|
A - I n f o s
|
|
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists
**
News in all languages
Last 40 posts (Homepage)
Last two
weeks' posts
Our
archives of old posts
The last 100 posts, according
to language
Greek_
中文 Chinese_
Castellano_
Catalan_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
_The.Supplement
The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_
Deutsch_
Nederlands_
English_
Français_
Italiano_
Polski_
Português_
Russkyi_
Suomi_
Svenska_
Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours |
of past 30 days |
of 2002 |
of 2003 |
of 2004 |
of 2005 |
of 2006 |
of 2007 |
of 2008 |
of 2009 |
of 2010 |
of 2011 |
of 2012 |
of 2013 |
of 2014 |
of 2015 |
of 2016 |
of 2017 |
of 2018 |
of 2019 |
of 2020 |
of 2021 |
of 2022 |
of 2023 |
of 2024 |
of 2025 |
of 2026
Syndication Of A-Infos - including
RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
(fr) Monde Libertaire - L'IA générative va-t-elle détruire... le capitalisme?
Date
Sun, 23 Aug 2026 06:44:42 +0300
Les métiers que l'intelligence artificielle générative (IAG) fait
disparaître - au présent car le processus est enclenché - sont tous des
métiers intellectuels ou artistiques. Médecins, écrivain.es, avocat.es,
photographes, traducteurs, illustratrices, vidéastes, journalistes,
imprimeurs, comptables, etc., n'en ont plus que pour quelques années.
Mauvaise ou bonne nouvelle? ---- Détruire! ---- Le capitalisme,
considéré comme un «mode de production», est analysé le plus souvent
comme un progrès par rapport aux modes de production qui l'ont précédé.
Les capitalistes ont rationalisé et diversifié la production d'objets et
de machines, augmenté la productivité avec le travail à la chaîne,
mécanisé l'agriculture, globalisé l'économie. En contrepartie pour en
arriver là, le capitalisme a détruit les artisanats, tant en ville qu'à
la campagne, ainsi que la production vivrière biologique (il n'y avait
pas d'intrants industriels avant la fin du XIXe siècle, à part le
fumier ou des déchets végétaux compostés). Cette destruction des métiers
et savoir-faire manuels est quasi achevée, et s'il subsiste des artisans
et des maraîchers bio, ce n'est, dans les pays «du centre», que de
manière marginale. Leur persistance envers et contre tout - contre le
capitalisme! - est cependant essentielle sur le plan politique: cette
marge revêt un énorme potentiel révolutionnaire puisqu'elle produit
encore des aliments et des biens qui ont du sens.
Jusqu'à maintenant, le capitalisme ne s'était pas attaqué frontalement
aux métiers intellectuels. Au contraire, il les avait plutôt développés
et survalorisés par rapport aux tâches manuelles. L'irruption récente,
fin 2022, de l'IAG constitue, en ce sens, une révolution et même l'un
des enjeux du siècle (avec le surarmement des États et la montée vers la
guerre, sans oublier la probabilité de famines généralisées), mais pas
seulement. Elle est aussi un défi pour le capitalisme lui-même. Car
l'IAG détruit, du point de vue du mode de production capitaliste, les
gigantesques sources de profit issu de ces métiers intellectuels.
Autrement dit, l'IAG sape le capitalisme lui-même!
La nature du défi
Le capitalisme est un mode de production fondé avant tout sur la
destruction - ce qui ne signifie pas que le capitalisme ne fait que
détruire: il crée également, sinon il aurait disparu depuis très
longtemps. Cependant, le capitalisme imagine et met en oeuvre sa
capacité de destruction avant de lancer son processus de création.
Autrement dit, ce système s'installe là où il sait qu'il va pouvoir
détruire. Le colonialisme fut ainsi une entreprise de destruction des
structures sociales, économiques et politiques des pays asservis, pour
les forcer à participer au système capitaliste, au bénéfice des pays
colonisateurs. Certains diraient que ce ne furent là que des dommages
collatéraux, mais non: cette destruction était la condition indépassable
à l'introduction du capitalisme.
Dans les années 1940, l'économiste Schumpeter , avec sa théorie de la
destruction créatrice, a donné ses lettres de noblesse à la destruction,
qui ne ferait qu'accompagner la création et en serait une condition
nécessaire. Schumpeter fournissait ainsi sa feuille de route théorique
au capitalisme jusqu'à son stade actuel. Ce n'est donc pas un hasard
s'il est devenu, de nos jours, l'économiste classique le plus cité, le
plus commenté; il a mis l'accent sur ce défi que le capitalisme a,
jusque-là, toujours résolu: détruire pour créer et pour perdurer.
Selon certains, la destruction serait consubstantielle à l'espèce
humaine. Mais non: Erich Fromm, dans La Passion de détruire , a montré
que la destructivité humaine est l'un des ressorts essentiels de la
société moderne, sinon son moteur fondamental, mais qu'elle n'est qu'une
adaptation à cette société capitaliste destructrice. Le capitalisme
détruit, et nous nous sommes adaptés à cette vision du monde.
Au cours du XXe siècle, dans sa course destructrice-créatrice, le
capitalisme a peu à peu déplacé les sources de profit. Il les a
réorganisées géographiquement, en détruisant les productions de base des
pays du «centre» pour les «exporter» vers les «périphéries» du «Sud
global», et structurellement, avec par exemple le remplacement du
maraîchage local par l'agriculture industrielle. Ainsi, Paris et sa
proche banlieue étaient autosuffisants sur le plan alimentaire jusqu'à
la veille de la Grande Guerre ; de nos jours, comme toute métropole, la
ville ne produit plus rien sur le plan alimentaire; elle est riche de
ses activités intellectuelles. Partout dans le monde, la bureautique,
l'informatisation et, désormais, l'omniprésence de l'internet dans les
entreprises industrielles et commerciales sont les plus évidentes de ces
transformations structurelles récentes.
Le défi est, pour les capitalistes, de toujours trouver ce qui peut être
détruit pour le «déplacer» ailleurs ou le produire autrement, afin de
conquérir des espaces encore «attardés» selon le mode de production
capitaliste, ou d'inventer de nouvelles méthodes de travail permettant
de créer du profit. Or, de nos jours, tout ce qui relève de la
production concrète, matérielle, est déjà soit exporté vers le Sud
global, soit restructuré dans les pays du centre, avec, par exemple, les
chaînes d'assemblage demandant de moins en moins d'ouvriers - d'où la
persistance d'un chômage de masse. Que faire? Où créer des sources de
profit?
Le problème
La théorie de Schumpeter ne fonctionnera bientôt plus: avec l'irruption
de l'IAG, les secteurs qu'elle détruit ne sont plus remplacés par
d'autres secteurs innovants et employant des humains, mais par une
mégamachine absolue, l'IAG elle-même. Une technique abolit les métiers
intellectuels. Une (r)évolution purement machinique envoie les humains
au chômage. Dans les mois qui viennent, la situation va encore
s'aggraver puisque les concepteurs de l'IAG nous promettent que les IAG
s'amélioreront elles-mêmes, sans plus avoir besoin d'humain.es comme les
«scoreurs» pour les entraîner.
Le système s'auto-dévore. Et ce ne sont pas les délires muskiens de
conquête de l'univers qui y changeront quoi que ce soit, bien au
contraire, car Musk va consacrer des sommes pharaoniques à une voie sans
issue. Ce ne sera pas la première fois que des capitalistes «de pointe»
s'égareront dans des projets insensés. Pensons, pour la France, au Plan
Calcul, au Concorde, au Minitel, à Superphénix et à l'A-380 ,
réalisations aux couts astronomiques dont il n'était pourtant pas
difficile de prédire l'échec à court ou moyen terme. Quant à l'autre
délire majeur du capitalisme à son stade actuel, le transhumanisme, il
s'inscrit dans la même logique que l'IAG: technologisation de tout ce
qui était biologique et humain, simplement humain.
Ainsi, il ne reste réellement que deux issues.
Première issue
Si le système s'autodétruit au fur et à mesure qu'il se développe, et si
l'IAG est cette étape de destruction des métiers intellectuels, sources
d'énormes profits pour le système, alors la première issue, classique,
est la destruction des humains sous sa variante la plus avancée, la
guerre, ou encore par la famine ou la maladie. Telle était déjà la thèse
de Robert McNamara lorsqu'il était directeur de la Banque mondiale dans
les années 1970 .
En effet, en toute logique capitaliste (donc cynique), McNamara a
raison: s'il y a moins, beaucoup moins, d'êtres humains, ceux qui auront
survécu jouiront de davantage d'opportunités pour, d'abord, reconstruire
ce qui doit l'être, puis pour produire de la nourriture, survivre et
peut-être un beau jour, vivre enfin sans crainte du lendemain... C'est
exactement ce qu'il s'est produit avec la Peste noire dans les années
1340: les survivants ont pu dès lors ne cultiver que les meilleures
terres, ce qui leur a permis de développer d'autres domaines en dehors
de l'agriculture puisque celle-ci était plus productive et demandait
donc moins de bras. C'est ce qu'il se produit aussi après une guerre, et
qui donne l'illusion que la guerre permet des sauts qualitatifs et des
progrès technologiques, mais c'est la destruction d'êtres humains qui
aboutit, en système capitaliste, à ce type de «progrès». Il est inutile
d'insister ici sur l'horreur et le chaos absolu qu'une guerre mon
diale représenterait pour l'humanité au XXIe siècle, vus les moyens
technologiques qui seraient déployés pour détruire...
Seconde issue
L'autre issue dont l'IAG est directement porteuse est la virtualisation
intégrale de la vie, de nos vies, de nos modes de vie. Telle est, en
gros, la thèse développée dans le premier volet de Matrix . Les
humains, littéralement biberonnés aux productions de l'IAG (divertis par
de la musique ou des vidéos issues de l'IAG, et soignés également par
IA) n'auraient plus rien à faire, plus de tâches productives à assumer.
Mais alors, qui les nourriraient? Dans Matrix, la question est esquivée
par un illusionnisme de science-fiction: les humains sont alimentés par
une sorte de liquide amniotique. Mais revenons sur Terre: qui produira
la nourriture, et selon quelles techniques agricoles, sur une planète en
proie aux dérèglements climatiques et au réchauffement de la température?
Si nous continuons le raisonnement selon une vision capitaliste, les
plus cyniques, tel Gianroberto Casaleggio, l'idéologue du mouvement
Cinque Stelle en Italie, mort en 2016, estimait qu'il fallait réduire
l'humanité à un milliard d'individus . Dans une telle perspective, les
survivants bénéficieraient d'une productivité agricole accrue sur les
terres les meilleures (ou les seules encore cultivables vus les
désastres agroécologiques qui s'annoncent). En ce cas, les deux issues
de secours, guerre et généralisation de l'IAG, se combineraient... pour
le plus grand malheur des êtres humains et de tout ce qui vit sur cette
planète. Le capitalisme revêtirait de nouvelles formes, tellement les
destructions auront été radicales, les savoir-faire manuels étant perdus
et des techniques ancestrales, efficaces et simples, anéanties.
Ce serait un nouveau mode de production? En tout cas, une forme de
capitalisme qui n'aura plus beaucoup de points communs avec la forme
actuelle, et qui sera encore moins vivable pour les quelques humains
survivants, devenus les esclaves de l'IAG qui pensera pour eux, les
divertira, les soignera, les biberonnera toute leur «vie» durant.
À l'évidence, l'IAG ne va rien apporter de bon, absolument rien. Rien
que de la destruction pure, absolue. Appeler Schumpeter ou Musk à la
rescousse ne servira qu'à retarder la prise de conscience. À nous de
refuser l'IAG immédiatement, absolument, quotidiennement, et pas
seulement en partie. Ne rien utiliser de cette technologie, qui implique
aussi des choix idéologiques mortifères. Anéantir l'IAG!
Élisée Personne
Contact: groupe.huko@autistici.org
https://monde-libertaire.net/?articlen=9152
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center