A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 30 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Francais_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkurkish_ The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours

Links to indexes of first few lines of all posts of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Organisation Communiste Libertarie (OCL) - Mobilisations pour la Palestine Pays Basque - Espagne - nombreux et massifs mouvements de solidarité

Date Tue, 28 Oct 2025 18:26:44 +0000


Des manifestations énormes en faveur de la Palestine, des actions allant jusqu'à la grève, forcément politique, au Pays Basque sud et en Espagne; des mobilisations moins amples, contrôlées, souvent empêchées, voire criminalisées en France ... les différences sont flagrantes. Il y a des raisons à cela. ---- Politique de complicité de l'État français avec l'État israélien, à laquelle s'ajoute une restriction très forte du droit à manifester de manière générale, les mobilisations de solidarité avec la Palestine ont été extrêmement difficiles à mener dans l'Hexagone. Les interdictions de manifester, les poursuites judiciaires, les amendes, le tout avec un haut niveau de surveillance et de répression, ont duré jusqu'à encore très récemment. Ces mesures répressives ont tenté depuis deux ans de faire taire en France les voix qui dénoncent la politique génocidaire d'Israël à l'encontre des Palestinien.nes.

Dans d'autres pays européens, en particulier en Espagne et dans les régions à forte identité spécifique que sont la Catalogne et le Pays Basque, il en va tout autrement et les mouvements de solidarité avec la Palestine ont connu dès octobre 2023 une belle ampleur.

Les raisons des mobilisations massives
au Pays Basque Sud en faveur de la Palestine

On peut évoquer l'expérience historique du Pays basque (et de la Catalogne) pour comprendre en grande partie la forte dynamique en faveur de la cause palestinienne. Faire partie d'une société qui a souffert et souffre encore d'un conflit politique et d'une oppression qui cherche à étouffer sa volonté d'indépendance rend plus sensible à d'autres luttes de libération. Dès 1988, peu après la première intifada, des dizaines de groupes militants solidaires, appelés "brigades", sont allés du Pays Basque en Palestine afin d'établir des liens qui durent encore aujourd'hui. Bien avant, les luttes de libération des années 1960-70 avaient contribué à façonner les engagements de la société basque. À cette époque, Paris et Alger furent les deux points cardinaux des premières relations internationales des militants indépendantistes basques, rompant avec la tendance de l'opposition antifranquiste qui avait établi ses réseaux aux États-Unis ou en Amérique latine. Alger, entre 1965 et 1977, joua ainsi un rôle majeur: c'est dans cette ville que l'organisation de lutte armée ETA engagea ses premiers contacts internationaux. A la fin des années 70, les relations avec les organisations palestiniennes ont pris une tournure plus concrète. Entre 1976 et 1980, des dizaines de militants basques ont suivi des entraînements militaires aux côtés de groupes palestiniens au Liban et au Yémen du Sud. A la fin des années 70, au Liban, les poli-milis, - branche politico-militaire d'ETA- s'adossaient au Fatah et à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), tandis qu'au Yémen du Sud, les milis - la branche militaire d'ETA - se formaient auprès du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Ces relations internationales restaient toutefois limitées, sans infuser dans toute la société basque. Cependant, "ETA a bel et bien contribué à installer la question palestinienne dans l'imaginaire révolutionnaire basque" [1]. Ces liens ont perduré entre les courants révolutionnaires: le militant libanais Georges Ibrahim Abdallah, détenu 41 ans en France, a entretenu des relations privilégiées avec les prisonniers basques tout au long de son incarcération.

Les mobilisations au Pays Basque Sud s'enracinent dans cette tradition historique, et elles sont renforcées par la politique coloniale et guerrière que l'Etat d'Israël mène contre la Palestine et par les massacres qu'il commet à Gaza, poussant une très large partie de la société basque (et aussi espagnole) à agir en saisissant tous les moyens, tous les espaces possibles pour le dénoncer et s'efforcer d'y mettre fin.

Les initiatives sont innombrables et viennent de tous les secteurs.

Ainsi, les artistes se mobilisent. Pour exemple, lorsque le musicien basque Fermin Muguruza, pilier du rock radical basque dans les années 1980 - il a réalisé en 2009 un documentaire sur les musiciens palestiniens (Checkpoint rock: songs for Palestine) - se produit sur les scènes du monde entier, ses concerts se transforment en un espace de revendication en faveur du peuple palestinien. En juin dernier, alors qu'il faisait un concert au stade Anoeta, à Saint-Sébastien, devant 30 000 personnes, le musicien palestinien Tamer Nafar, du groupe DAM [2] a été invité à partager la scène avec lui. Le 17 mars, des milliers de personnes ont répondu à l'appel de plus de 300 artistes basques pour se joindre à une manifestation contre le massacre à Gaza.

Les médias ne sont pas en reste. C'est le cas des journaux de la gauche abertzale, tels le quotidien basque Gara. Depuis le 7 octobre 2023, il ne se passe pas un jour sans qu'il parle du génocide et qu'il tente de couvrir le plus largement possible les manifestations et actes de solidarité quasi quotidiens avec les Palestiniens.

Le domaine des sports est également de la partie. Les stades de football où évoluent les clubs basques ont eux aussi servi de terrains de lutte. À Saint-Sébastien, une tribune entière est restée vide, occupée seulement par des personnes en tenues blanches maculées de sang. Les supporters de l'Athletic Bilbao ont observé une minute de silence, puis une minute d'applaudissements, en mémoire du joueur palestinien Souleiman Al-Obeid, surnommé le «Pelé de Gaza», tué le 6 aout 2025. Par ailleurs, la sélection nationale basque accueillera l'équipe de Palestine, qui a raté de peu une qualification historique pour la Coupe du monde 2026. Le match caritatif aura lieu le 15 novembre à Bilbao en hommage aux victimes de Gaza.

Le mois dernier, c'est le tour cycliste d'Espagne, la Vuelta, qui a été la cible de manifestations pro-palestiniennes massives. En cause, la participation de coureurs de l'équipe israélienne Israel-Premier Tech, perçue largement, et à raison, en Espagne et ailleurs, comme une tentative de cautionner et de "blanchir" la politique israélienne. Tout au long du parcours, il y a eu des centaines de drapeaux palestiniens, des cris, des chants de protestation. Plusieurs étapes ont été neutralisées ou raccourcies. Celle qui devait se terminer à Bilbao a été bloquée à trois kilomètres de la ligne d'arrivée, provoquant la colère du propriétaire de l'équipe israélienne, Sylvan Adams, qui a qualifié l'action de "terrorisme". Un coup d'éclat qui a fait boule de neige: le même scénario s'est reproduit en Galice, mais surtout à Madrid, où 100 000 personnes ont bloqué l'arrivée de la course dans la capitale, privant les cyclistes de ligne d'arrivée finale et de podium; plusieurs milliers de manifestants avaient fait tomber les barrières et envahi l'artère que les coureurs devaient parcourir à neuf reprises. La 80ème édition de la Vuelta s'est ainsi terminée, inachevée, sous une pluie de lacrymogènes... mais sans aucune arrestation [3]. Dans le cas des actions de solidarité avec la Palestine, les espaces de liberté sont beaucoup plus importants au Pays Basque sud et en Espagne qu'en France.

L'action se traduit aussi au niveau politique. EH Bildu, coalition de la gauche indépendantiste basque, a récemment fait approuver largement au Parlement basque une déclaration qui condamne explicitement le "génocide" perpétré par l'État d'Israël.

Mais c'est aussi et surtout en dehors des partis politiques que les initiatives sont prises et que se crée une très forte dynamique collective et populaire. Dans chaque ville moyenne ont été constitués des groupes BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions), des Collectifs Palestina (Gazteiz Palestina, Donostia Palestina, Bilbo Palestina, etc) et même des associations par quartiers dans les grandes villes. C'est là que se décident des actions, locales ou/et coordonnées avec d'autres lieux.

Au delà du Pays basque et de la Catalogne, le soutien à la cause palestinienne est profondément ancré aussi au sein de la population espagnole. A ceci aussi, des raisons historiques que nous n'évoquerons pas ici. Parmi les partis politiques, en Espagne, seul Vox s'affirme pro-israélien, comme beaucoup de partis d'extrême droite européens. Et contrairement à ce qui se passe en France et en Allemagne, l'accusation d'antisémitisme aux critiques faites à l'État d'Israël ne fonctionne pas [4]
Du côté du pouvoir et des institutions espagnoles

L'État espagnol aime se présenter comme l'un des pays les plus solidaires de la cause palestinienne, ce qui lui confère un prestige considérable, spécialement dans la Méditerranée et dans le Sud global [5]. De plus, alors que Sanchez connaît une situation politique fragile, réaffirmer des messages en faveur de la Palestine permet de remobiliser les électeurs de gauche. Mais au Congrès des députés à Madrid, la question des ventes d'armes à Israël a révélé de profondes contradictions entre des engagements du premier ministre et les faits.Depuis "l'offensive destructrice" (dixit Sanchez) d'Israël contre Gaza en octobre 2023, et alors qu'il était jusque-là un important exportateur d'armes vers Israël, le gouvernement de Sanchez s'était engagé à n'acheter aucun matériel militaire à l'État hébreu, ni à lui en vendre; il était en cela en phase avec plus de 500 organisations exigeant depuis de nombreux mois que soit imposé un embargo sur les ventes d'armes à Israël. Or la presse a révélé que les autorités avaient, depuis janvier 2024, laissé transiter par l'aéroport de Saragosse plus de soixante mille pièces (artillerie, lance-roquettes, mitrailleuses, grenades...), notamment en provenance des États-Unis, vers l'aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv. Autre révélation: un contrat avait été signé avec IMI Systems Ltd - filiale d'Elbit Systems, une société d'armement israélienne -, ce qui a provoqué un scandale politique, en particulier auprès des partis à la gauche des socialistes, qui assurent le maintien au pouvoir du PSOE [6]. Sous la pression de ces partis ainsi que des mobilisations po-palestiniennes dans tout le pays, le gouvernement avait du, le 24 avril 2025, annuler unilatéralement ce contrat qui portait sur la fourniture de munitions à la Guardia Civil pour un montant de 6,8 millions d'euros. Et c'est finalement le 8 octobre qu'un décret-loi pour un embargo immédiat sur l'envoi d'armes à Israël a été voté au Parlement (sans les voix du PP et de Vox); il interdit toutes les exportations de matériel, produits ou technologies de défense vers Israël, tout comme leur importation en Espagne. Il bloque également les demandes de transit de carburant d'aviation ayant des applications militaires potentielles et interdit la publicité des produits "provenant des colonies illégales à Gaza et en Cisjordanie ".

++++
Au Pays Basque nord, les mobilisations sont beaucoup moins massives qu'au Pays basque sud.

Malgré tout, les liens militants avec la Palestine y sont forts et anciens et il y a eu toujours eu des mobilisations à chaque offensive historique de l'État hébreu contre Gaza ou la Cisjordanie. Depuis octobre 2023, ont été organisés des rassemblements périodiques et systématiques dans des villes même petites, des manifestations, des journées de conférences, des films-débats, des distributions de tracts aux travailleurs des usines d'armement dans le département 64, des opérations de boycott d'entreprises et de produits, une marche de solidarité de Pampelune à Hendaye...Cela malgré les contrôles voire les interdictions des autorités et grâce à une organisation de comités tissée de bourgs en villes, sur les trois provinces du Pays Basque nord, avec le Béarn et avec le Pays Basque sud.
++++

Les mobilisations touchent aussi d'autres régions d'Espagne.

Des actions sont menées en Espagne et en Catalogne, souvent en lien avec celles impulsées en Italie, comme ce fut le cas avec la journée de grève générale du 22 septembre, appelée par les dockers de Gênes [7], et relayée par des petites organisation syndicales et politiques italiennes qui ont appelé à "tout bloquer". Cet appel a été renouvelé pour des grèves et rassemblements massifs le 27 septembre, et les 2 et 3 octobre.

Ces jours-là, à Gênes, à Bologne et à Barcelone, ainsi qu'à Bilbao et à Madrid, des dizaines de milliers de personnes ont cessé le travail ou manifesté pour dénoncer l'interception des bateaux de la Global Sumud Flotilla en route vers Gaza [8], et marquer leur soutien aux Palestiniens. En Catalogne, des manifestants ont bloqué plusieurs axes principaux; la police anti-émeute a chargé la foule qui s'était rassemblée devant la gare centrale, et utilisé des gaz lacrymogènes. La CGT (syndicat de tendance libertaire) a appelé à une grève dans tous les secteurs de l'éducation, des écoles primaires aux universités. Les accès de différents bâtiments de l'université autonome de Barcelone et de l'université polytechnique de Catalogne ont été barricadés. Une cinquantaine de tentes ont été installées sur le quai du port, celui par lequel passent les navires chargés d'armes pour Israël et d'où est partie la flottille Global Sumud.

La mobilisation la plus récente a eu lieu le 15 octobre dans toute l'Espagne, appelée par plusieurs syndicats et associations pro-palestiniens, avec des grèves de 24 heures, des manifestations et des interruptions partielles de travail dans les entreprises et les écoles. Alors qu'elle avait lieu quelques jours seulement après l'annonce de la première phase d'un "plan de paix" entre Israël et le Hamas, présenté par Trump, cette action a été maintenue au vu de la situation catastrophique de la Bande de Gaza et au su que le plan Trump ne résoudrait rien. Les mobilisations ont été massives pour exiger la fin des violences à Gaza, la suspension des relations commerciales et la rupture de l'accord d'association entre l'UE et Israël. Plus de 110 000 personnes ont manifesté au Pays Basque Sud et les arrêts de travail ont été très importants, autant dans le secteur privé que dans le public (enseignement, santé..). La mobilisation du personnel de CAF (Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles-constructeur ferroviaire du Pays Basque) a revêtu un caractère particulier. En effet, le comité d'entreprise dénonce depuis plusieurs mois l'implication de la société dans le projet de tramway reliant Jérusalem aux colonies. Un projet condamné par l'ONU et Amnesty International, pour lequel l'entreprise a récemment confirmé son engagement.

Une grève pour la Palestine dans plusieurs pays d'Europe?

Au vu des échos que les mobilisations de solidarité avec les Palestiniens ont d'un pays à l'autre, on peut se poser la question: les conditions sont-elles réunies pour qu'un appel soit lancé rapidement pour une journée de grèves et de mobilisations simultanées, à l'échelle des pays de l'Europe au moins? C'est à cette perspective que diverses forces politiques, syndicales et des collectifs autonomes travaillent. En Italie, des assemblées citoyennes se tiennent sur le port de Gênes pour tenter d'atteindre cet objectif. En France aussi, la FNPD-CGT réfléchit aux côtés des Italiens à une journée européenne de mobilisation pour Gaza et contre la militarisation des ports. Les appels conjoints lancés aux mobilisations de septembre et d'octobre apparaissent comme les premières pierres posées.

Pays basque, le 19/10/2025
P.-S.

Cet article était prévu pour le CA 354, faute de place dans le mensuel papier, nous le publions sur le site.


Notes
[1] Breve historia de ETA («Brève histoire de l'ETA», Txalaparta, 2017), d'Iñaki Egaña, historien.
[2] DAM signifie "éternel" en arabe, il est le premier groupe de hip-hop palestinien et l'un des premiers à rapper en arabe.
[3] Le premier ministre socialiste Sanchez a exprimé son "admiration" pour les manifestations pro-palestiniennes, et suggéré d'exclure Israël des compétitions sportives "tant que la barbarie continuerait à Gaza".
[4] Selon un sondage conduit par l'institut royal Elcano publié en juillet 2025, 82% des Espagnols interrogés estiment qu'Israël commet un génocide contre le peuple palestinien à Gaza et 78% soutiennent une reconnaissance officielle de l'État de Palestine par les États européens.
[5] L'Espagne, l'Irlande et la Norvège ont conjointement officiellement reconnu l'État de Palestine le 22 mai 2024.
[6] Il s'agit de Podemos et de Sumar, soit le regroupement d'Izquierda Unida, du Parti communiste d'Espagne et des formations indépendantistes, basques et catalanes.
[7] du CALP [Collettivo Autonomo dei Lavoratoti Portuali - Gênes
[8] Cette flottille transportait des délégués de plus de 40 pays vers Gaza pour tenter de briser, pour la troisième fois (mais sans succès), le siège israélien.

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4546
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center