A - I n f o s

a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **
News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts Our archives of old posts

The last 100 posts, according to language
Greek_ 中文 Chinese_ Castellano_ Catalan_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ _The.Supplement

The First Few Lines of The Last 10 posts in:
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_
First few lines of all posts of last 24 hours | of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006 | of 2007 | of 2008 | of 2009 | of 2010 | of 2011 | of 2012 | of 2013 | of 2014 | of 2015 | of 2016 | of 2017 | of 2018 | of 2019 | of 2020 | of 2021 | of 2022 | of 2023 | of 2024 | of 2025 | of 2026

Syndication Of A-Infos - including RDF - How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups

(fr) Alternative Libertaire #373 (UCL) - De la Plateforme à la CNT: Aux origines du communisme libertaire

Date Thu, 16 Jul 2026 19:53:00 +0100


La Plateforme est née d'une question simple: pourquoi les révolutionnaires libertaires ont-ils échoué là où les Bolcheviks ont triomphé? Tirant les leçons de la Révolution russe et de l'expérience makhnoviste, le groupe Diélo Trouda refuse les explications de circonstance et met en cause les faiblesses de l'anarchisme lui-même. Leur ambition est alors de refonder le projet libertaire sur des bases révolutionnaires, organisées et résolument communistes. ---- La Plateforme naît dans les débats de la communauté des anarchistes slaves exilé·es à Paris. Un certain nombre d'entre elles et eux ont pris part aux événements de la Révolution de 1917 à travers la Russie, un bon nombre a même participé au mouvement qui portait le plus d'espoir pour les libertaires: l'armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne et les institutions politiques civiles qu'elle amenait avec elle (mouvement large qui fut appelé «Makhnovschtchina», littéralement «la bande à Makhno» par ses opposants et opposant
es). Cette communauté était donc habitée d'un esprit profondément révolutionnaire, et était tout aussi profondément déçue par la tournure que prenait la grande révolution sociale que la bureaucratie bolchevik était parvenue à s'accaparer. C'était un réseau d'anarchistes qui méditaient leurs expériences et leurs échecs.

Le bilan de l'anarchisme en Russie

Si des anarchistes, comme Voline, attribuaient leur naufrage à un mauvais coup du sort (pas assez de militants et militantes) et à la répression bolchevik, ce n'était pas là l'opinion des «Plateformards» (comme les appelleront leurs opposants et opposantes). Mettre la faute de leur échec sur le dos de la réussite de leurs concurrents n'avaient pas de sens. Là où les partisanes et partisans de Lénine avaient réussi, celles et ceux de Makhno avaient échoué, il fallait se poser la question du pourquoi. Ces anarchistes russes posaient le diagnostic d'une «impuissance intérieure» [1] du mouvement. Cette impuissance s'expliquait selon eux et elles dans la nature même du mouvement à cette époque: une galaxie vague et indécise politiquement. Dans l'anarchisme russe, comme partout ailleurs, coexistait alors d'authentiques anarcho-communistes, qui avaient compris les enjeux d'organisation des classes laborieuses et de leur direction politique, et des individualistes encore bercé·es d'illusions
bourgeoises et petite-bourgeoises libérales (humanistes et poétiques). Plus qu'un texte polémique, la Plateforme est un produit d'une expérience révolutionnaire. Elle est le fruit de la rencontre de ses auteurs et autrice avec la réalité d'un changement profond de monde en Russie.

La Plateforme, c'était la volonté de faire la mue de l'anarchie. Il s'agissait de revenir aux sources de la tradition la plus solide (la branche bakouninienne) et de la dépasser. Il fallait pour cela que l'anarchisme en revienne à des bases matérialistes, et lui donner les moyens de réaliser ses ambitions en donnant aux militants et militantes organisation et discipline. Face à la Plateforme, Voline et Sébastien Faure formuleront la Synthèse anarchiste, souhaitant ne pas scinder un mouvement qu'ils considéraient encore pouvoir être uni. Et si les synthésistes accuseront souvent les plateformistes de dérives bolchévik, c'est, peut-être, qu'ils et elles n'avaient pas tout à fait tort. La Révolution russe créa un élan d'enthousiasme chez tous les libertaires du monde. Elle était la concrétisation d'un élan révolutionnaire des masses qui s'emparent du pouvoir. Et la réussite concrète des Bolcheviks face aux autres révolutionnaires avait donné raison à une certaine part de la théorie marx
iste. La Plateforme proposait donc de s'approprier ce qui avait survécu au feu de la révolution: la nécessité d'une organisation générale, d'une action coordonnée, d'une perspective politique, d'une armée révolutionnaire, etc. Tout cela ne pouvait plus être questionné par des révolutionnaires conséquents et conséquentes.

La forme que prit la Makhnovschtchina pendant ces deux années de combat en Ukraine fut d'ailleurs très parlante. Elle n'avait rien de particulièrement exceptionnelle dans le torrent de 1917. Elle n'était qu'une part de ce grand mouvement de conseils d'ouvriers et d'ouvrières et de soldats, de conseils de femmes, de conseils d'usine, qui fleurissaient partout où avait régné le knout tsariste. De 1919 à 1921, les anarchistes révolutionnaires construisirent une force de résistance face à tous les excès du communisme de guerre: elles et ils maintinrent vivant l'esprit même de la Révolution russe en construisant une démocratie qui prenait appui sur les conseils, où, entre autre, les paysans et paysannes géraient encore collectivement la terre et où les soldats élisaient encore leurs chefs. Cet esprit révolutionnaire et non sectaire sera fondateur.

L'influence sur la CNT

Ce fut ce même esprit de révolution qui devait bientôt saisir une partie de l'Espagne. La péninsule ibérique était, sans doute, le seul endroit d'Europe où s'était très fortement maintenu l'anarchisme bakouninien. Et bien que la CNT ne se réclamait pas de la Plateforme, elle emprunta un chemin parallèle. En effet, elle aussi fut profondément secouée par la Révolution de 1917. Avant même le coup d'État franquiste, la CNT adhéra d'ailleurs à la l'Internationale syndicale rouge, émanation de l'Internationale communiste (aussi connue sous le nom de IIIeInternationale). De nombreux et nombreuses membres de la CNT adhérèrent à ce communisme porteur de tant de rêves. Certains et certaines allèrent jusqu'à quitter la CNT pour rejoindre les rangs de la gauche communiste (Andrès Nin, par exemple, qui partit fonder le POUM [2]). D'autres essayèrent de mener une synthèse entre ce qu'il y avait de bon dans leur propre tradition et dans ce qu'il y avait de meilleur dans la tradition marxiste. Ceux
et celles-là se retrouvèrent massivement dans la FAI et essayèrent de faire la révolution en Espagne où la classe laborieuse semblait suffisamment organisée. Et là, où ces coups prenaient un peu, les révolutionnaires espagnols appelaient à la collectivisation de la terre et des usines, et essayaient de réaliser le «communismo libertario».

Dépasser le marxisme et l'anarchisme

En France, quelques organisations furent largement influencées par ces expériences russes et espagnoles. Mais à chaque fois, le vieil anarchisme refusait de mourir. Face aux débats profonds sur le texte de la Plateforme, son principal auteur, Piotr Archinov fut désespéré. Découragé par les polémiques continuelles et la situation dépressive du mouvement anarchiste, il finira par retourner en URSS stalinienne pour y travailler comme correcteur et sera fusillé en 1938 pour «tentative de restauration de l'anarchisme» [3].

Pourtant, ce n'était pas la mort de cet esprit révolutionnaire communiste libertaire. Ce nouveau «communisme libertaire», n'était plus tout à fait celui dont pouvait se réclamer les Cafiero ou les Malatesta, il n'était plus synonyme du vieil «anarcho-communisme». Les réactions de rejet qu'il suscita dans les vieilles structures anarchistes en témoignent. Cette nouvelle idée, née dans le feu du siècle des guerres et des révolutions, proposait une perspective neuve: celle de dépasser le grand schisme, de tirer le bilan de l'anarchisme et du communisme marxiste, pour ne prendre que le meilleur des deux. Ni Lénine, ni Kropotkine, le communisme libertaire trace le chemin vers la collectivisation des terres et des usines, vers la démocratie des travailleuses et des travailleurs, contre toute forme de résurgences des vieilles oppressions, bref: un chemin vers le communisme. Après-guerre, ce ne fut pas autre chose qui inspira nombre de jeunes militantes et militants, tels Daniel Guérin et Ge
orges Fontenis. En fondant la Fédération communiste libertaire, en cherchant à dépasser les marasmes de la Fédération anarchiste, ils essayaient de redonner un souffle à cette idée toujours neuve.

Wendelin (UCL Alsace)

Notes:
[1] Voline et Faure, La Réponse à la Plateforme.
[2] Le Parti ouvrier d'unification marxiste. Voir Pierre Broué, La révolution espagnole 1931-1939.
[3] Alexandre Skirda, Autonomie individuelle et force collective: les anarchistes et l'organisation de Proudhon à nos jours, p.185-186.

https://www.unioncommunistelibertaire.org/?De-la-Plateforme-a-la-CNT-Aux-origines-du-communisme-libertaire
_________________________________________________
A - I n f o s
informations par, pour, et au sujet des anarchistes
Send news reports to A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
Subscribe/Unsubscribe https://ainfos.ca/mailman/listinfo/a-infos-fr
Archive: http://ainfos.ca/fr
A-Infos Information Center