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(fr) Courant Alternative #354 (OCL) - Ce que nous voulons? L'autogestion populaire, ici, maintenant, partout!
Date
Thu, 20 Nov 2025 18:03:19 +0000
Depuis le 10 septembre 2025, un puissant mouvement de colère et de
mobilisation sociales se manifeste à nouveau dans notre pays. Qui peut
s'en étonner? La révolte, le feu même, couve depuis des années, se
rallumant à intervalles réguliers et sur toutes sortes de questions:
mouvements contre la «loi travail» Hollande en 2016 ou contre les
«ordonnances Macron» en 2017, gilets jaunes en 2018-2019, grandes
marches pour le climat ces mêmes années, protestations contre la gestion
de la Covid en 2020-2021, mobilisation contre la réforme des retraites
en 2023, manifestations paysannes, émeutes urbaines, actions contre le
génocide en cours à Gaza, etc. Qu'adviendra-t-il cette fois? Combien de
temps durera l'ébullition? Qu'en sortira-t-il? Nul ne le sait et c'est
tant mieux.
Les principales doléances et revendications du mouvement actuel - «des
mouvements» paraît plus approprié - sont désormais au centre du débat
public: non à la dictature des marchés financiers et au chantage sur la
dette, abandon des budgets injustes et austéritaires façon Bayrou et
Cie, taxe Zucman sur l'ultra-richesse et récupération des centaines de
milliards versés aux grands groupes, politiques en faveur des services
publics (santé, école...) et pour faire face au changement climatique,
revalorisation des pensions, salaires et minima sociaux, abrogation de
la réforme des retraites et retour à 62 ou 60 ans, référendum
d'initiative citoyenne (RIC), etc. Ce sont la morale commune, la
cohésion de la société, la dignité même des personnes qui se trouvent
aujourd'hui en cause.
Aussi légitimes et indispensables soient-elles, ces revendications ont
un défaut majeur: elles ne sont pas révolutionnaires. Certes, elles
constituent des réponses en rupture avec les politiques néolibérales que
nos gouvernants - ceux de l'État et du Capital réunis - mènent depuis
des décennies. Certes, si elles étaient vraiment satisfaites
(c'est-à-dire par autre chose que des miettes...), elles
rééquilibreraient un peu le partage des richesses entre Capital et
Travail, amélioreraient les conditions de travail et de vie du - d'un? -
plus grand nombre, contribueraient à des avancées sur le plan
écologique, réformeraient un minimum la démocratie prétendument
«représentative». Mais il est peu probable qu'elles permettent d'aller
plus loin, car elles se placent délibérément sur le terrain de
l'adversaire et ne touchent pas aux structures mêmes, économiques ou
politiques, de la société capitaliste. Elles ne visent pas à changer le
«cadre», elles veulent seulement l'adoucir. Et peut-être est-ce pour
cette raison qu'à la fin, à chaque fois ou presque, nous perdons et ne
recevons au mieux que des miettes...
Il serait donc bienvenu, sinon crucial, de compléter la liste des
revendications. D'un mot fort, fruit d'une longue histoire et symbole
d'un avenir transformateur, révolutionnaire: l'autogestion. Une
autogestion repensée, renouvelée, c'est-à-dire générale, populaire et en
écho aux problèmes et conditions du XXIe siècle.
Listons-en brièvement les grands principes:
1. L'autogestion, c'est prendre directement nos affaires en main et ne
plus nous laisser diriger par le régime des cheffes et chefs, de l'État
ou de l'Entreprise qui, de connivence, nous enlèvent le pouvoir de
gouverner ensemble nos vies.
2. L'autogestion, ce ne doit plus être seulement un «îlot alternatif»
(scop, zad, tiers-lieu...) qui s'insère - bien ou mal... - dans la
grande société capitaliste, mais un principe politique, d'organisation
et de vie, qui vient limiter le droit de propriété et refonder
démocratiquement l'ensemble de la société et de ses institutions. En ce
sens, l'autogestion incarne l'«alternative» des alternatives et elle a
vocation à renverser l'ordre - ou plutôt le désordre... - établi.
3. L'autogestion, c'est nous toutes et tous partageant de plein droit et
à égalité la conduite de toutes les formes d'institutions publiques ou
privées: associations, syndicats, administrations, collectivités locales
et services publics, entreprises, etc.
4. L'autogestion, c'est la réappropriation collective de l'outil de
travail pour débattre et décider, ensemble et sans prépondérance
hiérarchique, de tous les sujets du quotidien ou du futur: définition
des politiques publiques, taille et orientations stratégiques de
l'entreprise, emplois, salaires et investissements, choix financiers,
sociaux et écologiques, application ou non des «progrès» techniques et
technologiques, etc.
5. L'autogestion, c'est la réappropriation collective des lieux de vie
pour exercer, au niveau local, la démocratie la plus directe possible
via, par exemple, des assemblées destinées à déterminer ce que l'on
produit, construit, mange, échange, etc., comment, avec quels moyens et
à quelles fins.
6. L'autogestion, c'est la meilleure façon d'en finir avec l'isolement
de chacun et la subordination de tous, chacune et chacun conquérant,
dans la pensée et l'action collectives, les voies de sa propre
émancipation et les sources d'une dignité nouvelle; l'autogestion, c'est
ainsi s'extirper de l'infantilisme, de la culpabilité, de la servitude
dans lesquels veulent nous maintenir l'État et le Capital.
7. L'autogestion, c'est une longue et multiple tradition
d'auto-organisation qui court de la Commune de Paris jusqu'au Chiapas et
au Rojava en passant par les soviets, l'Espagne antifranquiste, les
conseils ouvriers de la Révolution hongroise ou l'expérience de Lip.
«Trésor perdu des révolutions», selon la juste et belle expression de la
philosophe Hannah Arendt, l'autogestion n'a pas fini d'irriguer nos
imaginaires et doit revenir sur le devant de l'Histoire.
8. Cette autogestion va évidemment de pair avec un arrêt large et
durable du pays, qu'il faut préparer dès maintenant en créant la CGG, la
caisse de grève générale.
Collectif pour l'autogestion populaire (CAP)
2 octobre 2025
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4568
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