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(fr) Le Monde libertaire # 1387
From
FA <relations-exterieures@federation-anarchiste.org>
Date
Sat, 26 Feb 2005 10:46:38 +0100 (CET)
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Le Monde libertaire # 1387 du 24 février au 2 mars 2005
VIVE LA RUE !
« Les luttes d'aujourd'hui se nourrissent des expériences d'hier, elles
préfigurent aussi la société de demain. »
Sommaire du Monde libertaire # 1387 :
Non, non, non, Oui, oui, oui, par Virginie , page 3
L'école, c'est l'avenir, par des enseignants, page 4
La vie ordinaire des ouvriers, par Jean-Pierre Levaray, page 5
L'autisme en France, par Claude et Laurence, page 6
Le coup de patte de l'Autruche, par Frédo Ladrisse, page 6
Les nouvelles des fronts ne sont pas toujours bonnes, par Hugues, page 7
L'Europe des capitalistes n'est pas virtuelle, par Justhom, page 8
Une mutuelle pour la fraude, par le RATP, page 9
Le bracelet électronique ou la prison, par Patrick Schindler, page 11
L'éthique des encagoulé-e-s, par Jean-Marc Raynaud, page 12
La terre ou ... la bible, par Joël Grouffaud, page 14
Les premiers ouvriers anarchistes mexicains, par Olt, page 15
Connaissance de l'Irak, par Laurent Fouillard, page 16
L'entraide, ça se vit aujourd'hui, par Nestor Potkine, page 17
Carmen à Berlin, par Heike Hurst, page 19
Vie du mouvement, page 22
Radio libertaire et agenda, page 23
L 'éditorial :
Les lycéens ont encore exprimés leur raz le bol de se voir pris pour des
cons, des irresponsables inconscients de ce que seront leurs existences
une fois leurs parcours éducatifs parvenus à leurs termes. On voudrait
résumer leur lutte, contre le démantèlement du service public éducatif
que veut entamer la loi Fillon, à l'expression d'une angoisse de potaches
face à leurs examens. Alors on suspend la réforme du bac, on invite leurs
représentants syndicaux à venir se corrompre sous les ors de la
République,.tout en décrétant l'urgence sur les débats parlementaires
pour tenter de faire passer le projet en force. Tout pour ne pas retarder
le désengagement de l'état de L'éducation nationale.
L'État vu par messieurs Chirac-Raffarin, Gaymard, Fillon, et autres
margoulins n'est qu'une gigantesque pompe à fric servant à alimenter la
machine économique qu'ils cogèrent avec le baron Sellières et ses maîtres
des forges, les capitaines d'industries et les financiers.
« Il faut que les français se désintoxiquent de l'intervention de
l'État » proclamait l'autre jours un ministre de ce gouvernement de
vendus. Il faudrait d'abord pour cela que l'État et ses sbires se
désintoxiquent de nous, nous lâche les baskets pour aller rejoindre leur
place dans les poubelles de l'histoire. Laissez nous autogèrer la machine
économique en abolissant la propriété privée des moyens de productions et
nous saurons organisé les services publics d'éducation, de communication,
d'énergie... de façon égalitaire.
Selon la propagande libérale, l'État prélève trop de taxes. Ceci est
vrai, mais il faut voir à quelles taxes le gang libéral veut s'attaquer.
Il s'agit principalement des taxes sur les entreprises, la taxe
professionnelle entre autres, qui ne sont qu'une redistribution, très
limitée des richesses produites. Quand ces bandits touchent à l'impôt sur
le revenu, ils ne revoient à la baisse que les tranches les plus hautes,
celles qui ne concernent que les classes supérieures et moyennes
supérieures.
Ainsi nous construisent ils un monde à multiples vitesses où l'abysse des
inégalités sociales entre les riches et les pauvres ne cesse de se
creuser. Ainsi veulent-ils que la « France d'en bas » se résigne à ne
recevoir que de moins en moins de solidarité de la part de la France d'en
haut qui l'exploite, tout en étant toujours plus écrasés de taxes et
prélèvements dont se goinfrent les entreprises sous formes de subventions
et de marchés.
Un article en prime :
De l’Esprit des lois
Quand, le 30/11/2004, à l’heure du laitier, les spadassins de
l’anti-terrorisme (une dizaine de cow-boys, comme dans les films) ont
investi notre maison, quelle ne fut pas leur surprise de découvrir
l’encart suivant, daté du … 31/10/2004 :
« A vous qui arrêtiez déjà ceux qui hébergeaient des enfants juifs et
autres pendant la deuxième guerre mondiale :
1) Le café est prêt, il suffit d’allumer la cafetière.
2) Servez-vous de sucre.
3) Si le chien aboie, rassurez-le, il a toujours eut peur des bandits. 4)
Nous dormons à l’étage. Merci de frapper avant d’entrer. Jean-Marc est
cardiaque et n’apprécie que modérément les émotions fortes. »
La bleusaille (tous ces jeunes gens n’avaient pas la trentaine) frôla
l’apoplexie.
Ainsi donc, non seulement nous les attendions depuis un mois (c’est bien
connu, les terroristes attendent tranquillement pendant plusieurs
semaines qu’on daigne venir les arrêter), mais, de plus, nous nous
placions sur un terrain qu’ils n’aiment pas particulièrement : celui de
la morale.
Leur réaction fut toute de violence et d’indignation.
« Vous n’avez pas le droit de nous comparer à…! » nous dirent-ils en
chœur. Le droit !
De la relativité des lois
Depuis l’aube des temps toutes les sociétés humaines se sont dotées de
règles. De règles édictées par les dominants du moment (et donc en leur
faveur). De règles datées historiquement. De règles évoluant constement
au fil du temps et des rapports de force entre dominants et dominés… Ça
s’appelle des lois !
C’est ainsi que lors de la deuxième guerre mondiale, en France, il était
parfaitement légal d’arrêter les gaullistes, les communistes, les
anarchistes (cela va de soi), les juifs, ceux qui hébergeaient des
enfants juifs et autres…, et de les envoyer là où l’on sait.
C’est ainsi qu’après la deuxième guerre mondiale tout cela devint
illégal et qu’il devint, par contre, parfaitement légal d’arrêter les
pétainistes, les collabos…, et …
De l’éthique ou d’une espèce de morale universelle
On s’en doute, si les lois humaines, qui sont toutes de circonstances,
au point de rendre illégal ce qui hier encore était légal (et vice-versa),
s’affichaient comme telles, elles auraient du mal à susciter l’adhésion
du petit peuple qui, lui, les subit toutes.
Aussi, pour tenter de masquer le dérisoire de leur relativité, les lois
humaines cherchent toujours à cacher leurs guenilles circonstancielles
derrière les habits de lumière d’une certaine transcendance à l’odeur
forte d’universalité.
C’est ainsi que les rois et les bedonnants cléricaux se disaient de
droit divin. Que les petits marquis et autres hobereaux se targuaient
d’être de sang bleu. Que ceux qui leur coupèrent la tête prétendirent le
faire aunom du peuple… et de l’être suprême. Que les nazis et tous les
colonisateurs s’estimaient être d’une race supérieure. Que les moines
soldats du marxisme étaient persuadés du bien-fondé scientifique de leurs
délires totalitaires. Et que nos gouvernants d’aujourd’hui brandissent
haut et fort l’étendard de la croisade contre le Grand Satan du
terrorisme (celui des autres, évidement).
Comme on le voit ces différentes tentatives de transcendance et
d’universalisme confinent au pitoyable.
Reste qu’elles ont existé de tous temps et que ce n’est nullement un
hasard. Les lois humaines, en effet, ne redoutent rien tant que
l’émergence de cette rivière souterraine faite de quelques grands
principes et de quelques grandes valeurs (liberté, égalité, entraide,
autogestion…) qui depuis la nuit des temps irriguent « l’âme » de ceux et
de celles quimarchent debout et qui fait frontière entre l’animalité et l’humanité. De
ce fleuve qui, depuis toujours, à l’occasion de crues sociales, sort de
son lit et balaye, à grands coups de révolutions, l’ordre établi par les
maîtres du monde du moment.
Cékomça. Ca a toujours été comme ça. Et ça sera toujours comme ça.
L’être humain, par delà sa propension à la bestialité, porte en lui une
aspiration irrésistible à autre chose que la résignation à n’être qu’un
estomac (plein ou vide) sur pattes. Ca s’appelle une espèce de morale
universelle. Les droits de l’être humain. Ou…
L’aspiration à une révolution sociale est de cet ordre. Comme … Ou… Et
les différents pouvoirs qui se sont succédés dans l’histoire humaine
n’ont eut de cesse de tenter de s’approprier cette aspiration (en la
dévoyant direction toute l’impasse réformiste, la départementale
nationaliste ou l’autoroute religieuse) car ils ont toujours su que seule
cette aspiration était susceptible de conférer à leurs grossiers appétits
le Saint Graal ou la pierre philosophale de la LEGITIMITÈ.
Et nous en sommes toujours là !
J’étais fonctionnaire de catégorie C dans un camp de concentration
Pourquoi une demi-douzaine de jeunes crétins et crétines de
l’anti-terrorisme ont-ils été choqués de se voir comparer « à ceux qui
arrêtaient déjà… » ?
A l’évidence parce qu’ils pensaient qu’arrêter des gens hébergeant des
enfants juifs est mal ! Et ça, c’est bien !
A l’évidence, également, parce qu’ils pensaient qu’arrêter des gens
hébergeant un fils de terroristes basques, ça n’est pas la même chose.
Car ça implique obligatoirement une adhésion ou un soutien (même
critique) au terrorisme.
A l’évidence, encore, parce qu’ils ont commencé à subodorer que tout
cela n’était pas aussi simple. Because, notre vie toute entière démontre que
nous avons toujours combattu le nationalisme, une lutte armée d’un autre
age et l’assassinat à la petite semaine terroriste ordinaire de
troisièmes couteaux colonialistes et, surtout, d’innocents seulement
coupables de ne pas adhérer à un délire. Et because, ceux qui arrêtaient
des gens hébergeant des enfants juifs arrêtaient aussi ceux qui
hébergeaient des enfants de communistes, de gaullistes, d’anarchistes, de
socialistes, de gens de droite…, et autres résistants qualifiés sur le
moment de… terroristes.
A l’évidence, enfin, parce qu’en revendiquant clairement le fait d’avoir
hébergé, en quasi connaissance de cause (au bout d’un moment), un enfant,
certes de terroristes, mais en détresse scolaire, éducative et affective,
nous les obligions à répondre à la question qui tue, à savoir : les
enfants sont-ils oui ou non responsables de leurs parents ?
Bref, non seulement nous les avons ébranlé dans leurs certitudes
anti-terroristes (on peut héberger un enfant de terroriste sans être
terroriste ou sympathisant du terrorisme ; lors de la deuxième guerre
mondiale, auraient-ils, comme l’a fait la police française, arrêté les
enfants des gaullistes qui, à l’époque, étaient qualifiés de
terroristes ?...), mais, aux valeurs à deux francs qui leur servent
d’étendard, nous leur avons opposé des valeurs supérieures parce
qu’universelles (les enfants ne sont pas responsables de leurs parents et
tout enfant en détresse a le droit d’être scolarisé, éduqué et
accueilli).
A moins de se la jouer profil bas du genre j’obéis aux ordres et je
n’étais qu’un fonctionnaire de catégorie C dans le camp de concentration
de…, nos policiers anti-terroristes ne pouvaient, donc, que s’indigner.
Et, ce faisant, se condamner à démontrer l’injustice de certaines
comparaisons.
Sans illusion aucune, on ne peut cependant que leur souhaiter bonne
chance dans cette démarche. Ce que nous avons fait, en les rassurant du
mieux que nous avons pu, c'est-à-dire en leur disant que le jour où ils
seraient victimes de la répression (les terroristes d’un jour sont
souvent les ministres de demain) nous nous ferions (nous qui n’avons pas
toujours fait le bon choix en la matière en acceptant que certains de nos
camarades deviennent ministres) un honneur de scolariser, d’éduquer et
d’héberger leurs enfants.
Ils n’ont pas vraiment apprécié notre proposition, sans doute au motif
qu’elle fleurait bon l’incongru vu notre état de prisonniers, menottés et
soupçonnés de…
De nouveau libres, nous la réitérons !
Légalité ou légitimité ? Morale ou éthique ?
Est-il légal ou illégal d’accueillir un enfant de terroristes (basques,
charentais, policiers ou autres) ?
Pour ce qui concerne les anarchistes, cette question est rigoureusement
sans intérêt. Car sauf à se résoudre à n’être qu’un enfoiré ou un
pleutre, accueillir un enfant tout court ne peut être que légitime. Comme
de faucher des champs d’O.G.M., s’opposer au nucléaire, combattre
l’exploitation et l’oppression de l’être humain par l’être humain.
C’est une simple question de morale et la morale, parce qu’elle relève
de l’universel, primera toujours sur la loi qui, elle, relèvera toujours du
circonstanciel.
Oui, bon, d’accord, mais la morale n’est-elle pas également
circonstancielle ?
N’y a-t-il pas de bonnes morales et de mauvaises morales ? Et quid de
l’ordre moral qui voyage d’ordinaire dans les soutes de la morale ?
Ce ne sont pas des mauvaises questions !
Et c’est bien pourquoi les anarchistes, plutôt que de morale (un simple
code de valeurs dominantes à un moment donné) préfèrent parler de
principes et d’éthique. Car nos principes de liberté, d’égalité,
d’entraide et d’autogestion qui sont les principes de toujours d’une
espèce humaine qui, pour penser et se penser, aspirera toujours à
l’essentiel de ce dérisoire et de cette chance formidable qu’est la vie,
ont le double mérite d’être tout à la fois universels et clairs.
De ce point de vue, nos principes, ne sont que fondateurs d’une
universalité morale parmi d’autres (la religiosité, la démocratie,…).
Alors, qui, au final, est en droit de décider de l’universalité morale
ou non (l’universalité comme la morale) de tels ou tels principes ?
Les anarchistes n’ont que l’éthique (la liberté fondamentale de chaque
personne humaine de se penser par rapport à la pensée) à proposer.
Et, c’est clair, ça n’est pas un cadeau, car, est-il besoin de le
préciser, l’éthique ça mettra toujours l’individu face à sa liberté et à
sa responsabilité.
Vous comprenez pourquoi ils nous ont relâche sans nous mettre en examen,
sans nous inculper de quoi que ce soit…, et sans excuses !
Être libre ou se reposer
Par delà les lois du moment et la pression de médias aux ordres, les
humains n’échapperont jamais à leur liberté !
A questions claires, il devra toujours y avoir réponses claires ! Lors
de la deuxième guerre mondiale, était-il ou non légitime (légal,
c’est sûr) d’arrêter les juifs et ceux qui hébergeaient des petits juifs
et autres, en sachant que cela signifiait les envoyer là où l’on sait ?
Aujourd’hui, est-il ou non légitime (légal c’est sûr) d’arrêter ceux qui
accueillent des enfants basques ou autres ? De collaborer avec la police
(légalement ça n’est même pas sûr) quand elle lance des avis de
recherche, non pour protéger un enfant (dans ce cas ce serait légitime)
mais pour embastiller des acceuilleurs d’enfants ? De n’être que
spectateur des procès intentés aux défenseurs de la vie que sont les
faucheurs d’O.G.M. ? De tolérer l’intolérable et de supporter
l’insupportable d’un capitalisme fou d’arrogance et de psychose
suicidaire ? …
Camarades humains, je suis désolé de vous le dire, mais la réponse vous
appartient !
Osez seulement dire que le présent vous satisfait !
Osez seulement dire que bien sûr, mais qu’enfin… !
Osez seulement ne rien dire !
Osez seulement refuser d’être ce que vous pouvez être !
Osez… !
Du droit et du devoir d’insurrection
Camarades humains qui n’êtes que des humains, sachez que, par delà vos
histoires respectives, vos chances ou vos malchances d’avoir pu accéder à
la culture et à la civilisation, vous n’êtes pas des animaux et que vous
serez toujours maîtres de votre destin. Ca s’appelle la liberté !
Les lois vous inciteront toujours à… !
Elles ne sont pas toujours mauvaises !
Votre conscience vous incitera quelquefois à vous en affranchir dés lors
que …!
Entre la lettre et l’esprit des lois, le choix vous appartiendra
toujours ! Car même dans une société anarchiste, ne croyez surtout pas
que… ! « Chef, ils ne sont vraiment pas possibles ! »
Chaucre le 23 janvier 2005
Jean-Marc Raynaud
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