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(fr) Anarchosyndicalisme! n°198 (CNT-AIT) - Syndicalisme et gestion du Personnel
Date
Wed, 28 Oct 2026 00:38:34 +0200
L'un des lèche-bottes de l'usine où je gagne ma vie a surpris ces
derniers jours un intérimaire qui s'endormait sur son poste de travail
un vendredi matin. Cet individu est allé illico presto le dénoncer au
directeur de production de l'usine. Ce dernier a renvoyé l'intérimaire
chez lui, «pour qu'il puisse se reposer», car ça pouvait être dangereux.
---- Il s'ensuit une petite dispute entre salariés (dont moi-même) par
rapport à cette indélicatesse, et voilà que le lundi suivant, le délégué
CFTC vient me voir pour me dire à quel point j'ai été injuste envers le
baveux de la direction. Que l'intérimaire est juste au repos et qu'il
reprendra le boulot dès que possible. ---- Un autre syndicaliste CGT,
celui-là, vient également me confirmer que l'intérimaire n'a pas été
foutu dehors. Deux jours plus tard j'apprends que le contrat de
l'intérimaire n'a pas été renouvelé pour la semaine suivante, donc il a
bel et bien été foutu dehors.
Un autre jour (toujours cet été), dans la même boîte où je trime, un des
délégués F.O. est venu dans l'atelier des ébavureurs, qui profitaient
d'un rafraîchisseur d'air, qui faisait tout de même baisser la
température ambiante de l'atelier à 27° (oui, il faisait chaud), pour
proposer de remplacer le rafraîchisseur d'air par deux ventilateurs,
pour pouvoir faire faire des économies à l'entreprise, tout cela dit
avec un aplomb déconcertant!
Il faut également noter qu'en 2024, nous avons donné un coup de pouce à
une compagne hospitalière, qui travaillait à l'hôpital Joseph Ducuing à
Toulouse, où il y a eu un mouvement de grève, les revendications
habituelles, c'est-à-dire les conditions de travail, les salaires ...
Tout ça pour s'apercevoir que la direction de cet hôpital Toulousain est
en réalité ... La CGT!
Dans l'imaginaire collectif, la logique des choses voudrait que le
syndicalisme et les syndicalistes délégués puissent défendre l'intérêt
et le bien-être des travailleurs.
Force est de constater, que dans ces épisodes navrant les syndicats se
sont comportés et se comportent ouvertement et sans honte comme des
auxiliaires du DRH , quand ils ne sont pas carrément eux mêmes la
direction d'un établissement .
Ce n'est pas la première fois, chez Mécachrome, que nos chers
syndicalistes nous la font à l'envers. Il y a déjà quelques années, nous
avons fait une grève pour des augmentations de salaire, pour qu'au final
au bout de 2 mois et demi de grève le syndicat F.O signe les accords NAO
sans nous informer de quoi que ce soit, et bien entendu contre nos
intérêts, puisque c'étaient les augmentations que proposait la
direction, c'est-à-dire pas grand-chose.
Pour pouvoir ensuite fanfaronner à qui voulait l'entendre que «la
démocratie avait gagné, contre les dictateurs et démago» c'est à dire
nous autres les ouvriers!
Cela fait déjà très longtemps que nous dénonçons le «syndicalisme
institutionnel» dans nos pages, et il est de bon ton de rappeler que «Le
syndicalisme est le fruit de la société capitaliste, né dans
l'exploitation ambiante qu'engendre le capitalisme» (1) (voir «comité
d'usine n°0», la phrase est tirée de cette feuille d'info).
Le «syndicalisme institutionnel», qui se drape de la légalité, de
l'égalité et de la représentativité, mais la légalité dans le monde du
travail et d'ailleurs dans la société en général, ce n'est rien d'autre
que les règles du jeu dictées par les classes dominantes, qui eux-mêmes
parlent d'état de droit et de république à tue-tête.
Et, contrairement à la propagande étatique, il n'y a pas d'égalité entre
les travailleurs et les employeurs, ni en France, ni ailleurs, car si
nous étions réellement égaux dans la société, nous pourrions négocier et
discuter avec le patronat et la bourgeoisie en général, sans être obligé
quasi systématiquement de se mettre en grève et de se bagarrer.
Si nous étions vraiment égaux par la simple discussion, nous pourrions
obtenir facilement des améliorations de salaire importantes, de
meilleures conditions de travail sans être obligés de hurler.
Mais ce monde n'existe pas, et les intérêts des ouvriers concordent
rarement avec ceux des patrons.
Les syndicats, tous les syndicats du monde, ont des droits qui ont été
votés par tous les parlements qui existent sur terre, souvent accordés
par les gouvernements pour pouvoir maîtriser les colères prolétariennes.
Quand ce n'est pas tout simplement des syndicats uniques de l'État, avec
une syndicalisation obligatoire.
Cela fait longtemps que ces institutions prétendument prolétariennes
sont au service des États et de la gestion de la production des
marchandises. Les syndicats sont un rouage essentiel dans la machinerie
capitaliste.
Ce sont des organisations importantes dans nos sociétés, et dont la
place est reconnue. Leurs positions sont réglementées par la loi et les
accords, et leurs chefs aspirent à être au pouvoir, à diriger la société
. Les syndicats sont en réalité des organes de la domination capitaliste
et ont une mainmise indéboulonnable sur le prolétariat, qui
malheureusement pense qu'il est impossible de lutter sans ces bureaucrates.
La tâche principale et la plus difficile pour les travailleurs est de
reprendre en main la production et de l'organiser eux-mêmes. Mais le
combat pour la conquête du pouvoir sur la production nécessite une
élévation importante du niveau de conscience des travailleurs qui leur
permettra de reprendre confiance dans leur capacité à gérer par eux même
les outils de production.
Il est donc nécessaire de prendre ses distances avec les «syndicats
institutionnels», meme ceux se disant «alternatifs»,ou qui se réclament
aujourd'hui de «l'anarchosyndicalisme» (la CNT SO, par exemple, a des
salariés, qui sont eux-mêmes syndiqués à SUD) , car ils sont un rouage
du système capitaliste, ils participent tous via leurs bureaucraties et
permanents respectifs, à la gestion des travailleurs dans la société
capitaliste. Ne nous y trompons pas, ces gens-là sont là pour nous
renvoyer au boulot, pour que le système fonctionne et que les patrons
s'enrichissent.
Alors, comment lutter contre cette situation? Les idées de la classe
dominante règnent globalement sur nos sociétés, et imprègnent nos
esprits. Et elles y sont ancrées plus ou moins par la force, par
l'éducation de nos parents, de l'école primaire à la FAC,toutes
institutions qui préparent les futurs travailleurs, par les religions
quelles soient chrétiennes, musulmanes ou autres , par la presse, le
cinéma, la télé, les jeux vidéo, la musique, la littérature, les drogues...
Le prolétariat, tant qu'il n'aura pas conscience de sa position de
classe et de sa force, acceptera comme conditions normales de vie ce qui
nous est imposé par le système, et ne pourra pas se révolter et ne
pourra pas se battre. Ainsi, un ouvrier adepte des témoins de Jéhovah ou
des évangélistes et autres sectes, ne se révoltera jamais, ne fera
jamais grève, se soumettra aux humiliations quotidiennes et pensera
comme une fatalité implacable que c'est la vie et qu'on n'y peut rien,
ne remettra jamais en question la place subalterne que nous occupons
dans la société et le rôle qui nous est assigné.
Néanmoins tous les êtres humains sont libres et ont les capacités de
remettre en question la situation à laquelle nous faisons face
quotidiennement, il suffit d'une prise de conscience généralisée, pour
briser le carcan de croyances stupides qui nous fait accepter notre
position de dominés, mais pour cela, il faut le vouloir.
Quand une grève se déclenche dans une usine, la majorité des ouvriers ne
sont pas des militants, et ils n'ont souvent aucune idée de comment s'y
prendre pour s'organiser, et ils s'en remettent souvent au délégué qu'on
connaît bien, qui lui doit savoir et qui ne sait pas toujours. L'une des
prises de conscience importantes et pas des moindres, lors d'une grève,
c'est que les travailleurs s'organisent en toute indépendance des
syndicats de la boîte, en prenant leurs décisions, pour eux et en
discutant à l'assemblée de grévistes, en exigeant une démocratie
directe, en évitant qu'un syndicat ou un parti politique vienne nous
expliquer la vie.
L'autonomie populaire, c'est la capacité toujours plus affirmée et
confirmée des masses à s'auto-organiser, à s'auto-défendre contre les
iniquités produites par le capitalisme, à auto-gérer leurs luttes donc
leurs propres futurs, à s'auto-représenter et à promouvoir un projet
révolutionnaire.
C'est là que réside la clé de la révolution sociale, la résistance
quotidienne et multiforme au capitalisme. Mais l'autonomie populaire est
quelque chose qui se construit, et ça ne tombera pas du ciel.
https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1522
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