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(fr) OCL CA #352 - Insubordinations salariales

Date Sat, 9 Aug 2025 13:03:13 +0300


Grèves chez Ford en Allemagne
Argentine : grèves à l’hôpital, mobilisations ouvrière en Terre de Feu
Grèves en Iran
Nouvel appel à la grève chez LIDL
Grèves dans les entreprises de l’Union des maisons de Champagne
Arcelor Mittal de Haumont : colère et grève pour les salaires
Grève et blocage chez Lubrizol Rouen et Le Havre
2,5 mois de grève chez Maintenance Industrie
Grève contre les licenciements chez Saverglass
Lutte contre 155 licenciements à Domo Belle-Étoile
Grèves chez Ford en Allemagne
Le 6 mai 2025, les travailleurs des usines Ford votent pour la grève. Le 8 mai, le comité d’entreprise confirme la grève. Le 14 mai, début de la grève dans les usines Ford de Cologne. Début juin, les travailleurs des deux usines de Cologne se mettent en grève générale. Le conflit porte sur une nouvelle vague de licenciements, que le syndicat refuse. L’usine Ford de Cologne est l’un des plus gros sites européens du constructeur. Elle emploie aujourd’hui 11500 personnes, ce qui est énorme, mais ils étaient encore 20000 en 2018 à travailler là-bas. Ford négocie encore une nouvelle vague de suppressions d’emplois, et c’est ce que le syndicat IG Metall refuse, réclamant plutôt que le constructeur trouve une autre façon de faire des économies. Selon certaines sources, la branche allemande de Ford cumule quelques 9 milliards d’euros de dettes. Ford a lancé sa branche européenne à fond vers l’électrification, sans aucun plan de secours. À Cologne, jusqu’en juillet 2023, on produisait la Fiesta, le best-seller de la marque. Aujourd’hui, on n’y produit plus que les modèles électriques Explorer et Capri, qui ont trouvé respectivement 8500 et 2500 preneurs au premier trimestre 2025. La production de la Focus cessera en novembre prochain, ce qui mettra sur le carreau 3500 des 4500 ouvriers de l’usine de Saarlouis, qui se contentera de tourner pour soutenir d’autres usines du groupe, jusqu’à sa fermeture programmée en 2032.

Argentine : le personnel hospitalier proteste contre les salaires et les conditions de travail
Le personnel médical et administratif de l’hôpital Garrahan, un centre pédiatrique de premier plan à Buenos Aires, a organisé une manifestation pour demander des augmentations de salaire urgentes au gouvernement. La manifestation fait suite à une agitation croissante dans le secteur de la santé publique du pays, avec un procureur fédéral qui enquête maintenant sur le ministre de la Santé pour une gestion arbitraire présumée de l’institution spécialisée dans le cancer. Alors que les médecins résidents se sont vus promettre une augmentation de salaire de 580 € à 950 €, l’augmentation proposée exclut plus de 90 % du personnel permanent. Les dirigeants syndicaux avertissent que l’augmentation partielle pourrait approfondir les tensions et entraîner de nouvelles grèves. Près de 200 employés ont déjà démissionné, invoquant des conditions de travail qui se détériorent et des salaires insuffisants pour couvrir les coûts de base dans le cadre du programme d’austérité drastique de Milei.

Mobilisation ouvrière en Terre de Feu
Du 14 au 23 mai, l’industrie métallurgique installée sur la Terre de Feu, en Argentine, a été paralysée par une grève. Suivie par près de 10000 travailleurs, elle a été déclenchée par l’Union ouvrière métallurgique (UOM), syndicat unique, membre de la CGT péroniste. La grève fait suite à l’annonce d’une réduction importante des taxes à l’importation sur un certain nombre de produits électroniques. Ces taxes protégeaient jusque-là toute une industrie de la Terre de Feu, laquelle pourrait donc supprimer des milliers d’emplois. La direction du syndicat, après un vote des délégués, informait qu’un accord avait été signé avec les patrons qui se seraient engagés à ne pas licencier avant décembre et à payer les jours de grève, en échange de l’arrêt immédiat du mouvement. La signature a été contestée, des grévistes exigeant que les assemblées se tiennent dans la rue, en présence de la presse. Si le travail a repris, rien n’est sans doute réglé sur le fond.

Grèves en Iran
En Iran, quelques 400000 camions assurent l’essentiel du transport des marchandises. La majorité des chauffeurs possèdent un unique véhicule, tandis que les plus précaires le louent au prix fort ou font équipe avec un indépendant. Depuis le 19 mai, des dizaines de milliers de camionneurs iraniens sont en grève contre l’augmentation du prix des carburants et des assurances. La grève touche près de 140 villes, paralyse les transports et commence à s’étendre à d’autres catégories. La grève a démarré à Bandar Abbas, une ville côtière près du détroit d’Ormuz, après qu’une explosion sur le port voisin a détruit des camions et tué plusieurs chauffeurs. La grève s’est étendue, y compris aux chauffeurs de taxi ou de petits pick-up.
De leur côté, les boulangers sont mobilisés depuis le 17 mai contre la hausse des prix de l’énergie et des assurances, contre les dysfonctionnements du logiciel qui gère la distribution subventionnée du pain et de la farine et contre les coupures intempestives d’électricité qui gâchent régulièrement leur production.

Nouvel appel à la grève chez LIDL
Début février, la CFDT, la CGT, la CFTC, FO, ainsi que la CFE-CGC avaient appelé à la grève pour des motifs semblables et pour demander une augmentation des salaires. Assez peu suivie par les 46000 salariés du groupe, elle avait été suspendue au bout de quatre jours. L’intersyndicale du distributeur LIDL (CFDT, CGT, CFTC, FO) appelle « tous les salariés » à faire grève quatre jours par semaine (du jeudi au dimanche) pour demander des « conditions de travail décentes ». Dans un tract, les syndicats dénoncent une « augmentation exponentielle de la charge de travail » qui « ruine [leur] santé » et « contre l’obligation du travail le dimanche et les jours fériés ». Ils refusent la course à la performance mise en place par l’enseigne. Ces organisations syndicales dénoncent aussi « une baisse massive des effectifs » et une « direction sourde aux souffrances des salariés ». L’Unsa, premier syndicat du groupe, n’est pas signataire de ce tract appelant à une grève perlée.
Si la grève a du mal à prendre en France, l’enseigne indique qu’un blocage de cinq centres de distribution est mené en Belgique par des membres militants du syndicat ACVPuls/CNE. Parmi les revendications des syndicats se trouvent, entre autres, un manque structurel de personnel, une obligation de réaménager les rayons des magasins toutes les semaines sans personnel suffisant, ou encore des heures supplémentaires prestées en dehors des horaires autorisés par la législation.

Grèves dans les entreprises de l'Union des maisons de Champagne
L’Union des maisons de Champagne (UMC) regroupe les grandes marques de distribution du vin de champagne. Les salariés de ces marques bénéficient d’une convention collective à part qui en font une aristocratie ouvrière. Des mouvements de grève ont débuté dès janvier lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires. L’UMC proposait une augmentation de 1,01% (1,6% à 1,7%) alors que les syndicats revendiquent une hausse de 3,13% des revenus (« Nous sommes prêts à signer à 1,8% »). « La participation a chuté de 40%, l’intéressement de 7% et la prime de partage de la valeur (PPV ex-prime Macron) de 50%. Certains salariés ont perdu 8000 euros de rémunération sur une année, ce n’est pas acceptable ! ». De nombreux mouvements de grèves vont avoir lieu contre une smicardisation des salaires et une mauvaise répartition des richesses soit collectivement les jours de négociations, soit entreprise par entreprise.
Depuis début mai, c’est l’annonce de la suppression de 1200 emplois (10% des effectifs) chez Moët Hennessy Champagne Services (MHCS) qui mobilise. Cette réduction de la masse salariale, sans licenciements secs en France, inquiète. Une centaine de postes seraient concernés dans la Marne. MHCS, c’est en France les champagnes Moët & Chandon, Mercier, Ruinart, Veuve Clicquot, Krug, Dom Pérignon, Armand de Brignac (50% des parts, l’autre partie restant la propriété du rappeur Jay-Z), le cognac Hennessy, Clos des Lambrays en Bourgogne (acquise en 2014), Château Cheval Blanc à Saint Emilion, Château d’Yquem à Sauternes. L’entité champagne de LVMH pèse environ 2 500 salariés, près de 250 millions d’euros de salaires, 250 millions d’euros d’impôts, près de 700 millions d’euros d’achats (raisins ou matières sèches) et 100 millions d’euros d’investissements par an. En 2024, LVMH, c’est 84 milliards de chiffre d’affaires et 20 milliards de bénéfice. Pour faire pression sur la direction et obtenir des réponses, quelques centaines de salariés de Moët & Chandon ont manifesté dans la cour de la prestigieuse maison sur l’avenue de champagne à Épernay le 3 juin 2025. Parmi les manifestants, on retrouve des CDD. « On est venues voir pour s’informer », expliquent deux femmes qui travaillent en contrat court en production chez Moët. Elles craignent de voir leurs contrats non reconduits. « Déjà, on a pu constater une baisse de l’activité, note l’une. Et puis nos contrats ont changé. On est passé de six mois à seulement deux. »
Pernod Ricard qui possède 2 maisons de champagne (Mumm et Perrier-Jouët) réfléchirait à se séparer de sa marque de champagne G.H Mumm. Pour l’instant, des débrayages ont lieu sur les salaires (« de 15 minutes le matin et le soir » chez Perrier-Jouët). Des représentants syndicaux étaient présents lors de la manif du 3 juin chez Moët)

ArcelorMittal de Haumont : colère et grève pour les salaires
La grève a démarré spontanément le 8 avril, après que la direction a annoncé, lors des négociations salariales, qu’elle n’accorderait aucune augmentation. La direction refusait même d’accorder la prime de 1000 euros que d’autres usines du même groupe ont reçue. Pour les ouvriers, payés à peine plus que le SMIC, dont certains sont à 1600 euros après trente ans d’ancienneté, cela a été le coup de colère. Les grévistes se sont rassemblés à l’entrée de l’usine durant trois jours, entre deux discussions avec les chauffeurs de camions qui s’arrêtaient. Lors des négociations, la CGT demandait 3% d’augmentation, et la prime de 1000 euros. L’usine de Hautmont n’était pas la seule dans le mouvement. Celle de Chevillon, en Haute Marne, est restée également en grève plusieurs jours pour les mêmes raisons. À Hautmont, la direction accordait 500 euros de prime immédiatement, et 500 euros en octobre si le résultat financier est « à l’équilibre ». Une autre prime de 400 euros supplémentaires à la fin du deuxième semestre est conditionnée au rattrapage du retard de production. Les grévistes ont décidé de reprendre le travail avec le sentiment d’avoir remporté une victoire contre le géant ArcelorMittal.
A l’issue d’un Comité social et économique (CSE) le 23 avril au siège à Saint-Denis, la direction du groupe envisage de supprimer 400 postes côté production et 230 pour les fonctions support dans les 7 sites d’ArcelorMittal France Nord : Dunkerque, Florange, Basse-Indre, Mardyck, Mouzon, Desvres et Montataire qui emploient au total quelque 7100 salariés. Face à l’annonce des suppressions d’emplois sur 7 sites, et après un 1er Mai réussi à Dunkerque, le 13 mai a vu une forte montée à Paris, au siège du sidérurgiste à St Denis (surtout en provenance de Florange et Dunkerque).

Grève et blocage chez Lubrizol Rouen et Le Havre
Après une lutte déterminée (grève et blocage une semaine), on apprenait le 5 mai que Lubrizol renonçait au PSE annoncé début février sur les sites de Rouen et Le Havre. Une annonce plus perçue comme un sursis que comme une victoire. Le 23 mai, une grève partait sur les sites en question, pour obtenir des dédommagements suite aux annonces angoissantes des patrons.

2,5 mois de grève chez Maintenance Industrie
Après deux mois et demi de grève (depuis le 24/2), les grévistes ont gagné : Maintenance Industrie, société parisienne de nettoyage, est obligée d’accorder des heures de travail permanentes ! Le patron a accordé́ à la plupart des grévistes qui le demandaient des heures en plus de leur temps partiel actuel. Les grévistes ont obtenu de 24 minutes à 2h30 en plus par salarié.e en fonction de leurs demandes. Cela fait une heure par jour en moyenne et une vingtaine d’heures en plus par mois. C’est un réel acquis, sur le contrat de travail.

Grève contre les licenciements chez Saverglass
Saverglass, multinationale, leader mondial de la verrerie de luxe, avait proposé de baisser les salaires de 7% pour « sauver les emplois ». Puis elle a annoncé un PSE de 139 licenciements sur le site du Havre qu’elle veut fermer. L’intersyndicale CGT, UNSA, CFDT, CFTC a appelé à la grève pour plusieurs heures les 21 et 22 mai. Deux premiers jours réussis, où les grévistes ont pu compter sur le soutien des passant·es et des gens du coin, mais aussi de leurs collègues d’autres sites de la boite, ainsi que des dockers, de travailleurs/ses de Siemens, de Total…

Lutte contre 155 licenciements à Domo Belle-Étoile
À l’usine chimique de Domo Belle-Étoile au sud de Lyon, qui compte environ 650 salariés, la lutte des travailleurs se poursuit face aux 155 licenciements annoncés mi-mars. Depuis un premier rassemblement le 8 avril, les postés ont pris des initiatives contre ces licenciements : un mouvement de débrayages reconductibles, qui arrête la production, a été lancé par ceux du nord de l’usine et ceux de la centrale thermique, ces derniers étant réquisitionnés par la préfecture. Plusieurs dizaines de travailleurs, journaliers et postés, se sont rassemblés devant l’usine les 2 et 3 juin pour diffuser des tracts et convaincre leurs collègues d’intensifier le mouvement. Les 5 et 6 juin, les entrées du site ont été complètement bloquées, pour les voitures comme pour les camions. Une délégation a participé au rassemblement organisé par la CGT devant le Medef le 5 juin. Les travailleurs refusent d’être sacrifiés pour les grandes manœuvres des entreprises de la chimie et continuent de réclamer une prime supra-légale d’au minimum de 80 000 euros en plus de la prime Domo (calculée selon salaire et ancienneté) pour les salariés licenciés.

https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4504
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