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(fr) Socialisme Libertaire - Le blasphème, crime imaginaire
Date
Mon, 19 Feb 2024 12:51:26 +0000
«Selon le dictionnaire Larousse, le mot «blasphème» s'emploie pour
désigner une parole ou un discours impie qui outrage la divinité, la
religion ou ce qui est considéré comme sacré. Nous comprenons alors
pourquoi toutes les religions ont, de tout temps, condamné le blasphème
et férocement persécuté les blasphémateurs. La liste des personnes
condamnées pour blasphème ou sacrilège (le blasphème est un discours, le
sacrilège est un acte) à travers les siècles est extrêmement longue; et
nous n'en finirions pas d'énumérer toutes les victimes de l'intolérance
religieuse. ---- Sur ce point-là, toutes les religions se valent.
Certains martyrs sont célèbres. Au XVII° siècle, Galilée fut condamné
pour blasphème après avoir affirmé que la terre tournait autour du
soleil; Giordano Bruno fut brulé vif pour avoir dit que l'univers était
infini; Michel Servet finit sur un bucher pour s'être opposé à Calvin à
propos de la doctrine de la prédestination; le chevalier de la Barre est
mort sur la roue pour le simple fait d'avoir conservé son chapeau au
passage d'une procession religieuse. Au VII° siècle, les poètes arabes
Abu Afak et Hotaïya furent exécutés pour avoir dit des poèmes jugés
blasphématoires etc. Les noms de centaines de milliers de personnes
torturées, lapidées, brulées vives, et autres atrocités, pour avoir
critiqué le christianisme, l'islam, le bouddhisme, etc., ont été perdus.
«Jésus-Christ n'a jamais existé. Pour preuve, il n'a jamais rien écrit;
aucun des auteurs ou historiens vivant à son époque n'a jamais mentionné
son existence; les évangiles ont été rédigés au moins 70 ans après sa
mort et se contredisent». Si, en Europe, nous pouvons, aujourd'hui, dire
ou écrire librement de telles paroles sans risquer d'être traduit devant
un tribunal ou de se faire assassiner dans la rue, c'est parce que des
milliers de personnes, de penseurs, de philosophes se sont battus contre
les totalitarismes religieux et ont, dans la loi et dans les moeurs,
imposé la liberté de conscience. Les hommes et les femmes des lumières
ont joué un grand rôle dans ce combat.
Dans beaucoup de pays, pouvoir critiquer la religion est une liberté,
mais le blasphème est toujours considéré comme un crime dans de trop
nombreux autres États. En 2012, le Pew Research Center estimait que 22 %
des pays et territoires ont des lois anti blasphème et que 11 %
disposent de textes pénalisant l'apostasie. Les sanctions juridiques
pour ces transgressions vont de l'amende, en passant par la prison et
les châtiments physiques (coups de fouets) jusqu'à, dans plusieurs pays,
la peine de mort. Chaque année, des personnes y sont condamnées par des
tribunaux pour avoir osé revendiquer leur athéisme ou simplement pour
avoir affirmé, par exemple, que l'islam est une religion violente, que
Mahomet fut un chef de guerre sanguinaire et sans pitié pour ses rivaux.
Ces faits sont, notamment, illustrés par sa décision (après sa victoire
sur la tribu juive des Qurayza) de faire décapiter tous les hommes,
d'emprisonner les femmes et de violer la très jolie fille du chef le
jour même où il fit décapiter son père, son mari et ses frères. De tels
actes lui vaudraient aujourd'hui d'être traduit devant un tribunal pour
crimes de guerre. Après avoir mis fin à la diversité religieuse dans la
péninsule arabique, Mahomet exigeait de ses fidèles une obéissance
inconditionnelle et ne tolérait aucune divergence d'opinion, sa religion
aspirant à dominer le monde.
Pour avoir dénoncé ces faits et avoir dit que l'idéologie fascisante
était ancrée dans les racines historiques de l'Islam, l'écrivain
allemand d'origine égyptienne Hamed Abdel-Samad fut condamné à mort par
un collège de théologiens. Il est, depuis lors, obligé de vivre sous
protection policière. Cette condamnation apparaît comme totalement
normale pour ces «savants» puisque Mahomet lui-même a trouvé raisonnable
et justifié le meurtre d'une femme qui l'avait simplement insulté. Le
cas est similaire pour le palestinien Whaleed Al-Husseini. Il a
revendiqué son athéisme et déclaré que «En vertu des actuelles lois
internationales, je pourrais porter plainte contre Mahomet pour crimes
de guerre, crimes contre l'humanité, vols, viols, pillages et
destructions. Le Prophète serait condamné pour esclavagisme, commerce
illicite d'êtres humains, pédophilie, misogynie et racisme envers les
non-musulmans». Pour ces paroles, il a été obligé de fuir son pays, la
Palestine, et il vit aujourd'hui sous protection policière. Pourtant
chacune de ses affirmations correspond à des actes du «prophète» Mahomet
lesquels sont historiquement fondés.
Nous ne pouvons donc que nous inquiéter devant les efforts que la très
puissante Organisation de la Conférence Islamique (organisation
internationale reconnue par l'ONU et regroupant 57 États membres)
déploie pour faire reconnaître par la communauté internationale une
spécificité islamique en matière de droits de l'homme et de liberté
d'expression. Le but de l'OCI est de promouvoir, partout dans le monde,
l'islam, considéré comme religion supérieure à toutes les autres avec
ses conceptions politiques et morales prescrites par le Coran et la
charia. Ces textes, écrits au VII° siècle, régentent aujourd'hui encore
la société islamique, l'oumma, considérée comme le modèle social idéal
et indépassable. L'OCI conteste donc l'universalité et le caractère
laïque de la déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par
l'ONU et prétend lui substituer les deux «Déclarations islamiques
universelles des droits de l'homme» (datant de 1981 et 1990) qui font
clairement prévaloir l'esprit de la Charia sur toute autre considération
et limitent, de fait, la liberté en matière de blasphème et du droit à
choisir sa religion.
Le fait que l'OCI s'arroge, d'office, le qualificatif «universelle» pour
ces déclarations islamiques laisse supposer le caractère mégalomaniaque
des buts poursuivis. Elles affirment, par exemple, que «il ne peut y
avoir ni délit, ni peine, en l'absence de dispositions prévues par la
charia...», «tout homme a le droit d'exprimer librement son opinion
pourvu qu'elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la
Charia...», «tous les droits et libertés énoncés dans la présente
déclaration sont soumis à la charia...».
Ce faisant, l'OCI ne fait qu'appliquer, à la lettre, les consignes
coraniques. Le coran est, pour les musulmans, le livre sacré contenant
la parole de dieu qui par l'intermédiaire de l'ange Gabriel l'aurait
dicté à Mahomet. Il est donc intangible et éternel`; toute modification
est impossible et les musulmans doivent suivre ses prescriptions à la
lettre sous peine d'encourir les foudres de dieu.
Depuis plusieurs années, les États membres de l'OCI dénoncent
systématiquement toutes les critiques et les blasphèmes envers l'islam
(caricatures de Mahomet, discours de Benoît XVI à Ratisbonne, films,
affaire Charlie hebdo, livres, tracts, etc.) qu'ils prétendent être
partie d'une «campagne d'islamophobie» et ils demandent aux États
non-musulmans attachés à la liberté d'expression d'introduire dans leur
législation la pénalisation du délit de «diffamation des religions».
Toute leur argumentation consiste à développer l'idée que la critique
des religions (critique qui peut être acerbe, violente ou pleine
d'humour) est obligatoirement une diffamation, donc assimilable à une
forme de racisme, et ils vont jusqu'à prétendre que l'islamophobie est
un antisémitisme. Il est révélateur de constater que les pays membres de
l'OCI les plus en pointe dans cette croisade sont ceux (Arabie Saoudite,
Pakistan, Soudan, etc.) qui appliquent, avec le plus de zèle, les
sanctions prévues par la charia contre les transgresseurs (homosexuels,
fornicateurs, etc.) et autres blasphémateurs: décapitations,
lapidations, amputations, fouet, etc.
L'activisme forcené de l'OCI et des organisations associées (Ligue
arabe, ligue islamique mondiale, assemblée mondiale de la jeunesse
islamique, etc.) a fini par payer puisque le conseil des droits de
l'homme (dépendant de l'ONU) et l'assemblée générale de l'ONU ont
introduit des résolutions condamnant directement, ou en termes
sibyllins, la diffamation des religions.
Ces résolutions doivent réjouir tous les créationnistes, et autres
ennemis de la Raison, qui considèrent comme démoniaques certaines
vérités scientifiques car contraires aux affirmations tranchées des
textes sacrés sur la création des espèces par dieu. Dans la logique de
ces théologiens, les tribunaux devraient condamner pour blasphème ceux
qui affirment que la terre est ronde et tourne autour du soleil, les
défenseurs des théories de l'évolution, etc. En effet, la bible et le
coran affirment que le soleil tourne autour de la terre (le coran
affirme même que la terre est plate, que le soleil court tous les soirs
vers son gîte, etc.). En fait, les textes sacrés sont pleins de
contradictions et d'absurdités scientifiques.
Que des organisations religieuses, bornées au point de défendre de
telles inepties, dépensent des fortunes pour imposer des lois et des
sanctions pénales datant d'un autre âge à la communauté internationale,
il n'y a, là, rien d'étonnant. Le combat qui oppose tous les
fondamentalistes et autres intégristes aux partisans de la Raison est
aussi vieux que les religions. Par contre, il est très surprenant que
des organisations ou des partis politiques qui s'affichent comme
progressistes mêlent leur voix à ce concert d'obscurantisme.
Pour justifier leur engagement, ils avancent une argumentation
fallacieuse du genre «L'Islam est la religion des pauvres». Cette
affirmation doit bien faire rigoler les milliardaires saoudiens,
iraniens, koweïtiens, marocains etc. ainsi que les commerçants de la
Mecque et Médine qui depuis des siècles s'enrichissent sur le dos des
pèlerins crédules.
Toute religion est d'abord un ensemble d'institutions basé sur des
textes «sacrés», donc incontestables, dont la fonction est de justifier
et de pérenniser, par référence au surnaturel, l'organisation
hiérarchique de la société. Toute société divisée en classes sociales
antagonistes a besoin, pour durer, d'une croyance religieuse, que ce
soit en une divinité transcendantale ou laïque - culte de la raison, de
la nation, de l'État, idéalisation d'un personnage etc.). En réalité,
plus prosaïquement, ils courtisent les prolétaires de culture musulmane
issus de l'émigration parce qu'ils espèrent qu'ils iront renforcer leur
organisation.
Que des libertaires et des marxistes, en ce début de XXI° siècle,
acceptent (par opportunisme?) de s'allier avec des bouchers sunnites,
chiites, etc. est symptomatique de l'état de déliquescence de
l'extrême-gauche.
La lutte contre tous les obscurantismes, et en particulier les
superstitions religieuses, est un élément essentiel de tout projet
émancipateur et révolutionnaire. La critique des religions, le
blasphème, est une liberté fondamentale conquise de haute lutte par les
progressistes et les révolutionnaires des siècles précédents. Des
dizaines de milliers d'entre eux ont perdu la vie dans ce combat, et
c'est faire insulte à l'intelligence humaine que de vouloir légaliser le
blasphème. Un vieux copain, aujourd'hui respectable grand-père, a
raconté que, jeune galopin, il poursuivait les curés en soutane en
croassant, qu'il décorait les portes des églises d'inscriptions à la
craie «Dieu est mort» et qu'un jour, surpris dans une église par un
vieil abbé alors qu'il urinait dans un bénitier, il avait reçu la plus
magistrale paire de claques de toute son existence. Aujourd'hui, ces
actions lui vaudraient une comparution devant un tribunal pour enfants
et les gros titres de la presse à sensations. Les temps changent... et,
tout doucement, ils nous renvoient à de sombres époques où des auteurs
aussi respectables que Rabelais, Descartes ou Spinoza étaient obligés de
fuir pour avoir ouvertement critiqués ou s'être moqués des religions et
de leurs serviteurs.
Pour notre part, nous revendiquons, haut et fort, la liberté de
blasphémer et nous affirmons, à la suite de Pelloutier, que «nous sommes
vraiment des hommes sans dieu, sans maître et sans patrie».»
SOURCE: Actualité de l'Anarchosyndicalisme
https://www.socialisme-libertaire.fr/2023/11/le-blaspheme-crime-imaginaire.html
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