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(fr) Alternative Libertaire #373 (UCL) - Kanaky: La répression de l'État colonial se poursuit
Date
Wed, 5 Aug 2026 05:45:25 +0300
Deux ans après les soulèvements populaires qui ont conduit à une
répression particulièrement violente, la situation en Kanaky s'aggrave.
La pauvreté est en hausse et les services publics ont quasiment disparu
dans certains endroits. Alors que les colons reçoivent des aides de
l'administration, celles et ceux qui en pâtissent sont bien évidemment
les populations kanak. ---- etour sur un territoire qui est encore
aujourd'hui une colonie française [1]. ---- Administrativement, la
Kanaky est divisée en trois Province: le Sud, le Nord et les Îles
Loyauté. En 2025, le pays comptait 264 596habitants et habitantes. Les
trois-quarts vivent en Province Sud et la moitié de la population kanak
réside aujourd'hui dans le grand Nouméa, où se concentre environ 70 % de
l'activité économique. Au total, 25% de la population vit sous le seuil
de pauvreté. Il s'agit pour la plupart de Kanak ou d'Océaniens et
Océaniennes. Environ 10 000personnes résident en habitat précaire à Nou
méa et dans son agglomération. Le niveau de vie des Kanak est deux
fois moins élevé que celui des non-Kanak. Parmi elles et eux, 30% des
jeunes sont au chômage. Et seulement 8 % des diplômé·es de
l'enseignement supérieur sont Kanak. Ces derniers subissent de plus des
discriminations en matière de formation, d'emploi, de logement et de
loisirs.
Depuis deux ans, précarité et pauvreté s'accentuent
L'Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités (USTKE),
indépendantiste, qui a soutenu la révolte du printemps 2024, ne cesse
d'alerter depuis sur ses conséquences liées à la gestion coloniale des
événements. Depuis le 13mai 2024, date du soulèvement de la jeunesse de
Kanaky, le chômage a fortement augmenté. Les destructions d'entreprises
ont entraîné des conséquences économiques et sociales majeures,
principalement autour de Nouméa. Sept-cents entreprises (commerces,
industries, services) ont été incendiées ou très fortement endommagées.
Des milliers d'emplois ont été supprimés, les quartiers populaires ont
perdu leurs commerces de proximité, des écoles, des centres de santé,
des transports. Dans le secteur privé, plus d'un salarié sur six a perdu
son travail.
Les inégalités, déjà très fortes, se sont accentuées. La précarité
alimentaire augmente fortement. Les prix de l'alimentation (déjà bien
plus élevés qu'en France, 85 % des produits étant importés) ont augmenté
de 6,7 % depuis le début de l'année 2024; ce qui grève le pouvoir
d'achat et fragilise particulièrement les plus modestes qui consacrent
28% de leurs dépenses à l'alimentation. Selon la Banque alimentaire de
Nouvelle-Calédonie, 20 000personnes supplémentaires ont besoin d'aide
pour se nourrir, auxquelles s'ajoutent les 10 000bénéficiaires déjà
identifié·es. Fin 2024, l'USTKE a mis en place une banque alimentaire
[2] pour venir en aide aux travailleurs et travailleuses qui ont perdu
leur emploi et se retrouvent, ainsi que leurs proches, dans une grande
précarité. Elle est toujours d'actualité et c'est le résultat de la
volonté coloniale de l'État français et de ses partisans qui voulaient
imposer une modification du corps électoral, au mépri
s des accords de décolonisation.
Des services publics à l'abandon
Après le 13mai 2024, le réseau de bus était quasiment à l'arrêt,
laissant les populations pratiquement sans transport public. Certaines
lignes ont été progressivement remises en circulation, mais avec des
horaires très restreints et un ticket de bus à 500CFP (4euros), ce qui
est un cout exorbitant pour une partie de la population locale. Les
révoltes de mai 2024 ont également conduit au départ d'un grand nombre
de soignants et soignantes. Le phénomène a touché particulièrement les
zones déjà en tension, en particulier dans le Nord de l'île, où quelques
départs ont suffi à faire basculer un territoire qui était déjà un quasi
désert médical. On compte notamment 118lits fermés au Centre hospitalier
territorial du grand Nouméa, 70 sur 172 en cliniques privées et 40 sur
60 dans l'hôpital principal de la Province Nord. Plus de la moitié des
blocs opératoires du territoire sont à l'arrêt. Les EHPAD et centres
médico-sociaux sont sous tension permanente et
plusieurs centres de soins ont du fermer.
Le 5juin 2024, la présidente de la Province Sud, et ancienne secrétaire
d'État, Sonia Backès, déclarait, à l'adresse de «ceux qui ont brulé,
pillé, bloqué la Calédonie, à ceux qui continuent», que «la province
leur supprimera toutes les aides dont ils bénéficient». Des mesures
discriminatoires visant les Kanak ont ainsi été prises. Le remboursement
de l'aide médicale a été suspendu en juillet 2024, «jusqu'à nouvel
ordre», sauf exceptions. Il a aussi été instituée une condition de
domiciliation d'une durée de dix ans en Province Sud pour solliciter
l'attribution de bourses scolaires ou universitaires et de logements
locatifs publics [3]; ce qui exclut de fait de nombreuses et nombreux
jeunes kanak. S'ajoutent à cela des refus d'inscription d'enfants à
l'école, à la cantine ou au périscolaire. Un plan de réformes
budgétaires, sociales et fiscales a été adopté en aout 2025; il prévoit
une baisse des allocations familiales, aggravant ainsi les diff
icultés rencontrées par les ménages les plus vulnérables.
Ces différentes mesures ont affecté plus particulièrement les
populations kanak. Cette injustice sociale supplémentaire est une
punition collective à la suite du soulèvement populaire de mai 2024. À
l'inverse, la situation difficile des finances publiques n'a pas empêché
la Province Sud de mettre en place, dès décembre de cette même année, un
plan visant à favoriser le retour de colons parti·es après mai 2024, à
travers une aide pour les billets d'avion [4] et l'octroi de plus de
2milliards de CFP [5] aux TPE, sous prétexte de soutenir ces entreprises
majoritairement dirigées par des non-Kanak.
Christian Mahieux (UCL Banlieue Sud-Est)
Notes:
[1] Les données qui figurent dans cet article sont issues de travaux
transmis par l'USTKE et publiés par le collectif national Solidarité
Kanaky, dont l'UCL est membre. Ce texte étant écrit mi-juin, il ne
traite pas des élections provinciales du 28 ; nous y reviendrons très
certainement à la rentrée, l'occasion de décrypter les rapports de force
entre indépendantistes et partisans de la Nouvelle-Calédonie française,
mais aussi entre les mouvements indépendantistes, ou encore la situation
de la solidarité au sein de l'État français.
[2] Depuis la France, tout le monde peut y contribuer directement ;
faire en sorte que des collectifs militants, notamment des structures
syndicales y participent est un exemple de ce que peut être,
concrètement, la solidarité internationaliste.
[3] Le 10juin 2025, la condition de dix ans de résidence en Province Sud
a été suspendue par le juge des référés du tribunal administratif de
Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, le 29janvier 2026, la Commission
nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a publié un rapport
qui met en exergue la « répression violente, souvent disproportionnée,
de la part des forces de l'ordre [...] et plus spécifiquement à
l'encontre des Kanak ». Il indique que les mesures répressives ont «
affecté plus particulièrement les populations kanak », et ont été
perçues « comme une injustice sociale et une punition des violences
passées ».
[4] En revanche, les prisonniers et prisonnières kanak déporté·es en
France doivent faire appel à la solidarité pour financer leur retour au
pays.
[5] Deux milliards de francs Pacifique représentent environ 17millions
d'euros.
https://www.unioncommunistelibertaire.org/?Kanaky-La-repression-de-l-Etat-colonial-se-poursuit
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