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(fr) Courant Alternatif #337 (OCL) - Des accords d'Oslo au 7 octobre
Date
Sat, 17 Feb 2024 11:51:42 +0000
Le 13 septembre 1993, à Washington, sous la bienveillance du parrain
américain Bill Clinton, Yasser Arafat et Isaac Rabin signaient les
célèbres accords d'Oslo - annoncés comme historiques - sur l'autonomie
palestinienne dans les territoires occupés, préfigurant un futur État
palestinien indépendant. ---- Des illusions pour un marché de dupes ----
Novembre 1989 le mur de la honte, le mur de Berlin s'écroule. Février
1990, N. Mandela sort des geôles Sud-Africaines, ce sera la fin du
régime d'apartheid. Septembre 1993, la poignée de main entre un
ex-terroriste palestinien et un général devenu premier ministre d'Israël
scellera les accords conduits à Oslo, puis signés à Washington. Un
espoir d'avenir et de paix pour la région. ---- Pourtant, au fil des
ans, ces accords quasi secrets apparaissent comme un «processus» sans
consistance. Le rêve des deux Etats coexistants s'éloigne pour les
palestiniens, sous la poussée continue des colonisations et de la
répression sans fard, tant à Gaza qu'en Cisjordanie. Ils se révéleront
n'être que des déclarations de principe sans cadre ni échéances. De par
son rapport de force, l'État colonial écrase le processus face à un
mouvement palestinien dispersé géographiquement et divisé politiquement.
Des accords qui concèdent une autonomie de cinq ans à l'Autorité
Palestinienne (AP) de Y. Arafat pour le pouvoir exécutif, avec une
instance législative, le CLP (Conseil législatif Palestinien). Le siège
de l'AP, d'abord situé à Jérusalem-Est, est rapatrié à Ramallah en 1994.
Le parlement autonome sera élu en 1996. Un ensemble administratif qui
préfigure l'embryon administratif du futur État palestinien, tant à Gaza
- avant d'en être chassé par le Hamas - qu'en Cisjordanie. L'AP a
compétence dans les affaires civiles et est responsable de la sécurité
interne dans les zones palestiniennes autonomes. Mais dans les faits,
Israël a le droit de contrevenir ou modifier tout acte du Conseil
palestinien et d'intervenir dans ces territoires concédés. Ils sont
partagés en trois zones: une zone sous administration de l'AP, une autre
sous contrôle israélien et une dernière sous autorité conjointe. Se
dessinent déjà les contours de l'apartheid.
En septembre 2004, après trente-huit ans d'occupation, le dernier soldat
israélien quitte Gaza, comme annoncé par A. Sharon alors ministre. Le
territoire est placé sous l'autorité de l'A.P qui ne contrôlera ni ses
frontières avec Israël ou l'Égypte qui plus tard érigeront des murs, ni
ses eaux maritimes, ni son espace aérien. Très vite ces accords seront
mis dans les tiroirs par les gouvernements israéliens.
Réalité et faux semblant
Si l'heure semble propice à l'espoir d'une co-existence pacifique entre
les peuples des deux futurs États, ces accords, sont rejetés par le
Hamas, le FPLP - pro syrien - et autres factions moindres. Un clivage
qui creusera les rivalités entre Palestiniens. En 2007, le Hamas qui
prône la lutte armée contre le colonisateur remporte les élections
législatives à Gaza. Ce qui déplaît fortement aux occidentaux qui, ne
pouvant dissoudre le peuple gazaoui, foulent leurs propres principes
démocratiques, refusent les résultats de la consultation et qualifient
de -terroriste- ce mouvement islamiste. S'ensuit une guerre civile entre
le Hamas et les membres de l'AP qui fera un millier de morts. Le Hamas
s'accaparera le pouvoir à Gaza. L'AP gardera le contrôle de la
Cisjordanie et des territoires occupés. Tandis que le Hamas réprime tout
sympathisant de l'AP puis toute contestation sociale, l'AP s'associe aux
services israéliens pour traquer tout supposé membre du Hamas ou
réfractaire aux accords en Cisjordanie. Suite à l'élection
présidentielle, M. Abbas le successeur de Y. Arafat à la tête de l'OLP,
avec l'aval du colonisateur, confirmera qu'il reste le seul représentant
légitime du peuple palestinien. Mais la corruption qui gangrène l'AP, le
retard d'application d'une perspective brouillée des accords imposés par
Israël, amènent nombre de Palestiniens désenchantés à se détacher de
l'AP,et à éprouver de la sympathie pour le Hamas qui gagne en légitimité
avec ses actions de résistance armée contre l'occupant. Il va de soi que
dans l'engrenage résistance/répression, Américains comme Européens ne
dénonceront que le «terrorisme» sanglant des Palestiniens.
L'offensive des faucons
Dans cette situation déséquilibrée le rapport de force ne peut profiter
qu'aux dirigeants israéliens qui se succèdent au pouvoir. Côté
israélien, le front du refus s'animera rapidement. La bourgeoisie
sioniste et expansionniste ne tarde pas à réagir par des provocations et
la répression, y compris contre les signataires des accords. Pour ses
intérêts, elle tolère les implantations illégales de colonies, elle
favorise le mouvement Hamas et participe au discrédit de l'AP. Aux
attaques armées et incessantes du Hamas, des intifadas, la politique
répressive du pouvoir au nom «du droit à se défendre, du droit d'Israël
à exister» glisse progressivement vers la droite pour aboutir
aujourd'hui à l'extrême droite suprémaciste à la tête de l'Etat hébreu.
Une première alerte est donnée en février 1994 quand B. Golstein - un
colon juif nationaliste intégriste - tue 29 personnes et en blesse 125,
au tombeau des patriarches (la mosquée Ibrahim) à Hébron, lors de la
prière. Il sera jugé et condamné. Mais les manifestations et émeutes qui
s'ensuivent contre les agissements des colons seront réprimées et feront
26 morts parmi les émeutiers. Le rêve ouvert par les «accords d'Oslo»
est définitivement enterré, en novembre 1995, avec l'assassinat du
ministre I. Rabin, par un ultra nationaliste israélien: Y. Amir. Un acte
nourri aux discours de haine proférés alors par A. Sharon, B. Netanyahou
et consorts. S'ensuivent les provocations d'A. Sharon, se rendant, en
septembre 2000, avec d'autres sur l'esplanade des mosquées (al Aksa) à
Jérusalem. Ce qui sera la source de la deuxième intifada et
d'attentats-suicides contre les Israéliens...
Au quotidien, durant ces années, la libre circulation pour les
Palestiniens entre Gaza et la Cisjordanie disparaît. Les murs sont
érigés tant par Israël que par l'Égypte. Dans les territoires occupés,
la vierestreinte des Palestiniens se rythme au gré de check-points, de
contrôles incessants, d'interdits, de provocations de colons et de
répression. La résistance se radicalise et s'intensifie alors que la
répression s'accentue. Un tribut lourdement payé par les Palestiniens.
Dans le même temps, l'implantation des colonies, qui n'a jamais cessé,
s'accélère. Il y a aujourd'hui plus de 800 000 colons installés en
Cisjordanie, à Jérusalem Est et sur le plateau du Golan. Souvent des
familles pauvres, des familles nombreuses à qui le gouvernement a offert
un toit et du travail, faute de réponses sur le territoire d'Israël.
Souvent aussi des familles orthodoxes acquises à la cause sioniste qui
imposent leur loi et expulsent les Palestiniens de leurs terres, de leur
maison... Jérusalem est annexée par le gouvernement israélien et devient
la capitale de l'Etat. Le gouvernement d'A.Sharon sera renforcé dans sa
politique sioniste et coloniale en 2001 par le ralliement de
personnalités de gauche, de partisans -de la Paix- dont Simon Péres. «Il
était le symbole d'Israël, il a accompagné la naissance et le
développement de ce pays en contribuant de manière exceptionnelle à sa
défense», a déclaré lors de ses obsèques B. Nétanyahou, alors chef du
gouvernement et virulent opposant à ces accords de paix.
D'Oslo à Gaza et à un 7 octobre
Gaza est une prison à ciel ouvert, emmurée par Israël et par l'Égypte,
où s'entasse une population déjà chassée de ses terres par l'état
Hébreu. Un territoire où règnent des théocrates du Hamas depuis
l'éjection de l'AP. Gaza, une économie embryonnaire voire souterraine,
où la population ne survit que d'aide humanitaire, de subventions
extérieures ou du trafic des tunnels. Une enclave contrôlée d'où sortent
ou rentrent quotidiennement des centaines de prolétaires selon les
besoins de l'économie et du patronat israéliens. Une main d'oeuvre qui
se voit concurrencée aujourd'hui par des migrants asiatiques moins
onéreux et plus surs. C'est le capital israélien et sa bourgeoisie qui
tireront profit de ces -accords- procurant aussi une rente de situation
aux bourgeoisies, notables et affairistes palestiniens de Gaza ou de
Cisjordanie.
Ces accords ont permis un reniement continuel et une escalade
génocidaire de la puissance occupante avec l'aval de Washington qui
déverse ses milliards annuels, livre des armes et envoie ses navires de
guerre. Des accords bafoués aussi par l'inaction de l'Union Européenne
qui s'est toujours refusée à prendre la moindre sanction contre ces
gouvernements voyous. Européens cyniques qui, encore aujourd'hui, alors
que l'État Hébreu massacre nuit et jour femmes et enfants, invitent
Israël à «plus de retenue».
La bourgeoisie israélienne avait besoin de cet ennemi «terroriste» qui
lui permettait de garder la société militarisée et d'offrir au patronat
une main d'oeuvre à bas cout fortement disciplinée et surveillée. Pour
les Palestiniens, L'AP est devenue inexistante, est discréditée de
n'avoir pu porter et réaliser les espoirs d'Oslo signés par Arafat.
Mais, Gaza est devenue, au fil des ans avec le Hamas, le symbole de la
résistance contre le colonisateur pour plus de 60% des Palestiniens et a
ressorti leur «histoire» du tiroir où l'avaient enfermé les
gouvernements israéliens.
A ce jour, B. Netanyahou et son gouvernement détiennent 6000 prisonniers
palestiniens, bombardent sans retenue Gaza et sa population (plus de 20
000 morts) tandis que les colons et les militaires chassent ou tuent les
Palestiniens en Cisjordanie (260 morts). Tel pourrait être le bilan de
ces trente années qui ont fait oublier «Oslo et un 13 septembre 1993».
MZ 15 122023.
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4080
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