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(fr) Anarchosyndicalisme! n°198 (CNT-AIT) - Pour une grève générale écologique
Date
Tue, 3 Nov 2026 00:01:37 +0200
Cet été 2026, les travailleurs des sites espagnols d'Airbus se sont mis
en grève, notamment pour leurs salaires, contre la réduction du
télétravail, l'obligation de prendre des congés en aout et le plan de
restructuration BROMO à Defence and Space... ---- Même si elle n'a pas
fait la une des médias ici, on a pu entendre sur France Info_: «Cette
grève n'est pas une grève comme les autres [...], elle s'étend à
d'autres usines [...]. La particularité de ce mouvement, c'est qu'il est
né directement des travailleurs, pour la plupart non-syndiqués [...]. Ce
mode d'organisation inédit favorise le rapprochement entre les employés
des bureaux et ceux des ateliers, longtemps divisés [...]. Une centaine
de salariés se sont retrouvés [...] réclamant une assemblée
participative ouverte à tous les salariés pour peser sur la négociation
salariale.[...] Le télétravail n'était que l'élément déclencheur, la
revendication portant plus largement sur le pouvoir d'achat e
t l'ensemble des droits perdus».
En effet, pour pouvoir dépasser les divisions syndicales et amplifier le
mouvement, les travailleuses et les travailleurs ont créé un comité de
grève intersites, élu par leur assemblée générale qui regroupait
plusieurs milliers de grévistes (syndiqués et non syndiqués) sur les
sites de Madrid et Getafe. Au fil du temps, la grève s'est propagée aux
autres sites du pays (San Pablo, Tablada, Albacete, Illescas) et a reçu
le soutien de plusieurs organisations syndicales selon les sites.
Selon nos compagnons de la Confédération Anarchosyndicaliste-AIT
(CA-AIT, le nouveau nom de la CNT-AIT d'Espagne), ce qu'ils retiennent
du mouvement, c'est la question salariale; le mouvement de grève était
structuré de façon duale, c'est-à-dire que ce mouvement a été porté par
les syndicats institutionnels (UGT, CCOO, CGT...), mais aussi par des
structures assembléistes en parallèle, qui tenaient à contrôler ce que
disent et font les syndicats institutionnels, connus pour être des
collaborateurs de la direction Airbus. Ces Comités d'usine ont tenu à
faire savoir que les syndicats étaient sous surveillance par les
grévistes, avec une banderole où il était inscrit: «Ici c'est notre
grève, les travailleurs décident et les syndicats obéissent *».
Une chose est sure, c'est que ce mouvement de grève a foutu la trouille
au PDG d'Airbus, Guillaume Faury, qui ne voulait surtout pas que ce
mouvement de grève s'étende aux autres sites en Europe, notamment à
Marignane. Il s'est donc rendu en personne en Espagne pour négocier un
accord, dont les propositions ont été rejetées en assemblée générale des
grévistes, recueillant un peu plus de la moitié de votes contre.
Des syndicats majoritaires avaient signé des pré-accords avec Airbus,
mais les travailleurs les ont rejetés en assemblée, faisant ainsi
capoter les accords préliminaires.
Le 25 aout, en assemblée, il a été évoqué, dans les fameuses assemblées
tenu par les travailleurs (syndiqués probablement et non-syndiqués
surement), les chantages de la direction envers les travailleurs (les
menaces de la nouvelle DRH de délocaliser une partie de la production et
de rompre toute négociation). Les grévistes en assemblée n'ont pas été
impressionnés, au contraire ils ont alors décidé de voter la grève
illimitée. Puis le 31 toujours en assemblée, ils ont décidé de rejeter
l'offre de l'entreprise et de poursuivre la grève. Aux usines de Getafe,
Tolède et Séville se sont joint les sites d'Albacete et Cadix. D'après
nos infos il y eut semble-t-il sur les sites Airbus de France une
volonté de solidarité avec les collègues espagnols, ce qui n'a pas
rassuré le patronat et le gouvernement (français).
De ce bras de fer entre la direction et les grévistes tous unis (qu'ils
soient non-syndiqués ou membres d'un syndicats institutionnel,
alternatif voire «révolutionnaires») la direction ne s'est pas gêné pour
menacer les grévistes. Mais sous la pression de l'unité des grévistes,
la direction a commencé à annoncer certains reculs_:
* Sur le télétravail, retour à 40 % ,
* Retrait des pénalités sur salaire pour absences maladie ,
* Annulation de la suppression des lignes de bus ,
* Élargissement des horaires d'ouvertures à la cantine_;
* Proposition d'une augmentation des salaires qui reste par ailleurs
bien inférieure à ce qui est nécessaire face à l'inflation.
Ces reculs qui sont toujours insuffisants au regard des revendications
des grévistes, démontrent tout de même la force de la lutte collective,
en évitant de tout déléguer aveuglément aux syndicalistes professionnels.
Dans l'un des communiqués du Comité de grève, les travailleurs en lutte
expliquent que les travailleurs de chez Boeing aux USA ont obtenu après
une grève de 53 jours +38 % de hausse générale des salaires, soit +43,65
% cumulés ainsi qu'une prime de 12 000 $. Et cela, alors que la société
affichait des résultats négatifs. Si Boeing peut payer alors Airbus qui
a enregistré 5,2 milliards d'euros de profits peut encore plus.
Cette situation a fini par forcer l'intervention directe du gouvernement
espagnol en septembre. L'État est sorti pour défendre l'intérêt de
l'entreprise et de la production militaire qui lui est lié (Airbus
produit aussi du militaire, comme l'avion A 400) aux dépens de nos
conditions de vie. Ces gouvernements ne sont que des relais des conseils
d'administration de ces giga entreprises qui font la pluie et le beau
temps dans des régions, voire des pays entiers, sous la menace comme
toujours de délocalisations. Ainsi le ministre de l'industrie espagnol
Jordi Hereu a dit_: «_Il faut respecter les délais de livraison et
baisser les prix_» sous les applaudissements des hauts responsables du
Parti Socialiste Espagnol au gouvernement, ce parti qui est cité en
modèle par toute la gauche française du PS à LFI, et avec les habituels
syndicats CC OO et UGT (équivalents ici de CGT et CFDT). L'État s'est
dans le conflit comme médiateur pour un nouvel accord qui devrait être vot
é par un référendum (à bulletin secret et sans débat) et non dans les
Assemblées (en public et après débat entre les premiers concernés, les
travailleurs). Autrement dit, en s'interposant entre les deux parties en
conflit (patronat contre salariés), il veut mettre un terme à l'action
directe (action des travailleurs qui mettent la pression directement sur
le patronat), pour la remplacer par et le «_dialogue social_», au nom
d'une «_entente_» dans laquelle l'Espagne et les travailleurs seraient
tous paraît il gagnants.
Ce qui signifie, c'est que l'État est le garant de la société
capitaliste, et qu'il met en oeuvre tout ce qui est, en son pouvoir pour
maintenir notre exploitation salariale. Les prolétaires n'ont rien à
gagner de ces référendums des gouvernements, qui se retourne toujours
contre le prolétariat. Dans ce cas précis, le gouvernement a quasiment
confisqué le droit de négociation des travailleurs de la base, au nom de
la productivité en faveur de la direction d'Airbus.
Mais cette lutte montre également que la lutte et la solidarité entre
travailleurs paie, à condition de ne pas se laisser endormir par les
politiciens et syndicalistes professionnels. A bon entendeurs ...
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1525
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