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(fr) Courant Alternatif #339 (OCL) - De la mer au Jourdain, l'égalité des droits
Date
Tue, 9 Apr 2024 19:13:29 +0100
À l'heure où ces lignes sont écrites, il y a plus de 40000 morts ou
disparus à Gaza. C'est l'équivalent de 1300000 morts en France. Plus
personne ne peut nier, malgré le matraquage médiatique et malgré la
complicité du pseudo «arc républicain», qu'on a affaire à un génocide.
---- La barbarie ---- En Israël, les barrières morales se sont
écroulées. Les Israéliens se vivent en victimes et pas en bourreaux.
Tous les dirigeants israéliens ont théorisé l'idée qu'il était légitime
de tuer tout le monde, y compris les femmes et les enfants. La Cour
Internationale de Justice a cité nommément le président Isaac Herzog
(issu du parti travailliste), le ministre Yoav Galant (célèbre pour
avoir traité les Palestiniens d'animaux humains) ou Amichay Eliyahu qui
proposait de lancer une bombe nucléaire sur Gaza.
Les actes cruels se sont multipliés. Bébés laissés à l'abandon dans des
hôpitaux détruits, blocage des camions apportant une aide alimentaire,
mitraillage (avec des tanks) d'une foule affamée se précipitant sur un
camion de vivres (119 morts, 700 blessés). L'occupant organise la famine
et torture les prisonniers. Il n'y a plus de limite.
En France aussi, les supporters d'Israël ont perdu toute limite: «Si les
Gazaouis sont d'accord avec le Hamas, alors il n'y a pas de dommages
collatéraux. On a à faire à des sauvages, qui ont dévoilé leur vrai
visage.» C'est Michel Boudjenah.
Il n'y a pas non plus de limite en Cisjordanie ou à Jérusalem Est. Les
colons et l'armée multiplient ensemble les attaques contre la population
civile, les expropriations, les destructions de biens, les pogroms. Le
programme du sionisme a toujours été «un maximum de territoires et un
minimum d'Arabes».
Du côté de l'aile la plus fasciste du gouvernement israélien, le
programme est simple: tuer ou expulser, provoquer une nouvelle Nakba
(comme en 1948).
La Communauté internationale au secours des génocidaires.
Les pays occidentaux et arabes portent une responsabilité majeure. Les
États-Unis bien sur qui arrosent les assassins de dollars et d'armes
meurtrières. Biden s'est tiré une balle dans le pied en se coupant d'une
partie importante de son électorat. Nétanyahou n'a plus qu'à attendre
tranquillement le retour de Trump et de ses alliés, les Chrétiens
sionistes (qui sont des antisémites avérés).
Les dirigeants arabes, malgré leur opinion publique très sensible à la
cause palestinienne, sont restés des collabos. Ils n'ont pas utilisé
l'arme du pétrole. Ils ont maintenu les relations diplomatiques avec
Israël. Ils laissent faire les pires massacres, se contentant de
quémander à l'occupant le droit de larguer quelques colis par avion,
comme on jette de la nourriture aux chiens.
Les dictatures du Golfe rêvent de ramasser la mise en cas de
cessez-le-feu, en installant leur homme, Mohammed Dahlan, à la tête de
Gaza. Ce combattant de la Première Intifada est devenu un mafieux lors
de son retour à Gaza en 1994. C'est lui qui a lancé une tentative de
coup d'État contre le Hamas en 2007. Il s'est enfui, vit à Dubaï et rêve
de revenir, les poches bourrées de dollars, au pouvoir.
Dans l'Union Européenne, il y a certes des pays qui se sont un peu
distingués de l'unanimisme pro-israélien: l'Espagne, l'Irlande, la
Belgique. D'autres ont fait du zèle. Le Premier ministre suédois a fait
un superbe lapsus: «Israël a le droit de commettre un génocide ... euh
de se défendre».
En Allemagne et en France, les manifestations pour la Palestine ont été
interdites. Les chefs d'État ont multiplié les déclarations, Macron
allant jusqu'à proposer d'engager l'armée française contre le Hamas. Les
militants (souvent arabes) sont poursuivis pour «apologie du terrorisme»
dès qu'ils ne reprennent pas le discours dominant. Les médias martèlent
la version officielle sur le pauvre peuple israélien traîtreusement attaqué.
La destruction du droit international
L'Occident avait beau jeu de dénoncer des pays comme la Russie, l'Iran,
la Chine décrits comme d'affreuses dictatures. Le soutien occidental à
un régime qui assume de tout détruire, d'assassiner méthodiquement des
familles entières et de mitrailler des foules affamées les discrédite
totalement. Toutes les valeurs que cet Occident était censé représenter
(la démocratie, le droit des peuples ...) ont été piétinées. Israël a
détruit tout ce qui restait du droit international tel qu'il était censé
exister depuis 1945. L'impunité, la cécité volontaire vis-à-vis du
rouleau compresseur colonial, le silence devant les pogroms perpétrés
par les colons et l'armée, la surdité devant les appels au meurtre des
dirigeants israéliens, tout ceci ramène la planète à la loi de la
jungle. Il n'y a plus ni règle, ni droit. L'ONU et la Justice
internationale n'ont aucun pouvoir. Les soudards sont partout.
Au passage, cette guerre détruit aussi les mémoires du judaïsme, de
l'antisémitisme et du génocide nazi. Désormais, systématiquement les
racistes et l'extrême droite attaquent ceux qui défendent les droits du
peuple palestinien en les accusant d'être des antisémites.
La fable des deux États Comment en sortir?
Lors de notre séjour à Gaza en 2016, nous avions systématiquement
interrogé tous nos interlocuteurs: «un État ou deux États»? Les rares
qui se prononçaient pour deux États nous disaient: «ce n'est pas la
justice mais le monde est mauvais. Ils vont nous donner un arpent de
désert, ils appelleront ça État palestinien et nous serons tellement
faibles que nous serons obligés d'accepter» . Nous leur avons demandé:
«et les réfugiés»? La réponse a été unanime: «Le droit au retour, c'est
non négociable. Donc bien sur deux États, ça ne peut être qu'une étape».
En 2007, nous sommes reçus par le maire (de l'époque) de Béthléem,
Victor Batarseh (FPLP). Il défend la position de son parti (qui est la
position historique de l'OLP avant 1988) pour un seul État laïque et
démocratique. «Nous ne sommes pas des extrémistes. Si le Fatah arrive à
obtenir un État palestinien sur les 22% de la Palestine historique
occupés depuis 1967, nous l'accepterons comme étape transitoire». Il
ouvre alors de façon très théâtrale la fenêtre de la mairie de Béthléem.
Il y avait autrefois une grande forêt entre Béthléem et Jérusalem. Elle
a été rasée. La colonie de Har Homa fondée en 1997compte des dizaines de
milliers d'habitants et ses grands immeubles arrivent tout près de la
mairie. Le maire nous demande: «l'État palestinien, vous le mettez où?».
Le Monde Diplomatique avait publié autrefois une carte de «l'archipel
palestinien». Ce n'est même plus un archipel. La Cisjordanie est un
confetti sans aucune unité et Gaza est à la fois un champ de ruines et
un grand cimetière. La pseudo opposition entre Nétanyahou qui veut
annexer et expulser et ses soutiens occidentaux qui prétendent soutenir
«la solution à deux États» est un leurre qui permet au rouleau
compresseur d'avancer. Pour l'arrêter, il faut sanctionner les génocidaires.
Oslo a été une gigantesque supercherie. La seule chose qui a été signée,
cela a été la «coopération sécuritaire», c'est-à-dire l'obligation pour
l'occupé d'assurer la sécurité de l'occupant. L'Autorité palestinienne
était condamnée dès le départ à «collaborer». L'État palestinien, la fin
de la colonisation, la libération des prisonniers ou le retour des
réfugiés, on en a parlé et Israël n'a rien signé.
En finir avec les nettoyages ethniques
Avant d'aboutir au fascisme décomplexé, le sionisme a été au départ une
théorie de la séparation proclamant que Juifs et non Juifs ne peuvent
pas vivre ensemble, ni dans le pays d'origine, ni dans le futur État
juif. Cette idéologie a produit le colonialisme de remplacement et la
folie meurtrière de l'État juif ethniquement pur.
Aucune paix juste ne sera possible avec le maintien de l'État juif et de
toutes les institutions racistes qu'il a créées, ce qui signifie la fin
du sionisme.
Les Palestiniens ne réclament pas un État, deux États ou 36 États. Ils
demandent juste qu'on leur applique le droit international (qu'il faut
distinguer de l'ONU. L'ONU a violé ce droit à plusieurs reprises en
1947-49).
Ce droit, c'est:
* la liberté: fin de l'occupation , de la colonisation, fin du blocus de
Gaza, destruction du Mur, libération des prisonniers
* l'égalité des droits politiques et économiques pour tous les habitants
de la région, quelles que soient leurs origines, leurs identités réelles
ou supposées, leur religion ou leur non religion.
* La justice: le crime fondateur de cette guerre étant l'expulsion
préméditée du peuple palestinien de son pays, c'est le droit au retour
des réfugiés. Il faudra aussi juger les criminels de guerre.
Quand ces points qui constituent un droit théoriquement garanti seront
acceptés, la négociation décidera de la forme étatique future. Les
Palestiniens et les Juifs israéliens seront mélangés d'une façon telle
que la séparation n'aura pas de sens.
Bien sur, c'est difficile. Le mur et le blocus de Gaza font que les
populations ne se voient plus. Et sans sanctions, le front intérieur ne
se fissurera pas dans la population juive israélienne qui jouit du
privilège colonial. Avec des sanctions, les Israéliens comprendront que
la garantie "qu'ils ne soient pas jetés à la mer", c'est la fin de
l'apartheid et pas son maintien.
Certains, dans le mouvement de solidarité pour les droits du peuple
palestinien rêvent d'une situation «à l'algérienne», c'est-à-dire du
départ de la grande majorité des Juifs israéliens comme ça avait été le
cas pour les Pieds Noirs. Ils ont tort. On ne réparera pas un nettoyage
ethnique par un autre nettoyage ethnique.
«Vivre ensemble dans l'égalité des droits», il n'y a pas d'alternative
non barbare, ni là-bas, ni ici.
De la mer au Jourdain, l'égalité des droits!
Pierre Stambul
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4129
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