|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 30 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Francais_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkurkish_
The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours
Links to indexes of first few lines of all posts
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024 |
of 2025
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) Alternative Libertaire #364 (UCL) - 1965: Le génocide oublié des communistes en Indonésie
Date
Wed, 29 Oct 2025 18:46:10 +0000
C'est un événement majeur de l'histoire moderne, et pourtant, la mémoire
mondiale l'a pratiquement effacé, et ce, jusque dans son propre pays. Il
y a soixante ans commençait en Indonésie le massacre des communistes du
Parti communiste indonésien (PKI), faisant des centaines de milliers de
mortes et morts. Des crimes dont les auteurs ne seront jamais punis et
vivent encore aujourd'hui paisiblement au sein de la société
indonésienne. ---- Commençons par planter le décor: l'Indonésie est un
État péninsulaire constitué de 17 000îles, dont 922habitées. Quatrième
pays le plus peuplé du monde, il compte aujourd'hui 285millions
d'habitants et habitantes et en comptait déjà 93millions lors des
évènements abordés dans cet article. Plus de la moitié de sa population
est regroupée à Java, la plus grande île de l'archipel. Comptant 87% de
musulmans et musulmanes, c'est le plus grand pays musulman au monde. Sa
position, à la jonction de l'océan Indien et de l'océan Pacifique et
entre l'Asie et l'Océanie, lui confère une grande importance
géopolitique. Elle attise les convoitises à l'époque des invasions
coloniales, d'autant que le pays est un grand producteur d'épices.
Les Portugais s'y établissent au début du XVIesiècle, puis sont chassés
en 1605 par les Néerlandais, qui vont petit à petit en faire l'une de
leurs principales colonies -une histoire coloniale encore largement
visible aux Pays-Bas comme en Indonésie.
Si le XIXesiècle se passe sous cette domination coloniale, un mouvement
national naît au XXesiècle et mènera à l'indépendance du pays et à la
proclamation de la République d'Indonésie en 1945. Le pays est
extrêmement divers culturellement: plus de 600groupes ethniques et
700langues régionales, cinq religions reconnues par l'État... Cela va
participer à l'émergence de nombreux mouvements séparatistes dans les
20ans qui suivent la décolonisation, menant à une forte instabilité
politique.
Nationalisme, religion et communisme
Les premières élections parlementaires se tiennent en 1955, mais
l'Assemblée issue des élections est dissoute en 1957 par le président
Soekarno, élu lors de l'indépendance de 1945. Au nom de la stabilité
politique, il met en place la «démocratie guidée», un euphémisme pour
une gestion autoritaire et centralisée de l'État: les membres de
l'Assemblée sont directement désignés par le «Président à vie». Pour
chercher à pacifier le pays, il propose comme doctrine d'État le concept
de Nasakom, pour «Nasionalisme, Agama, Komunisme»: nationalisme,
religion, communisme. Il veut tenter d'unifier les trois forces
politiques principales du pays: les forces militaires et les partis
nationalistes -notamment le Partai Nasional Indonesia (PNI)-, les
organisations musulmanes conservatrices -principalement représentées par
la Nahdlatul Ulama (NU)- et le Parti communiste indonésien (en
indonésien: Partai Komunis Indonesia).
Fondé en 1914, d'abord sous le nom d'ISDV, alors que l'Indonésie est
encore sous occupation néerlandaise, le PKI sera à l'origine de
plusieurs mouvements insurrectionnels face au pouvoir colonial. Après de
violentes tensions avec les conservateurs à la suite de la
décolonisation, le parti grandit de façon spectaculaire dans les années
1950, avec le soutien de la Chine de Mao Zedong. Comptant 7 000membres
en 1952, il passe à 150 000adhérentes et adhérents en 1954, et contrôle
le plus important syndicat du pays, le SOBSI. Lors des élections de
1955, il obtient 16,4% des voix, ce qui en fait la 4eforce politique du
pays. Sa croissance ne s'arrête pas: le parti compte 1,5millions de
membres en 1958, un chiffre qui atteindra 3,5millions en 1965, en
faisant alors le troisième plus grand parti communiste au monde, après
ceux de la Chine et de l'Union soviétique. Il inclut une organisation de
femmes, le Gerwani [1], qui compte plus de 650 000adhérentes en 1957.
Cette croissance vient avec un activisme de plus en plus fort. Par sa
branche paysanne, le BTI, ils occupent des terres agricoles possédées
par de riches propriétaires terriens, pour la plupart électeurs ou
militants du PNI ou de la NU. Ces deux forces commencent à nourrir un
anticommunisme de plus en plus fort, et à s'allier pour lutter contre
les actions du PKI. Ces derniers bénéficient de la protection du
Président Soekarno, qui y voit une force d'opposition qui peut maintenir
un équilibre face à la puissante armée indonésienne et à l'immense
influence religieuse de la NU. Le PKI avait pleinement accepté le
nouveau régime de «démocratie dirigée», et avait adopté en 1959 une
politique de «front national uni» faisant passer les intérêts nationaux
devant les intérêts de classe. À partir de 1963, le rapprochement entre
le Président et le PKI s'intensifie, faisant monter en tension les
oppositions, et attirant l'oeil inquiet des États-Unis. En pleine guerre
froide, ils y voient un grand danger de basculement d'un pays asiatique
majeur dans le communisme, qui pourrait entraîner un basculement de
toute l'Asie du Sud-Est selon la «théorie des dominos» [2]. C'est dans
ce contexte que va s'opérer une bascule dramatique.
Un coup d'État comme prétexte
Dans la nuit du 30septembre au 1eroctobre 1965, des officiers de la
garde présidentielle s'emparent de plusieurs points clés de la capitale
Jakarta. Six généraux du haut état-major de l'armée de terre
indonésienne sont enlevés par les soldats, emmenés à la base aérienne de
Halim et abattus. Le matin du 1eroctobre, le groupe qui se présente
comme des «officiers progressistes» annoncent la formation d'un «Conseil
de la Révolution» et annonce avoir agit en prévention d'un potentiel
coup d'État conservateur. Mais contrairement à ce qu'il espérait, il ne
reçoit pas le soutien du Président Soekarno.
Le rôle précis du PKI dans cette tentative de coup d'État n'est pas
clair: si quelques-uns de ses dirigeants sont impliqués, l'initiative ne
semble pas venir du parti dans son ensemble, qui va tenir une position
ambiguë sur les évènements, s'en tenant essentiellement à un soutien au
président. Aujourd'hui, tout porte à croire qu'il s'agissait d'une
action d'une minorité de militaires proches des idées du PKI, qui lui
ont demandé son soutien après coup.
Dans les heures qui suivent le coup d'État, le général Soeharto prend le
contrôle de l'armée et lance une offensive qui reprend le contrôle de la
capitale et de la base aérienne de Halim en 24heures. Il se positionne
immédiatement comme une figure publique et conteste l'autorité du
président, à qui il reproche son inaction contre le PKI, jugé
responsable du putsch. Qu'elle émane directement ou non du PKI, la
tentative de coup d'État va servir de prétexte à la purge sanglante des
communistes.
La droite s'empare des évènements et déclenche une violente propagande
anticommuniste. Jakarta est couverte d'affiches appelant à «écraser les
traîtres du PKI» et les «putes de la Gerwani». Accusé·es d'être des
«traîtres à la patrie» par les nationalistes, des «sans-Dieu» et des
criminels par les conservateurs religieux, un mot d'ordre circule
rapidement: «Sikat!», «Éliminez-les!».
Un génocide politique
Dès le 8octobre, le quartier général du PKI à Jakarta est pris d'assaut
par des militants. Les massacres commencent. Un peu partout, le mode
opératoire est similaire: des milices civiles se constituent,
constituées suivant les régions de militants conservateurs,
d'intégristes religieux musulmans, catholiques ou hindous, mais aussi
parfois de criminels recrutés pour l'occasion, ou aussi souvent de
groupes d'étudiants. Si l'armée participe ponctuellement aux violences,
pour l'essentiel elle se contente de protéger les milices qui se charge
des massacres. Partout, les militants et militantes communistes sont
traqué·es, souvent abattu·es ou lynché·es immédiatement, parfois après
une arrestation. Certaines et certains sont condamné·es à mort. La
pratique de la torture est fréquente en détention. Le viol est aussi
régulièrement employé contre les femmes. Dans certaines régions, des
corps sont exposés dans les rues pour participer au climat de terreur.
Les maisons des victimes et de leurs familles sont confisquées, parfois
brulées.
On sait aujourd'hui que si les États-Unis n'ont pas activement participé
aux massacres, ils ont soufflé sur les braises, en diffusant notamment
des campagnes de désinformation visant à pousser à des affrontements
entre l'armée et le PKI. Alors en pleine accélération de la guerre au
Vietnam, le gouvernement américain était trop heureux de voir le
«problème indonésien» se «résoudre» sans intervention d'armée
extérieure, en ayant qu'à «laisser faire».
Les massacres durent presque deux ans, jusqu'à l'automne 1967. Le bilan
est encore aujourd'hui très difficile à déterminer, mais on considère
qu'il est d'au moins 500 000morts et mortes, certaines estimations
allant jusqu'à 3millions. On retient généralement le chiffre d'un
million de décès. Il faut y ajouter près de 700 000prisonnières et
prisonniers, incarcéré·es pour des durées pouvant atteindre 30ans, dans
des conditions dans lesquelles les violences continuent de s'exercer,
l'anticommunisme restant radicalement ancré dans la société indonésienne.
«Ordre nouveau»
Principal dirigeant de ces massacres, le général Soeharto va en profiter
pour prendre le pouvoir. Le président Soekarno est de plus en plus
contesté, accusé notamment de complaisance avec le PKI. Au printemps
1966, il signe des documents donnant les pleins pouvoirs à Soeharto avec
pour mission de «rétablir l'ordre». Le PKI est officiellement interdit
et Soeharto succède officiellement à Soekarno en mars 1967. Il met
rapidement en place un nouveau système politique encore plus autoritaire
sous le nom d'«Ordre nouveau». Il restera au pouvoir jusqu'en 1998.
Pendant ces 30années de règne suivant le génocide, seule la version
officielle du régime sera diffusée, avec un bilan largement minoré: le
récit de «la trahison du mouvement du 30septembre et du PKI», raconté
dans un film de propagande du même nom sorti en 1984 et diffusé chaque
année le 30septembre jusqu'en 1998. Même après la chute de Soeharto, le
sujet reste tabou et toutes les initiatives de mémoire ou de réparation
échouent. En 2016, le ministre indonésien de la Défense déclare que les
victimes «méritaient de mourir».
Cette réalité brutale d'une société qui s'est construite sur la
justification et la minorisation d'un génocide est notamment racontée
dans le film The Act of Killing de Joshua Oppenheimer, qui filme en 2012
des génocidaires racontant fièrement leurs crimes, vivant en liberté et
en toute impunité dans la même société que les familles de leurs
victimes. Il serait trop naïf de penser que la vérité et la justice
triomphe toujours: même après de tels crimes, leur reconnaissance et
leur souvenir reste un combat.
N. Bartosek (UCL Alsace)
++++
CHRONOLOGIE
17 aout 1945 proclamation de l'indépendance de l'Indonésie, par Soekarno
et Mohammad Hatta, qui deviennent respectivement président et
vice-président.
27 décembre 1949 création de la république des États-Unis d'Indonésie.
Les Pays-Bas reconnaissent l'indépendance.
1955 les premières élections parlementaires désignent une Assemblée. Le
PKI récolte 16,4% des voix, devenant la 4eforce politique du pays.
1957 Soekarno dissout l'Assemblée et met en place la «démocratie
dirigée», devenant «président à vie».
1958 le PKI dépasse le million d'adhérentes et adhérents.
30 septembre 1965 dans la nuit, le «mouvement du 30septembre» abat
sixgénéraux, issu de l'armée. Il se présente comme proche du PKI.
1er octobre 1965 sous le contrôle du général Soeharto, l'armée reprend
le contrôle de la capitale. Des campagnes violemment anticommunistes
débutent.
8 octobre 1965 le siège du PKI est attaqué à Jakarta, les massacres
commencent. Ils feront entre 500 000 et 3millions de mortes et morts
suivant les estimations.
Mars 1966 Soekarno est contraint de transférer le pouvoir à Soeharto,
qui devient président par intérim.
12 mars 1967 Soeharto devient président de la république d'Indonésie. Il
met en place «l'Ordre nouveau», un système politique autoritaire.
21 mars 1998 à la suite d'importantes émeutes à Jakarta, dans un
contexte de grave crise économique, Soeharto démissione.
2004 une loi indonésienne décide de la formation d'une «Commission pour
la vérité et la réconciliation» sur les massacres. Le projet est
finalement abandonné en 2006.
Je souhaite recevoir l'infolettre hebdomadaire. *
Votre adresse e-mail *
[1] Gerakan Wanita Indonesia: « Mouvement des femmes indonésiennes »
[2] La théorie des dominos est une théorie géopolitique américaine
durant la guerre froide, selon laquelle le basculement d'un pays en
faveur du communisme entraînerait des changements similaires dans les
pays voisins. Cette théorie servit à plusieurs reprises à justifier
l'interventionnisme américain, notamment au Vietnam à partir de 1965.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?1965-Le-genocide-oublie-des-communistes-en-Indonesie
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center