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(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Mobilisations pour la Palestine Pays Basque - Espagne - nombreux et massifs mouvements de solidarité
Date
Tue, 28 Oct 2025 18:26:44 +0000
Des manifestations énormes en faveur de la Palestine, des actions allant
jusqu'à la grève, forcément politique, au Pays Basque sud et en Espagne;
des mobilisations moins amples, contrôlées, souvent empêchées, voire
criminalisées en France ... les différences sont flagrantes. Il y a des
raisons à cela. ---- Politique de complicité de l'État français avec
l'État israélien, à laquelle s'ajoute une restriction très forte du
droit à manifester de manière générale, les mobilisations de solidarité
avec la Palestine ont été extrêmement difficiles à mener dans
l'Hexagone. Les interdictions de manifester, les poursuites judiciaires,
les amendes, le tout avec un haut niveau de surveillance et de
répression, ont duré jusqu'à encore très récemment. Ces mesures
répressives ont tenté depuis deux ans de faire taire en France les voix
qui dénoncent la politique génocidaire d'Israël à l'encontre des
Palestinien.nes.
Dans d'autres pays européens, en particulier en Espagne et dans les
régions à forte identité spécifique que sont la Catalogne et le Pays
Basque, il en va tout autrement et les mouvements de solidarité avec la
Palestine ont connu dès octobre 2023 une belle ampleur.
Les raisons des mobilisations massives
au Pays Basque Sud en faveur de la Palestine
On peut évoquer l'expérience historique du Pays basque (et de la
Catalogne) pour comprendre en grande partie la forte dynamique en faveur
de la cause palestinienne. Faire partie d'une société qui a souffert et
souffre encore d'un conflit politique et d'une oppression qui cherche à
étouffer sa volonté d'indépendance rend plus sensible à d'autres luttes
de libération. Dès 1988, peu après la première intifada, des dizaines de
groupes militants solidaires, appelés "brigades", sont allés du Pays
Basque en Palestine afin d'établir des liens qui durent encore
aujourd'hui. Bien avant, les luttes de libération des années 1960-70
avaient contribué à façonner les engagements de la société basque. À
cette époque, Paris et Alger furent les deux points cardinaux des
premières relations internationales des militants indépendantistes
basques, rompant avec la tendance de l'opposition antifranquiste qui
avait établi ses réseaux aux États-Unis ou en Amérique latine. Alger,
entre 1965 et 1977, joua ainsi un rôle majeur: c'est dans cette ville
que l'organisation de lutte armée ETA engagea ses premiers contacts
internationaux. A la fin des années 70, les relations avec les
organisations palestiniennes ont pris une tournure plus concrète. Entre
1976 et 1980, des dizaines de militants basques ont suivi des
entraînements militaires aux côtés de groupes palestiniens au Liban et
au Yémen du Sud. A la fin des années 70, au Liban, les poli-milis, -
branche politico-militaire d'ETA- s'adossaient au Fatah et à
l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), tandis qu'au Yémen
du Sud, les milis - la branche militaire d'ETA - se formaient auprès du
Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Ces relations
internationales restaient toutefois limitées, sans infuser dans toute la
société basque. Cependant, "ETA a bel et bien contribué à installer la
question palestinienne dans l'imaginaire révolutionnaire basque" [1].
Ces liens ont perduré entre les courants révolutionnaires: le militant
libanais Georges Ibrahim Abdallah, détenu 41 ans en France, a entretenu
des relations privilégiées avec les prisonniers basques tout au long de
son incarcération.
Les mobilisations au Pays Basque Sud s'enracinent dans cette tradition
historique, et elles sont renforcées par la politique coloniale et
guerrière que l'Etat d'Israël mène contre la Palestine et par les
massacres qu'il commet à Gaza, poussant une très large partie de la
société basque (et aussi espagnole) à agir en saisissant tous les
moyens, tous les espaces possibles pour le dénoncer et s'efforcer d'y
mettre fin.
Les initiatives sont innombrables et viennent de tous les secteurs.
Ainsi, les artistes se mobilisent. Pour exemple, lorsque le musicien
basque Fermin Muguruza, pilier du rock radical basque dans les années
1980 - il a réalisé en 2009 un documentaire sur les musiciens
palestiniens (Checkpoint rock: songs for Palestine) - se produit sur les
scènes du monde entier, ses concerts se transforment en un espace de
revendication en faveur du peuple palestinien. En juin dernier, alors
qu'il faisait un concert au stade Anoeta, à Saint-Sébastien, devant 30
000 personnes, le musicien palestinien Tamer Nafar, du groupe DAM [2] a
été invité à partager la scène avec lui. Le 17 mars, des milliers de
personnes ont répondu à l'appel de plus de 300 artistes basques pour se
joindre à une manifestation contre le massacre à Gaza.
Les médias ne sont pas en reste. C'est le cas des journaux de la gauche
abertzale, tels le quotidien basque Gara. Depuis le 7 octobre 2023, il
ne se passe pas un jour sans qu'il parle du génocide et qu'il tente de
couvrir le plus largement possible les manifestations et actes de
solidarité quasi quotidiens avec les Palestiniens.
Le domaine des sports est également de la partie. Les stades de football
où évoluent les clubs basques ont eux aussi servi de terrains de lutte.
À Saint-Sébastien, une tribune entière est restée vide, occupée
seulement par des personnes en tenues blanches maculées de sang. Les
supporters de l'Athletic Bilbao ont observé une minute de silence, puis
une minute d'applaudissements, en mémoire du joueur palestinien
Souleiman Al-Obeid, surnommé le «Pelé de Gaza», tué le 6 aout 2025. Par
ailleurs, la sélection nationale basque accueillera l'équipe de
Palestine, qui a raté de peu une qualification historique pour la Coupe
du monde 2026. Le match caritatif aura lieu le 15 novembre à Bilbao en
hommage aux victimes de Gaza.
Le mois dernier, c'est le tour cycliste d'Espagne, la Vuelta, qui a été
la cible de manifestations pro-palestiniennes massives. En cause, la
participation de coureurs de l'équipe israélienne Israel-Premier Tech,
perçue largement, et à raison, en Espagne et ailleurs, comme une
tentative de cautionner et de "blanchir" la politique israélienne. Tout
au long du parcours, il y a eu des centaines de drapeaux palestiniens,
des cris, des chants de protestation. Plusieurs étapes ont été
neutralisées ou raccourcies. Celle qui devait se terminer à Bilbao a été
bloquée à trois kilomètres de la ligne d'arrivée, provoquant la colère
du propriétaire de l'équipe israélienne, Sylvan Adams, qui a qualifié
l'action de "terrorisme". Un coup d'éclat qui a fait boule de neige: le
même scénario s'est reproduit en Galice, mais surtout à Madrid, où 100
000 personnes ont bloqué l'arrivée de la course dans la capitale,
privant les cyclistes de ligne d'arrivée finale et de podium; plusieurs
milliers de manifestants avaient fait tomber les barrières et envahi
l'artère que les coureurs devaient parcourir à neuf reprises. La 80ème
édition de la Vuelta s'est ainsi terminée, inachevée, sous une pluie de
lacrymogènes... mais sans aucune arrestation [3]. Dans le cas des
actions de solidarité avec la Palestine, les espaces de liberté sont
beaucoup plus importants au Pays Basque sud et en Espagne qu'en France.
L'action se traduit aussi au niveau politique. EH Bildu, coalition de la
gauche indépendantiste basque, a récemment fait approuver largement au
Parlement basque une déclaration qui condamne explicitement le
"génocide" perpétré par l'État d'Israël.
Mais c'est aussi et surtout en dehors des partis politiques que les
initiatives sont prises et que se crée une très forte dynamique
collective et populaire. Dans chaque ville moyenne ont été constitués
des groupes BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), des Collectifs
Palestina (Gazteiz Palestina, Donostia Palestina, Bilbo Palestina, etc)
et même des associations par quartiers dans les grandes villes. C'est là
que se décident des actions, locales ou/et coordonnées avec d'autres lieux.
Au delà du Pays basque et de la Catalogne, le soutien à la cause
palestinienne est profondément ancré aussi au sein de la population
espagnole. A ceci aussi, des raisons historiques que nous n'évoquerons
pas ici. Parmi les partis politiques, en Espagne, seul Vox s'affirme
pro-israélien, comme beaucoup de partis d'extrême droite européens. Et
contrairement à ce qui se passe en France et en Allemagne, l'accusation
d'antisémitisme aux critiques faites à l'État d'Israël ne fonctionne pas [4]
Du côté du pouvoir et des institutions espagnoles
L'État espagnol aime se présenter comme l'un des pays les plus
solidaires de la cause palestinienne, ce qui lui confère un prestige
considérable, spécialement dans la Méditerranée et dans le Sud global
[5]. De plus, alors que Sanchez connaît une situation politique fragile,
réaffirmer des messages en faveur de la Palestine permet de remobiliser
les électeurs de gauche. Mais au Congrès des députés à Madrid, la
question des ventes d'armes à Israël a révélé de profondes
contradictions entre des engagements du premier ministre et les
faits.Depuis "l'offensive destructrice" (dixit Sanchez) d'Israël contre
Gaza en octobre 2023, et alors qu'il était jusque-là un important
exportateur d'armes vers Israël, le gouvernement de Sanchez s'était
engagé à n'acheter aucun matériel militaire à l'État hébreu, ni à lui en
vendre; il était en cela en phase avec plus de 500 organisations
exigeant depuis de nombreux mois que soit imposé un embargo sur les
ventes d'armes à Israël. Or la presse a révélé que les autorités
avaient, depuis janvier 2024, laissé transiter par l'aéroport de
Saragosse plus de soixante mille pièces (artillerie, lance-roquettes,
mitrailleuses, grenades...), notamment en provenance des États-Unis,
vers l'aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv. Autre révélation: un contrat
avait été signé avec IMI Systems Ltd - filiale d'Elbit Systems, une
société d'armement israélienne -, ce qui a provoqué un scandale
politique, en particulier auprès des partis à la gauche des socialistes,
qui assurent le maintien au pouvoir du PSOE [6]. Sous la pression de ces
partis ainsi que des mobilisations po-palestiniennes dans tout le pays,
le gouvernement avait du, le 24 avril 2025, annuler unilatéralement ce
contrat qui portait sur la fourniture de munitions à la Guardia Civil
pour un montant de 6,8 millions d'euros. Et c'est finalement le 8
octobre qu'un décret-loi pour un embargo immédiat sur l'envoi d'armes à
Israël a été voté au Parlement (sans les voix du PP et de Vox); il
interdit toutes les exportations de matériel, produits ou technologies
de défense vers Israël, tout comme leur importation en Espagne. Il
bloque également les demandes de transit de carburant d'aviation ayant
des applications militaires potentielles et interdit la publicité des
produits "provenant des colonies illégales à Gaza et en Cisjordanie ".
++++
Au Pays Basque nord, les mobilisations sont beaucoup moins massives
qu'au Pays basque sud.
Malgré tout, les liens militants avec la Palestine y sont forts et
anciens et il y a eu toujours eu des mobilisations à chaque offensive
historique de l'État hébreu contre Gaza ou la Cisjordanie. Depuis
octobre 2023, ont été organisés des rassemblements périodiques et
systématiques dans des villes même petites, des manifestations, des
journées de conférences, des films-débats, des distributions de tracts
aux travailleurs des usines d'armement dans le département 64, des
opérations de boycott d'entreprises et de produits, une marche de
solidarité de Pampelune à Hendaye...Cela malgré les contrôles voire les
interdictions des autorités et grâce à une organisation de comités
tissée de bourgs en villes, sur les trois provinces du Pays Basque nord,
avec le Béarn et avec le Pays Basque sud.
++++
Les mobilisations touchent aussi d'autres régions d'Espagne.
Des actions sont menées en Espagne et en Catalogne, souvent en lien avec
celles impulsées en Italie, comme ce fut le cas avec la journée de grève
générale du 22 septembre, appelée par les dockers de Gênes [7], et
relayée par des petites organisation syndicales et politiques italiennes
qui ont appelé à "tout bloquer". Cet appel a été renouvelé pour des
grèves et rassemblements massifs le 27 septembre, et les 2 et 3 octobre.
Ces jours-là, à Gênes, à Bologne et à Barcelone, ainsi qu'à Bilbao et à
Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont cessé le travail ou
manifesté pour dénoncer l'interception des bateaux de la Global Sumud
Flotilla en route vers Gaza [8], et marquer leur soutien aux
Palestiniens. En Catalogne, des manifestants ont bloqué plusieurs axes
principaux; la police anti-émeute a chargé la foule qui s'était
rassemblée devant la gare centrale, et utilisé des gaz lacrymogènes. La
CGT (syndicat de tendance libertaire) a appelé à une grève dans tous les
secteurs de l'éducation, des écoles primaires aux universités. Les accès
de différents bâtiments de l'université autonome de Barcelone et de
l'université polytechnique de Catalogne ont été barricadés. Une
cinquantaine de tentes ont été installées sur le quai du port, celui par
lequel passent les navires chargés d'armes pour Israël et d'où est
partie la flottille Global Sumud.
La mobilisation la plus récente a eu lieu le 15 octobre dans toute
l'Espagne, appelée par plusieurs syndicats et associations
pro-palestiniens, avec des grèves de 24 heures, des manifestations et
des interruptions partielles de travail dans les entreprises et les
écoles. Alors qu'elle avait lieu quelques jours seulement après
l'annonce de la première phase d'un "plan de paix" entre Israël et le
Hamas, présenté par Trump, cette action a été maintenue au vu de la
situation catastrophique de la Bande de Gaza et au su que le plan Trump
ne résoudrait rien. Les mobilisations ont été massives pour exiger la
fin des violences à Gaza, la suspension des relations commerciales et la
rupture de l'accord d'association entre l'UE et Israël. Plus de 110 000
personnes ont manifesté au Pays Basque Sud et les arrêts de travail ont
été très importants, autant dans le secteur privé que dans le public
(enseignement, santé..). La mobilisation du personnel de CAF
(Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles-constructeur ferroviaire du
Pays Basque) a revêtu un caractère particulier. En effet, le comité
d'entreprise dénonce depuis plusieurs mois l'implication de la société
dans le projet de tramway reliant Jérusalem aux colonies. Un projet
condamné par l'ONU et Amnesty International, pour lequel l'entreprise a
récemment confirmé son engagement.
Une grève pour la Palestine dans plusieurs pays d'Europe?
Au vu des échos que les mobilisations de solidarité avec les
Palestiniens ont d'un pays à l'autre, on peut se poser la question: les
conditions sont-elles réunies pour qu'un appel soit lancé rapidement
pour une journée de grèves et de mobilisations simultanées, à l'échelle
des pays de l'Europe au moins? C'est à cette perspective que diverses
forces politiques, syndicales et des collectifs autonomes travaillent.
En Italie, des assemblées citoyennes se tiennent sur le port de Gênes
pour tenter d'atteindre cet objectif. En France aussi, la FNPD-CGT
réfléchit aux côtés des Italiens à une journée européenne de
mobilisation pour Gaza et contre la militarisation des ports. Les appels
conjoints lancés aux mobilisations de septembre et d'octobre
apparaissent comme les premières pierres posées.
Pays basque, le 19/10/2025
P.-S.
Cet article était prévu pour le CA 354, faute de place dans le mensuel
papier, nous le publions sur le site.
Notes
[1] Breve historia de ETA («Brève histoire de l'ETA», Txalaparta, 2017),
d'Iñaki Egaña, historien.
[2] DAM signifie "éternel" en arabe, il est le premier groupe de hip-hop
palestinien et l'un des premiers à rapper en arabe.
[3] Le premier ministre socialiste Sanchez a exprimé son "admiration"
pour les manifestations pro-palestiniennes, et suggéré d'exclure Israël
des compétitions sportives "tant que la barbarie continuerait à Gaza".
[4] Selon un sondage conduit par l'institut royal Elcano publié en
juillet 2025, 82% des Espagnols interrogés estiment qu'Israël commet un
génocide contre le peuple palestinien à Gaza et 78% soutiennent une
reconnaissance officielle de l'État de Palestine par les États européens.
[5] L'Espagne, l'Irlande et la Norvège ont conjointement officiellement
reconnu l'État de Palestine le 22 mai 2024.
[6] Il s'agit de Podemos et de Sumar, soit le regroupement d'Izquierda
Unida, du Parti communiste d'Espagne et des formations indépendantistes,
basques et catalanes.
[7] du CALP [Collettivo Autonomo dei Lavoratoti Portuali - Gênes
[8] Cette flottille transportait des délégués de plus de 40 pays vers
Gaza pour tenter de briser, pour la troisième fois (mais sans succès),
le siège israélien.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4546
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