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(fr) Courant Alternative #353 (OCL) - «Le voile est un prétexte, on veut le pain et on veut la chute du régime»
Date
Sun, 12 Oct 2025 14:31:51 +0100
Nous avons rencontré Assareh Assa, camarade iranienne exilée en France,
pour un entretien qui revient sur le soulèvement iranien de 2022, après
l'assassinat de Mahsa Jina Amini. Nous abordons ici le succès de ce
mouvement d'un point de vue de la liberté des femmes, ses impasses sur
les questions sociales, sa répression et le nationalisme en Iran. Dans
une suite de cet entretien, Assareh nous parlera de la guerre
Israël-Iran, de la situation des classes laborieuses en Iran, et de la
nature «fasciste» du régime. ---- Peux-tu revenir sur le soulèvement
«Femme, vie, liberté», avec le recul que l'on a maintenant? ---- Nous
avons récemment célébré le troisième anniversaire de l'assassinat de
Jina Amini, une jeune Kurde arrêtée à Téhéran par la police des moeurs
parce qu'elle n'était pas correctement habillée, selon le régime. Elle a
reçu un coup à la tête lors de son arrestation, ce qui lui a couté la
vie quelques jours plus tard, le 16 septembre 2022. Lors de ses
funérailles, les habitants de Saqqez, sa ville natale, se sont réunis
sur sa tombe et ont écrit cette phrase: «Jina, tu ne mourras pas, ton
nom est notre mot de passe.» Je voudrais m'arrêter sur cette phrase qui
s'est avérée juste. Le nom de Jina est rapidement devenu un fil qui a
relié tous ceux qui souhaitaient renverser le régime actuel en Iran. Des
manifestations d'une grande ampleur ont traversé tout le pays; nous
avons vu des scènes magnifiques de solidarité, de courage et de rage
dans tous les coins du pays. Cependant, je tiens à ajouter que le nom de
Jina a également donné lieu à l'apparition d'une division antagoniste
profonde au sein de la société iranienne. Jina est en effet le nom non
officiel de la jeune fille, victime de la misogynie structurelle de
l'État iranien, mais c'est un nom kurde. C'est pourquoi il est important
de savoir comment on désigne cette phase du mouvement en Iran:
«soulèvement de Jina» ou «soulèvement de Mahsa»? Cette appellation n'est
pas neutre et révèle avant tout l'appartenance politique. Les courants
réactionnaires ont préféré «Mahsa»; dans ce simple «choix de mot», il y
a pourtant une vérité qui, avec la répression de l'État, est une des
raisons de l'échec de ce soulèvement.
En évoquant l'échec de ce soulèvement, tu veux dire qu'il n'a rien obtenu?
Non, le soulèvement «Femme, vie, liberté» a changé le visage des villes,
surtout des grandes villes d'Iran. En ce qui concerne l'apparence des
femmes dans la société, il y a indéniablement un avant et un après ce
soulèvement; aujourd'hui, les femmes peuvent relativement s'habiller
«librement», malgré l'État.
C'est comparable à avant 79?
En effet, sous le régime du Shah, le port du voile n'était pas
obligatoire. Pour autant, il est faux de croire que toutes les femmes
jouissaient d'une liberté individuelle à l'époque du Shah. Avant la
révolution, les femmes des classes supérieures, qu'il s'agisse de la
petite bourgeoisie ou de la bourgeoisie, sortaient sans voile,
contrairement aux ouvrières et aux sous-prolétaires. Il n'y avait certes
pas de police des moeurs, mais dans les petites villes et les villages,
les rapports traditionnels étaient beaucoup plus ancrés. Ce sont les
membres masculins, mais aussi féminins de la famille, qui empêchaient
une fille de s'habiller comme elle le souhaitait, même à l'intérieur de
la maison. J'aimerais également ajouter que le père du Shah, considéré
par certains comme le «père de l'Iran moderne», a justement violenté les
femmes pour qu'elles n'apparaissent pas avec le voile dans la société.
La République islamique brutalise les femmes dans le sens inverse.
En tout cas, après le soulèvement de Jina, le régime a déployé beaucoup
d'efforts pour empêcher les femmes de sortir sans voile. Il a notamment
tué une jeune fille à Téhéran pour avoir refusé de porter le voile. Il a
également approuvé une loi restreignant de manière spectaculaire les
droits des femmes, mais il n'a pas pu l'appliquer jusqu'à présent, car
ses efforts n'ont pas suffi face à la résistance et à la détermination
des femmes. Mais il faut insister: il s'agit d'une liberté relative. Les
femmes des classes favorisées jouissent beaucoup plus de cette liberté
individuelle. Parfois, nous voyons sur les réseaux sociaux des scènes
qu'il est difficile de croire qu'elles se produisent en Iran. Mais notre
étonnement s'atténue lorsque l'on comprend qu'il s'agit d'une fête de la
jeunesse des classes aisées. La classe ouvrière observe de loin le
plaisir de cette liberté individuelle. Il faut surtout ajouter à cela
que la vie d'une femme coute encore deux fois moins cher que celle d'un
homme, que l'avortement est interdit et que, en poursuivant sa politique
nataliste, le régime rend de plus en plus difficile l'accès des femmes
aux moyens de contraception. Certes, le régime a reculé devant le désir
des femmes de vouloir apparaître «librement» dans la société, mais cette
liberté individuelle est accompagnée d'une amertume. Si l'on se rappelle
que les gens criaient très tôt dans les rues que «le voile est un
prétexte, nous voulons la chute du régime», cette amertume prend tout
son sens. Si l'on considère la question du voile, celle des femmes,
celle de la liberté politique et celle du pain comme les quatre piliers
du soulèvement de Jina, alors seule la liberté individuelle, dans une
échelle restreinte, a été acquise. Dans ce sens, si l'on ne perd pas de
vue qu'il s'agissait d'un soulèvement radical visant l'ensemble de
l'État théocratique, il me semble qu'il n'est pas injuste de dire que le
soulèvement a échoué. Ce qui est important, c'est de comprendre les
raisons de cet échec.
Tu as évoqué la répression du régime, mais aussi la question de
l'appellation du soulèvement.
Oui. Sans aucun doute, la répression sanglante et sans merci subie par
le soulèvement constitue une raison importante de son échec: des
milliers de manifestants ont été blessés et tués, des milliers d'autres
arrêtés et torturés; des centaines ont été condamnées à mort, dont dix
ont été exécutées, la dernière il y a quelques semaines, à l'approche de
l'anniversaire de ce mouvement. Ce qui est très important à noter, c'est
que ces personnes sont issues de la classe ouvrière. Soit elles sont
ouvrières, soit elles ont de la famille ouvrière. Autrement dit, le
régime peut se permettre de tuer les opposants qui n'ont pas le soutien
de la petite bourgeoisie ou de la bourgeoisie, et qui n'ont pas de voix
dans la société.
La répression ne s'arrête pas aux militants directement liés à ce
mouvement, mais s'étend de plus en plus à toutes sortes d'opposants.
Pour n'en citer qu'un exemple, le régime a condamné une ouvrière
militante, Charifeh Mohammadi, à la peine de mort. Ceci est, il faut le
dire, quasi inédit. Le régime avait déjà exécuté des milliers de femmes
communistes et de moudjahidines pendant la décennie noire, ainsi que
quelques femmes peshmergas kurdes. (Aujourd'hui, deux femmes kurdes ont
été condamnées à mort et une autre à la perpétuité). Mais le fait qu'il
s'acharne sur une simple ouvrière pour ses activités au sein du
mouvement ouvrier montre qu'il entend donner une bonne leçon à cette
classe dangereuse. À cela, il faut aussi ajouter que, dans le but de
faire régner la peur sur la société, le régime a accéléré les exécutions
de prisonniers non politiques durant ces trois dernières années. On
compte plus de 3 000 individus exécutés, soit trois par jour. C'est
pourquoi, en réaction à cet aspect de la répression, un mouvement de
résistance s'est formé à l'intérieur des prisons iraniennes. Des
centaines de milliers de prisonnières et de prisonniers font grève de la
faim tous les mardis pour sensibiliser le reste de la population aux
exécutions sans frein. Mais, à ma connaissance, cette résistance n'a pas
encore trouvé d'écho dans l'ensemble de la société iranienne. En un mot,
l'intensité de la répression policière a fortement affaibli le mouvement
dans son ensemble. Cependant, je pense qu'il serait erroné de considérer
la répression comme la seule raison de l'échec de cette phase du
mouvement. Je vais même plus loin en disant que ce qui a rassuré le
régime de l'efficacité de ces répressions constitue la raison
fondamentale pour laquelle le soulèvement de Jina a fait autant de
victimes sans parvenir à son objectif, à savoir le renversement du régime.
J'essaye de m'expliquer par l'aspect symbolique du prénom de Jina. Ce
nom symbolise une forte appartenance identitaire à une région d'Iran, le
Kurdistan, qui est, depuis la naissance de la République islamique, un
enjeu du nationalisme iranien. En effet, en optant pour «Mahsa» plutôt
que «Jina», les éléments les plus nationalistes ont immédiatement montré
leur intolérance envers le mouvement du peuple kurde. Qu'on approuve ou
désapprouve le but de ce mouvement, à savoir l'établissement d'un
État-nation kurde, c'est une question à part, mais on ne peut et ne doit
en aucun cas l'ignorer, comme le font même certains éléments de la
gauche iranienne. Le refus d'utiliser le nom de Jina symbolise avant
tout l'envie des nationalistes iraniens de nier l'existence d'un tel
mouvement au Kurdistan. Le régime a appuyé sur ce nationalisme, ou
plutôt sur la tendance pan-iraniste, pour freiner le mouvement et
écarter le danger de sa chute. Ce qui a freiné le radicalisme de ce
mouvement, c'est sans doute la crainte des nationalistes iraniens de ce
qu'ils appellent les «séparatistes» kurdes, arabes, baloutches et
autres. Par exemple, lorsque des prisonniers kurdes, arrêtés pour leurs
activités politiques, ont été exécutés au cours même du mouvement
«Femme, vie, liberté», peu de gens au centre du pays s'en sont
inquiétés. Je voudrais simplement mettre en lumière une maladie
incurable au sein de la société iranienne. Pour diverses raisons, une
bonne partie des Iraniens éprouve un fort sentiment nationaliste qui a
toujours aidé la République islamique dans ses moments les plus
difficiles; le dernier exemple en date est l'attaque d'Israël contre l'Iran.
J'aimerais que tu reviennes sur ce dernier point, mais avant, peux-tu
développer un peu plus? En quoi le nationalisme a-t-il contribué à
l'échec du soulèvement?
En effet, si une solidarité inattendue et surprenante entre les diverses
ethnies a été observée au début du mouvement, celui-ci s'est divisé sur
la question de l'intégrité territoriale. Cette division s'est
cristallisée lorsque le fils du Shah, profitant de la situation, s'est
proclamé le candidat le plus apte à gouverner le pays après la chute du
régime. Lui et son entourage ont lancé une campagne intitulée «Je
délègue au prince», sous-entendant que le peuple délègue son vote au
prince. Bien que cette campagne ait été un scandale politique pour le
camp royaliste et n'ait débouché sur rien, elle a été assez néfaste pour
briser la solidarité enthousiaste entre les ethnies et orienter la lutte
politique des éléments les plus radicaux contre le courant royaliste.
Cela n'a évidemment été que bénéfique pour le régime, qui en a profité
pleinement. C'est pourquoi, selon moi, il existe des hypothèses assez
solides selon lesquelles le régime lui-même a renforcé le courant
royaliste. Il est fort intrigant de constater que ceux qui entourent
actuellement le fils du Shah, alors très isolé et même inexistant sur la
scène politique iranienne il y a quelques années, sont d'anciens
réformateurs du régime qui collaboraient étroitement avec les dirigeants
de la République islamique! Le fils du Shah a maintes fois déclaré qu'il
comptait conserver la force de répression actuelle, les éléments
militaires, les gardiens de la révolution, etc., une fois arrivé au trône.
Symboles du Shah et de la République islamique à la poubelle
La République islamique d'Iran veut toujours une opposition corrompue.
Il y a quelques décennies, ce sont les Moudjahidin qui remplissaient ce
rôle. Aujourd'hui, il préfère que l'opposition se cristallise autour des
fils du Shah, non seulement parce que c'est beaucoup plus facile de
repérer et de réprimer les opposants, mais aussi parce qu'il sait qu'il
y a un profond dissensus entre les royalistes et les éléments plus à
gauche de la société, ou tout simplement ceux qui n'ont pas oublié la
corruption du régime royal. Mais il sait également que tant qu'il peut
s'appuyer sur le nationalisme iranien, il peut retarder sa chute. C'est
la raison pour laquelle il me semble que les forces royalistes sont ses
meilleurs alliés.
Peut-on donc considérer le nationalisme prôné par le courant royaliste
comme l'une des raisons de l'échec du soulèvement de Jina?
Je dirais oui et non. Si le nationalisme a joué un rôle désastreux ces
dernières années, il ne faut pas pour autant croire qu'il a été
introduit dans le mouvement par les royalistes. Il faut abandonner
l'approche dualiste selon laquelle une idée «pénètre» une «masse» et,
lorsqu'elle «s'empare» de cette dernière, celle-ci devient active.
Autrement dit, les idées ne sont pas fabriquées par une poignée
d'intellectuels ou de politiciens, puis imposées aux masses.
Malheureusement, beaucoup de gens pensent que c'est à cause des
royalistes que le soulèvement de Jina a été réprimé dans le sang.
Certes, il y a une part de vérité dans cette affirmation, mais une
vérité superficielle: le rôle des forces royalistes a certainement
conduit à l'échec du soulèvement. Pourtant, les royalistes ne pourraient
pas jouer un tel rôle si leur point de vue n'était pas déjà présent dans
la société, s'ils n'y avaient pas déjà une base populaire, ou si les
conditions n'étaient pas réunies pour qu'ils aient une telle
possibilité. Certains camarades refusent encore d'admettre cette vérité.
Il existe en effet une base solide dans la société qui permet à cette
force réactionnaire d'exister et d'agir. Il me semble qu'on peut
expliquer schématiquement cette base par trois points: le politique et
l'idéologique, l'économique.
Ces dernières années, le royalisme a été promu politiquement par une
campagne médiatique pro-israélienne qui avançait l'idée que l'Iran
vivait son âge d'or sous le régime du Shah et que le pays se modernisait
à toute vitesse sous la direction de la dynastie Pahlavi. Grâce à cette
campagne, les royalistes ont pu se présenter comme un élément
progressiste, grâce à la République islamique. Ceci peut paraître
paradoxal, et pourtant c'est vrai! En effet, en éliminant férocement les
éléments les plus radicaux de la société, à savoir les communistes, la
République islamique a pu se considérer comme le seul narrateur de
l'histoire de la révolution; en éliminant une partie des acteurs de la
révolution de 1979, elle a pu censurer l'histoire de la révolution
contre le Shah et la raconter selon ses propres intérêts. Selon ce
récit, ce ne sont pas la misère de la classe ouvrière, l'entassement des
sous-prolétaires dans les bidonvilles en marge de Téhéran, la lutte des
classes ou l'absence de liberté politique qui ont poussé les Iraniens à
s'insurger contre le régime dictatorial du Shah, mais l'envie de faire
face au monde occidental et d'instaurer un ordre religieux dans la
société. Les jeunes générations, qui n'ont connu que ce récit tout en
vivant la misère engendrée par un régime théocratique, se demandent
alors: ne s'agissait-il pas plutôt d'une pure folie? Cette interrogation
a été reprise par les royalistes qui en ont fait leur propre mythe: à
l'époque du Shah, tout allait pour le mieux, tout était harmonieux et
fonctionnel; c'est la folie d'un peuple bien nourri qui a tout gâché!
C'est pourquoi j'insiste sur le fait que c'est même la République
islamique qui a donné une seconde chance au royalisme. Grâce à son récit
falsifié de la révolution de 1979, il a rendu possible la revendication
du trône par le fils du Shah, du moins aux yeux d'une partie de la
société. Certains sont pourtant mieux informés et ne négligent pas la
corruption de la cour et la misère des classes démunies, mais ils
commettent l'erreur courante de la logique formelle et jugent ainsi:
l'époque du Shah, bien qu'elle fut sombre, était meilleure que l'époque
du régime des ayatollahs. Comme s'il s'agissait de deux phénomènes
distincts, sans lien ni continuité.
Sur le plan économique, les Iraniens, surtout la classe moyenne qui ne
cesse de se réduire, trouvent une issue à leur situation déplorable, en
grande partie causée par la stratégie géopolitique du régime, dans le
fait de renouer des relations économiques avec l'Occident, ou, pour le
dire simplement, dans le fait de devenir un pays «normal». Mais par
«pays normal», on entend un pays où le capitalisme fonctionne
«normalement». Il n'est pas question ici de rappeler que le capitalisme
n'a jamais été «normal» dans son développement. En tout cas, ce rêve
d'une économie capitaliste «normale» est vendu par les libéraux. Les
experts proches du courant royaliste séparent une partie de l'histoire
du capitalisme en Iran, la modernisation, et l'associent à la dynastie
des Pahlavi, comme si c'était grâce à la bienveillance et au patriotisme
du Shah et de son père que l'Iran avait connu un développement
économique important. Il est bien évidemment beaucoup plus compliqué
d'expliquer la modernisation de l'Iran en fonction des rapports mondiaux
du capital dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale que de
l'expliquer par la chance que les Iraniens ont eue d'avoir un roi
bienveillant! La question suivante s'impose alors automatiquement:
est-il possible de mettre en oeuvre les mêmes politiques économiques et
de réaliser les mêmes projets qu'il y a plus de 50 ans? Une partie de la
société, en se référant à la vie des classes aisées sous le régime du
Shah, pense que la catastrophe économique qu'ils vivent actuellement
prendra fin si le fils du Shah arrive au pouvoir.
Femme baloutche écrivant le slogan "Femme vie liberté"
Idéologiquement, les valeurs incarnées par le royalisme, comme le
racisme ou les rapports archaïques entre hommes et femmes, sont encore
bien présentes chez une partie de la population iranienne. Il n'est donc
pas étonnant que le royalisme, après une longue période d'hibernation,
se réveille et exige le pouvoir.
Ce ne sont pas les royalistes ou les éléments réactionnaires en général
qui manipulent le mouvement; le fait qu'ils aient une marge de manoeuvre
assez importante sur la scène politique démontre avant tout qu'il y a
une demande d'une partie de la société. Pour ma part, je pense qu'il est
très dangereux pour ceux et celles qui militent, de près ou de loin,
contre la République islamique, d'ignorer les éléments de la population
qui favorisent l'existence d'un courant politique réactionnaire tel que
le royalisme.
Penses-tu que le royalisme est de retour en Iran?
Pas vraiment. En effet, la société iranienne est hétérogène: non
seulement il existe des revendications nationales chez diverses ethnies
qui s'opposent au nationalisme iranien, mais on ignore également quelle
est la répartition du royalisme dans les différentes classes sociales,
ce qui rend difficile d'évaluer sa puissance. D'après mes observations,
je peux seulement dire que l'idée d'avoir un roi ne dérange pas une
partie de la population iranienne. Si j'insiste sur ce point, ce n'est
pas pour donner plus de poids aux éléments favorables au royalisme, qui
sont peu nombreux dans la société, mais simplement pour souligner leur
existence. Cela permet de mettre en lumière ce qui bloque la révolution:
le nationalisme. Cela permet également de montrer que les royalistes et
les partisans de la République islamique s'allient pour empêcher tout
processus révolutionnaire.
En outre, je m'abstiens en effet de faire des prédictions. Ce qui est
clair, c'est que la situation politique du régime est très instable:
beaucoup attendent la deuxième phase de l'attaque d'Israël, tandis que
la banqueroute économique du régime laisse présager un prochain
soulèvement populaire. Les royalistes comptent sur Israël pour porter le
coup fatal à la République islamique, tout en souhaitant un soulèvement
populaire en leur faveur. Pourtant, leur appel à descendre dans la rue
lorsque l'armée israélienne bombardait les villes iraniennes est resté
absolument sans suite.
De plus, je pense que la situation géopolitique de l'Iran est assez
importante pour que les puissances mondiales ne restent pas
indifférentes à son sort et à la forme et à la structure politiques
qu'il prendra après la chute éventuelle du régime actuel. En vérité, les
forces royalistes veulent faire croire que le royalisme est une
alternative déjà existante, mais jusqu'à présent, le fils du Shah n'a
pas été pris au sérieux par les dirigeants des pays occidentaux. Son
meilleur allié pour le moment est Israël. Récemment, le fils du Shah
s'est rendu en Israël pour préparer l'après-chute du régime. Cette
initiative a suscité de nombreuses critiques, même au sein du camp
royaliste, qui contestent, au nom de leur nationalisme, l'idée
d'entretenir des relations avec un pays étranger ayant offensé leur
propre pays.
Propos recueillis par zyg, septembre 2025
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4521
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