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(fr) Courant Alternative #363 (OCL) - EVARS: Face au patriarcat, que peut l'école? (2/2)
Date
Sat, 17 Oct 2026 21:30:53 +0300
Faire en sorte, en tant que travailleuse ou travailleur de l'éducation,
d'adopter des pratiques pédagogiques égalitaires et d'avoir un contenu
d'enseignement féministe, y compris dans des initiatives hors classe, me
paraît pertinent. Mais l'engouement (relativement acritique) d'une large
partie du mouvement féministe autour de l'éducation à la vie affective,
relationnelle et à la sexualité à l'école (EVARS) semble faire l'impasse
sur quelques unes de ses contradictions. Dans une première partie, j'ai
cherché à montrer que l'école capitaliste n'était historiquement pas un
terrain neutre pour le féminisme. Je tenterai ici de détailler les
possibilités et les limites de l'EVARS à l'aune d'une critique de
l'école capitaliste et d'une expérience de terrain d'EVARS en collège.
«Une information consacrée à l'égalité entre les hommes et les femmes, à
la lutte contre les préjugés sexistes et à la lutte contre les violences
faites aux femmes et les violences commises au sein du couple est
dispensée à tous les stades de la scolarité. Les établissements
scolaires [...] peuvent s'associer à cette fin avec des associations de
défense des droits des femmes et promouvant l'égalité entre les hommes
et les femmes et des personnels concourant à la prévention et à la
répression de ces violences.» Cet extrait du code de l'éducation montre
bien la mission que l'État attribue à l'école sur la question de
l'égalité des sexes: elle fait l'objet d'une prévention par l'éducation,
pouvant être dispensée ses travailleurs, par des associations
extérieures ou par... des flics (ce qui n'est pas si courant,
rassurons-nous).
Alors, qu'est-ce qui est réellement mis en place dans les établissements
et quelle place pour des révolutionnaires dans ces initiatives? Comment
expliquer cette «union sacrée» du féminisme et de l'État autour de l'école?
Éducation à la sexualité et à l'égalité entre les sexes: où en sommes-nous?
Parmi les 16 000 personnels formés depuis février 2025, d'après le
ministère, pour devenir référentes en la matière (ce sont en très grosse
majorité des femmes), et dispenser des cours d'EVARS, beaucoup ont une
fibre féministe. Dans l'académie de Versailles, la plus grosse de
France, 112 collèges et lycées (sur 812) ont déjà reçu un «label égalité
filles-garçons» depuis son lancement en 2023, et le chiffre augmente
rapidement. Si celui-ci engage au final peu (c'est aussi un dispositif
d'affichage pour les chefs d'établissements carriéristes), son
développement, avec celui de la littérature institutionnelle et
militante sur la question, témoigne d'un certain engouement, que la
promulgation du programme officiel d'EVARS en 2025 est venue couronner.
Celui-ci vient cadrer les connaissances à apporter depuis la maternelle
jusqu'au lycée, à la manière de n'importe quelle matière, et donne une
référence commune aux profs, infirmières scolaires, associations
, etc.
Quelques extraits (1). En maternelle, on enseignera par exemple à
«connaître son corps; comprendre ce qu'est l'intimité; identifier une
personne de confiance». En 6ème, à «comprendre et apprendre à vivre les
changements de son corps», en 5ème à «distinguer vie publique et vie
privée, en réfléchissant à ce que signifie la liberté individuelle, en
particulier sur les réseaux sociaux», en 4ème à «aborder la sexualité
comme une réalité complexe pouvant faire intervenir le plaisir, l'amour,
la reproduction, etc.», en 1ère à «désirer et vouloir, donner ou refuser
son consentement, savoir être libre et respecter les autres et leurs
propres libertés; être soi, entre acceptation et déni». Des déclinaisons
précises de ces objectifs, qui entretiennent parfois un flou entre
citoyenneté responsable, réalisation de soi à la sauce libérale, et
enseignements cruciaux sur la sexualité, sont détaillés dans le
programme. Quoiqu'on en dise, le programme d'EVA
RS est bien plus complet et féministe que ce qui pouvait se faire dans
le passé (2).
Alors, localement, des personnels de l'Éducation nationale mettent en
place des séances en classe, des interventions hors classe à l'occasion
de journées comme le 8 mars, relayées parfois par des élèves
ambassadeurs, font intervenir des associations, réalisent des
diagnostics locaux... En accord avec Simon Massei, un sociologue ayant
réalisé des études de terrain sur la question (3), je pense que cela est
bénéfique, notamment sur les jeunes filles «à travers le partage
d'expériences ou l'acquisition d'informations cruciales sur la
sexualité, en particulier dans le cadre des échanges en non-mixité [où
elles peuvent] évoquer librement leurs problèmes, aborder des situations
de harcèlement ou [...] révéler avoir été victime d'agression sexuelle»,
obtenir des détails «techniques sur l'appareil génital féminin» ce qui a
des «effets politiques en procurant aux élèves des arguments
scientifiques pour contrer les discours conservateurs ou religieux.» Mon
expérience rejoint les observations de Massei, et j'ajouterais que les
élèves se découvrant une attirance pour le même sexe peuvent être
rassurés par un discours non stigmatisant et protecteur à leur égard.
Mais les élèves filles des classes populaires ne s'approprient pas
l'intégralité du discours porté lors de ces séances: seulement de façon
«sélective», rejetant par exemple souvent ce qui remet en cause «un
idéal de fidélité ou de virginité avant le mariage», par convictions
personnelles ou pour se ménager une «respectabilité». Elles associent
aussi le féminisme à une forme de passivité et de plainte, loin de la
fierté féminine qu'elles manifestent au quotidien. Dans ce même milieu,
beaucoup de garçons, s'ils écoutent tout de même d'une oreille
intéressée ce qu'ils pensent utile pour plus tard, adoptent parfois
volontairement une stratégie de «bouffonisation» pour «résister à la
violence symbolique de l'institution» qui se manifeste à l'école et dans
ces séances en particulier, en remettant en cause certaines valeurs. Il
y aurait donc des bons et des mauvais élèves de l'égalité car celle-ci
devient, dans le cadre scolaire «une leçon parm
i d'autres, dont les capacités des élèves à l'apprendre et à la
réciter sans erreur dépend moins de leurs convictions intimes sur ce
sujet que de leur socialisation familiale et de leur place dans les
classements scolaires.»
Toutefois, le déploiement relativement rapide de l'EVARS masque les
trous dans la raquette: peu d'établissements disposent d'une réelle
politique coordonnée, et «à l'heure actuelle, aucun budget n'est fléché
pour ces séances (4)». Une fois de plus, l'école doit résoudre les
problèmes de la société à partir d'une injonction venue d'en haut, sans
que grand chose ne soit anticipé derrière.
Des militantes seules sur le front
La déléguée académique égalité filles-garçons (et inspectrice!) dans
l'académie de Versailles, s'adressant aux référents égalité
filles-garçons, leur disait dans un courriel en 2026: «votre engagement
est essentiel: au quotidien, dans les écoles et les établissements, vous
agissez pour prévenir les violences, accompagner les élèves, faire
évoluer les représentations et construire un climat scolaire plus
serein, plus respectueux et plus inclusif pour toutes et tous.» Sans
évidemment dénigrer les objectifs visés, ce discours soulève pourtant un
paradoxe de taille: la porosité des discours institutionnel et militant.
Au sein du ministère, à ses différents échelons, on retrouve ce mélange,
associant promotion de l'écriture inclusive et «feuilles de route
académiques», respect de tous les codes militants du moment (pronoms,
trigger warnings (5)...) et pilotage vertical par le recteur. Pourtant,
malgré cette porosité, sur le terrain, les discours tenus
lors de séances d'EVARS sont loin d'être tous féministes.
L'appropriation des codes militants ne s'est faite qu'en haut de la
hiérarchie, les discours conservateurs continuant d'être légion en bas.
Toutefois, les ressources émanant parfois directement de collectifs
féministes sont relayées jusque dans les salles de classes, et les
associations qui interviennent peuvent pour certaines tenir un discours
féministe très politique, sans forcément l'adapter aux élèves en face
d'elles. Cela ne se fait pas sans heurter, car, comme le rapporte une
enseignante animant des séances d'EVARS, vis-à-vis des élèves et des
collègues, «l'enseignante qui travaille ces questions peut être perçue
non plus comme une professionnelle, mais comme une adversaire politique.
Et pourtant, l'institution agit comme si ce travail pouvait se faire
sans conflit. Elle impose un programme, mais laisse les
professionnel·les en première ligne, sans formation suffisante, sans
temps dédié, sans ressources humaines identifiées, sans protection
claire. (6)»
Les paradoxes de l'externalisation
Mettre en place en interne les 3 séances obligatoires prévues par la loi
de 2001, obligation à laquelle l'État manque chaque année dans un
contexte d'austérité continue, relève de l'impossible. Alors «la
décentralisation et le désengagement de l'État ont conduit les
associations, sinon à remplacer ce dernier, du moins à devenir à la fois
un instrument de l'action publique et une variable d'ajustement. (3)»
Emboîtant le pas aux associations féministes historiques comme le
Planning familial, intervenant depuis longtemps dans les écoles mais
avec son indépendance politique, «se développe le marché de l'éducation
à l'égalité entre les sexes dans les années 2000», avec les contrats
précaires caractéristiques du secteur associatif, sa dépendance
fusionnelle aux collectivités territoriales, et parfois, son discours
féministe institutionnel calqué sur celui du pouvoir. La rareté des
financements expose aussi l'EVARS à une forme de privatisation par des st
artups ou des grosses plateformes dispensant des cours en ligne (bien
moins chers que ceux des associations féministes), et à la croisade
réactionnaire de capitalistes comme Pierre-Édouard Stérin, qui «soutient
déjà de nombreuses associations conservatrices spécialisées en EVARS (7)».
Cependant, pour un certain nombre d'enseignants ou de personnels de
direction, l'externalisation à des associations n'est pas un risque ou
un écueil. Au contraire, elle devient une solution pour compenser la
frilosité à aborder des questions sensibles avec les élèves, notamment
après les assassinats de Samuel Paty et de Dominique Bernard. Elle
permet aussi de ne pas définir de politique ambitieuse, en se contentant
de faire dispenser les heures réglementaires par des associations.
Prendre en charge correctement dans l'Éducation nationale la prévention
des violences faites aux enfants, par exemple, impliquerait de devoir
gérer à tour de bras des situations de violences sexuelles (touchant 160
000 enfants victimes chaque année d'après la CIIVISE (8)) pour
lesquelles rien n'est en place: professionnels de l'éducation pas
formés, moyens d'accompagnement, de placement et de justice ridicules...
C'est donc la politique classique du ‘pas de vague' qui domine.
On aurait donc tort de croire que l'école serait subitement devenue
féministe grâce au déploiement de l'EVARS. Là où lutter a minima contre
le patriarcat à l'école impliquerait une réelle réflexion en interne,
sur le contenu de l'enseignement, mais aussi sur les pratiques
pédagogiques quotidiennes et sur la détection et l'accompagnement
d'élèves victimes (et agresseurs), on saupoudre quelques heures de ci de là.
Quelques contradictions de l'EVARS
Logique répressive
L'EVARS ne s'affranchit pas du cadre dominant de règlement des violences
sexistes et sexuelles (VSS) dans la société, qui passe par la
répression. Ainsi, pour les élèves, même si localement et ponctuellement
peuvent être organisés des initiatives de justice réparatrice, et qu'un
guide ministérielle existe pour les promouvoir (9), la logique reste
celle de la punition et de l'exclusion. De même, pour ses travailleurs,
«le ministère souhaite pouvoir s'appuyer sur un système d'information
dédié au contrôle de l'honorabilité afin d'en simplifier la procédure et
d'être en capacité de procéder à celui-ci selon une fréquence de trois à
cinq ans. (10)»
Hypocrisie du ministère
Venant d'une institution capitaliste et patriarcale (voir article
précédent), on peut toujours douter des possibilités réelles de ce
qu'elle propose en matière féministe. N'est-ce pas la même institution
qui a laissé tomber puis reconnu ses défaillances dans le cas du
suicide, le 1er septembre 2025, de Caroline Grandjean, directrice
d'école dans un village du Cantal, après deux ans de harcèlement
homophobe de la part de parents d'élèves (11)? Où sont les mots de
dénonciation de cette maltraitance institutionnelle (parmi d'autres) des
inspectrices militantes qui relaient les discours féministes au ministère?
Autre hypocrisie, la promotion, y compris dans les collèges les plus
ghettoïsés, d'initiatives de promotion du métier d'ingénieure auprès des
collégiennes, alors que le tri social qui y sévit orientera filles ET
garçons vers les formations courtes, les voies professionnelles,
l'apprentissage... Le féminisme bourgeois d'État sert parfois à masquer
la dure réalité de classe. De plus, l'école n'est capable d'interroger
son propre rôle dans la domination masculine que du point de vue de
l'orientation genrée et du niveau moindre des filles en maths, mais
jamais pour tous les gestes et espaces qui y reproduisent chaque le
patriarcat (voir article précédent).
Absence d'autonomie par rapport à l'État
Pour le syndicat Lutte de classes éducation, scission de SUD, les
syndicats censés incarner l'opposition (FSU, CGT, SUD), en se félicitant
de la promulgation du programme d'EVARS, s'illusionnent que «les maux de
la société [puissent] être combattus par des changements dans les
programmes scolaires et de nouvelles ‘pédagogies' [...] sans toucher à
la structure socio-économique d'ensemble». De plus, comme pour la
plupart des réformes, il considère qu'entre le programme et la réalité,
il y aura une dilution d'ampleur, et qu'au final, «les profs devront
donc faire preuve d'initiative, et dans l'immense majorité des cas, cela
signifiera faire tout autre chose que ce qui est attendu. (12)»
L'union sacrée globalement acritique du féminisme, de la gauche et des
syndicats autour de l'EVARS a en effet de quoi interroger. Pour Elsa
Deck Marsault, qui rappelle les débats ayant eu cours dans les années
70, «le fait de considérer le droit, les commissariats et l'État comme
des lieux émancipateurs n'a pourtant pas toujours coulé de source au
sein du mouvement féministe. [...] Toutefois, la méfiance de la majorité
des féministes à l'égard des canaux institutionnels a progressivement
faibli et la fin des années 1970 voit entériner une alliance entre les
féministes ainsi que l'État sur la définition d'un ‘problème
sécuritaire' et sur les solutions pour y remédier. (13)» Simon Massei va
dans le même sens: «l'État ne constitue pas à cette époque la cible» car
«le MLF, accueillant nombre d'ex-militantes d'organisation
d'extrême-gauche, adopte au départ une posture révolutionnaire. (3)»
L'institutionnalisation progressive du féminisme signera un r
ecul des initiatives autonomes dans le domaine de l'auto-éducation et
de l'avortement. De plus, intervenir sur le terrain scolaire implique
d'assumer certaines conséquences: le rejet du bébé EVARS avec l'eau du
bain scolaire par des élèves très justement en froid avec l'école.
Vision centrée sur l'individu
Dans l'école, les premières mesures du secrétariat d'État à la condition
féminine à propos des manuels scolaires (1976), puis l'arrivée de
Mitterand au pouvoir en 1981, marquent une rupture «pour une partie des
militantes du MLF qui se convertissent alors au réformisme socialiste en
intégrant pour certaines le cabinet de la nouvelle ministre des Droits
de la femme (3)». Si le mouvement féministe s'intègre en partie à
l'État, «l'école ne constitue toutefois à cette époque qu'un terrain
parmi d'autres de la lutte contre le sexisme» (médias, publicité...).
C'est le passage de la lutte contre le sexisme comme système de
domination à «une approche en termes de stéréotypes» dans les années 90,
accompagnant la «psychologisation du problème» qui va consacrer une
vision individualisante basée sur le fait de «sensibiliser le jeune
public à la veille de ses choix professionnels», compatible avec le
cadre scolaire. Plutôt que de combattre les choix d'orienta
tion contraints ou la production des visions genrées dans la pub, on
incite les filles à s'intéresser elles-mêmes à d'autres filières et on
apprend aux jeunes à «déconstruire des stéréotypes».
Citoyenneté, laïcité et vivre-ensemble: le nouvel ordre moral scolaire
Si l'EVARS peut donner aux élèves des clés de compréhension des
dominations, elle reste dans le cadre républicain et libéral, centré sur
un individu devant respecter les règles de la société. Elle fait en ce
sens partie des différentes ‘éducations à' (la santé, la
citoyenneté...). L'EVARS est en effet souvent abordée, au nom de la
prévention, en lien avec les dangers de l'alcool, du tabac ou
d'internet. C'est à partir de 2005 que l'éducation à la citoyenneté
s'impose comme la solution étatique. L'État attend de l'école «qu'elle
remplisse une fonction régulatrice et adaptative, pour qu'elle (re)tisse
un lien social défaillant, (re)forme une cohésion pulvérisée par la
dynamique du capitalisme. C'est aux salariés de l'école qu'est dévolu le
rôle de pompiers de service pour mener à bien cette tâche, évidemment
(et heureusement) impossible, de former des citoyens dociles et
conformes, c'est à dire qui respectent une série de règles permettant le �
��vivre ensemble' et y adhèrent. (14)
Construire du vivre-ensemble dans une institution «imprégnée des valeurs
du système capitaliste qu'elle sert: la concurrence, la compétition, la
consommation, l'accumulation, l'individualisme» se fait en développant
le «savoir-être», qui devient de fait une compétence évaluable par
l'institution, ciblée sur certains quartiers. À partir d'une étude
géographique des interventions d'EVARS en milieu scolaire, Simon Massei
avance la thèse d'une «racialisation de l'antisexisme» scolaire, dont le
ciblage des politiques, de par la territorialisation des politiques
sociales et scolaires (éducation prioritaire, politique de la ville,
prévention de la délinquance) et l'autonomie des établissements, «obéit
autant à une logique socio-économique qu'à une logique raciale.» Les
‘éducations à' visent évidemment à inculquer le civisme républicain et
autoritaire aux enfants de prolétaires, et, bien que l'adjectif «racial»
pourrait ici opportunément être remplac�
� par ‘raciste', le développement conjoint de l'antisexisme scolaire
et de la focalisation sur le «problème musulman» de la part des
politiques laisse penser que les acteurs institutionnels font un lien
raciste implicite entre immigration et sexisme. D'ailleurs, il faut
souligner «l'emboîtement du discours antisexiste [...] dans une
rhétorique ‘laïque'» dans sa version discriminatoire à l'égard des
descendants de l'immigration maghrébine.
À l'inverse, dans les établissements bourgeois, les interventions EVARS
prennent fréquemment la forme de témoignages de femmes cadres du privé,
pour inciter les bonnes élèves à ne pas baisser les bras. Pourtant, les
problèmes de VSS y sont globalement les mêmes que dans les écoles
populaires. Mais, chez les riches, l'institution préfère y voir un
manquement individuel lié à une puberté de garçon trop testostéronée
qu'un problème ancré socialement, propres aux ‘classes dangereuses'.
Conclusion: le féminisme dans un drôle d'État
S'investir localement dans l'EVARS est un choix compréhensible qui ouvre
des possibilités intéressantes auprès des élèves, assez ressemblantes
aux joies et peines classiques de l'enseignement traditionnel. Pour que
cet enseignement soit le plus efficace possible, il importe de le
construire en équipe, de connaître ses élèves, d'adapter le contenu à
leurs besoins et d'anticiper les blocages.
Et ceux-ci sont nombreux, car tout dans l'école s'oppose, logiquement, à
ce qu'une éducation féministe radicale soit mise en place en lieu et
place du conditionnement intense aux normes du capital, de l'État et du
patriarcat qui s'y déroule pendant les 13 années de scolarité
obligatoire. Les contradictions de l'EVARS sont au final les mêmes que
celles du féminisme dominant contemporain (15): logique punitive,
dépendance à l'État, absence de perspective de classe, individualisme de
la ‘déconstruction'. S'en remettre à l'école (comme on s'en remet à la
justice pour régler les VSS), reflète l'impuissance contemporaine à
dégager une perspective révolutionnaire autonome.
zyg, septembre 2026
Notes
(1) Pour des détails des séances en classe à partir du témoignage d'un
«animateur de prévention vie affective et sexuelle dans les collèges,
lycées et formations professionnelles depuis 20 ans», voir le très
intéressant Pubère la vie. À l'école des genres, du Dr Kpote (2023).
(2) Comparez les contenus de l'éducation à la sexualité détaillés dans
l'article précédent avec le programme actuel d'EVARS disponible sur le
site eduscol...
(3) Simon Massei, Discipliner les banlieues? L'éducation à l'égalité des
sexes dévoyée, La Dispute, 2024.
(4) Sexualité (éducation à la), Casse-Rôles n°35, février-avril 2026.
Des articles intéressants sur l'EVARS sont disponibles dans ce numéro
spécial de la revue féministe et libertaire
(5) Expression désignant le fait d'avertir une personne avant de lui
exposer un contenu jugé violent, offensant, oppressif...
(6) Seule en première ligne: l'Evars et l'impossible neutralité de
l'école, Marie-Simon, Le club de Médiapart, 4 mai 2026
(7) «On s'est fait rouler dessus par le privé»: des associations
craignent une privatisation de l'Evars, Basta!, 7 janvier 2026
(8) Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles
faites aux enfants, chiffre de 2023
(9) Par exemple: Les cercles restauratifs au Collège Coopératif et
Polytechnique d'Aubervilliers: réparer plutôt que punir, avril 2026,
disponible sur questionsdeclasses.org, et Guide pour une justice en
milieu scolaire préventive et restauratrice édité par le ministère en 2014
(10) Protocole d'action en cas de violences sexistes ou sexuelles au
sein des écoles et établissements scolaires, mars 2026
(11) Voir les différents communiqués syndicaux sur le site de SUD éducation.
(12) Communiqué Programme EVARS: une «victoire syndicale» en 2025 de
Lutte de classes éducation Aquitaine disponible sur-luttedeclasses.fr.
Ce communiqué tire à boulets rouges sur les autres syndicats de
l'éducation, sans jamais mentionner la nécessité d'une éducation à la
sexualité en tant que telle, comme si l'objet de la critique n'avait
aucune importance...
(13) «Un viol est un viol. Vingt ans pour chacun»: comment le féminisme
s'est piégé dans un idéal punitif et carcéral, Elsa Deck Marsault, 7
mars 2026, sur slate.fr
(14) L'éducation, moyen d'intégration ou d'émancipation?, Courant
Alternatif Hors Série sur l'école, 2011
(15) Le procès des viols de Mazan, les hommes, et la stratégie
féministe, Courant Alternatif 347, février 2025
https://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4780
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