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(fr) Socialisme Libertaire - Pauvreté: la société dans son entier est responsable
Date
Sun, 16 Nov 2025 19:45:13 +0000
«Combien il paraît révoltant et nauséeux de rappeler, en cette journée
du 17 octobre, dédiée au «Refus mondial de la misère», ce chiffre de la
pauvreté en France: 10 millions. Dix millions de personnes vivent en
deçà du seuil de pauvreté fixé en France à 965 euros (échelle de
l'Observatoire des inégalités, chiffre de 2022). À cette masse
invisibilisée, on pourrait ajouter les foyers qui vivotent avec un Smic
(*), dont le sort n'est pas plus enviable mais qui perpétue le principe
de pax civilis, assurant aux classes supérieures une existence bien plus
confortable et, par ricochet, une indifférence quasi systématique au
sort des plus démunis. ---- Car en effet, si la pauvreté ne se contente
pas de stagner dans une statistique, elle se traduit par une précarité
quotidienne, une aumône dans les centres caritatifs, mais surtout par
une déchirure sociale, subie à travers l'isolement et l'amoindrissement
de la capacité à s'accrocher à une cordée toujours plus distante,
toujours plus encline à accumuler biens et produits financiers. Comme si
l'on percevait cette misère, mais qu'au lieu de l'éradiquer, on
préférait s'en éloigner, feignant de l'ignorer par peur d'un déclassement.
S'il persiste encore un positionnement politique, il ne change rien à
cet état de fait. À n'en pas douter, il existe une hystérie collective à
se concentrer exclusivement sur l'accumulation de capital, de biens
matériels ou de patrimoine. Cette frénésie détourne toute volonté
d'éradiquer les injustices sociales très souvent engendrées par ce
système et, paradoxalement, renforce les garanties pour l'oligarchie
bancaire, celle-là même qui n'offre aucun recours pour une société plus
harmonieuse.
Certains avanceront, pour se dédouaner, que leur solidarité envers les
plus précaires s'exprime à travers un pacte social fondé sur le
prélèvement des taxes et le financement de prestations sociales. Mais ce
discours de façade sert surtout à légitimer le système libéral, à
cautionner un capitalisme qui n'a jamais favorisé l'essor d'un modèle de
justice sociale ou de préservation des ressources naturelles. Il faut le
rappeler: le capitalisme dépend des inégalités, de la précarité de
genre, de zones de main-d'oeuvre à bas cout et de l'exploitation
insatiable des ressources naturelles. Sans ces moteurs, son économie
s'essouffle et son règne technostructuré s'érode.
Combien sont-ils, parmi les partis politiques et leurs sympathisants, à
vouloir combattre radicalement le capitalisme? Peu, car beaucoup en
tirent profit via des emprunts sur les marchés financiers, et l'État
reste le premier exemple. Même régulé, le capitalisme ne change rien à
la nature pervertie du système: le rachat d'actions par une entreprise,
par exemple, rend artificiel le cours des actions et manipule
l'optimisation des bénéfices. Il n'est donc pas surprenant que la
pauvreté persiste, voire s'accroisse, en France.
Doit-on la subir pour en connaître les effets délétères? Apparemment
oui, à en juger par le peu de cas accordé aux personnes, quel que soit
leur âge, leur genre, leur lieu de vie, ou leur situation fiscale,
toutes confinées à l'isolement. Une journée dédiée à la misère est déjà
une journée de trop et reste, dans tous les cas, une journée vaine. Les
médias, politiques et économistes s'inquiètent davantage du sort des
plus riches, s'étranglant presque à l'idée d'un effort fiscal à leur
encontre. Pendant ce temps, la question de la pauvreté, et
particulièrement la journée du 17 octobre, est totalement absente de la
couverture médiatique.
Quelles solutions alors pour éradiquer la pauvreté? D'après mon point de
vue, il n'y en a qu'une: celle explorée par Murray Bookchin, militant et
essayiste libertaire américain, à travers l'écologie sociale, la
démocratie directe et la sortie du capitalisme. Est-ce une utopie? Une
hérésie? Certainement, à voir le niveau jamais atteint d'accumulation de
richesses ou d'épargnes dans ce pays. Bookchin a raison: avant de parler
d'écologie, il faut se libérer de toute forme de domination, et en
premier lieu de celle de l'argent.»
David Derrien
(*) En 2023, environ 3,1 millions de salariés du secteur privé
touchaient le Smic.
SOURCE: Blog de David Derrien
https://www.socialisme-libertaire.fr/2025/10/pauvrete-la-societe-dans-son-entier-est-responsable.html
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