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(fr) CNT-AIT - [Tunisie] Gabès veut vivre!
Date
Tue, 28 Oct 2025 18:26:35 +0000
Dans le sud de la Tunisie, la région de Gabès redevient une fois de plus
le coeur de la révolte. Car depuis des décennies, cette terre est
sacrifiée au profit d'un complexe industriel qui pollution au point
d'empoisonner l'air, la mer et donc de causer des intoxications aux
habitants, au nom du soi-disant «développement». Le cancer est devenu un
mot quotidien, la mer est devenue une décharge, et la vie elle-même une
négociation avec la mort. ---- Une nouvelle vague de protestations
éclate autour d'une seule exigence: le droit de vivre, et en lien avec
lui, la fermeture immédiate de ce complexe chimique en question. Cette
revendication n'est pas nouvelle, si ce n'est que cette fois, elle porte
une conscience plus profonde: il ne peut y avoir ni réforme ni compromis
là où la vie est niée.
Le mouvement refuse toute représentation. Il n'attend ni l'État, ni les
partis, ni les syndicats. Il s'organise de manière autogérée et
horizontale, par et depuis la base. Après des décennies de mensonges et
de répression, il porte la vérité de ceux qui n'ont plus rien à perdre
si ce n'est que de perdre leur air empoisonné.
Comme toujours, l'État se révèle clairement dans sa nature:
l'organisation et le gardien du pouvoir et des intérêts des maîtres
actuels, et puis, comme la police en est un instrument essentiel, il ne
répond ni par le dialogue ni par la justice, mais par la surveillance,
la répression et l'intimidation. La machine du pouvoir réactive son
arsenal habituel et ses tentacules: accusations récurrentes de trahison,
manipulations des forces politiques et tentatives incessantes de diviser
et de discréditer les manifestants, etc..... Pourtant, le message des
habitants est clair et reste d'une simplicité désarmante: vivre n'est
pas un crime.
Ce qui se joue à Gabès dépasse le simple combat environnemental. C'est
une confrontation entre la vie + le droit de vivre et un système
mortifère. C'est en vérité un combat entre la logique du profit et le
droit à la dignité de l'existence. Entre le silence imposé d'en haut et
le cri d'en bas qui le brise.
Gabès revendique le droit de vivre, tout simplement - et, ce faisant,
dévoile le vrai visage de l'État et du pouvoir
++++
Les manifestations à Gabès ont toujours commencé pacifiquement. Les gens
sont venus exprimer leur colère face à la pollution de l'environnement,
à la détérioration de la santé et à la négligence continue de l'État,
demandant la fermeture des unités industrielles contaminées du complexe
chimique tunisien, la garantie d'un environnement sain, les soins
médicaux urgents et de véritables opportunités de développement Ces
manifestations étaient claires et simples, reflétant le désir des
habitants d'une vie digne et d'une stabilité sociale, loin du chaos ou
de la violence.
Mais l'État a transformé cette échelle en affrontements et violence. Dès
le premier moment, les autorités ont eu recours à l'incitation, aux
arrestations et à la force excessive, y compris des gaz lacrymogènes
pour disperser les manifest La violence qui en résulte n'est pas le
désir des masses, mais la conséquence directe de la répression de l'État
lui-même et de la protection des intérêts minoritaires de la population
au pouvoir. Le chaos dont les masses sont accusées n'est pas normal,
mais le reflet direct des actions répressives de l'État.
Les vraies racines du conflit vont au-delà du moment présent. Le
gouvernement tunisien a promis par le passé, notamment entre 2017 et
2021, de fermer progressivement le complexe chimique en raison de la
dangereuse pollution environnementale qu'il provoque, que ce soit à
Gabes ou à Sfax. Mais ces promesses n'ont pas été tenues, le
gouvernement les a soutenues à maintes reprises. Parfois, la production
industrielle du composé a augmenté dans le cadre des politiques
nationales de stimulation des recettes au milieu d'une crise économique
étouffante, le phosphogype a également été retiré de la liste des
déchets dangereux, en citant qu'il n'était pas une menace pour la santé
publique, malgré les avertissements de la société civile et des experts
de l'environnement concernant matières radioactives et métaux lourds
qu'il contient.
L'interprétation de ce déclin ne peut être comprise isolément des
pressions politiques et économiques internationales:
* La Tunisie est confrontée à des déficits financiers élevés et le
complexe chimique est une importante source de revenus.
* Les projets d'énergie renouvelable, comme l'hydrogène vert et les
accords avec l'Europe, nécessitent d'énormes investissements et la
poursuite de certaines infrastructures industrielles traditionnelles.
* L'élite économique contrôle les intérêts du complexe, tandis que les
régions méridionales comme Gabès sont soumises à la pollution et à la
négligence.
Par cela, cela montre que l'État n'est pas seulement une entité neutre
en quête de paix sociale, mais un mécanisme de protection des intérêts
de la minorité au pouvoir, même au détriment de la vie et de la santé de
la population. Toute tentative d'imposer le «régime» aux gens est une
tentative d'avorter leur volonté et d'imposer le contrôle de cette
minorité sur leur vie.
La véritable stabilité et la paix sociale ne viennent pas de l'État,
mais de la masse elle-même, à travers l'autorégulation et les
initiatives populaires. Les gens peuvent créer des systèmes temporaires
qui répondent à leurs besoins fondamentaux, protègent l'environnement et
affaiblir le pouvoir de l'État sur leur Toute interprétation du chaos
comme la faute des manifestants est une fausse réalité: le fait que
l'État est le parti qui a initié la violence, et que les masses ne
cherchent que la paix et la justice sociale.
La question de Gabès n'est pas un cas individuel, mais un modèle de la
façon dont l'État traite les zones marginalisées: fausses promesses,
inverser les décisions environnementales, sacrifier la santé publique au
profit des intérêts économiques et des engagements internationaux,
transformer les manifestations pacifiques en affrontements violents.
C'est ce qui rend nécessaire que les masses soient le véritable garant
de la paix et de la stabilité, par leur capacité à s'autoréguler, et non
l'État qui protège une minorité au détriment de la majorité.
Déclaration des syndicats du 12 Octobre 2025
L'Union générale du pétrole et de la chimie (UGPC) a publié un
communiqué affirmant suivre de près la situation environnementale et
sociale dans la région de Gabès, soulignant que le Complexe chimique
tunisien représente un atout national et stratégique contribuant à la
sécurité alimentaire et à la création de milliers d'emplois. Le
communiqué explique que la région mérite un développement équitable et
durable qui rétablisse l'équilibre entre environnement, travail et
production, garantissant ainsi un avenir meilleur à ses habitants et à
ses travailleurs. Dans ce contexte, l'UGPC a réitéré sa pleine
disponibilité à coopérer et à engager un dialogue constructif avec
toutes les parties prenantes nationales pour développer le Complexe
chimique tunisien et en faire un modèle de production responsable et de
développement durable.
Cet article est tiré du numéro 5 du bulletin Al Amal / Espoir
https://cnt-ait.info/2025/10/25/gabes-veut-vivre/
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