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(fr) Courant Alternative #353 (OCL) - Pour aménager du territoire, il faut l'avoir constitué au préalable!
Date
Fri, 31 Oct 2025 16:54:52 +0000
Digressions à partir de la lecture de «La terre confisquée, critique de
l'aménagement du territoire» de Jean-Marc GHITTI, éd. la Lenteur, 2025,
155 pages, 15 euros ---- Au delà de la lapalissade apparente du titre de
cette recension, on verra la nécessité de désamorcer justement nombre
d'évidences (l'intérêt général, le Progrès, etc.) qui activent et
cautionnent les volontés planificatrices de la technocratie: car sous
son emprise, les lieux habités disparaissent au profit d'une notion
homogène, le territoire - et abstraction faite de ses habitants tout
juste appelés à s'adapter ou à déménager -, apte à être géré, modelé,
aménagé. ---- Par delà la succession des régimes politiques depuis
l'Ancien régime, via les États napoléoniens, un certain maillage
administratif étatique prend consistance et établit sa souveraineté que
ce soit pour des motifs fiscaux, militaires ou économico-politiques
(soutien au développement industriel). De Vauban à Haussmann, le bras
aménageur de l'État prend possession de lieux pour en faire son
territoire: fortifications militaires ou arasement des quartiers
populaires parisiens prompts aux soulèvements...
++++
«Là où le sol s'est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage,
les imaginations s'éteignent, les esprits s'appauvrissent, la routine et
la servilité s'emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la
mort.»
Élysée RECLUS, géographe et libertaire
++++
Plus tard, le consensus de la «Reconstruction» après 1945 expulse les
paysans montagnards de Tignes pour la construction d'un barrage
hydro-électrique. Le précédent de la résistance désespérée des paysans
de Canjuers (hauteurs du Var) à la fin des années soixante contre un
projet de camp militaire servira aux paysans du Larzac pour savoir
s'attirer plus tard une sympathie et une solidarité que la vague de
l'après-68 leur offrait sur un plateau.
Car, déjà dans les années soixante dans la foulée de la création
gaulliste de la DATAR (Délégation à l'aménagement du territoire et à
l'action régionale) prolifère le jargon technocratique et sa floraison
de sigles-balises de son emprise croissante: ZUP, zone à urbaniser en
priorité qui impulsa les fleurons de l'encasernement urbain (Sarcelles
en région parisienne, les Minguettes dans celle lyonnaise, entre
autres), ZAC, zone d'aménagement concerté (entre élites décideuses, mais
pas avec la population), ZAD, zone d'aménagement différé par laquelle
l'anticipation des projets à long terme permet de préempter du foncier à
l'avance, et plus récemment, entre autres, SCOT, schéma de cohérence
territoriale. C'est dire si l'intentionnalité aménageuse pose
unilatéralement ses pions pour faire avancer sa vision de la vie en
société et du rapport de celle-ci à la nature.
En contre-pied, l'opposition au projet d'aéroport à 25 km de Nantes,
renversa le sigle ZAD pour en faire une «zone à défendre», d'autant plus
qu'aucun investissement de remembrement n'avait été entrepris dans
l'attente du projet et que le bocage subsistant était un bijou
d'association d'activité paysanne et de biodiversité.
L'armature principale de cet aménagement modernisateur fut l'extension
du réseau autoroutier, armée de l'idéologie consensuelle de la bagnole.
Et pour en contester superficiellement l'hégémonie, ce fut au tour du
doublement des voies ferrées existantes par la création de lignes à
grande vitesse, le tout capté par le BTP et ses majors (Bouygues, Vinci,
Eiffage, etc.). Le volume industriel de la filière des routes nous a été
donnée par le livre de Nelo Magalhaes «Accumuler du béton, tracer des
routes».
Le tour de passe-passe de la rhétorique aménageuse c'est de s'avancer en
prétendant seulement résorber des dysfonctionnements existants (bouchons
de la circulation, manque de logements, etc.), alors qu'elle a en tête
de formater résolument l'avenir: accroître le trafic de marchandises sur
la route, ou faire du centre des villes, une fois vidé de sa population,
des musées peuplées de résidences pour touristes, par exemple. La
technocratie est par sa vantardise rationnelle le procureur impitoyable
contre le complotisme, alors qu'elle ne cesse elle-même d'ourdir à
l'insu des populations des plans et des stratagèmes pour intensifier la
«chaîne de valeur» (la profitabilité), comme elle dit...
Dire que le concept de territoire marque un basculement opératoire pour
l'hégémonie de la puissance publique (derrière laquelle agissent les
intérêts marchands et entrepreneuriaux) c'est se rappeler que la
puissance publique s'est donné le droit, par rapport à la loi d'airain
de la propriété privée, d'exproprier!
C'est la grande qualité du livre de Jean-Marc GHITTI que de prendre à
revers les évidences aménageuses en en décryptant les ressorts
historiques. Loin de s'introniser pionnier en la matière puisqu'il
rappelle et documente son écrit à partir d'analyses de précédentes
critiques acérées (G. Debord, B. Charbonneau, l'École de Francfort) -
mais omettant par exemple H. Lefebvre auteur d'une monumentale
«Production de l'espace». Fort utilement, notre auteur actuel prolonge
leur critique de la rationalité déshumanisante en démontant le trop bien
acquis concept de «territoire», véritable cheval de Troie, que l'on
trouve aussi bien dans la bouche de fourbes décideurs que dans celle de
leurs farouches opposants.
La socialiste C. Delga, présidente du Conseil régional d'Occitanie, ne
manquant pas tout récemment de vanter que «les territoires sont au coeur
de l'enjeu de réarmement du pays». À l'autre bord, la revue «Socialter»
titrait son hors série de l'été 2025 «Territoires en résistance, de la
lutte à la victoire».
L'éternelle controverse ressurgit à savoir si on ne se fourvoie pas à
utiliser les mêmes mots que la partie adverse, alors qu'en "théorie" on
n'y met pas le même sens. Déjà, le mouvement ouvrier agréait en quelque
sorte la domination de l'Économie en n'en contestant que le calcul de la
répartition de la valeur et donc l'exploitation, c'est-à-dire la partie
non payée (plus-value) de la vente de la force de travail à l'employeur,
alors que l'aliénation intrinsèque d'être subordonné à un contenu
productif, ce métabolisme décidé par d'autres (armement, production en
masse d'automobiles, agro-industrie... ) participe à leurs conséquences
mortifères. Par raccourci de soi-disant efficacité critique, l'écologie
radicale, elle aussi, rapporte à l'abstraction du territoire la
diversité des lieux de vie avec ce qu'ils contiennent encore de
pratiques vernaculaires autonomes, ce qui au lieu de les rassembler les
désincarne. Mais ce serait trop se positionner en "conservateurs" que de
dire que l'offensive aménageuse va détruire ce qu'on aime, or l'écologie
politique est, dans cette problématique, très tiraillée, voulant se
raccrocher au train progressiste par définition non conservateur.
Notre auteur, Jean-Marc GHITTI ne décortique pas doctement en surplomb
de situations vécues par d'autres, lui-même s'implique dans l'opposition
à la mise à deux fois deux voies de la RN 88 entre le Puy-en-Velay et
Yssingeaux dans le secteur fragile de St-Hostien et du col du Pertuis.
L'auteur réussit la prouesse de fourbir des lances acérées («la
fabrication de l'utilité publique officielle» p. 78, «le territoire,
c'est l'espace moins les habitants» p. 114), comme autant de sentences
concises et dynamiques mais de procéder aussi à des développements
savants qui apporte une connaissance enrichissante, entre autres «la
genèse théologico-politique de la puissance publique», à partir de la
page 119.
À l'heure où de multiples contestations de projets routiers se sont
coordonnés dans «la Déroute des routes», l'essai de J.-M. GHITTI lui
fournit des armes de pertinence et de recul historique.
Tristan VEBENS, 30/08/2025
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4541
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