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(fr) Une prison, ca rapporte enormement

Date Thu, 26 May 2005 00:36:15 +0200 (CEST)


Bouygues, Eiffage Construction, Sodexho-Alliance (Siges et
Idex-Sogerex), Suez-Lyonnaise des eaux (Gepsa)... sont en prison. Pour y
faire de l’argent, pas à cause de tout ce qu’on peut leur reprocher.

Le système carcéral offre un excellent exemple de l’interpénétration
"public-privé". Le partage des tâches est simple : le "service public"
fixe les lois permettant les emprisonnements (parlement), régule les flux
d’entrée et de sortie de prisonniers (police, justice) et le
"service privé" fait ses choux-gras de l’exploitation du système. Le
principe de base de cet accouplement monstrueux, c’est la "délégation de
service public", que les contrats dits PPP (Partenariats public-privé, loi
du 2 juillet 2003) ont porté à son maximum. Avec les PPP,
administrations et entreprises ne font pratiquement qu’un pour
l’exécution du service, et deux bien distincts pour ce qui concerne les
bénéfices.

La gestion en PPP est pour les entreprises privés une manne. Elles
espèrent engranger, sur le modèle américain, d’immenses profits. Grâce à
un accroissement progressif -et d’ailleurs programmé- de la population
carcérale, le système atteindra certainement une forte rentabilité. Les
puissantes entreprises qui se sont lancées dans les PPP feront donc, avec
tous les moyens dont elles disposent (les médias qu’elles
contrôlent, leur copinage politique, la corruption...) tout ce qu’elles
peuvent pour que la "justice" matraque de plus en plus l’habitant de base
et le fasse passer par la case prison quand il leur conviendra. Leurs
bénéfices en dépendent. Leur cotation à la bourse aussi.

L’histoire de la privatisation des prisons vient de loin, mais c’est en
1987 qu’elle a été relancée par Albin Chalandon (gouvernement de droite)
avec la construction de 15 000 nouvelles cellules et l’attribution à une
même entreprise de la conception, la construction et la gestion d’un
établissement pénitentiaire. Sur les 25 prisons prévues par son
programme, 21 ont été construites avec un total de 13 000 cellules.

Suite à la proposition de Pierre Méhaignerie (gouvernement de droite)
Elisabeth Guigou (de gauche) décide en 1994 de reconduire la gestion mixte
des 21 prisons-Chalandon et de lancer 6 prisons supplémentaires (4 000
cellules de plus). Les bénéficiaires de l’appel d’offre sont alors le
groupe Eiffage Construction et le groupe Bouygues. En 2000, un
milliards et demi d’euros sont débloqués pour ces constructions. En
janvier 2002, l’administration pénitentiaire alloue au groupe
Sodexho-Alliance (Siges et Idex-Sogerex) et au groupe Suez-Lyonnaise des
eaux (Gepsa) le service de restauration pour 27 prisons.

En 2001, un programme de 35 nouvelles prisons -excusez du peu- est annoncé
par Marylise Lebranchu (gouvernement de gauche). En 2002, Perben
(gouvernement de droite) rebondit la-dessus. Un nouveau programme de 13
200 cellules est lancé, dont 400 à 600 cellules contre les enfants. Pour
aller plus vite, il facilite la tâche des entreprises : elles sont
désormais dispensées de la longue procédure prévue dans le Code des
marchés publics et elles peuvent obtenir un crédit-bail avec un droit
d’occupation temporaire de terrain public. De plus, Perben leur donne la
gestion clef en main pour des durées de vingt à trente ans..

L’État est réduit au rôle de locataire (c’est lui qui verse au privé une
redevance mensuelle) et de fournisseur (c’est lui qui envoie
"gracieusement" les gens en prison, en fonction du besoin des
entreprises qui gèrent les taules).

Les entreprises empochent le loyer et les frais de gestion (avec une marge
confortable), le "prix de journée" pour l’entretien des
prisonniers (sur lequel elles peuvent faire toutes les "économies"
possibles), les sur-bénéfices de la "cantine" (tous ce que les
prisonniers peuvent acheter -papier hygiénique, enveloppes...- vendu
beaucoup plus cher qu’à l’extérieur) et les sur-bénéfices du travail des
prisonniers (tenus au rendement et payés des clopinettes). De ce point de
vue, la prison constitue l’équivalent d’une délocalisation de la
production... les frais de déplacement en moins.

Les prisonniers, jusque-là soumis au seul pouvoir du directeur de
prison, ont avec le PPP une double autorité. La première contrôle
toujours l’application administrative de la peine, l’autre régit la
logistique, le quotidien qui influe à chaque instant sur la vie en
détention. Les choses sont encore plus compliquées pour eux.

Et la "Justice" là-dedans ? Il ne peut y avoir de "Justice" quand il n’est
question que de profits.


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LANNEMEZAN, BAPAUME, ENSISHEIM...

Samedi 26 février, pour marquer le début de leur 18ème (et 22ème) année
d’emprisonnement, des manifestations ont eu lieu, devant les prisons ou
sont enfermées les prisonniers d’AD. Lannemezan (centre ou est détenu
Jean-Marc Rouillan) Bapaume (ou est emprisonnée Nathalie Ménigon) et
Ensisheim (lieu de détention de Georges Cipriani)), ainsi qu’à Valence,
Saint-Etienne. Des rassemblements ont également eu lieu devant les
consulats de France de Barcelone (où était présentée la traduction
espagnole du roman de JM Rouillan, "Je hais les matins") et les ambassades
de France de Madrid et d’Athènes. L’initiative en revient à des
individualités, d’horizon très divers, regroupées dans le but de les faire
libérer.

En ce qui concerne le rassemblement de Lannemezan, plus de deux cents
personnes, venues pour une bonne part de Toulouse auxquelles s’étaient
jointes des manifestants de toute la région s’y sont retrouvés. Parti a
pieds de la gare, le cortèges a pu parvenir, sous surveillance,
jusqu’aux portes de la Centrale où des inscriptions de solidarité ont été
tracées. Après une heure et demi de présence, les manifestants ont
rebroussé chemin et ont fait leurs "au revoir" aux prisonniers en tirant
un véritable un feu d’artifice, ce qui a été bien accueilli de la majorité
des personnes enfermées, même si l’administration a saisi le prétexte pour
procéder à une fouille à corps, dans la cour, en plein hiver. Ensuite, le
cortège s’est dispersé sans incident.

http://cnt-ait.info/article.php?id_article=1092

Pour plus de renseignements :
Défense active _ 80 rue de Ménilmontant _ 75018 Paris.


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