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(fr) Courant Alternative #355 (OCL) - Compte-rendu du «stage antimilitariste» organisé par Émancipation
Date
Thu, 18 Dec 2025 17:24:15 +0000
Émancipation - tendance intersyndicale ---- «Militant pour une
unification du syndicalisme, Émancipation est une tendance
intersyndicale regroupant, quelle que soit leur appartenance syndicale,
les personnels de l'Éducation Nationale, les étudiantEs, les lycéenNEs
qui interviennent sur leur lieu de travail, dans leurs organisations
syndicales comme dans les mouvements sociaux sur des bases
anticapitalistes et qui refusent l'autoritarisme, la bureaucratie et le
corporatisme.» ---- La nécessité de proposer ce stage s'inscrivait dans
le contexte politique actuel. On pourra par exemple citer le discours
que Macron offrait aux militaires le 13 juillet «Voulons-nous une fois
pour toutes prendre notre sécurité et celle du continent en main et
bâtir un vrai pilier européen de l'Otan?». La classe dominante entend
préparer l'opinion à la guerre.
Devant les députés, le général Fabien Mandon, nouveau chef d'état-major
des armées, a prévenu: «la France doit être prête à un choc d'ici trois
à quatre ans» et a défendu un effort massif de réarmement, symbole d'un
retour à la «lucidité stratégique». Cet effort est assumé puisque pour
la première fois le budget de l'armée avec 68,4 milliards (+6,7) dépasse
celui de l'Éducation nationale (64,5 milliards d'euros). L'Éducation
Nationale, déjà en déshérence, perdra 4000 postes, l'armée gagnera 40000
soldats.
Mais comment fournir aux dominants une main d'oeuvre à l'industrie
militaire? Dans ce projet, l'Éducation Nationale justement revêt un rôle
particulier car comme le dit le rapport Plassart en 2023: «L'esprit de
défense ne se décrète pas , il se prépare.»
A Émancipation on pense que les enseignant.e.s ont un rôle majeur à
jouer; aussi ils et elles ont invité l'historien Loïc Le Bars pour qu'il
retrace le combat incarné par la Fédération nationale des syndicats
d'instituteurs.
Un extraordinaire effort d'émancipation
Dès les années 1830, quelques précurseurs tentèrent d'organiser les
«éducateurs du pays» à travers la Société des instituteurs et
institutrices primaires de France qui disparaîtra au bout de quelques
mois. Les idées d'Arsène Meunier, maître d'école et fils d'ouvrier
feront plus de chemin. Il lutta contre l'oppression cléricale et
politique et professa des principes démocratiques en termes pédagogiques
et politiques. Sa publication, L'écho des instituteurs, sera féconde
dans l'esprit de ces travailleur.euse.s les plus exploité.e.s du corps
enseignant.
A la suite de la loi de 1884 autorisant les syndicats, 1887 voit la
naissance du Syndicat des instituteurs et institutrices de France
aussitôt interdit par le ministre de l'Instruction publique Spuller, les
fonctionnaires ne bénéficiant pas de ce droit. A travers les Amicales
celles et ceux qui exercent dans la cadre du service public d'éducation
ont pu se structurer, échanger voire s'entraider.
Affranchi de la «servitude cléricale», l'instituteur est soumis, depuis
les lois républicaines, à la crainte «des notables, du maire, de
l'inspecteur». Les enseignant.e.s du primaire constatent l'arbitraire
dont ils et elles sont l'objet: ingérence des politiques dans le
déroulement de leur carrière, déplacements d'office auxquels s'ajoutent
l'autoritarisme des directrices et directeurs.
Or, les supérieurs hiérarchiques dirigent la plupart des Amicales.
Celles et ceux qui sont adjoint.e.s choisissent donc de créer leurs
propres organisations qui se réunissent en Congrès pour la première fois
en 1900. Et, malgré la législation qui l'interdit aux fonctionnaires, La
Fédération nationale des syndicats d'instituteurs (FNSI) voit le jour en
1905. Poursuivie par l'État, subissant la répression, elle sera dissoute
en 1913 mais n'en poursuivra pas moins son activité.
Une culture critique de l'institution scolaire, des responsabilités
professionnelles et sociales
Leur volonté de réformer l'école laïque se donne à lire dans un
important corpus de textes (les périodiques corporatifs et pédagogiques,
les rapports de congrès, des ouvrages, des brochures).
Ces instituteurs et institutrices syndicalistes ont été les
héritier.ère.s des militant.e.s du secteur de l'éducation qui ont pu
prendre conscience, grâce à l'affaire Dreyfus, du caractère néfaste du
patriotisme et de l'armée qui est identifiée comme le bras qui brise les
grèves et colonise, on l'associe au capitalisme, au cléricalisme et au
monarchisme.
Socialisme, pacifisme ou antimilitarisme infusent dans leurs rangs.
Pour Loïc Le Bars le développement de ces idées est dans la nature même
du mouvement qui, depuis quelques décennies, structure ces
enseignant.e.s pour la défense de leur métier et autour d'un projet
pédagogique qui prône l'égalité et la fraternité.
Quand les idées prennent forment ...
Lorsque la guerre éclate et jusqu'en 1915, l'antimilitarisme n'est pas à
l'ordre du jour des congrès de la FNSI mais on y soutient le
rapprochement qu'ont effectué la SFIO et la CGT contre la loi des 3 ans
(1913) et l'augmentation des dépenses militaires.
En fait, il y avait une impréparation à la possibilité de la guerre et
lorsque la CGT adhère à l'Union Sacrée, ils et elles sont encore peu,
ceux et celles qui bataillent contre ce ralliement. Ils et elles sont
même censuré.e.s dans leur propre camp. Pourtant, ce qui rassemble ces
éducateur.rice.s, ce projet pédagogique et social, s'énonce dans la
motion du Congrès qui affirme que «la guerre fait le malheur des
peuples»; dans la participation à la mobilisation féministe pour un
traitement égal des femmes dans leur débauchage pour l'industrie de guerre.
Si les militants s'opposent sur les moyens, tou.te.s acceptent la
participation au Comité pour la reprise des relations internationales.
Il devient clair que ce sont les gouvernements qui sont responsables de
la guerre qui n'a pas commencé le 4 aout 1914...
...c'est la censure qui se pointe et l'administration qui administre
Ce sont d'abord les traditionnelles surveillance et censure qui font
leur besogne . A partir de 1912, la FNSI subit la répression
gouvernementale et, dissoute l'année suivante, elle n'en continuera pas
moins son activité. En 1910, elle publie le premier numéro de la revue
L'école émancipée.
Au début de la guerre, la plupart des militants ont été mobilisés et le
syndicalisme entre en sommeil. Mais en 1915, la FNSI se range à la
minorité de la CGT (à laquelle elle a adhéré en 1909) hostile à la
continuation de la guerre et à l'Union Sacrée Et quand Marie et François
Mayoux, Hélène Brion, propagent les idées pacifistes , ils et elles sont
révoqué.e.s et jugé.e.s en Conseil de guerre ( écopant d'années de
prison auxquelles il et elles échapperont). Quant à L'École émancipée
qui continue de paraître, «fidèle aux principes de lutte des classes et
d'internationalisme», elle est suspendue par la censure militaire mais
reparaîtra sous un autre nom: l'École.
Durant ces années, l'administration entendit que les enseignant.e.s
relaient sa propagande par le biais de textes officiels, par l'édition
de manuels à l'orientation chauvine qu'ils et elles devaient utiliser,
par une propagande anti-allemande et un effort de guerre auxquels ils et
elles devaient participer.
Les militant.e.s n'ont pas voulu dispenser cet «enseignement de la
haine», cette «culture de guerre» que les plus hautes autorités
entendaient imposer à l'École. Ils et elles ont estimé qu'il était de
leur devoir de le dire et d'entreprendre tout ce qui était en leur
pouvoir pour tenter de la faire cesser le plus rapidement possible,
d'oeuvrer à la renaissance d'une Internationale qui seule pouvait
imposer la paix.
Cet historique de Le Bars nous amène à remettre en perspective ce qui
vient: une école au service du projet de militarisation des esprits.
Alors, allons-nous transformer en agents politiques, en bourreurs de
crânes à l'usage de nos propres élèves... ou allons-nous refuser toute
propagande en faveur de la guerre en restant fermement attaché.e.s à la
lutte de classe?
Mise au point par le collectif Non au SNU qui regroupe de multiples
organisations
Le gouvernement a annoncé l'arrêt de la généralisation du SNU à la
rentrée 2025 car il n'en avait pas les moyens.
Il ne s'agit pas, pour nous, de baisser la garde. L'État porte un projet
de militarisation de la jeunesse lisible dans le «Socle commun de
compétences et connaissances» qui inclut une éducation à la défense
depuis 1997.
La suspension du service militaire obligatoire pour tous les hommes en
1995 donna lieu à la multiplication de dispositifs communs à l'Éducation
nationale et au ministère des Armées comme ces «classes défense sécurité
globale», pour diffuser à des collégiens un «esprit d'engagement».
Mai 2023: en deux jours, 200 collégiens de cinquième et de troisième ont
sillonné Dijon afin de participer à une dizaine d'ateliers de promotion
de «l'esprit de défense et du devoir de mémoire». Au programme: tir au
pistolet laser, apprentissage des premiers secours au combat, fouille de
cellule pénitentiaire, histoire de la Légion d'honneur, ateliers «zéro
-tolérance». (1)
La suspension du SNU n'empêchera pas les Ministères sus-nommés
d'étendre... «a surface de contact». Ce sont leurs termes. D'ailleurs,
la Journée Défense et Citoyenneté (JDC) et l'enseignement de l'Éducation
morale et civique revêtent plus d'importance aux yeux des militaires.
Avec la JDC, ce sont 800.000 jeunes complètement à leur merci:lever des
couleurs, se lever devant la Marseillaise ou la chanter constituent un
acte d'allégeance à l'armée et au pouvoir en place et une négation de la
liberté de conscience.
Les dispositifs sont multiples et quadrillent efficacement tout le pays.
Les Trinômes académiques sont la pièce maîtresse de la collaboration
Armée - Académie (ils réunissent le recteur, l'autorité militaire
territoriale (un général) et le président de l'association régionale des
auditeurs de l'Institut des Hautes Études de Défense Nationale).
Les classes Défense aux collège et lycée, (370 en 2021, 850 en 2024),
ont un projet pédagogique en lien avec la Défense et la Sécurité, les
Cadets de la défense visent à accueillir des collégiens au sein d'unités
militaires pour des activités «éducatives, culturelles et sportives»,
des incitation des élèves et des enseignants, avec leurs classes,
invitent à participer aux cérémonies commémoratives, le port obligatoire
de l'uniforme à l'école dont l'expérimentation se poursuit a, lui,
trouvé des financements ...
Autant d'éléments mis en place à bas bruits et qui visent plus
spécialement la classe laborieuse.
La bourgeoisie et l'armée se donnent là la main pour faire quelque chose
des «décrocheurs» de l'Éducation nationale.
Ce sont en effet les zones rurales et les quartiers d'éducation
prioritaires (REP) qui sont dans le viseur de ces gens-là.
Nous pouvons donc utilement avoir en tête la lutte des Instituteurs et
Institutrices aux siècles derniers qui nous rappelle que depuis que
l'école laïque est née, il faut résister pour ne pas se transformer en
suppôt de la bourgeoisie qui, derrière la vitrine de l'Éducation
nationale, oeuvre pour ses intérêts et la ségrégation sociale.
Notes
1: article de Politis, juin 2023
https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4583
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