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(fr) Regeneracion [ESP] - Organisateur: Le nouveau terme pour le militant CNT à l'ancienne? (es) [Traduction automatique]
Date
Wed, 15 Jul 2026 21:01:55 +0100
Ces dernières années, un mot emprunté au mouvement ouvrier américain a commencé à s'insinuer dans les milieux syndicaux espagnols: «organisateur». Sommaire Le problème de notre temps: des syndicats sans syndicalistes Ce que «l'organisation» tente de résoudre L'art oublié de dialoguer avec les camarades L'obsession des supermajorités L'«organisateur» et l'anarcho-syndicalisme historique Une vieille tradition ouvrière Le débat sur les leaders organiques Ce que nous avons perdu Une leçon pour le syndicalisme espagnol Retrouver le militant organisateur Bibliographie recommandée ---- Ce terme apparaît dans les débats sur l'IWW, dans les cours et conférences de Labor Notes, dans les campagnes de syndicalisation d'Amazon ou de Starbucks, et plus récemment dans des initiatives de formation comme Organizing for Power - O4P. Pour de nombreux syndiqués, notamment ceux issus d'un milieu anarcho-syndicaliste, ce terme suscite une certaine aversion. Il sonne comme un anglicisme inutile. Elle est
associée à la figure d'un professionnel engagé, à une méthodologie étrange, voire à une manière détournée d'instaurer un leadership et des hiérarchies.
Cependant, plus on se penche sur la littérature relative à l'«organisation» et sur l'histoire du mouvement ouvrier espagnol, plus le paradoxe devient évident: l'«organisateur» n'est pas tant une innovation qu'une réappropriation.
Ce que les Américains appellent aujourd'hui un «organisateur» ressemble bien plus à l'activiste syndicaliste d'antan qu'on ne le reconnaît généralement. Sa valeur réside peut-être moins dans la nouveauté que dans ce qu'elle nous rappelle de notre héritage.
Le problème de notre époque: des syndicats sans membres. L'un des phénomènes les plus surprenants de ces dernières décennies est que les syndicats ont mieux survécu que la culture syndicale.
Nous avons encore des syndicats comptant des centaines de milliers de membres. Des structures bien établies: services juridiques, fédérations, caisses de grève, ressources financières et une présence au sein des entreprises et dans toute la société. Mais il devient de plus en plus difficile de trouver des personnes capables d'organiser leurs propres collègues.
Cette contradiction n'est pas propre à l'Espagne. Jane McAlevey l'a identifiée il y a des années aux États-Unis dans son livre «No Shortcuts» . Kim Moody souligne des problèmes similaires depuis des décennies. L'IWW elle-même a bâti une grande partie de son activité récente autour d'une question fondamentale:
Comment créer une véritable organisation au sein d'une entreprise?
La question paraît simple, mais ses implications sont considérables. Car avoir des membres est une chose, avoir des travailleurs organisés en est une autre. Être représenté est une chose, mais avoir du pouvoir, la capacité d'agir collectivement et de mettre en oeuvre ces actions en est une autre tout autre. Et l'écart entre les deux est bien plus important que nous ne voulons bien l'admettre.
Trop souvent, la relation entre travailleur et syndicat adopte la logique d'une relation client-fournisseur. Le travailleur rencontre un problème, se tourne vers le syndicat, explique sa situation et attend une solution. Il ne s'attend pas à organiser ses collègues, à se mobiliser collectivement ni à prendre ses responsabilités. Il compte sur quelqu'un d'autre pour régler le problème.
Dans cette perspective, le syndicat cesse d'être une organisation de travailleurs et devient un outil de gestion des conflits. Le problème n'est pas l'assistance juridique, pourtant indispensable à toute organisation de travailleurs, mais plutôt le fait que cette assistance se substitue à l'organisation, que la représentation remplace la participation et que le membre passe du statut d'acteur à celui d'utilisateur.
Ce que l'«organisation» tente de résoudre La littérature sur «l'organisation» découle précisément de ce constat. Des auteurs comme McAlevey ou les publications de Labor Notes soulignent que de nombreuses organisations syndicales ont développé une capacité considérable à gérer les conflits, mais très peu à renforcer le pouvoir des travailleurs.
C'est pourquoi «s'organiser» change la donne. Il ne s'agit pas seulement de savoir comment résoudre ce problème; il s'agit de savoir comment développer les ressources nécessaires pour résoudre ce problème et ceux qui surviendront par la suite.
La différence semble subtile, mais elle ne l'est pas. Dans le premier cas, le conflit est au coeur de l'activité. Dans le second, il représente une opportunité de renforcer l'organisation.
C'est là qu'apparaît la figure de l'«organisateur». Loin de certains stéréotypes, il ne s'agit ni d'un agitateur professionnel, ni d'un leader charismatique, ni d'un stratège extérieur dirigeant les campagnes de manière autoritaire. Dans sa conception la plus aboutie, notamment au sein de l'IWW et de Labor Notes, l'«organisateur» est un bâtisseur d'organisations.
Sa fonction principale est de développer les compétences organisationnelles des individus. Elle ne se substitue pas aux travailleurs, mais les aide à acquérir les compétences nécessaires. Elle ne remplace pas l'initiative collective, elle la renforce.
L'art oublié de parler à ses collègues Il est frappant de constater que l'un des outils fondamentaux de l'organisation est aussi simple qu'une conversation individuelle. Une grande partie de la formation à l'organisation consiste à apprendre à dialoguer avec ses collègues. Non pas à prononcer des discours, à rédiger des notes de service ou à remporter des débats idéologiques. Il s'agit d'écouter, de poser des questions, d'identifier les problèmes communs, de comprendre les motivations et d'instaurer la confiance.
Cela peut paraître évident, mais de nombreux syndicats ont développé une grande capacité à communiquer avec leurs membres déjà convaincus, tout en perdant celle de dialoguer avec ceux qui restent indécis. Labor Notes souligne constamment ce problème: les militants s'adressent aux militants, les convaincus aux convaincus. Pendant ce temps, la majorité des travailleurs demeure exclue du débat.
L'organisateur tente de rompre cette dynamique. Sa tâche consiste à élargir sans cesse le cercle des personnes impliquées.
L'obsession des supermajorités L'une des contributions les plus marquantes de l'organisation contemporaine réside peut-être dans l'importance accordée aux «supermajorités». Dans de nombreux milieux militants, on a tendance à confondre minorité active et majorité organisée. Cinq militants très engagés peuvent donner l'impression d'une organisation puissante, mais s'ils travaillent dans une entreprise de trois cents personnes, ce n'est probablement pas le cas.
C'est pourquoi «l'organisateur» insiste sur une mesure concrète de la force: combien de personnes participent? Combien la soutiennent? Combien sont indécises? Combien s'y opposent? Combien agiraient si nécessaire? L'enjeu central n'est plus la pureté idéologique ou l'intensité de l'engagement d'une minorité, mais la capacité collective d'une majorité.
Cette préoccupation est omniprésente chez McAlevey, dans les manuels de l'IWW et dans les publications de Labor Notes. Les grèves difficiles ne sont généralement pas remportées par de petits groupes héroïques, mais plutôt par la participation d'une large partie des travailleurs. C'est pourquoi l'organisation syndicale insiste tant sur la constitution de supermajorités avant d'entreprendre des conflits majeurs. Non pas parce qu'il s'agit d'une stratégie modérée, mais parce qu'il s'agit d'une stratégie de renforcement progressif.
L'«organisateur» et l'anarcho-syndicalisme historique À ce stade, il est légitime de se poser une question qui dérange: dans quelle mesure tout cela est-il vraiment nouveau?
Les travaux d'Anna Monjo sur le militantisme de la CNT dans les années 1930 apportent un éclairage précieux. L'étude de la CNT de cette époque révèle ce que nous appellerions aujourd'hui une culture organisationnelle solide. On y trouvait des militants capables de recruter de nouveaux travailleurs, des réseaux de solidarité, des mécanismes de formation politique et syndicale, et des personnes dévouées à l'expansion de l'organisation à de nouveaux secteurs. L'adhésion n'était pas perçue comme une relation de consommation, mais comme une forme de participation.
On observe le même phénomène dans les travaux de José Peirats ou dans les études de Chris Ealham sur le mouvement ouvrier barcelonais. La force de la CNT ne résidait pas uniquement dans ses idées, mais aussi dans sa capacité à reproduire son militantisme. Chaque syndicat engendrait de nouveaux organisateurs, chaque conflit de nouveaux cadres ouvriers, chaque victoire formait de nouvelles personnes capables d'organiser à leur tour d'autres personnes.
Ce que nous appellerions aujourd'hui «organisateur», à l'époque, on les appelait simplement des militants.
Une vieille tradition ouvrière L'histoire du mouvement ouvrier international révèle des phénomènes similaires. Dans *Labor's Untold Story* , Richard Boyer et Herbert Morais décrivent comment les travailleurs américains se sont organisés bien avant l'existence de syndicats institutionnalisés. Ils l'ont fait grâce à des réseaux informels, des agitateurs, des organisateurs itinérants et des campagnes de solidarité. Il n'y avait pas de structures bureaucratiques sophistiquées, seulement des individus capables de relier une lutte à une autre. Il y avait des organisateurs.
L'IWW s'est historiquement développée autour de figures similaires: des travailleurs qui voyageaient, dialoguaient avec d'autres travailleurs, menaient des campagnes et bâtissaient des organisations là où il n'en existait aucune. Il ne s'agissait pas de spécialistes extérieurs, mais de militants issus de la classe ouvrière. L'«organisateur» contemporain hérite en grande partie de cette tradition.
Le débat sur les leaders organiques L'un des aspects les plus controversés de l'organisation syndicale est l'identification des leaders dits «organiques» ou influents. Nombre de syndicalistes libertaires considèrent cette pratique avec suspicion, et à juste titre: toute organisation doit se prémunir contre la concentration du pouvoir.
Il est important de bien comprendre ce que signifie ce concept. Lorsque les organisateurs parlent de leaders organiques, ils ne font pas forcément référence aux managers officiels, mais plutôt aux personnes dont l'opinion influence les autres: des personnes respectées, écoutées et capables d'instaurer la confiance. Ces figures existent dans tous les lieux de travail et tous les groupes sociaux. Les ignorer ne les fait pas disparaître.
La question est de savoir comment interagir avec eux. «S'organiser» propose de les intégrer à la construction collective de l'organisation, non pas pour remplacer les processus démocratiques, mais pour les enrichir. Certes, il existe un risque que cela débouche sur des formes de contrôle vertical si l'on néglige le processus et l'émancipation collective. Mais le risque inverse existe aussi: ignorer les dynamiques réelles d'influence peut empêcher les organisations et les membres des syndicats de se connecter à la majorité des travailleurs. Comme pour tout outil organisationnel, le problème n'est pas son existence, mais son utilisation.
Ce que nous avons perdu L'aspect le plus intéressant de l'«organisation» réside peut-être moins dans ses techniques spécifiques, les schémas et les listes types, les graphiques d'aide à la décision, ou les méthodes de communication, que dans le changement d'orientation. Pendant des décennies, le mouvement syndical a consacré d'énormes efforts à la représentation des travailleurs, et beaucoup moins au recrutement de nouveaux membres.
Cette différence est fondamentale. Une organisation peut accroître son nombre d'adhérents tout en réduisant sa capacité organisationnelle. Elle peut disposer de plus de ressources et de moins de membres, d'une structure plus rigide et d'une moindre capacité d'initiative, d'une représentation accrue et d'un pouvoir ou d'une capacité collective moindre. Nous avons observé cette tendance, plus ou moins généralisée, depuis l'introduction des comités d'entreprise et des représentants du personnel dans l'activité syndicale.
L'approche «organisatrice» vise à inverser cette tendance. Sa question principale n'est pas le nombre de membres, mais le nombre de personnes capables d'organiser les autres.
Une leçon pour le syndicalisme espagnol Le syndicalisme espagnol n'a pas besoin d'importer mécaniquement les modèles américains. Les différences historiques, juridiques et culturelles sont trop importantes pour cela. Mais il peut certainement en tirer des enseignements précieux, notamment dans un contexte marqué par la fragmentation du marché du travail, la précarité de l'emploi et l'affaiblissement de la culture ouvrière.
La principale leçon à retenir est peut-être celle-ci: les organisations ne se créent pas spontanément; elles se construisent. Et leur construction exige du temps, de la patience, une présence constante, des échanges, de la formation, de la confiance et de l'engagement. Aucune solution juridique ni stratégie de communication ne peut remplacer ce travail. Aucune structure organisationnelle ne peut fonctionner indéfiniment sans cela.
Récupérez le militant organisateur La plus grande valeur du concept d'«organisateur» réside peut-être précisément dans sa capacité à nous rappeler quelque chose que le mouvement ouvrier savait déjà: les syndicats ne se construisent pas seulement avec des idées, des structures ou des ressources, mais avec des personnes capables d'organiser d'autres personnes.
Pendant une grande partie du XXe siècle, le mouvement ouvrier espagnol en a produit des milliers. Des personnes qui visitaient les ateliers, distribuaient des journaux, discutaient avec leurs collègues, formaient les nouveaux membres, créaient des sections syndicales, déclenchaient des conflits sociaux et tissaient des réseaux de solidarité. Ce n'étaient ni des professionnels, ni des techniciens, ni des cadres. C'étaient des organisateurs.
Aujourd'hui, dans un contexte très différent, le défi demeure fondamentalement le même. Il ne s'agit pas de copier l'IWW, d'imiter Labor Notes ou d'importer des recettes étrangères. Il s'agit de retrouver une fonction essentielle à l'essor de toutes les grandes organisations ouvrières: le rôle du militant organisateur.
Celui ou celle qui transforme les problèmes individuels en action collective. Celui ou celle qui transforme les membres en camarades. Celui ou celle qui forme de nouveaux organisateurs. Celui ou celle qui laisse une organisation plus forte qu'il ou elle ne l'a trouvée.
Le terme «organisateur» n'est peut-être pas nouveau. Il s'agit peut-être simplement du nom contemporain d'une pratique que le mouvement ouvrier espagnol connaissait bien depuis des décennies. Et la question la plus importante n'est peut-être pas ce que nous pouvons apprendre de l'«organisation» américaine, mais plutôt:
Avons-nous oublié comment former des militants capables d'organiser d'autres travailleurs?
Si la réponse est oui, alors le débat sur «l'organisateur» ne porte pas vraiment sur son origine ni sur son contexte. Il nous concerne nous.
Julio F., militant de la CNT et actuellement membre du Groupe communiste anarchiste ( Royaume-Uni )
Bibliographie recommandée - Anna Monjo, Militantes. Démocratie et participation ouvrière dans la CNT des années 1930 .
- José Peirats, La CNT dans la révolution espagnole .
- Chris Ealham, La lutte pour Barcelone: classe, culture et conflit 1898-1937.
- Jane McAlevey, Pas de raccourcis: s'organiser pour le pouvoir dans le nouvel âge d'or .
- Alexandra Bradbury, Mark Brenner et Jane Slaughter, Les secrets d'une organisatrice à succès .
- Industrial Workers of the World (IWW), «Affaiblir le barrage: les principes et la pratique de l'organisation du lieu de travail.»
- Kim Moody, Un préjudice pour tous: le déclin du syndicalisme américain .
- Richard O. Boyer et Herbert M. Morais, L'histoire inédite du travail .
https://regeneracionlibertaria.org/2026/07/09/organizer-la-nueva-palabra-para-el-viejo-militante-cenetista/
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