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(fr) Alternative Libertaire #374 (UCL) - Kurdistan iranien: Face à la guerre: unir la résistance
Date
Sat, 19 Sep 2026 23:52:27 +0300
Au début de la guerre, les Kurdes d'Iran ont été au centre des fantasmes
états-uniens, présentés comme proxys potentiels pour leur guerre. Ils et
elles ont, depuis, disparu des conversations. Essayons de démêler leur
situation complexe et de comprendre leur lutte en dehors des fantasmes
impérialistes. ---- Sans capacité d'action au sol, il était prévisible
qu'une campagne de bombardements ne permettrait pas aux USA d'obtenir le
changement de régime souhaité en Iran. Parmi toutes les options les plus
discutées, la plus concrète a été celle d'une action militaire des
forces politiques kurdes iraniennes. Cette option a cessé assez de faire
parler d'elle après que Trump les a accusées d'avoir détourné des armes
destinées à des manifestants et manifestantes peu après le début de la
guerre.
Mais ces actualités ne permettent pas de comprendre grand-chose à la
situation véritable du Rojhelat, le Kurdistan iranien. Et la multitude
de groupes de résistance (voir l'encadré) n'aide pas. La grande majorité
a toutefois constitué une alliance au cours de l'hiver 2025-2026. Il
s'agit d'un pas en avant significatif pour des partis minés par leurs
rivalités, mais elle ne peut pas être comprise en dehors du contexte
plus global du Kurdistan.
Une coalition pour peser
Après la chute de Bachar al-Assad, la situation s'est compliquée au
Rojava, le Kurdistan syrien [1]. Les États-Unis ont fait le choix de
soutenir la solution politique proposé par la Turquie en Syrie: un
nouvel État centralisateur autour du leader djihadiste Ahmed Al-Sharaa.
Cela a fait peser une menace existentielle sur les acquis de la
révolution, notamment les peuples minorisés et donc, les Kurdes. Cette
situation a été propice à une forme d'alliance à l'échelle de la région.
Les rivalités ont été mises de coté à partir d'un constat simple: les
États-Unis et ses alliés (Israël et la Turquie) sont en train de
redessiner le Moyen-Orient à toute vitesse et si les Kurdes ne
présentent pas un front commun, il n'y a aucune autodétermination
possible face au rouleau compresseur impérialiste.
L'Iran, dont l'influence régionale s'oppose aux intérêts yankee, était
la prochaine cible évidente des États-Unis et d'Israël. Il fallait
transposer cet esprit d'unité entre les différents partis kurdes
iraniens pour ne pas être simple spectateur de la recomposition à venir.
Le programme de la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien
a été influencé par près d'un demi-siècle de lutte contre le régime
réactionnaire de la République islamique. Il met en avant la
sécularisation (la séparation du clergé et de l'État) et la
démocratisation de l'Iran, l'égalité entre les hommes et les femmes et,
bien sur, l'auto-détermination des Kurdes. De part la nature clandestine
de leur activité, tous ces partis possèdent une branche militaire et
réunissent ensemble plusieurs milliers de combattants et combattantes.
Un nombre qui a pu monter jusqu'à 25000 en mars, selon le renseignement
iranien.
Les raisons de la non-intervention
Les étoiles semblaient donc s'aligner pour que les États-Unis disposent
d'un proxy capable de soutenir leur guerre en Iran. Pourtant, cela ne
s'est pas fait. Pour une raison idéologique d'abord. Si l'ennemi
principal de la coalition reste l'État iranien, l'impérialisme
états-unien et son allié génocidaire ne sont pas vus positivement par
tout le monde, loin de là. À part le PAK (voir l'encadré) qui soutient
une ligne très clairement pro-états-unienne, ce déchaînement guerrier au
Moyen-Orient est reçu avec suspicion, voire hostilité par les autres partis.
Cette méfiance idéologique est renforcée par l'histoire, mais aussi par
les événements récents. Les États-Unis ont soutenu les Kurdes contre
l'État islamique en Syrie, mais les ont finalement abandonné·es. Les
conditions qui ont mené à un tel abandon, entre autre, l'influence de la
Turquie auprès des USA, existent encore et incitent à la méfiance. En
effet, le premier objectif de la Turquie est d'empêcher ce qu'elle
appelle un «État PKK», et ce jusqu'à justifier des alliances militaires
de circonstance avec l'Iran contre le PJAK.
Finalement, l'incapacité des USA à interdire les bombardements iraniens
(autres que ceux qui visent Israël) a dissuadé les forces kurdes. En
effet, si la coalition est convaincue de sa capacité à libérer le
Kurdistan iranien, il lui serait impossible de résister à l'armée
conventionnelle de l'Iran si celle-ci dispose de ses capacités de
bombardement. Ainsi, une intervention militaire aurait assurément
conduit au massacre des civils dans les zones libérées.
Cette non-action renseigne également sur le rapport de force interne à
la coalition. Malgré certains rapports qui en font l'organisation à la
croissance la plus rapide, la stratégie belliciste pro-USA et pro-Israël
du PAK n'a pas été acceptée par la coalition. Les Komala et le PDKI,
également installés dans la région autonome du Kurdistan irakien, ont
payé le plus lourd tribut à cause de bombardements iraniens ciblant
leurs bases. De plus, le gouvernement régional les prive directement de
leur locaux pour des raisons d'apaisement avec l'Iran.
Un rapport de force mouvant
À l'inverse, le PJAK est apparu comme la force avec le plus grand levier
militaire. Contrairement aux autres forces politiques, ce parti-soeur du
PKK applique depuis des dizaines d'années les mêmes stratégie de
guérilla qui ont servi contre l'État turc. Ainsi, les forces
révolutionnaires du PJAK disposent d'un grand réseau de tunnels au coeur
des montagnes du Zagros qui les rendent indépendantes et moins sujettes
au bombardement de la République islamique. De manière plus anecdotique,
elles ont été capables d'exécuter leurs menaces d'action militaire
contre un projet de mine d'or, jugé destructeur pour l'environnement.
Il faut également mentionner un autre terrain sur lequel les différents
partis kurdes agissent: le terrain diplomatique. La situation est
complexe, mais tous les partis sont opposés à un retour du Shah,
solution préférée de l'administration Trump et synonyme d'un nouveau
régime nationaliste persan réactionnaire. Face à cette menace, les
forces d'opposition iraniennes en exil ont créé le Congrès pour la
liberté de l'Iran [2].
Pourtant, lors des premières séances, les forces kurdes ont été
marginalisées et le PJAK carrément exclu, probablement à cause de ses
liens avec le PKK considéré comme organisation terroriste par le bloc
occidental. Les Kurdes doivent donc se battre pour exister, autrement
qu'en tant que chair à canon, dans l'arène internationale. Les autres
minorités iraniennes, en particulier baloutches [3] faisant partie de
leurs meilleurs alliés pour essayer de peser.
L'UCL a apporté son soutien à la gauche kurde et à son projet de
démocratie multi-ethnique par le bas. Il existe une partie significative
des forces kurdes qui cherchent à faire exister un tel projet au
Rojhelat. Comme l'explique le PJAK, ce projet politique ne peut être le
simple résultat de bombes, il faut que les peuples d'Iran qui soient en
mesure de changer le système par eux-mêmes.
Pour ce faire, le travail politique clandestin auprès des masses est au
moins aussi important que la résistance armée. Au milieu des intérêts
impérialistes régionaux et globaux qui s'entrechoquent, il n'est pas
simple de naviguer. Cette voie est pourtant possible à l'image du slogan
de la gauche kurde «femme, vie, liberté», un cri qui a transcendé les
barrières ethniques, repris par les masses mobilisées à travers l'Iran
pour leur émancipation.
Corentin (commission Relations internationales de l'UCL)
++++
Les partis politiques du Kurdistan iranien
* Fondé dans les années 1940, le PDKI est le plus vieux parti du
Rojhelat. Il a mené plusieurs tentatives d'auto-gouvernance en 1946 et
lors de la révolution de 1979. Il est avant tout composé de la classe
moyenne urbaine, mais a connu diverses influences. Il propose un
programme d'autonomie nationale puis de fédéralisme en Iran, accompagné
de justice sociale. Les défaites militaires successives ont conduit le
parti vers un travail diplomatique en exil, mais il a recomposé une
force para-militaire depuis quelques années.
* D'abord réseau d'étudiants et étudiantes marxistes, le Komala est
devenu un parti influent implanté dans la classe ouvrière et la
paysannerie qui a pris un rôle actif dans la Révolution iranienne de
1979. Il devient la branche kurde du parti communiste iranien (PCI) en
1983. Avec la fin de la guerre froide, le Komala connaîtra de nombreuses
scissions. Aujourd'hui, il en existe trois qui représentent une force
fragmentée, mais encore influente.
* Khabat (parfois Xebat) est un parti fondé après l'établissement de la
théocratie chiite suite à la Révolution. Il s'agit d'un parti qui
mélangeait islamisme sunnite et nationalisme kurde avant de se
séculariser dans les années 2000.
* Le PAK est un parti issu des scissions et recompositions des années
1990. Il est très proche du PDK du clan Barzani, parti qui gouverne le
Kurdistan irakien, et partage avec lui une ligne pro-USA. Il se démarque
également par son indépendantisme pan-kurde.
* Le PJAK est l'organisation-soeur du PKK. Il partage avec lui
l'idéologie du confédéralisme démocratique ainsi que ses pratiques
militantes. Il a profité d'un vide laissé par les luttes fratricides
entre organisations kurdes iraniennes dans les années 1990 pour
s'implanter. Il a longtemps subi l'hostilité des partis traditionnels
avant que sa popularité dans la jeunesse, démontrée par le mouvement
«femme, vie, liberté», en fasse un acteur trop important pour être ignoré.
Notes:
[1] « Nord-Est syrien: Le confédéralisme démocratique en question »,
Alternative libertaire no370, avril 2026.
[2] Ou IFC pour Iran Freedom Congress.
[3] Peuple iranien vivant aujourd'hui entre le Pakistan, l'Iran et
l'Afghanistan.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Kurdistan-iranien-Face-a-la-guerre-unir-la-resistance
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