiste libertaire, le
Nouveau Parti anticapitaliste-l'Anticapitaliste ou Révolution
permanente/Du Pain et des Roses ont assuré des mandats cruciaux pour que
la marche puisse continuer d'avoir lieu, mais toujours en se cantonnant
à un soutien logistique.
L'invitation des organisations politiques, syndicales et LGBTI aux
réunions d'organisation avait été comme il se doit votée
démocratiquement par les organisations trans et intersexes investies à
l'époque. Il a toujours été possible de la remettre en question, en
soumettant un vote à l'ordre du jour. Un tel vote a eu lieu par deux
fois lors des premiers mois de la préparation de l'édition 2025, en
étant annoncé longtemps à l'avance sur le Discord d'organisation. Les
deux fois, notre participation a été ré-affirmée.
Finalement, le 7octobre, soit précisément onze jours avant la tenue de
la marche, des représentantes et représentants de cinq organisations
trans et intersexes -qui pour certaines d'entre elles n'ont jamais
participé à l'organisation de la marche- rejoignent la réunion de
réglage des derniers détails. Ces nouvelles et nouveaux arrivants
forcent en début de réunion la tenue d'un nouveau vote concernant notre
participation aux visios, en prétextant que cela relève d'une «situation
d'urgence». Le vote a lieu, trois voix pour la participation, sept
contre: on nous demande donc de quitter immédiatement la visio. Après la
réunion, on nous annonce par message que nous allons être de plus
éjecté·es du Discord d'organisation.
Bien évidemment, les organisations citées ne proposent personne pour
reprendre au dernier moment les mandats logistiques assurés notamment
par l'UCL. Ce qui devait arriver arriva: depuis cet épisode malheureux
et jusqu'au jour J, les dysfonctionnements ont été nombreux, épuisant
les militantes et militants au service d'ordre ou au cortège calme, et
parfois mettant en danger les participantes et participants à la marche,
comme lors de l'insertion des véhicules PMR au sein du cortège sans
concertation collective.
Si les différentes organisations trans et intersexes de la fronde
avaient réellement eu l'intention de «sauver» l'ExisTransInter plutôt
que de la saboter, elles auraient procédé à notre exclusion cinq mois
auparavant comme elles ont toujours été en droit de le faire, et non
seulement dix jours avant la marche. Si elles avaient réellement dans le
viseur des organisations généralistes cherchant à s'approprier le
mouvement, elles n'auraient pas eu besoin de porter des arguments
mensongers sur le fonctionnement démocratique du cadre ou sur notre
positionnement en son sein. Mais alors, si ce n'est finalement pas le
noeud du problème, si leurs arguments ne sont en fait qu'un prétexte,
quelles sont les véritables motivations de ces manoeuvres politiques
déplorables?
Des désaccords idéologiques
Ne nous y trompons pas: ces affrontements ne sont pas dus à des
désaccords politiques avec des forces extérieures aux mouvements trans
et intersexes, mais bien à des divergences idéologiques internes. Les
véritables cibles, se sont les personnes trans qui sont favorables à un
travail unitaire avec les organisations syndicales et à une approche
intersectionnelle des luttes trans les reliant aux autres luttes
anticapitalistes, anti-impérialistes ou encore antifascistes. Cette
position est partagée par des organisations trans et LGBTI comme
l'Organisation de solidarité trans, Fransgenre ou les Inverti·es, mais
aussi par celles et ceux d'entre nous qui avons choisi de nous investir
non pas dans des organisations spécifiques (ou pas seulement), mais dans
des organisations politiques ou syndicales généralistes.
Nous sommes de plus en plus à choisir cette approche, d'une part parce
que les enjeux trans et intersexes sont aujourd'hui mieux pris en compte
d'une manière générale dans le milieu militant, et d'autre part parce
que nous sommes convaincu·es que ces liens sont essentiels pour mener au
changement profond de société que nous désirons. Refuser le travail
unitaire, refuser d'intégrer les enjeux intersectionnels dans les luttes
trans et intersexes, c'est prendre le risque de s'isoler politiquement,
mais aussi de n'obtenir des améliorations que pour certaines et certains
d'entre nous, les plus privilégié·es. En ces temps troublés, nous devons
continuer à défendre les méthodes démocratiques et la diversité
d'approches et de tactiques, plutôt que de régler nos divergences
idéologiques par la manipulation et la division en désignant comme
adversaires une sous-partie des militantes et militants LBGTI.
L'avenir nous dira si l'ExisTransInter continuera d'exister dans les
années à venir. Ce qui est sur, c'est que nous, militantes et militants
trans en faveur du travail unitaire, continuerons de nous organiser et
de développer le travail en inter-orga. Si une poignée d'associations ou
de collectifs aux lignes confuses, libérales ou isolationnistes veulent
nous chasser des cadres existants, nous en créerons de nouveaux, dans
lesquels ces pratiques violentes et antidémocratiques n'auront pas leur
place.
Johanna (commission Antipatriarcat de l'UCL)
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Marche-de-l-ExisTransInter-Des-conflits-politiques-aux-consequences
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