|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 30 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Francais_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkurkish_
The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours
Links to indexes of first few lines of all posts
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) Courant Alternatif #338 (OCL) - A la SNCF, ça déraille sec!
Date
Mon, 11 Mar 2024 18:17:18 +0000
Un incident, survenu dans la nuit du 19 au 20 janvier 2024 par grand
froid, a fait parler de la ligne ferroviaire Paris-Clermont: alors que
ce trajet est censé durer trois heures, la panne d'une locomotive a
laissé 700 voyageurs sans eau, électricité ni chauffage pendant onze
heures. Un «cauchemar» qui, largement relayé par les réseaux sociaux et
les médias, a conduit le ministre de la Transition écologique Christophe
Béchu à convoquer le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou pour lui
demander un «plan de mesures concrètes et immédiates»... dans les quinze
jours. Il peut toujours rêver. ---- «La ligne SNCF Paris -
Clermont-Ferrand est-elle vraiment la pire de France?», interrogeait 20
minutes le 24 janvier dernier. Cette ligne fréquentée par près de 2
millions de voyageurs faisait déjà partie, en 2011, des 12 «lignes
malades, saturées ou à problèmes» répertoriées par la SNCF elle-même; en
2023, elle y a dénombré 121 retards supérieurs à une heure, 33
supérieurs à deux heures et 38 suppressions de train.
De plus, le dernier incident spectaculaire en date sur ce trajet n'a pas
battu son record, établi en 2019, où un train avait mis quatorze heures
pour l'effectuer. En revanche, ce qui a changé - au niveau national, et
non plus seulement local -, c'est que les retards ont perdu leur
caractère exceptionnel aux yeux de tout le monde. Ainsi Frédéric
Aguilera, vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes en charge des
transports, avoue: «Aujourd'hui le matériel est tellement pourri que
c'est le bordel.» Et la directrice générale d'Intercités renchérit: «Le
matériel est tellement à bout de souffle que tous les jours on fait le
pari que ça va tenir[1].» Et le porte-parole de la SNCF admet: «Il y a
tellement de sous-investissements qui n'ont pas été faits pendant des
années qu'on en paie le prix à un moment donné.»
La route plutôt que le rail: un principe... SNCF!
Selon le collectif «Les usagers du train Clermont-Paris», les pannes
matérielles à répétition sur ce tronçon sont dues à «la vétusté des
infrastructures ferroviaires» et à «la défaillance des équipements», les
rames étant âgées de plus de quarante ans et les locomotives de plus de
trente ans. Mais on peut tirer le même bilan d'autres lignes puisque,
toujours selon le porte-parole de la SNCF, la liaison Paris-Clermont
n'occupe en fait que la troisième place des «lignes galères» françaises.
En première position, il y a Bordeaux-Marseille, avec 26,6 % de trains
arrivés en retard à destination l'an dernier; puis on trouve
Lyon-Nantes, avec 21 % de retards. Et, après Paris-Clermont, il cite
Paris-Limoges-Toulouse (voir l'article suivant).
Mais à quoi donc tient ce déclin de la «qualité SNCF» - et en
particulier des lignes Intercités? Avant tout à la réorganisation
progressive par la SNCF de ses services «grandes lignes» autour du seul
TGV. Avant l'apparition de ce «train à grande vitesse», les lignes
Intercités formaient l'ossature du réseau ferroviaire, et elles ont été
un important outil d'aménagement du territoire en connectant les
populations des métropoles et celles des villes moyennes[2]. Leur
disparition au profit de parcours plus couteux qui effacent les gares en
n'y arrêtant plus les trains renforce à l'inverse sans cesse la
ségrégation territoriale.
De plus, la SNCF a organisé sa propre mise en concurrence, en proposant
désormais des services de voiture à domicile, de covoiturage, d'autocars
réguliers, etc. En diluant l'activité ferroviaire dans une offre plus
globale de «mobilité», elle a aligné sa politique sur le consensus «La
route plutôt que le rail» en vogue dans les milieux dirigeants.
Le 15 février 2018, Jean-Cyril Spinetta, ex-PDG d'Air France, a remis à
Edouard Philippe, alors Premier ministre, un rapport sur l'avenir du
transport ferroviaire[3]. Il y recommandait entre autres: le recentrage
du transport ferroviaire sur les dessertes de TGV entre les principales
métropoles françaises; la modernisation «des trains du quotidien en
zones urbaines et périurbaines»; l'examen du maintien des petites lignes
au regard de leur cout; un nouveau statut pour la SNCF - le précédent
datant de... 2014; la disparition progressive du statut «cheminots»,
avec des plans de départ volontaire pendant deux ans.
Les préconisations de ce rapport n'avaient rien pour surprendre: elles
s'inspiraient des «recettes» précédemment appliquées à d'autres
entreprises publiques - de France Télécom à EDF en passant par La Poste.
Le gouvernement les a immédiatement reprises à son compte, et il a
annoncé l'ouverture d'une période de concertation avec les syndicats en
vue de leur mise en oeuvre. La SNCF est devenue une société anonyme; les
lignes ferroviaires, voire la gestion du réseau, ont été ouvertes à la
concurrence; la fin du statut «cheminots» a été programmée, ainsi que la
suppression des dessertes jugées non rentables[4]...
Privatisation à l'anglaise ou libéralisation à la française, les mêmes
désagréments pour les usagers
Des années Thatcher aux années Blair, le Royaume-Uni a donné l'exemple
en matière de privatisation et de libéralisation des services publics.
Eau, rail, télécommunications, gaz et électricité, poste, transports
urbains, prisons... tout y est passé, hormis le service public national
de la santé, le NHS.
Dès les années 1990, l'ancien service public British Rail a ainsi été
sectionné en morceaux qui ont été vendus; le réseau ferroviaire et la
gestion des lignes ont été dissociés, et la gestion des lignes elle-même
a été répartie en plusieurs concessions régionales; la flotte des trains
a été confiée à des entreprises séparées, qui les louent au prix fort
aux opérateurs des lignes, assurant à leurs actionnaires des millions de
profits garantis d'année en année...
Mais la privatisation du réseau ferroviaire britannique a rapidement
dégénéré: les problèmes de coordination et de perte d'expertise ont
entraîné de nombreux incidents - jusqu'à la catastrophe ferroviaire de
Hatfield qui, en 2000, a couté la vie à quatre personnes. Le
gouvernement s'est trouvé contraint de renationaliser le réseau dès
2002, et il n'a jamais tenté de le reprivatiser.
Les faillites et les scandales à répétition ne se sont pas arrêtés là,
car ils ont également concerné la gestion des lignes elles-mêmes. En
effet, quoique les prix du train au Royaume-Uni soient parmi les plus
élevés d'Europe (d'après le ministère britannique des Transports, ils
ont augmenté de plus de 23 % depuis la privatisation en valeur réelle,
donc compte tenu de l'inflation), la qualité du service ferroviaire y
est aussi mauvaise que celle du service assuré en France par la SNCF:
retard et annulation de trains, wagons bondés et délabrés... Aussi, dans
un sondage de 2017 réalisé pour la campagne «We Own It» («Ça nous
appartient»), qui pousse à la renationalisation ou à la
remunicipalisation des services publics au Royaume-Uni, 76 % des
Britanniques interrogés se déclaraient favorables à un retour sous
contrôle public du système ferroviaire dans son ensemble.
En France, les dirigeants n'ont pas opté pour une privatisation tous
azimuts des anciens monopoles publics, mais pour leur transformation.
Air France, France Télécom, EDF-GDF, La Poste, SNCF, etc., sont devenus
des entreprises commerciales placées sous un contrôle plus ou moins
dilué de l'Etat, et qui ont tiré profit à la fois de leur situation de
rente en France et de la protection gouvernementale pour s'étendre à
l'étranger, y compris en acquérant des services privatisés par d'autres
pays.
La loi pour un nouveau pacte ferroviaire votée en juin 2018 a ainsi
permis l'«assainissement financier» du Groupe SNCF: l'Etat a repris sa
dette à hauteur de 35 milliards d'euros «afin d'augmenter ses capacités
d'investissement dans la modernisation et la rénovation du réseau
ferroviaire». Cette loi a organisé l'ouverture à la concurrence
progressive et différenciée, la fin du recrutement au statut[5]et la
négociation d'un «nouveau contrat social» (sic!).
Depuis 2020, la SNCF est composée d'une holding et de cinq sociétés
anonymes: SNCF Réseau, SNCF Gares & Connexions, Rail Logistics Europe et
SNCF Voyageurs. Cette dernière gère l'ensemble des activités de
transport de voyageurs de la SNCF, dont les Ouigo (voir l'encadré). La
SNCF forme quant à elle, avec les sociétés Keolis et Geodis, le Groupe
SNCF. L'Etat est l'unique actionnaire de la SNCF, dont le capital est
incessible; et il est aussi, depuis 2010, l'autorité organisatrice
desdits «trains d'équilibre du territoire» (TET) que sont les Intercités.
Pour en revenir à la ligne Paris-Clermont, l'Etat a lancé un programme
de modernisation la concernant, avec des travaux sur le réseau financé à
hauteur de 1 milliard d'euros et avec l'arrivée de nouveaux trains,
baptisés «Oxygène», dont la livraison et la mise en service sont prévues
pour 2026. On signale cependant d'ores et déjà de gros retards dans la
production de ces trains et dans l'exploitation de cette ligne...
Enfin, comme une grande partie de l'investissement pour la «régénération
globale du réseau» doit être alimentée par les bénéfices de SNCF
Voyageurs, et que la SNCF doit augmenter sa contribution dans les quatre
prochaines années, elle se trouve confrontée à des injonctions
contradictoires. Rien que pour 2024, l'Etat exige d'elle un
investissement de l'ordre de 1,7 milliard d'euros, soit 70 % de ses
bénéfices en 2022[6]. La SNCF va donc tout à la fois devoir faire rouler
plus de trains avec moins de moyens; maintenir les tarifs des
Intercités; assurer (contrairement à ses concurrents) une partie plus
importante de l'investissement dans le réseau tout en assumant les
dysfonctionnements qui relèvent de l'Etat. Dans le même temps, celui-ci
n'a toujours pas précisé comment sera financé le fameux plan à «100
milliards d'euros» pour le ferroviaire d'ici 2040 que l'ex-Première
ministre Elisabeth Borne a annoncé le 24 février 2023.
Le 14 janvier 2024, la députée LFI Clémentine Autain a étourdiment
attribué, sur son compte Twitter, le retard d'un train dans lequel elle
se trouvait à la «privatisation» de la SNCF. Immédiatement raillée pour
sa bévue, elle a rectifié le tir en déclarant que, certes, la SNCF
n'était pas privatisée, mais que «l'ouverture à la concurrence et la
libéralisation conduis[ai]ent à une détérioration du trafic», et que la
SNCF était «obligée de se préparer à la rentabilité parce qu'elle
s'ouvr[ait]à la concurrence».
M'est avis que nos déplacements n'en sortiront guère améliorés...
Vanina
Notes:
1. «Train Clermont-Paris: "On ne peut pas couper l'Auvergne de Paris
aussi longtemps", l'attente de mesures concrètes», FR3 Auvergne, 24
janvier 2024.
2. «Quand l'Etat français sabote le train», de Vincent Doumayrou, Le
Monde diplomatique, juin 2016.
3. «Réforme de la SNCF: les suites du rapport Spinetta», site Vie
publique, 26 février 2018.
4. «Démantèlement de la SNCF: avec 30 ans de retard, Macron va-t-il
répéter les mêmes erreurs que les Britanniques?», d'Olivier Petitjean,
sur Basta!, 20 février 2018.
5. Le régime spécial de retraite a été abandonné le 1er janvier 2021:
les cheminots embauchés après cette date n'en bénéficient plus. La
direction de la SNCF explique que la suppression ponctuelle de trains au
quotidien est due à un manque de conducteurs, car nombre d'entre eux
sont partis à la retraite.
6. Initialement, cette part était fixée à 60 %.
++++
«Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous» n'est pas un mensonge
marketing. En effet, constatant comme nous que le progrès n'est pas
partagé par tous, et donc qu'il ne vaut rien, la SNCF a réinventé avec
son «offre low cost» la 3e classe qui avait été supprimée en France en
1956. En 2013, elle nous a ainsi régalés de ses célèbres Ouigo...
Mais les Ouigo se distinguent de la 3e classe d'antan: ces trains ont
presque tous comme particularité d'arriver à, ou de partir d'une gare
difficilement accessible. Par exemple, on vous embarque à
Marne-la-Vallée-Chessy, soit à quarante-cinq minutes de Paris quand les
transports en commun marchent bien ou qu'il n'y a pas d'embouteillage -
des scénarios fort improbables -, ce qui vous coute 5 euros par
personne. Ou alors on vous débarque à la gare Saint-Exupéry, et il vous
faut une petite heure et environ 10 euros par personne pour vous rendre
à Lyon avec les transports en commun. Il existe aussi quelques Ouigo
Paris-Lyon au départ de Paris et à destination de Lyon; mais s'ils sont
un peu en dessous du TGV pour leur tarif, leur vitesse est pleinement
Ouigo, elle: comptez 5 heures...
Dans les voitures 3e classe d'antan, les conditions de transport étaient
très inconfortables, mais au moins on partait du même endroit que «les
autres» et on mettait le même temps qu'eux et elles pour parvenir à
destination.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4099
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center