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(fr) Courant Alternative #359 (OCL) - Iran- Israël, de l'entente à l'anéantissement

Date Mon, 27 Apr 2026 17:48:18 +0100


1945 fin du régime nazi. Les vainqueurs: américains et russes se partagent des zones d'influences. Au moyen Orient ce sont Français et britanniques qui décident des pays et de l'avenir des peuples. Bien qu'opposé au plan de partage de la Palestine par les britanniques en1948, l'Iran sera après ces partages, le deuxième pays musulman a reconnaître Israël après l'Égypte en 1950. ---- Une entente objective ---- C'est par l'Iran que transiteront dès 1943 les juifs dont de nombreux enfants, venus notamment de Pologne, sous l'oeil bienveillant de Staline. C'est aussi par ce pays que passeront entre 1949/ 1952 nombre de juifs sortis l'Irak pour rejoindre eux aussi Israël. ---- Ce passé, conduira Ben Gourion, le premier chef du gouvernement israélien, à tisser des liens d'amitié avec l'Iran. Ainsi, Téhéran devient le principal fournisseur de pétrole en échange de fournitures, d'armes, de transferts de technologie... bref des relations économiques bilatérales sereines. Cela permet à Tel-Aviv d'éviter un isolement total de la part de ses voisins arabes limitrophes, hostiles à cet État hébreux imposé par les occidentaux à leurs dépends.

En 1979, la -République Islamique d'Iran- est proclamée. La dictature du shah soutenue par la CIA et Israël, malgré la répression féroce contre sa population, tombe sous les coups d'une révolution populaire notamment encadrée par les mollahs chiites. Mohamed Réza Palhavi, le dernier "Shah" de la dynastie des Pahlavi au pouvoir est renversé.

Cette révolution est menée sous l'égide de l'ayatollah Khomeyni, le guide suprême exilé en France. A son retour à Téhéran, il est acclamé tant par les mollahs évidemment, que par les nationalistes, les communistes ou l'Extrême-gauche. Sans doute avec des arrières pensées opposées de chacun. Aussitôt, le "Guide" imposera la "Charia" comme loi fondamentale du régime. Il se veut le défenseur des pauvres, des opprimés, exige la libération de Jérusalem en objectif stratégique et condamne l'impérialisme du "Grand Satan" américain. Cette politique restera une constante. M. Ahmadinedjab le 6ème président iranien, de 2005 à 2013, saura en user. Il n'hésitera pas à dénoncer l'existence de l'État d'Israël: le "Petit Satan" fidèle allié de l'Amérique, par un anti-sémitisme et un négationnisme sans vergogne. Une propagande destinée à rassembler le peuple iranien autour du régime. Par ailleurs, la résistance iranienne contre le shah s'est entraînée et aguerrie dans les camps d'entraînement libanais, auprès des mouvements palestiniens.

Le pouvoir iranien saura instrumentaliser ce passé et cette proximité militante, notamment avec l'accueil triomphal fait à Y. Arafat, le leader de l'OLP. Cette cause de la libération de la Palestine occupée, plus ou moins abandonnée ou délaissée par les pays arabes sunnites. Ces pays redoutent ces mouvements nationalistes, révolutionnaires et laïcs pour certains. Le fait d'être un régime persan et chiite dans un environnement arabo-sunnite, conduit Téhéran à développer et armer "son axe de résistance": les minorités locales au Liban, en Syrie, en Irak voire à Gaza et au Yémen.

D'une guerre sans nom

Dès lors, 1979, s'installe une guerre de l'ombre marquée par de multiples attentats ou assassinats revendiqués ou pas, dont l'attaque de l'ambassade de Buenos-Aires en 1990 et la liquidation d'Abbas al Musawi le chef du Hezzbollah libanais en 1992. L'inquiétude de l'État hébreux, déjà nucléarisé, est d'autant plus grande qu'il redoute l'acquisition de l'arme nucléaire par l'Iran. Cette guerre de l'ombre qui permettra de liquider les principaux responsables du programme nucléaire iranien, se poursuit en Syrie en2011 lors de la guerre civile ou lors d'attaques mutuelles de navires en mer Rouge pour l'un et dans le golf d'Oman pour l'autre en 2021.
... à la guerre Iran/Irak

1979, après la chute du "Shah", les étudiants iraniens ont pris d'assaut l'ambassade américaine à Téhéran avec 50 otages dont les diplomates. Ils seront détenus 14 mois. Washington prendra alors des sanctions et décrétera un embargo. Mais si les mollahs d'Iran rejettent le grand Satan, ils sont méfiants à l'égard du soutient de l'URSS régime communiste, matérialiste et athée.

1980, L'Iran puissance régionale montante, inquiète S. Hussein président de l'Irak -sunnite- voisine où vit une forte minorité chiite, suspecte aux yeux du pouvoir. L'Autre contentieux concerne la région du Khuzestan que revendique Bagdad. Une région riche en hydrocarbures et d'autres minerais, qui a une position dominante sur le golf persique. Mais cet affrontement est aussi idéologique, entre la théocratie islamique chiite iranienne et le régime militaire sous la férule du parti baas irakien, sunnite et laïque.

S. Hussein voit l'Iran affaibli. Son attaque surprise s'enlisera peu après dans une guerre de tranchées. Une guerre qui durera huit ans (1980, 1988), et finira par un cessez le feu signé sous l'égide de l'ONU pour un bilan humain de 600 000? morts. Un bilan encore débattu.

Mais de tels conflits ne saurait être ou durer sans les souteneurs, les parrains impérialistes, leurs subordonnés et les marchands d'armes d'État ou privés. On y retrouve face à face ou conjointement, la Russie, la France, la Chine fournissent 85% de l'armement aux irakiens, face à Washington, Tel-Aviv et évidement des européens dont la France alimentant les deux parties. -Business is Business-. Malgré la vindicte contre le "petit Satan", Israël agit en secret. Les ventes d'armes clandestines persistent et des instructeurs militaires sont envoyés en Iran.

C'est dans ces échanges de bons procédés réciproques que Tel-Aviv pourra bombarder le réacteur nucléaire irakien d'Osirak et faire sortir d'Iran en toute sécurité de nombreux juifs iraniens, qui rejoindront Israël ou les États-Unis: une communauté chiffrée à 60 000 personnes.

Israël toujours isolé dans un environnement hostile trouve une nouvelle opportunité via l'Iran pour combattre le danger principal à sa politique: S. Hussein et ses prétentions hégémonique sur la région. Au fil de la guerre, les livraisons d'armes et des pièces de rechange en tout genre rejoignent l'Iran. Tel-Aviv appuyé par la CIA deviendra le maître d'oeuvre d'un trafic florissant clandestin à dimension quasi industrielle, jusqu'à 500 millions de dollars par an. Les armes contre le pétrole. R.Reagan succède à J.Carter à la Maison blanche. Pourparlers, attente et chantage sur la libération des otages...Washington ferme les yeux sur les agissements des membres de son "establishment" avec Israël, exempt alors de toute sanctions liées au contournement de l'embargo.

Mais l'impérialisme et le business des marchands d'armes, amènent d'autres sources d'armement aux deux belligérants, afin que nul ne l'emporte. On retrouvera pour chacun des armes d'origines soviétiques Françaises et autres transitées par des pays de l'Est, par la Libye, la Syrie, voire la Corée du Nord...

Rappelons que les impérialismes soviétiques et américains s'affrontent alors aussi en Afghanistan après l'invasion du pays par Moscou, en Angola, au Nicaragua avec l'arrivée des -Sandinistes- au pouvoir... Le scandale "Iran-gate ou Iran-contra" de 1986 révélera ces trafics et dévoilera les mécanismes de livraisons et d'argent secret qui destinés à l'Iran, se retrouvaient au Nicaragua pour alimenter la contre révolution des "contras". La présence d'Israël est notée mais sous la supervision de la CIA.

Des théocraties face à face

Après la mort de Komeyni en 1989, son successeur au pouvoir l'Ayatollah Ali Kameney, oriente la politique théocratique des mollahs, vers un régime politico-religieux où les gardiens de la révolution (les Pasdarans) en ascension assureront l'ordre, le pouvoir politique et économique. Une gouvernance dictatoriale autour de l'Ayatollah est centralisée, militarisée où toute protestation, contestation du régime est réprimée sans état d'âme, en 2009, 2019, 2022, 2025 où le nombre de mort importe peu. Dans le même temps en Israël, B. Nettanyahou au pouvoir, s'entoure d'une extrême-droite suprémaciste et achève le dessein sioniste du "Grand Israël" esquissé dès la création de l'État Hébreux en 1948. Israël devient l'État "des" juifs et instaure un régime d'apartheids. Il reste à en finir avec les palestiniens. L'Iran devient l'ennemi obsessionnel.

Avec l'accord de Washington et la légitimité des européens, après avoir diminué les forces supplétives de Téhéran au Liban, en Syrie, à Gaza, en éliminant leurs leaders et surtout les plus enclins au dialogue, la tension monte entre les deux pays. L'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et la prise d'otage opérée par prend à défaut la sécurité, l'inviolabilité du territoire israélien tant de fois affirmée par le gouvernement de Tel-Aviv. Cela lui ouvre la perspective de se débarrasser des palestiniens et les "génocider" sous les bombes mais aussi par la faim, la soif, le manque de soins...etc.

Comme les morts n'ont pas la même valeur, la répression des mollahs occupe nos espaces médiatiques, tandis que les morts palestiniens et la barbarie qui l'accompagne est légitimée par l'Occident européen dont la France, par le "droit pour Israël à se défendre" qui sous entend le droit d'Israël à "s'étendre". Il en va de même pour la dénonciation du régime religieux des mollahs en Iran mais nul ne pense à dénoncer le régime théocratique en place à Tel-Aviv avec les ultra-orthodoxes ou D. Trump qui prie à la Maison blanche...

Si Téhéran n'a eu de cesse d'instrumentaliser la cause palestinienne contre le "petit Satan", Tel-Aviv n'a eu de cesse à son tour de dénoncer et prétexter la menace iranienne et son arsenal nucléaire, jusqu'alors démentie par l'AIEA, l'instance internationale de l'ONU.

De l'entente cordiale à la destruction, chaque camp a instrumentalisé l'autre pour les besoins de sa politique intérieure à l'adresse de ses populations, pour aller vers ses ambitions d'hégémonie régionale et aussi une soif de pouvoir.

Decaen 7 03 2026

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