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(fr) AnComFed, Picket Linem[AUS] - Centenaire de la Plateforme (en) [Traduction automatique]
Date
Sun, 23 Aug 2026 23:26:37 +0300
Un siècle plus tard, que pouvons-nous apprendre des anarchistes russes
et ukrainiens? --- Le début des années 1920 fut une période sombre pour
le mouvement anarchiste en Europe de l'Est. La Révolution russe,
véritable soulèvement ouvrier, s'était muée en dictature du Parti
bolchevique. --- Les groupes et journaux anarchistes furent interdits,
et leurs membres emprisonnés ou assassinés. D'autres furent contraints à
l'exil. Certains de ces réfugiés - parmi lesquels le chef de milice
ukrainien Nestor Makhno, la Biélorusse Ida Mett et le Russe Peter
Arshinov - trouvèrent refuge en France. Là, ils se regroupèrent,
méditèrent sur leurs expériences et se préparèrent à lancer une nouvelle
publication intitulée Delo Truda («La Cause du Travail»).
Avant la révolution, le mouvement anarchiste russe était relativement
modeste. Mais au cours de l'année 1917, des groupes et des journaux
virent le jour un peu partout, gagnant du terrain auprès des ouvriers et
des paysans.
Cependant, ce mouvement anarchiste restait profondément désorganisé. Le
mouvement était divisé non seulement par des désaccords idéologiques,
mais aussi par des tactiques radicalement différentes. En Russie,
l'anarchisme manquait de direction claire et de capacité à contester
l'hégémonie des bolcheviks (qui, avant de prendre le pouvoir,
reprenaient des slogans proches de ceux des anarchistes les mieux
organisés).
Aujourd'hui, le mouvement anarchiste est toujours confronté à nombre de
ces problèmes. Que pouvons-nous donc apprendre du groupe Delo Truda?
Mieux vaut être désuni que divisé. Delo Truda était convaincu que si le
mouvement anarchiste mondial ne prenait pas l'organisation au sérieux,
il serait voué à l'échec. Ils avaient constaté de visu comment le
caractère désorganisé et erratique du mouvement russe avait conduit à sa
défaite.
Parallèlement, ils savaient que la situation ne se résolvait pas en
tentant simplement d'unir tous ceux qui se réclamaient de l'anarchisme.
Masquer les divisions ne changerait rien au fait que l'«anarchisme»
revêtait des significations différentes pour chacun, et que nombre de
leurs idées se contredisaient.
Pour Delo Truda, une organisation anarchiste devait s'appuyer fermement
sur la lutte des classes et se doter d'une stratégie claire et partagée.
Il valait mieux avoir un petit nombre de membres, unis par des
objectifs communs, qu'un grand groupe aux intérêts divergents.
Unité et responsabilité collective
Le 20 juin 1926, le groupe Delo Truda publia un projet de «Plateforme
organisationnelle de l'Union générale des anarchistes», aujourd'hui
connue sous le nom de «Plateforme».
La Plateforme comprend trois sections. La première offre une vue
d'ensemble de l'anarchisme, de la lutte des classes et de la stratégie.
La deuxième traite de la gestion de la société en temps de révolution.
Bien que l'ensemble de la Plateforme soit précieux, c'est la troisième
et dernière section qui est la plus connue. Les auteurs y exposent
quatre principes pour une organisation anarchiste.
Le premier principe est l'unité de la théorie. Les organisations
anarchistes doivent reposer sur une base solide de théorie anarchiste,
partagée par tous leurs membres.
Le deuxième est l'unité des tactiques. Un groupe ne fonctionne pas si
ses membres agissent chacun de leur côté. Pour être efficaces et
véritablement responsables démocratiquement, les groupes doivent
planifier, se coordonner et mettre en oeuvre ensemble les décisions
prises d'un commun accord.
Le troisième principe est la responsabilité collective. Il découle des
deux premiers points. L'activité politique de chaque membre est guidée
par l'organisation dans son ensemble. Lorsque les membres s'engagent
dans leurs syndicats ou mouvements sociaux, ils n'agissent pas à titre
individuel, mais en tant que membres d'une organisation politique. Les
membres doivent être responsables les uns envers les autres et envers le
projet commun du groupe.
Organisation par la base
Le quatrième et dernier principe de la Plateforme est le fédéralisme,
une idée clé de l'anarchisme et un élément central de la structure
proposée par la Plateforme pour une fédération anarchiste.
Une organisation révolutionnaire ne peut reposer sur des structures
autoritaires et verticales. Elle ne peut se construire que par le biais
d'accords libres et de l'autonomie des membres, des sections et des groupes.
Surtout, le fédéralisme ne signifie pas la désorganisation. Pour qu'une
fédération fonctionne et bénéficie d'une coordination de haut niveau,
les groupes doivent respecter leurs accords et mettre en oeuvre les
décisions collectives.
Pour faciliter tout cela, la Plateforme propose que les organisations
anarchistes se dotent de «Comités exécutifs». Cette formulation peut
laisser penser aux lecteurs contemporains qu'il s'agit d'une sorte de
conseil d'administration ou d'une direction de parti centralisée. Or, à
la lecture de la Plateforme, il est clair que ce n'est pas le sens voulu.
Le comité aurait pour mission de faciliter la coordination entre les
différents groupes, d'étudier l'état général du mouvement et de mettre
en oeuvre les décisions prises lors des congrès. Un «Comité exécutif» de
ce type n'a aucune autorité propre: le pouvoir reste entre les mains des
membres et de leurs groupes respectifs.
L'héritage de la Plateforme
Cent ans plus tard, certains éléments de la Plateforme sont dépassés.
Par exemple, il n'est plus nécessaire de s'attacher autant à tisser des
liens entre ouvriers et paysans, notamment dans un pays comme l'Australie.
D'autres sections sont également lacunaires. Les auteurs sont
internationalistes, mais ils n'accordent pas à l'internationalisme la
place centrale qu'il mérite. Une attention bien plus importante est
portée à la lutte armée. Or, même la défense la plus efficace est vouée
à l'échec si la révolution ne se propage pas.
Cependant, la Plateforme n'était qu'une ébauche et ses auteurs la
concevaient comme un document évolutif. Son argument central - que les
anarchistes doivent s'organiser et intervenir dans la lutte des classes
- est tout aussi pertinent aujourd'hui qu'il l'a toujours été.
Car le siècle dernier a démontré la justesse de nombreux points de la
Plateforme. Le mouvement anarchiste souffre encore de désorganisation.
Les liens entre le mouvement anarchiste et la classe ouvrière dans son
ensemble sont aujourd'hui plus ténus qu'ils ne l'étaient au début du XXe
siècle. Tout cela a nui à l'anarchisme et au mouvement ouvrier.
Parallèlement, les organisations anarchistes les plus efficaces ont été
celles comme la Fédération anarchiste uruguayenne (FAU) dans les années
1950-1970. La FAU a été efficace précisément parce qu'elle s'inspirait
d'idées similaires à celles des Platformistes, sous l'appellation
d'«especifisme» (qui souligne la nécessité d'une «organisation
anarchiste spécifique»).
Le Platformisme et la FAC
La Fédération Anarchiste Communiste a été influencée par la Plateforme,
mais nous ne nous qualifions pas de «platformistes». C'est pour la même
raison que nous ne nous qualifions pas d'«especifistes». La Plateforme
et l'especifisme s'inscrivent dans une tradition bien plus longue du
communisme anarchiste organisé.
Les auteurs de la Plateforme reconnaissaient ne pas apporter
d'innovations majeures. Leurs idées fondamentales font partie intégrante
du mouvement anarchiste depuis ses débuts et ont influencé des
organisations dans des pays comme l'Italie et l'Espagne.
Nous affirmons néanmoins que la Plateforme constitue une contribution
essentielle à cette tradition. Quiconque croit que, pour renverser
véritablement le capitalisme et l'État, il nous faut un plan réaliste
pour gagner, devrait l'étudier.
https://ancomfed.org/2026/08/100-years-of-the-platform/
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