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(fr) Alternative Libertaire #375 (UCL) - Sport: Qui veut contrer la WNBA?

Date Tue, 3 Nov 2026 23:45:14 +0200


La Women National Basketball Association (WNBA), ligue professionnelle féminine de basket aux États-Unis et meilleure du monde, est en plein essor médiatique depuis plusieurs années. En devenant mainstream, et par sa démographie de femmes en grande majorité noires et à forte composante de personnes lesbiennes ou queers, elle est devenue une cible de choix pour les misogynes, transmisogynes et racistes de tout bois. Ces derniers mois, les attaques patriarcales de la part de la droite à son encontre ont connu une intensité croissante. ---- Pour comprendre la situation, il faut revenir un peu dans le passé. La ligue se crée dans les années 1990 avec le soutien de la NBA [1]. La WNBA est alors plutôt confidentielle et peu regardée, notamment car perçue comme peu intéressante vis-à-vis de sa contrepartie masculine. Les blagues sur le manque de niveau athlétique, ou le manque d'audience se multiplient et découragent toute tentative de mettre la ligue en avant. Les diffic
ultés économiques dureront jusqu'à assez récemment, mais la ligue a su assurer sa longévité [2]. Ce phénomène de mépris des sports collectifs féminins [3] est commun jusque dans les années 2010 et perdure encore malheureusement.

Mais c'est dans ce relatif anonymat que se forgent les codes et la culture actuelle de la WNBA, qui se veut résolument féministe, fière de ses athlètes noires et LGBTI [4], ou encore motrice sur les questions de parentalité en tant que sportives de haut niveau. Sans prétendre que la WNBA était un repaire de féministes révolutionnaires, loin s'en faut, la ligue détonne en étant l'une des rares ligues professionnelles progressistes sur les questions sociétales.

L'effet Caitlin Clark

La popularité de la WNBA augmente dans les années 2010 avec un afflux de nouvelles joueuses de talent et une progression générale des audiences des sports collectifs féminins. Elle garde ses traditions «progressistes» , avec la poursuite de luttes sur la rémunération des joueuses. La question de maintenir cette identité face à une popularité grandissante, et la pression pour devenir plus mainstream et moins revendicative sont au coeur des débats qui animent la ligue encore aujourd'hui. Entre 2022 et 2024, Caitlin Clark, une joueuse universitaire de grand talent, blanche, hétérosexuelle et issue du Midwest états-unien déclenche une véritable «Caitlin Mania» sur le basketball universitaire. Les audiences explosent, et tout le monde veut voir la shooteuse capable de performances extraordinaires. Si son talent et ses prouesses sont indéniables, on ne peut ignorer que sa blanchité, son orientation sexuelle et son origine [5] ont aussi grandement joué dans sa popular
ité.

Arrivant en WNBA en 2024, la ligue bénéficie grandement de sa popularité. Cette mise en avant de la joueuse par les médias et la ligue entraîne des tensions avec les joueuses noires plus expérimentées qui ont vécu des périodes plus difficiles et se sont battues pour créer la culture inclusive de la WNBA. Lors des matchs, Caitlin Clark a parfois été victime de fautes ou de défenses un peu rugueuses. C'est aussi le début de l'instrumentalisation de Caitlin Clark par la droite états-unienne. Si la joueuse n'a jamais tenu de propos soutenant la droite, se cachant derrière une neutralité «apolitique» qui favorise son potentiel marketing, elle est devenue, malgré elle, un symbole. Celui d'une Amérique «humble», blanche, hétérosexuelle et attaquée par des minorités qui seraient «jalouses» d'elle.

C'est donc l'opportunité d'attaquer une ligue perçue comme trop noire, trop queer et trop féministe. De Donald Trump aux influenceurs politiques d'extrême droite, tous instrumentalisent les tensions réelles, mais largement exagérées entre Caitlin Clark et les autres joueuses. Ce n'est cependant pas leur seul angle d'attaque. Récemment, la stratégie de dénigrement de la ligue se concentre sur des attaques transphobes qui visent à détourner toutes les discussions sur la WNBA en dehors du terrain.

Les attaques transphobes

Tout commence alors qu'une joueuse blanche, Sophie Cunningham, reprend dans une interview l'élément de langage commun et transphobe de «protéger les femmes» en souhaitant empêcher que des personnes transgenres puissent faire du sport avec des femmes cis. Il n'en fallait pas plus pour que toute la machine médiatique d'extrême droite s'agite. Deux anciens joueurs cis masculins médiocres, Enes Kanter Freedom et Royce White, en profitent pour chercher à ridiculiser la WNBA en se déclarant faussement femmes [6] et candidats à jouer puisque la WNBA ne mentionne pas la transidentité comme un frein. Ils affirment qu'ils domineraient la ligue, surs de leur prétendue supériorité masculine. Par cela, ils cherchent à forcer la WNBA à refuser l'entrée aux personnes trans. La ligue est en effet l'une des rares à ne pas avoir banni explicitement les personnes trans de ses équipes [7].

Il s'agit cependant d'un faux débat. S'il y a des joueureuses non-binaires au sein de la ligue, on n'y trouve pas de joueuses transféminines pour le moment. Les joueuses transféminines à haut niveau sont très rares et disposent rarement de la supériorité physique qu'on leur prête. Il s'agit simplement d'un argument transphobe pour empêcher l'accès aux sports aux personnes trans. Le prétexte donné par les deux ex-joueurs est là aussi de «protéger les femmes», ce qui est particulièrement rebutant quand on sait que Royce White, devenu influenceur d'extrême droite, a été violent avec son ex-compagne. Cette mascarade est la preuve que la transphobie est, encore une fois, utilisée pour punir non seulement les personnes trans, mais toutes les femmes. Le débat est également devenu une manière pour le gouvernement Trump de détourner l'attention de la guerre en Iran et de toutes les autres polémiques en s'attaquant à des minorités pour faire plaisir à son électora
t.

Face à ces attaques, les joueuses ont écrit au travers de leur syndicat un communiqué inclusif en soutien aux personnes trans et refusant d'être instrumentalisées. Elles dénoncent aussi qu'il s'agisse de prémisses d'attaques à d'autres droits des femmes, notamment la loi «Title IX» qui lutte contre les discriminations basées sur le genre dans le monde universitaire. Si les joueuses ne sont pas nécessairement de notre classe, il parait évident qu'il faille les soutenir dans ce combat. Le sport est l'un des nombreux domaines où les attaques misogynes et transmisogynes remportent de grands succès, le délaisser dans nos luttes aurait des impacts majeurs.

Sano (UCL Marseille)

Notes:
[1] National Basketball Association: ligue masculine états-unienne de basketball.
[2] Aucune ligue sportive américaine professionnelle féminine n'avait duré plus de 10 ans avant la WNBA.
[3] Les sports individuels féminins (tennis, gymnastique, athlétisme...) jouissent d'une plus grande popularité historique.
[4] Parmi les meilleures joueuses, nombreuses sont lesbiennes ou bisexuelles, et la ligue a comporté des joueureuses non-binaires comme Layshia Clarendon.
[5] Aux États-Unis, venir du Midwest est perçu parfois comme venir du «coeur» de la nation, loin des élites des côtes Est et Ouest qui seraient «déconnectées de la réalité».
[6] Il est assumé qu'il s'agisse d'une manipulation grossière et non pas un questionnement réel sur leur identité de genre.
[7] Contrairement aux fédérations internationales de tennis et de natation par exemple.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Sport-Qui-veut-contrer-la-WNBA-11205
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